‹ Manuel de chimie appliquéeChapitre 7 sur 32 · ALLIAGES · texte numérisé non relu

ALLIAGES

Si. dans leur état de pureté ou d'isolement, les métaux nous sont utiles, on pourrait même dire indispensables, ils nous rendent des services encore plus nombreux quand ils sont associés entre eux, c'est-à-dire à l'état ^alliages, et plusieurs ne peuvent même réellement recevoir certaines applications que sous cette dernière forme.

Les alliages métalliques peuvent être considérés, relativement à l'industrie, comme des métaux nouveaux, possédant des propriétés toutes spéciales et presque toujours différentes de celles qui appartiennent aux métaux qui les constituent. Il est donc intéressant de connaître les principaux de ces composés.

Le procédé plus généralement suivi pour les obtenir consiste à fondre ensemble les métaux à ailier, soit en les renfermant dans le même creuset, soit en a joutant l'un des métaux à celui ou à ceux qui sont déjà fondus. On. brasse bien le mélange pour qu'il; soit aussi homogène que possible, et on le coule dans* des moules de forme déterminée ou dans des lingotières.

Les alliages sont binaires, ternaires ou quaternaires, suivant le nombre des métaux qui les constituent. Les premiers sont les plus nombreux.

1? alliages du fer. — Le plus intéressant de tous ces alliages est celui qu'on désigne sous le nom de fèr-bianc.

Ce n'est autre chose que de la tôle de fer ou du fer laminé dont les deux surfaces sont recouvertes d'une couche très-mince d*étain pur.

Pour obtenir le fer-blanc, dont la fabrication a pris naissance en Allemagne, on décape parfaitement la tôle, en la plongeant dans de l'acide sulfurique étendu, qui dissout la pellicule d'oxyde ; on la frotte ensuite avec du sable, on la plonge dans du suif, puis dans un bain d'élain couvert de suif. Au bout d'une demi-heure on la retire, retenant à sa surface une portion d'étain, qui bientôt se solidifie. Chaque mètre carré de surface de la tôle retient de 150 à 1 40 grammes d'étain.

Le fer-blanc présente l'aspect de Tétain; il en a l'éclat et la couleur. II conserve son brillant à l'air mieux que rétain lui-même, en raison de l'action galvanique qui se produit entre les deux métaux, Tétain étant négatif à l'égard du fer. Mais la moindre fissure qui met le fer à découvert ne tarde point à occasionner une tache de rouille; car, en raison de cet effet galvanique, le fer est devenu plus oxydable qu'il ne lç serait par lui-même.

Le fer-blanc dit brillant doux est confectionné avec de rétain pur; celui qu'on appelle terne douœ est fait avec un alliage composé de 2 parties de plomb et 1 partie d'étain. Dans l'usine de Montatère (Oise), on élame la tôle avec du plomb seul, afin d'avoir pour les couvertures de bâtiments un métal moins cher et moins lourd que le plomb, moins cher, moins combustible et plus solide que le /.inc.

Si l'on passe sur le fer-blanc, légèrement chaud , une petite éponge imbibée d'eau aiguisée d'acides azotique et chlorhydrique, on enlève la couche superficielle de l'étain, et l'on met à nu celle qui adhère

au fer et qui a cristallisé pendant son refroidisse* ment. On fait ainsi apparaître des cristallisations très-variées et des dessins chatoyants d'un très-bel effet; c'est ce qu'on appelle le moiré métallique. En 1816, un nommé Allard tira parti de cette propriété, anciennement connue des chimistes, et il sut en faire naître une industrie nouvelle qui eut une vogue immense, mais éphémère.

L'étain n'est pas le seul métal qui puisse servir à garantir le fer de l'oxydation : le zinc peut jouer le même rôle; aussi, depuis 1856, l'applique-t-on à la surface du fer pour faire ce qu'on appelle le fer galvanisé. Le zhœage du fer s'opère en plongeant les lames métalliques bien décapées dans un bain de zinc en fusion. La tôle galvanisée n'est pas plus chère, à poids égal, que la tôle nue. Elle a à peu près le même prix que le zinc laminé ; mais, outre qu'elle est plus tenace et plus flexible, elle a encore l'avantage de ne pas se fondre et de ne pas s'enflammer dans les incendies comme celui-ci. On zingue également la fonte, en la décapant préalablement au jnoyen de l'acide sulfurique impur qui a servi à 1 épuration des huiles. C'est M. Sorel qui a créé ce nouveau genre d'in* dustrie, qui livre à la consommation pour plus de 1,200,000 fr. d'ustensiles zingués de tout genre.

Le fer est beaucoup mieux protégé contre l'oxydation par le zinc que par l'étain.

Alliages nu cuivre. — Le cuivre est un des métaux les plus sonores, les plus ductiles et les plus malléables, et, en raison de ces précieuses qualités, c'est l'un des plus propres à la confection d'une foule d'ustensiles et d'outils d'un usage journalier; malheureusement, ce qui en limite l'emploi, ce sont ses propriétés vénéneuses, surtout à l'état d'oxyde ou de carbonate, et il tend à se changer en ces composés

— SOdès qu'il a le contact de l'air ou des aliments acides ou gras. En effet, il se ternit bientôt à l'air et se couvre d'une légère couche verte d'hydrate et de carbonate d'oxyde cuivrique, qui est plus connue sous le nom de vert-de-gris. Les casseroles et autres vases dans lesquels on fait cuire les aliments ne leur communiquent aucune qualité nuisible tant qu'on ne les y laisse pas refroidir; mais ceux qui y séjournent deviennent vénéneux, parce que, sous l'influence des acides ou des matières grasses contenues dans ces aliments, le cuivre s'oxyde aux dépens de l'air et se dissout alors dans la masse. Les liqueurs ou mets additionnés de vinaigre dissolvent surtout très-aisément le cuivre et se chargent d'une certaine quantité d'acétate de cuivre, qui est un des poisons les plus violents aux plus petites doses. C'est là ce qui explique ces accidents, si fréquents dans nos ménages, par l'imprévoyance ou la négligence des domestiques.

Pour diminuer les dangers de l'emploi des vases de cuivre dans les ménages , on les recouvre d'une couche d'étain ; c'est alors ce qu'on appelle le cuivre éttwné. Voici comment on opère cet étamage. On décape d'abord la pièce en la frottant vivement , pendant qu'on la chauffe, avec un tampon d'étoupe saupoudrée de sel ammoniac, et, lorsqu'elle est devenue très-brillante, on étale sur toute sa surface, avec le tampon, de l'étain qu'on a fait fondre sur la pièce même. On frotte jusqu'à ce que le métal fondu forme une couche égale et suffisamment épaisse sur le cuivre, et, pour prévenir l'oxydation de l'étain pendant ce travail, on jette sur le bain un peu de résine qui fond et couvre toute sa superficie.

