ACTION DE L'OPIUM SUR L'ÉCONOMIE
Action de ropiumsur Féconomie. Poisons narcotiques.
— L'opium à dose faible est un agent calmant très-justement célèbre et très-usité. Son emploi continué produit un état d'ivresse particulier^ un sommeil agitée des hallucinations ^ une excitation des sens.
Le corps des mangeurs d'opium est maigre^ comme desséché, leurs yeux sont vitreux, leur corps se recourbe, leur appétit diminue, et ils ne se soutiennent qu'en forçant la dose du poison qui les consume.
A dose plus forte il est toxique, et se comporte d'une façon différente des poisons étudiés plus haut. Il peut être considéré Comme le type des poisons dits iiarcotiqtœs. Il n'est pas fréquemment employé dans un but criminel, en France au moins; mais l'administration imprudente des alcaloïdes qu'on en retire, et surtout du laudanum et des autres solutions de ce corps, proiuit souvent des désordres graves dans l'économie et a causé Un grand nombre de morts.
M. Cl. Bernard a fait une étude approfondie de l'action des iivers principes de l'opium sur l'organisme.
La morphine , la narcéine et la codéine produisent seules le Sommeil ; 5 centigr. de chlorhydrate de morphine en dissolution injectés dans le tissu cellulaire sous-cutané sont capables d'endormir un chien de petite taille. Le sommeil est calme, profond; l'tnimal est tout à fait inerte, mais la sensibilité subsiste, car si l'on pince l'animal il crie. Si alors on le soumet à l'action du chloroforme, la sensibilité disparait.
Un animal de même taille est endormi par 5 centigr. de chlorhydrate de codéine, mais le sommeil n'est jamais aussi profond, et la sensibilité est plus grande. Au réveil, l'animal reprend aiMsitôt son humeur ordinaire, et il n'éprouve pas la paralysie des membres postérieurs occasionnée par la morphine.
La narcéine est le produit de l'opium le plus somnifère. L'état de l'animal pendant le sommeil et au réveil est intermédiaire entre l'état causé par la morphine et celui qu'amène la co- "déinc. Ces effets se retrouvent analogues chez des animaux d'espèce différente, et chez l'homme (M. Béhier et M. Debout).
La narcotine, la thébaïne et la papavérine n'ont pas d'action soporifique.
Il n'y a pas de relation entre la vertu soporifique et l'action toxique : la thébaïne est le principe le plus énergique de l'opium, la codéine vient après, et la morphine est «\o\\\s ^ç.\xs^ que la codéine, contrairement à l'opinion des mcdeevu?».
:»l« ACTION DES ALCALOÏDES
i centigr. de chlorhydrate de thébaïne injecté dans les Ycines d'un chien en amène la mort, un animal de même taille résiste à 2 gr. de chlorhydrate de morphine : cette dose de chlorhydrate de codéine serait toxique. On s'explique alors comment Textrait gommeux d'opium est relativement plus actif que la morphine.
L'action convulsive des principes de, Topium est fort différente. La thébaïne est au premier rang, elle produit rapidement et énergiquement la rigidité cadavérique , tandis que la na^ céine n'est nullement excitante.
Les principes de l'opium agissent donc très-différemment suivant qu'on envisage leur action soporifique, toxique, ou convulsivante; et voici, d'après M. Cl. Bernard, le résumé de ces actions :
Energie soporifique.
Toxique,
Cotwulsive,
Narcéine.
Thébaïne.
Thébaïne.
Morphine.
Codéine.
Papavérine.
Codéine.
Papavérine.
Narcotine.
pas
Narcéine.
Codéine.
d'ac-
Morphine.
Morphine.
tion.
Narcotine.
Narcéine.
On comprend que ces expériences sont fort délicates, parce qu'il y a souvent peu de différence dans l'action, que la force d'animaux de même taille est variable, qu'une espèce offire des résistances plus grandes que telle autre , que les animaai s'habituent au poison. M. Bernard, pour se mettre autant que possible à l'abri de ces causes d'erreur, opérait sur de jeunes moineaux sortant de leur nid, et il injectait les solutions avecun tul)e fin adapté à la petite seringue à vis de Pravaz.
M. Bernard termine par des considérations de la plus haute importance pour les médecins, et que je reproduis littéralement:
« La thérapeutique offre assez de difficultés par elle-même sans qu'on vienne encore les augmenter en continuant d'employer des médicaments complexes, comme l'opium, qui n'afn*sent que par une résultante souvent variable. Il faut auah^er les actions complexes et les réduire à des actions plus simples et exactement déterminées, sauf à les employer seules ou à les associer ensuite si cela est nécessaire. Ainsi, avec l'opium * n'obtiendra jamais l'effet de la narcéine, qui procure le sommeil sans excitabilité ; mais on pourra, au contraire, troutff des effets trcs-variables, qui dépendront d'une susceptibilité io-
' luelle plus grande pour tel ou tel des principes actifs qui ^