L*étamage, même le plus soigné, n'est pas de longue durée, car, outre que la couche d'étain est très-mince, elle n'est réellement que superposée et

opaque, qu'on connaît sous le nom d'empois. En faisant bouillir pendant quelque temps l'amidon dans l'eau pure, mais surtout dans l'eau additionnée de quelques gouttes d'acide ou d'alcali, celte matière perd complètement son organisation , se dissout en totalité, et se trouve changée en un principe nouveau , ayant beaucoup d'analogie avec la gomme ; c'est ce qu'on appelle la dextrine, dont les arts se servent maintenant avec beaucoup d'avantages pour remplacer, dans ses différents emplois, la gomme arabique ou du Sénégal.

On rend la fécule soluble en la chauffant sur des plaques métalliques à une température de 160°; elle devient jaune et se trouve convertie en dextrine : c'est alors ce qu'on appelle liéocome. En pétrissant la fécule avec de l'eau additionnée d'un peu d'acide azolique, 1/400 du poids de la fécule, maintenant la pâte, divisée en pelotes de 12 kil. environ, à une température de 80° pendant 24 heures, puis séchant la poudre à 100° pendant 5 à 15 minutes, on obtient ce qu'on nomme dans le commerce fécule solnble et gommeuse; c'est un mélange de dextrine et de fécule non transformée : aussi n'cst-clle pas entièrement soluble dans l'eau, comme la dextrine gommeuse obtenue au moyen des autres procédés.

Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que l'amidon et la dextrine sont convertis, par l'action des acides faibles ou de l'orge germée, en un sucre identique à celui qui existe dans les raisins et autres fruits sucrés. Cette conversion s'opère d'une manière bien simple, en faisant bouillir dans une bassine 100 litres d'eau, à laquelle on ajoute 10 kil. d'acide sulfurique concentré, et dans laquelle on délaye 50 kil. de fécule. Au bout de deux heures, il n'y a plus de traces de fécule dans le liquide. Si alors on neutra-

lise l'acide au moyen de la craie et qu'on filtre, puis que Ton concentre la liqueur en la clarifiant avec des blancs d'œufs, et la décolorant par du charbon, on obtient un sirop, qui, suffisamment cuit et refroidi, se prend en petites agglomérations tuberculeuses ou en pain compacte : c'est le sucre de fécule ou glucose, dont on produit annuellement 5 à 6 millions de kilogrammes, consommés presqu'en totalité par les vignerons de la Bourgogne, qui l'ajoutent dans le moût de raisin afin d'améliorer la qualité du vin.

Avec 100 parties de fécule sèche on obtient, à très-peu près, 100 parties de sucre solide , ce qui ne surprend pas quand on sait que pour passer à l'état de glucose les éléments de l'amidon s'approprient les éléments de 7 parties d'eau en poids. L'analyse chimique démontre, en effet, que le glucose ne diffère de l'amidon et de la dextrine que parce qu'il renferme un peu plus d'hydrogène et d'oxygène que ces derniers, et justement dans les proportions où ces deux principes existent dans l'eau. C'est ce qu'on voit très-bien par les chiffres suivants, qui représentent la composition de ces trois matières sur 100 parties en poids :

Amidon et dextrine. Glucose.

Carbone 45,81 36,80

Eau ou ses éléments . . . 5«,I9 €3,20

Une autre propriété, spéciale aux diverses fécules , c'est de donner une belle couleur bleue ou violette par le contact d'une dissolution aqueuse ou alcoolique d'iode. Ce caractère est tellement prononcé que l'un de ces deux corps est un excellent réactif pour déceler la présence des plus petites quantités de l'autre.

Bans toutes les plantes qui le contiennent, l'amidon est associé à différents principes immédiats qui en rendent l'extraction plus ou moins difficile, ou qui lui communiquent des propriétés particulières et sonvent nuisibles. Dans les semences du blé et des autres céréales, il est accompagné d'une substance trèsnutritive qu'on appelle gluten. Voici comment on l'extrait à l'état de pureté des céréales et de la pomme de terre, qui le fournissent en plus grande quantité et au meilleur marché possible.

Pour l'amidon des céréales, on se sert surtout des recoupettes et griots de blé, des blés gâtés, et principalement du seigle et de l'orge. On moud grossièrement ces semences, et on les met dans de grandes cuves avec de l'eau, en maintenant la température de l'atelier entre 15 et 18° pour que le mélange entre en fermentation. Le gluten, qui retient l'amidon entre ses cellules, se décompose promptement et perpiet ainsi la séparation et le dépôt des globules féculents. Lorsque ce dépôt est complet , on enlève les débris ligneux des grains qui, plus légers, occupent la partie supérieure du dépôt. On délaye ensuite l'amidon dans de nouvelle eau; on le lave à plusieurs reprises pour qu'il soit parfaitement blanc et pur, puis on le met en pains qu'on fait sécher rapidement. Pendant la dessiccation, l'amidon se divise en baguettes ou prismes irréguliers, qu'on livre au commerce sous le nom d'amidon en aiguilles.

Depuis quelques années , on substitue à cet ancien procédé , long , insalubre et moins productif, le procédé de M. Émile Martin, qui a su éviter la destruction du gluten , matière éminemment nutritive , tout en obtenant plus d'amidon. Ce procédé consiste à convertir la farine du blé en pâte ferme avec de l'eau, et à laver cette pâte sur des tamis métalliques au-

dessous d'un léger courant d'eau. L'eau entraîne la fécule à travers les mailles des tamis, qui sont posés au-dessus de grandes cuves où le dépôt d'amidon s'opère. Le gluten reste sur les tamis, sous la forme d'un tissu élastique et grisâtre. On purifie et on dessèche l'amidon comme dans l'ancien procédé ; on en retire jusqu'à 50 pour cent du froment de bonne qualité, tandis que par l'autre mode on en recueille seulement de 35 à 40 pour cent. On obtient, en outre, 20 à 25 pour cent de gluten frais qui peut servir, soit à rendre le pain meilleur et plus nourrissant, soit à fabriquer du vermicelle ; mêlé avec du son, un peu de mélasse et de sel, il devient un excellent aliment pour les animaux. Desséché, on le granule et on en fait une pâte analogue aux pâtes d'Italie pour les potages; on en consomme déjà beaucoup sous le nom de gluten granulé.

L'extraction de la fécule de pomme de terre et de toutes les racines charnues est beaucoup plus simple, par la raison que, dans ces racines, l'amidon n'est point associé à du gluten qui l'emprisonne dans son tissu. On râpe les tubercules, on divise la pulpe dans l'eau, et on jette le tout sur des tamis. L'eau, en passant, entraîne avec elle la fécule. On laisse reposer, on décante l'eau surnageant la fécule; on lave le précipité jusqu'à ce qu'il soit entièrement blanc, on le fait égoutter sur des toiles, on le pose pendant 24 heures sur une aire en plâtre qui absorbe toute l'eau apparente, puis on le fait sécher, d'abord à l'air libre, ensuite dans une étuve à air chaud dont la température ne dépasse pas 50 à 55°.

Dans les grandes fceuleries modernes, la maind'œuvre est réduite à fort peu de chose, attendu qu'on fait usage d'appareils continus dans lesquels le lavage et le râpage des pommes de terre, ainsi que

le lavage de la pulpe sur les tamis, sont effectués mécaniquement. L'appareil de Saint-Étienne, un des plus commodes, se compose (fig. 18) d'un tamis cylindrique E formé de toiles métalliques serrées, et

Fig. 18.

dans lequel il y a un diaphragme gg en toile métallique à mailles serrées. Un arbre vertical q, mis en mouvement par un engrenage conique p placé sur un arbre moteur, est armé d'ailettes garnies de brosses i7. Les pommes de terre, amenées par le canal a> sont déchirées par la râpe bb composée d'un cylindre en bois sur le pourtour duquel sont implantées des lames de scie à dents très-courtes. La pulpe tombe dans la trémie en bois c\ puis par la trappe d dans le tamis cylindrique. Le tuyau / terminé en arrosoir amène l'eau nécessaire au lavage de la pulpe. Celle-ci déposée sur le diaphragme gg est

soumise à l'action mécanique des brosses, qui sont animées d'une grande vitesse; elle abandonne la fécule et est rejetée par une porte latérale dans le canal n. La fécule, mise en liberté, tombe sur une seconde toile métallique h h, à mailles bien plus rapprochées; elle s'y tamise, et il ne reste plus sur la toile que quelques débris de cellules qui sont aussi rejelés par une porte latérale dans le canal n. Le tamisage de la fécule se fait aussi à travers les parois du cylindre ; la fécule se réunit dans un canal en bois m, et elle est reçue dans des cuviers o o, où elle se dépose et où Ton opère son lavage.

Avec une râpe et un appareil de ce genre, mus par un manège attelé de deux chevaux, on peut traiter de 9 à 10,000 kil« de pommes de terre par journée de 10 heures de travail, et on obtient de 16 à 17 pour cent de fécule sèche.

Des fibres ligneuses ou végétales.

La partie la plus solide des plantes, celle qui en forme en quelque sorte le squelette , sur lequel s'accomplissent les phénomènes de la végétation, est le ligneux dans les arbres , et la fibre ligneuse chez les plantes herbacées. Cette substance Organisée est composée de deux matières bien distinctes : 1° de cellules arrondies, allongées ou hexagonales, contigués les unes aux autres , fermées de toutes parts , identiques à la moelle de sureau, et dans l'intérieur desquelles s'élaborent les différents matériaux nécessaires âu développement des organes; 2° d'une matière dure, friable, sous la forme de grains ou de concrétions, qui incruste les parois des cellules en couches d'inégale épaisseur, les rend opaques et pro-

duit les différences si notables entre les nombreuses espèces de bois.

On donne à la partie celluleuse du ligneux le nom de cellulose , et à la matière dure celui de «atiêre

INCRUSTANTE OU de LIGNINE.

La cellulose est blanche, solide, diaphane, insoluble dans l'eau, mais soluble à froid, sans coloration, dans l'acide sulfurique concentré, qui la convertit en dextrine, puis, à chaud, en sucre identique à celui de l'amidon , c'est-à-dire en glucose. C'est un produit ternaire, formé de carbone, d'hydrogène et d'oxygène, dans des proportions semblables à celles qui constituent l'amidon et la dextrine, la gomme arabique et le sucre de canne ; en sorte que toutes ces matières ne diffèrent entre elles que par des états remarquables d'agrégation, qui modifient beaucoup leurs propriétés physiques. On comprend dès lors que la cellulose peut être facilement transformée en l'une ou l'autre de ces matières, suivant les agents chimiques qu'on emploie.

Les parties des plantes où la cellulose se trouve le plus rapprochée de l'état de pureté sont, tous les organes très-jeunes , les moelles, les poils, la masse succulente ou charnue des fruits et des racines rapidement développés, les divers tissus ligneux trèslégers. Elle est presque pure dans le vieux linge , le coton, la moelle de sureau, le papier blanc.

La matière incrustante, qui se dépose peu à peu pendant la végétation dans les cellules du tissu élémentaire des végétaux, et qui engorge toutes les cellules dans les bois parfaits, se montre quelquefois seule daus certains cas. comme, par exemple, dans les concrétions des poires,» du liège et d'autres écorces. C'est elle qui accroît la dureté et la densité des bois. Souvent colorée en diverses nuances jaunes,

brunes ou rougeàlrcs, elle est plus abondante dans les bois gris , bruns, lourds et durs } que dans les bois dits blancs, légers et tendres. Elle domine dans les noyaux des fruits.

Cette matière incrustante est tout à fait distincte , tant par ses propriétés chimiques que par la composition élémentaire, de la cellulose; elle est plus riche que celte dernière en carbone et en hydrogène.

La cellulose joue un très-grand rôle dans la végétation, puisque c'est elle qui constitue la trame de tous les organes. Elle n'est pas moins utile dans les arts économiques et l'industrie, puisque c'est elle qui forme la substance utile du bois et des fibres végétales, du coton, du chanvre, du lin, du lin de la Nouvelle-Zélande, de l'agavé, de l'ortie, du bananier et des autres matières filamenteuses que l'homme sait convertir en fils, en toiles, en cordes, en papier, en cari on.

Trois industries chimiques trôs-imporlantes exploitent les fibres végétales : le blanchiment des fils et des toiles , la fabrication du papier, celle du fuhnicoton. II est nécessaire de les faire connaître, au moins sommairement.

Du blanchiment. — Les tissus végétaux avec lesquels on confectionne les vêtements dont l'homme a senti, de bonne heure et sous tous les climats, l'indispensable nécessité, sont de trois sortes : de lin, de chanvre et de coton.

Le colon, qui n'est autre chose que le duvet filamenteux qui entoure les graines de la plante, ne reçoit aucune préparation avant son arrivée en Europe. Pour le lin et le chanvre, on est obligé, afin d'avoir les filaments propres à la fabrication des tissus, de soumettre les tiges à une opération qui a pour but la destruction d'une matière gommo-rési*

neuse qui agglutine les fibres textiles avec tant de Force 1 qu'on ne peut les isoler les unes des autres tant que cette matière n'est pas détruite par la fermentation des liges récoltées dans leur état de maturité. Cette opération préliminaire porte le nom de rouissage.

Voici succinctement comment on procède au blanchiment des toiles, toujours plus difficile que celui des fils, par la raison qu'ayant reçu un plus grand nombre de manipulations , elles sont plus chargées de matières étrangères.

Après avoir laissé tremper les toiles dans de l'eau à 25 ou 30° pendant vingt-quatre heures pour enlever toutes les parties solubles, notamment la crasse des mains, les substances farineuses et les sels qui constituent le parement, on les dégorge par un moyen mécanique quelconque dans une eau courante. Le plus généralement, on se sert pour cela d'une machine fort simple nommée sautoir, clapot ou rouennaise (fig. 19), et qui consiste en deux cylindres de bois

Fig. 19.

entre lesquels on fait passer les toiles; ces cylindres sont placés à couvert et disposés au-dessus d'un courant d'eau: le cylindre supérieur A est uni, l'inférieur B est cannelé. Au-dessous de celui ci est une traverse c, sur laquelle sont implantées des chevilles

oooo destinées à espacer les bandes de toile ddddd qui passent en spirales entre les deux cylindres.

Après le trempage et le dégorgeage , on soumet la toile à l'action d'une dissolution bouillante de soude caustique a 1° 1/2, qui dissout les matières grasses, résineuses et colorantes, le gluten et les savons insolubles; c'est ce qu'on appelle le coulage ou lessivage, qui dure ordinairement quatorze à dix-huit heures, et qu'on répète à deux ou trois reprises différentes après des rinçages successifs. On emploie le vingtième du poids des toiles en alcali pur pour leur blanchiment.

Les appareils de lessivage varient beaucoup de forme. Le suivant, dit cuve à circulation (fig. 20), remplit toutes les conditions désirables. La chaudière

en fonte A et lecuvier en bois B, qui reçoit les toiles, sont au même niveau. Ces vases communiquent entre eux, supérieurement et inférieurement, par des tubes horizontaux cd. Deux tuyaux, ef, du côté opposé, s'adaptent à un autre cuvier semblable. Un trou de bonde est percé au bas du cuvier pour le vider. Il y a en g un robinet à la chaudière.

Les toiles étant placées dans le cuvier, on ajoute la quantité de lessive nécessaire pour que la surface du liquide, étant de niveau dans les deux vases, vienne affleurer l'orifice du tube supérieur. Ou ferme hermétiquement le cuvier eC la chaudière , et on allume le feu sous celle-ci. Le liquide, en se dila-

tant, s'élève par le tuyau supérieur d, se déverse sur les toiles, et une quantité correspondante de lessive retourne par le tuyau inférieur c dans la chaudière pour s'y échauffer. Le mouvement continuel du liquide produit, de la manière la plus favorable, Faction pour laquelle on en fait usage.

Aptès avoir bien nettoyé et dégorgé les toiles sortant des lessives^ on les passe dans un bain de chlore ou mieux de chlorure de chaux, à 2 degrés, pour achever la destruction des matières colorantes. Ce bain est placé dans un cuvier garni d'un trinquet (fig. 21) sur lequel on enroule les toiles, et qui par

son mouvement fait passer successivement toute la pièce dans le bain. Les toiles restent en immersion dans le liquide, pendant dix à douze heures, en les faisant manœuvrer de temps en temps sur le trinquet pour changer les points de contact. On emploie pour le blanchiment, en deux passages, entre 1/20 et 1 /50 du poids des toiles en chlorure de chaux , suivant leur qualité et leurs nuances.

Immédiatement au sortir des bains de chlorure, les toiles, sans avoir été lavées, mais seulement pressées entre deux rouleaux, sont immergées dans une cuve contenant de l'acide sulfurique à 1 ou 2°. On les tourne sur un trinquet pendant vingt minutes ; on les abandonne dans le bain pendant plusieurs heures ; on les retire en les enroulant sur le trinquet, puis on les jette à l'eau et on les dégorge exactement.

Fig. si.

L'acide, en agissant sur le chlorure dont les toiles sont encore imprégnées, met en liberté du chlore qui agit sur la matière colorante et la détruit, ou au moins la rend susceptible de se dissoudre dans une seconde lessive.

Après les bains acides et un dégorgeage fait avec soin, on donne aux toiles une nouvelle lessive de soude pour dissoudre la partie de la matière colorante déshydrogénée par le chlore, ainsi que la graisse s'il en restait encore. On donne un nouveau bain de chlorure et on termine par un vitriolage, c'est-à-dire par un bain d'acide sulfurique très étendu et tiède qui dissout le fer et quelques matières terreuses qui pourraient se trouver encore sur les toiles; on rince parfaitement.

Les tissus de chanvre et de lin, toujours plus chargés de matières colorantes et résineuses que ceux de coton, exigent que l'action des mêmes agents, et notamment celle des lessives caustiques, soit répétée un plus grand nombre de fois. Ou a conserve pour ces toiles l'ancien usage de les exposer sur le pré, pendant quatre à cinq jours, entre chaque lessive. Tout démontre que, durant celte exposition , l'oxygène de l'air se porte sur la matière colorante, la déshydrogène, la rapproche ainsi des substances acides, et la rend par conséquent plus aple à se dissoudre dans les alcalis. Ce qu'il y a de certain, c'est que la rosée et la neige, qui contiennent en dissolution beaucoup d'air très-riche en oxygène, hâtent singulièrement cetlç action. Les matières grasses, qui se trouvent aussi sur les toiles, absorbent également l'oxygène atmosphérique et passent à l'état d'acides gras, qui sont dès lors très-faciles à sapo- . nificr et à dissoutire.

Depuis qu'on a remplacé pour les toiles de colon

l'exposition sur le pré par des bains de chlorure et qu'on ne sèche plus entre deux opérations , le blanchiment de ces toiles, dans les fabriques d'indienne , est terminé en quelques jours, et souvent même en vingt-quatre heures. Les toiles ainsi blanchies sont tout aussi bonnes que les autres pour l'impression et la teinture, et tout aussi blanches.

Les toiles blanches rincées et dont on a exprimé tout le liquide doivent encore être desséchées. Dans les usines bien montées, celte dessiccation s'opère dans des séchoirs chauffés, soit par un courant d'air chaud, soit par des tuyaux où circule la vapeur. Celte méthode est préférable aux séchoirs à air libre ; car elle est plus prompte et indépendante de toute influence atmosphérique.

Pour les toiles qui doivent être livrées blanches à la consommation, on leur donne différents apprêts, suivant les usages auxquels elles sont destinées. Le plus ordinairement on les immerge dans un empois composé avec de l'amidon, de l'alun et de l'azur de cobalt, ou de l'outremer factice, quand on veut en même temps les bleuir légèrement pour les faire paraître plus blanches. On les exprime entre deux cylindres métalliques, on les sèche, puis on les soumet à une pression assez énergique entre des cartons d'une forte épaisseur. — La gomme arabique, la dextrine et la fécule sont aussi employées pour les apprêts. On introduit quelquefois dans ceux-ci de la terre de pipe ou de la terre à porcelaine, afin de boucher les vides de la toile et faire illusion à l'acheteur sur sa finesse et sa qualité ; mais au premier lavage la poudre interposée disparaît, et il ne reste qu'un tissu à mailles plus ou moins grossières.

De la fabrication du papier. — C'est avec des chiffons de coton et de lin , le linge usé, les lambeaux

CUU11E APPLIQLÉL. 7

de nos vieux vêtements, qu'on fabrique cette substance précieuse qui sert à recevoir et à conserver nos souvenirs et nos idées.

Le papier de coton est d'origine chinoise; C'est vers le ix e siècle qu'on commença à l'employer; mais vers le xi e ou le xu c siècle, il fut remplacé par te papifer de chanvre et de lin. La rareté toujours croissante des chiffons de lin a fait reprendre, depuis vingt-cinq à trente ans, l'usage du coton pour cette industrie, bien qu'il fournisse un papier mou et sans corps, en raison de la moindre ténacité de sa fibre ligneuse 5 en revanche le papier est plus blanc et plus propre à recevoir les empreintes de la gravure. Généralement on mélange les chiffons de diverses natures pour le papier ordinaire.

Voici comment on procède dans les papeteries modernes.

Les chiffons, d'abord triés et assortis suivant leur degré de finesse, de blancheur et d'usure, sont déchiquetés en petits morceaux, puis entassés dans de grandes cuves pour y subir un commencement de putréfaction qui a pour but de les attendrir, Cette opération s'appelle poiirrissage. On y fait succéder Y effilochage, qui consiste à diviser les chiffons à l'aide de machines à maillets; ce sont des caisses on piles de bois Ou de fonte dans lesquelles les chiffons reçoivent l'action de lourds marteaux ou maillets qui s'é* lèvent et s'abaissent continuellement par suite du mouvement qui leur est transmis par une roue hy* dratilique : les chiffons sont ainsi réduits en une pâte ou pulpe plus ou moins fine.

Dans les bonnes papeteries delà Hollande et de la Belgique, on se contente, pour attendrir les chiffons, de les faire tremper dans l'eau pure en les remuant souvent et en renouvelant incessamment l'eau» Dans

la plupart des fabriques françaises et anglaises, on soumet les chiffons., immédiatement après le triage, à l'action d'une machine dite moulin à cylindre des Hollandais, qui les déchire et les divise avec beaucoup de facilité, de diligence et d'économie. C'est une caisse en bois ou en métal dans laquelle se trouve un cylindre dont la circonférence est garnie de lames métalliques qui se rencontrent, pendant la rotation , avec d'autres lames semblables adaptées au fond de la caisse. Le cylindre étant mis en mouvement, avec une vitesse de 120 tours par minute, on jette une certaine quantité de chiffons dans la caisse, où ils sont entraînés avec une grande rapidité par les lames du cylindre, qui les déchirent, et les déposent, sous forme de pâte grossière, sur un plan incliné à jour, où elle s'égoutte. Pendant cet effilochage , de l'eau est sans cesse introduite dans la caisse, pour laver en même temps les chiffons.

La pâte est soumise à l'action de cylindres plus rapprochés du fond do la caisse, jusqu'à trois reprises différentes, afin de l'avoir plus fine et plus homogène. Dans cet état, elle est bien lavée, mais elle conserve encore une couleur qui dépend de celle qu'avaient les chiffons; on la blanchit en la plaçant dans un réservoir hermétiquement fermé où l'on fait arriver du chlore gazeux qui reste en contact avec elle pendant trois heures environ ; ou bien on laisse séjourner sur elle pendant plus ou moins de temps une dissolution de chlorure de chaux, faite dans les proportions de 2 à S kilogrammes de chlorure sec par 100 kilogrammes de pâte.

Celle-ci étant bien décolorée, on la fait repasser plusieurs fois sous les cylindres, tant pour la bien laver que pour la diviser davantage. Elle est alors prête à être transformée en papier. Deux procédés

sont employés pour y parvenir : l'un à la main, l'autre plus récent, à la mécanique*

Dans le premier, la pâte est réduite en bouillie claire et homogène dans une grande cuve, où un ouvrier plonge un châssis métallique sur lequel une couche uniforme de pâte s'applique. En retirant ce châssis et le laissant égoutter, la pâte prend une certaine consistance et forme une feuille continue que l'on presse entre des draps de laine qui la dessèchent plus complètement. Les feuilles, ainsi obtenues, sont superposées et pressées de nouveau, puis séchées sur des cordes dans un grenier.

Le papier destiné à l'écriture est collé après sa dessiccation. Pour cela, on plonge les feuilles dans une dissolution faible et tiède de colle d'amidon, d'un savon résineux et d'alun. Les feuilles humides sont pressées et séchées de nouveau, puis soumises à l'action de presses sèches pour donner de la fermeté au papier, et communiquer à sa surface toute la douceur et le poli qu'on peut désirer. On dispose les feuilles en maim de 24 ou 25 feuilles ; et ensuite en rames de 20 mains.

En 1799, un ouvrier d'une papeterie d'Essonne, Louis Robert, inventa une machine à fabriquer le papier en grandes dimensions et par mouvement continu. Cette machine, portée en Angleterre par Léger-Didot, qui en avait acheté la propriété, y reçut de grandes améliorations et fut bientôt introduite dans les papeteries anglaises. Ce n'est qu'en 1814 et 1815 qu'elle fut adoptée en France. Je me bornerai à dire que la pâte tombe sans cesse, en bouillie laiteuse, sur une toile métallique sans fin qui l'entraîne avec elle et qui est animée d'un mouvement transversal de va-et-vient pour l'étendre uniformément et la faire égoutter. La feuille, ayant déjà une

certaine consistance, passe entre deux cylindres garnis de feutres qui lui enlèvent une grande partie de son eau, et après avoir subi la pression de deux autres cylindres, elle s'enroule successivement sur deux nouveaux cylindres chauds et polis qui la dessèchent et font disparaître les inégalités de sa surface. L'immense rouleau de papier, ainsi obtenu, est découpé en feuilles de dimension convenable, au moyen d'une autre machine imaginée par un ingénieur anglais, Edouard Cowper.

Deux minutes suffisent pour rendre le papier parfait, à partir du moment où la pâte s'écoule sur la toile métallique, et celle-ci marche avec une vitesse qui fournit environ 2 mètres 1 /2 carrés de papier par minute, ou une étendue de 500 lieues (200 myiiamètres) par jour sur une largeur de 1 mètre 1/2, dimension ordinaire de la machine.

Les 200 machines à papier qui existent en France consomment par jour, y compris les cuves, environ 200,000 kil. de chiffons qui sont convertis en papier avec un déchet de 30 p. 100, ce qui suppose, chaque année, une consommation de 1 kil. 1/2 de papier par tête.

Cette énorme consommation de chiffons a fait élever leur prix et provoqué des essais nombreux pour les remplacer par d'autres matières filamenteuses plus communes et moins chères. Jusqu'ici, on n'a obtenu que des produits inférieurs, si ce n'est avec la paille , qui fournit actuellement du papier trèsblanc et nerveux. On fait aussi, avec l'écorce du bambou et du mûrier à papier, un papier aussi bon que celui confectionné en Chine avec ces mêmes matières, et qui est plus propre que tout autre à recevoir l'empreinte de la gravure.

Les cartons communs sont fabriqués avec les ro-

gitures et les débris de papier de toute espèce , que l'on rédeit en pâte. On leur donne de la roideur en y introduisant une certaine quantité de savon résineux. Les cartons fins et les cartes à jouer sont obtenus par la superposition de feuilles de papier plus ou moins épaisses que Ton colle ensemble , et qu'on passe ensqite au laminoir pour les rendre plus lisses et plus compactes. On donne aux cartes de visite l'apparence de Témail ou de la porcelaine, en les rcoouvrant d'une couche de céruse et les soumettant au frottement d'un cylindre d'acier poli, qui fait naître un lustre très^vif. Le oar ton-pierre, avec lequel on -fait des ornements sculptés pour la décoration des théâtres et des appartements, n'est autre chose qu'un mélange de pâtç à papier, décolle forte et de craie que l'on moule et que l'on sèche.

Du fulmi'Coton. — Si Ton trempe pendant quelques minutes du coton en laine, du linge, du papier, enfin toute autre matière essentiellement composée de cellulose dans de l'acide azotique au maximum de concentration, ou fam un mélange à parties égales d'acide azotique du commerce et d'acide sulfurique, qu'on lave ensuite à grande eau et qu'on sèche ces divers objets; sans perdre leur apparence extérieure, leur contexture fibreuse, ils acquièrent une combustibilité merveilleuse et toutes les propriétés de la poudre à canon. C'est alors ce qu'on appelle le fulmicolon, la poudre<-coton, le coton-poudre, le coton ou le papier azotique, la pyroœyliw, le pyroocyle. Au point de vue chimique , c'est de la cellulose qui a perdu trois équivalents d'eau, et qui a pris cinq équivalents d'acide azotique. Cette fixation des éléments de l'acide azotique sur la cellulose explique, d'une part, l'excessive combustibilité de la pyroœylim, et de l'autre, l'augmentation de poids qu'éprouve le

colon qui a subi la transformation ; 100 de coton ou de papier sec fournissent 175 de pyroxyline.

La découverte de cette substance combustible est déjà ancienne, puisqu'elle remonte à 1853; elle est due à M. Braconnot, de Nancy, qui, toutefois, n'entrevit pas les applications qu'on pouvait en faire comme poudre inflammable. En 1838, M. Pelouze signala sa grande combustibilité et proposa de l'appliquer à la confection des gargousses pour l'artillerie. Ce n'est que dans les derniers mois de 1846 que le professeur Scbœnbein , de Bâle , a eu l'idée de l'employer comme moyen balistique pour remplacer complètement la poudre de guerre, en signalant, comme avantages, dans la nouvelle poudre : un transport plus {facile et moins dangereux, puisque, bien comprimée, elle prend difficilement feu; une force de projection supérieure; l'avantage de ne pas encrasser les armes, puisqu'elle ne laisse pas de résidu par la combustion ; enfin celui de pouvoir être mouillée, sans perdre de son énergie et de son inflammabilité.

L'attention publique a été vivement préoccupée par cette annonce du professeur suisse, et de tous côtés, à l'envi, on a fait des recherches sur ce singulier produit fulminant. Il est constant qu'à poids égal , ses effets dynamiques paraissent cinq à six fois plus énergiques que ceux de la poudre ordinaire, mais on est encore loin de pouvoir se prononcer sur la valeur réelle de ce moyen balistique tout nouveau dans sa nature et dans ses effets. Quant aux inconvénients que le fulmi-coton peut présenter dans son emploi, ils disparaissent complétementquandon l'applique dans l'extraction des rochers, l'explosion des mines et la confection des feux d'artifice. L'expérience ultérieure apprendra ce qu'on peut espérer des

services réels de ce produit qui a tout d'abord excité une trop vive admiration, et fait naître de trop grandes espérances.

Des tissus animaux.

Les os et la peau des animaux rendent d'importants services et fournissent, entre autres produits utiles, la gélatine ou colle forte et le cuir. Nous devons donner une idée sommaire de ces deux industries chimiques.

Préparation de la gélatine. — Quand on soumet à l'action prolongée de l'eau bouillante du tissu cellulaire animal , de la peau , des tendons , des cartilages, etc., on voit ces matières se gonfler, se ramollir, et enfin se dissoudre presque sans résidu. La liqueur, par le refroidissement, se prend en une masse tremblante ou gelée, qui, par l'exposition à l'air, se dessèche et forme alors une substance dure et cassante, incolore, dépourvue d'odeur et de saveur et susceptible d'une conservation indéfinie, lorsqu'on la soustrait à l'humidité. C'est à cette substance qu'on donne, depuis bien des années , le nom de gélatine.

Ce principe immédiat n'existe point tout formé dans les organes des animaux, mais il est le résultat de la transformation du tissu cellulaire , par l'action de l'eau bouillante, en un principe qui parait être isomérique avec lui ; et cette transformation s'opère en présence ou hors du contact de l'air, sans qu'il se manifeste aucun phénomène apparent, et à peu près de la même manière que s'opère la conversion de l'amidon ou du ligneux en sucre.

Dans les arts, on distingue plusieurs espèces de gélatine, non pas qu'elles aient des propriétés chimiques distinctes, mais uniquement en raison de leur

origine, de leur degré de pureté, de leurs usages. Ainsi on appelle colle de Flandre et colle forte la gélatine obtenue en faisant bouillir dans l'eau les peaux des animaux, les rognures de cuirs, les vieux gants, les tendons, les pieds, les oreilles de chevaux, de bœufs, de veaux, de moutons, elc. Pour la première sorte de gélatine, on choisit les matières prc* mières les moins colorées et les plus fines. Lorsque la liqueur est assez concentrée pour se prendre en gelée consistante par le refroidissement, on la tire à clair et on la coule dans des moules en bois de sapin placés dans un endroit frais. Quand la matière est prise en gelée et complètement froide, on la coupe par tranches que Ton fait dessécher en les plaçant sur des treillages en cordes ou en fils métalliques, dans un endroit tiède et aéré. Il en résulte des tablettes minces et demi-transparentes, incolores, ou plus ou moins colorées, qu'on embarillc et que Ton conserve dans un lieu sec.

Voici l'appareil (fig. 22) qui sert au traitement des peaux et des autres matières qui fournissent la gélatine.

Fig. tt.

A, réservoir à eau. B t chaudière où Ton fait cuire les matières avec Peau ; elle est munie d'un faux fond en tôle ou cuivre percé de trous

comme une écumoire/ afin d'empéeher que les matières plus ou moins volumineuses oe s'attachent au premier fond. G, chaudière inférieure destinée à recevoir et ù concentrer en consistance convenable le liquide gélatineux écoulé de la chaudière B. D, petit seon servant & porter le liquide dans les moules, après le repos et la clarification.

Les diverses qualités de gélatine sont désignées commercialement par les noms des pays de fabrication. Les plus estimées sont celles de Rouen et de Bouxwiller ; la plus belle colle de Flandre est fabriquée à Rouen; on rappelle qrenètine, du nom de son fabricant.

On fait aussi de la colle de Flandre avec les os des animaux, tantôt en les soumettant pendaut trois heures à l'action de l'eau portée à la température de 121 à 155° dans une autoclave, tantôt en les dépouillant de tous les sels terreux qu'ils contiennent par un séjour- prolongé dans de l'acide chlorhydrique faible; au bout de dix jours, les os sont complètement ramollis et ne consistent plus qu'en tissu cellulaire qui, par l'ébullilion dans l'eau, se dissout complètement en se changeant en gélatine. En opérant en grand, on obtient ainsi de 22 à 24 p. 100 de colle sèche.

La colle de poissonou ichthyocolle est tout simplement la membrane interne de la vessie natatoire de l'esturgeon , roulée en forme de lyre ou ployée en carré, puis blanchie par l'acide sulfureux et séchée.

Toutes les espèces de gélatine sont employées comme substance adhésive et collante, ainsi que pour l'apprêt des tissus, la clarification des liquides alcooliques ou astringents. Avec les belles colles, on fait des gelées alimentaires, en y associant du sucre, des aromates et du vin ou du rhum ; on les découpe en pains à cacheter et en fleurs artificielles.

Pour se servir d'une colle sèche, il faut toujours

la laisser tremper dans l'eau froide pendant plusieurs heures pour qu'elle se dissolve presque entièrement par l'ébullilion.

C'est parce que la cliair musculaire du bœuf, la chair blanche des jeunes animaux, tels que le veau, le poulet, les pieds de bœuf, sont accompagnés d'une grande quantité de tendons et de ligaments convertibles en gélatine, que les bouillons faits avec ces matières* ont la propriété de se prendre en gelée par le refroidissement, lorsqu'ils sont suffisamment concentrés.

Tangage. — La peau des animaux, desséchée sans aucune préparation, se pourrit aisément, s'imprègne d'eau avec facilité et se détruit par un frottement répété. On remédie à tous ces inconvénients et on la rend propre à la confection de nos chaussures, en tirant parti d'une propriété qui lui est commune avec presque tous les autres tissus des animaux : ç'çst de pouvoir s'unir intimement au principe astringent des plantes, qui porte le nom de tanin ou $ acide tannique. Qu'on plonge un morceau de peau fraîche dans une dissolution de ce principe immédiat, ou dans la décoction d'écorce de chêne, de noix de gajle, de sumac ou de toute autre substance astringente, il enlève peu à peu ce principe à l'eau , qui, au bout d'un temps suffisant, n'en renferme plus aucune (race. Le composé , ainsi produit , est très-dur,, tout à fait insoluble, imputrescible, et peut supporter les alternatives de sécheresse et d'humidité sans absorber l'ejui.. Cette réaction indique la théorie du tannage, nom que l'on donne a l'opération qui convertit les peaux des animaux en cuir.

Le tannage comprend quatre opérations distinctes : La première a pour objet de dépouiller les peaux des chairs, des cornes, et de les laver. ,

La deuxième consiste à les débourrer, c'est-àdire à enlever le poil qui les recouvre; ce qui se fait en les tenant plongées pendant plusieurs jours, à la température ordinaire, dans une dissolution trèsfaible de chaux ou d'acide sulfurique , ou dans de l'eau aigrie par la fermentation de l'orge et de la levûre, ou dans de la jusée, qui n'est autre chose que de l'eau aigrie par son contact avec la tannée ou le tan usé. Quelquefois on se contente de laissér les peaux en tas dans un lieu chaud. Dans tous les cas, les peaux se gonflent, se distendent, et leurs pores s'ouvrent de manière qu'on peut facilement en arracher le poil , en les grattant avec un couteau rond. L'épiderme est aussi enlevé avec les poils , parce qu'il ne se combine pas avec le tanin.

La troisième opération consiste à tenir les peaux dans une eau courante pour les ramollir, et à les étirer ou gralter de nouveau.

La quatrième opération est le tannage proprement dit. On superpose les peaux dans de grandes cuves en bois ou en maçonnerie, qu'on appelle fosses, avec de la poudre grossière d'écorce de chêne ou tan, et on arrose le tout. Le tanin de l'écorce se dissout et est successivement absorbé par les peaux , qui se durcissent. Au bout de trois mois de contact, on renouvelle le tan, opération qu'on fait une troisième fois, en sorte que le tannage n'est complet qu'au bout de dix à douze mois. Au sortir des fosses, les cuirs, complètement tannés, sont desséchés lentement à l'ombre. Ils ont alors une couleur jaune, plus ou moins foncée, dans toute leur substance. On ne consomme pas beaucoup moins de 500 kil. d'écorce pour 100 kil. de peau fraîche, et le poids de celle-ci s'élève à 150 kil. par le tannage.

Depuis une douzaine d'années, des modifications

plus ou moins importantes ont été apportées à ce procédé si long. Par l'emploi de machines appropriées et par la substitution de l'infusion de tan à l'écorce sèche en nature, on opère le tannage complet des peaux de bœufs en 90 jours, celui des peaux de vaches en 60, et des peaux de veaux en 50 jours.

Les peaux de bœufs, de buffles, etc., servent particulièrement à préparer des cuirs forts pour semelles et bottes fortes ; avec celles de vache, de veau, de cheval, etc., on confectionne les cuirs mous pour les tiges de bottes fines et souliers minces, pour les harnais, etc. Le maroquin est de la peau de chèvre tannée et mise en couleur du côté de la chair. Le cuir de Russie doit ses qualités à l'huile empyretimatique de bouleau dont on l'imprègne. Le cuir verni est recouvert de plusieurs couches d'une dissolution de bitume de Judée et de vernis gras au copal dans de l'essence de térébenthine et de l'huile de lin lithargyrée. Les cuirs colorés sont tannés avec le sumac ou la noix de galle. Les cuirs blancs faits avec les peaux de chevreau, de mouton, d'agneau, et qui sont destinés à des ouvrages délicats, sont rendus imputrescibles par leur séjour dans une solution d'alun et de sel commun.

Blanchiment des fibres textiles animales. — L'étude de la laine et de la soie, seules matières textiles que nous fournissent les animaux, devant être faite dans d'autres traités, nous ne parlerons ici que des opérations chimiques auxquelles on les soumet pour les débarrasser des matières étrangères qui les salissent, les colorent et qui s'opposeraient à la fixation des couleurs dont on veut les enrichir. Nous dirons toutefois, avant tout, que ces deux matières diffèrent essentiellement, par leur nature et leurs

propriétés chimiques, des fibres végétales, et ne peuvent, par cela même, éprouver l'action des acides, des alcalis et du chlore sans être altérées plus ou moins profondément, ce qui nécessite d'autres méthodes de blanchiment que celles qui servent pour les tissus formés par le ligneux.

La laine qu'on veut blanchir a déjà été débarrassée en partie du suint ou matières grasses et des ordures, par suite du lavage à dos ou du désuintage qu'on lui fait subir avant ou après sa tonte. Mais il y reste toujours des corps gras, cireux et colorés , qu'il faut enlever avant de la teindre ou pour l'amener au blanc parfait.

La première opération, nommée dégraissage, s'exécute, pour la laine en flocons, de* la manière suivante. Dans des chaudières d'environ mille litres, on met de l'eau avec 70 ou 80 litres d'urine putréfiée et 20 kil. de cristaux de soude, et on fait chauffer à 50 ou 55°. Alors on y introduit la laine, qu'on remue continuellement avec de petites fourchettes de bois. L'ammoniaque contenue dans l'urine, et la soude des cristaux dissolvent et entraînent la portion de matière grasse non saponifiée du suint* Au bout d'une demiheure, on fait égoutter la laine, puis on lave à grande eau , dans des paniers de forme appropriée , pour la bien nettoyer.

Un dégraisseur, avec quatre ouvriers laveurs opérant dans deux paniers plongés dans l'eau courante, peut dégraisser par jour la quantité de laine voulue pour 4 draps, c'est-à-dire environ 160 kil. de laine supposée sèche. Le même bain peut servir 5 jours, seulement on y ajoute, de temps en temps, de l'urine et des cristaux de soude.

Lorsque les laines sont très-chargées de suint, on supprime les cristaux de soude ; lorsqu'elles ont déjà

été lavées après la tonte, on les dégraisse sans urine, avec demi-dose de cristaux de soude.

Lorsque la laine doit rester en blanc ou servir à l'impreSsion, on l'amène au plus haut degré de blancheur possible, au moyen du soufrage > c'est-à-dire en l'exposant à l'action du gaz acide sulfureux. Cette opération fort simple consiste à mettre dans une chambre, ou dans une caisse, ou enfin dans un caveau en bois hermétiquement fermé et dans lequel on étale les étoffes que l'on veut ainsi décolorer, un vase plein de soufre qu'on enflamme. Pour 100 kil. de laine, on emploie à peu près 2 kil. de soufre. L'acide sulfureux, produit de cette combustion , se trouvant en présence des tissus qu'on a eu soin d'humecter, réagit sur eux et les décolore. Au bout de vingtquatre heures, on aère et on sèche la laine.

Habituellement, après le soufrage, on soumet la laine à un léger bain de savon pour lui donner plus de moelleux; on l'azuré ensuite. La laine blanchie, après avoir été filée, est toujours d'un plus beau blanc que celle qui est soumise aux opérations précédentes pendant qu'elle est encore en toison.

La soie écrue est recouverte d'un enduit ou vernis auquel elle doit sa roideur, son élasticité et sa couleur. Cet enduit, qui forme à peu près le quart de la soie, est un mélange de gélatine, d'albumine, de matières grasse, cireuse et résineuse, et de matière colorante rouge. Comme toutes ces matières étrangères sont solubles dans l'eau de savon chaude, le dégommage et le décreusage de la soie sont trèsfaciles. On nommeainsi deux passages au savon blanc, le premier avec 30 p. 100, le second avec 20 p. 100 de savon; pour celui-ci seulement on emploie la chaleur de l'ébullition pendant une heure et demie.

Pour les soies blanches, on termine le blanchiment

par un léger bain de savon dans lequel on ajoute un peu de rocou pour avoir ce qu'on appelle le blanc de Chine; ou un peu d'indigo fin pour avoir les blancs azurés. A Lyon, on soumet les soies dégommées et cuites au soufrage, qui s'exécute comme pour la laine, puis on les passe en azur dans de l'eau trèsclaire.

Page 1