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NOMENCLATURE CHIMIQUE

i3. La nomenclature suivie généralement aujourd'hui a été créée en France, à l'instigation de Guyton de Morveau, par une commission de l'Académie des sciences de Paris composée de BerthoUet, de Fourcroy, et de Lavoisier^ qui fut le rapporteur de ce travail en i 787.

Le nom des corps simples est généralement arbitraire ; celui de sélénium est tiré du nom de la lune dans la langue grecque , celui de tellure provient d'un mot qui désigne la terre, etc. Cependant certains noms de corps simples rappellent une de leurs propriétés; le mot hydrogène est tiré de deux mots grecs (Ysvvdla), 55wp, j'engendre l'eau).

La nomenclature des corps composés est au contraire significative; elle fait connaître la nature des corps qui forment chaque composé.

14. Quelques définitions nous sont nécessaires. Il est des composés, le vinaigre, l'huile de vitriol, l'eau-forte, le principe de l'eau de Seltz, qui sont doués d'une saveur aigre. On les désigne sous le nom général d*acides, du mot latin acetum, qui sert à exprimer le vinaigre. On reconnaît facilement les acides au moyen du sirop de violettes et surtout de la teinture violacée, que l'on prépare avec un lichen, nommé le tournesol. En présence d'un acide elles prennent une coloration rouge. Comme ce caractère est sans cesse employé dans les laboratoires, on se sert, de préférence à la teinture de tournesol , de papier de tournesol , qui est d'un usage plus commode. Pour le

préparer on tait une décoction ayec de Teau et des pains de tournesol du commerce; on y plonge du papier fin ordinaire^ et on le laisse sécher à Tair.

Si l'acide est peu actif, comme Tacide carbonique, le papier on la teinture se colorent en rouge vineux. Si Tacide est énergique, la couleur prend la nuance jaune de la pelure de Toignon.

Les acides les plus énergiques sont des composés binaires formés par les métalloïdes avec l'oxygène.

Il est d'autres composés, la potasse , la soude, la chaux, qui possèdent une saveur acre semblable à celle de la cendre du bois. On leur donne le nom de bases, ou d'alcalis dans le cas où ils sont solubles et très énergiques. On les reconnaît à ce que, loin de rougir la teinture de tournesol et de violettes , ces corps ramènent au bleu la première et colorent la seconde en vert. Les bases se combinent aux acides avec énergie en donnant naissance à des composés forts différents des uns et des autres. Ainsi versez de la soude, agent très caustique, dans de Tacide chlorhydrique, substance très corrosive, et vous obtiendrez une matière qui est non seulement sans danger, mais qui est indispensable à notre existence: c'est le sel ordinaire. Ces com* posés prennent le nom générique de sels,

NOMENCLATURE DUAUSTIQUE.

i5. La plupart des chimistes jusqu'à ces années dernières, se basant sur cette formation des sels par l'union directe de Tacide et de la base, ont considéré les sels et les autres composés chimiques comme formés par la juxtaposition de deux éléments simples ou composés. Et alors, pour retracer cette composition des corps, on a formé le nom de chaque composé par Tunion des deux noms de ses composants : de là vient le nom de nomenclature dualistique, par lequel on désigne la nomenclature dont nous nous occupons.

Les composés binaires se décomposent en général par la pile électrique. On appelle électro-négatif celui des éléments qui se rend au pôle positif, et électro-positif celui qui se porte au pôle négatif.

Ces dénominations, assez vicieuses du reste , sont tout à fait relatives; le brome, électro-négatif par rapport à l'iode, est électro-positif relativement au chlore. Les métalloïdes sont élec tro-négatife comparativement aux métaux, ce qui veut dire que si Ton décompose par la pile un corps binaire renfermant un

métal et un métalloïde^ celui-ci est transporté au pôle positif. L'oxygène et le chlore sont les deux corps électro- négatifs extrêmes; puis viennent le brome ^ l'iode, le soufre^ les autres métalloïdes^ et enfin les métaux.

Pour nommer un composé binaire on termine par la désinence ure le nom du corps électro-négatif^ et on le fait suivre de la préposition de , et enfin du nom du corps électrorpositif .

Le mot chlorure de fer signifie une combinaison de chlore et de fer.

Quand les deux corps donnent naissance à plusieurs composés^ on les distingue très simplement par TappUcation de la loi des proportions multiples, car les corps ne s'unissent jamais qu'en un petit nombre de proportions et conformément à cette loi.

La combinaison qui renferme le moins du corps électronégatif se distingue par la préfixe proto. Si les autres renferment 2^ 3 fois plus du corps électro-négatif^ on les caractérise par les préfixes bi, tri, etc.

Enfin , si le composé renferme 1 fois { autant du corps électro-négatif que le premier^ on le désigne en faisant usage de la préfixe sesqui qui signifie un et demi.

Le chlore et le fer forment deux combinaisons : la moins chlorurée est le

protochlorure de fer,

la plus chlorurée est désignée par le mot

sesquichlorure de fer,

parce qu'elle renferme i fois i autant de chlore que la première, à quantité de fer égale* Les expressions

protosulfure d'étain, bisulfure d'étaia ,

se comprennent sans difficulté.

Combinaisons binaires oxygénées. — A Tépoque où cette nomenclature fut créée, Lavoisier venait de déterminer le rôle de l'oxygène dans la combustion, dans la respiration, et on en faisait une sorte d'être à part, d'autant plus qu'il est de beaucoup l'élément le plus répandu dans la nature et dans les produits de l'industrie. On eut le tort défaire pour lui une exception à la règle précédente*

On nomme oxyde le composé binaire formé par un corps

quelconque et par l'oxygène, qui est la plus électro-négative de toutes les substances.

Ldpratùxyde de fer est le composé du fer renfermant moins d'oxygène que tous les autres.

Les mots j

sesquioxyde de fer

fout comprendre que cet oxydera quantité de fer égale ^ contient une fois et demi autant d'oxygène que le protoxyde. L'expression

bioxyde de manganèse

indique que cet oxyde renferme pour le même poids de manganèse deux fois plus d'oxygène que le premier. «

S'il n'y avait que cette infraction à la règle générale^ ce serait peu regrettable; mais on y a dérogé d'une façon tout à fait arbitraire pour la désignation des oxydes acides.

Pour nommer ces sortes d'oxydes , on met le mot acide et on le fait suivre du nom du. corps simple terminé par la désinence (que.

L'expression

acide chhrique

annonce un oxyde , doué des propriétés acides, formé par le chlore.

Dans le cas où le même corps donne deux composés avec l'oxygène, on remplace la désinence ique par la désinence eux y lorsqu'on se propose de désigner la combinaison la moins oxygénée. L'acide chloreux renferme y comme le précédent , du chlore et de l'oxygène, mais il en renferme moins.

On saisit tout de suite le vice de ce système. Il n'est pas scientifique, il est arbitraire. Ces noms n'expriment pas le r2q>port entre la quantité d'oxygène ^qui est dans ces deux composés. Mais l'inconvénient est plus grand encore : on a découvert depuis l'établissement de cette règle un acide moins oxygéné que l'acide chloreux , un autre plus oxygéné que l'acide chlorique, un troisième intermédiaire par la proportion d'oxygène entre l'acide chloreux et l'acide chlorique. On est arrivé à les nommer en faisant usage des préfixes hypo, per.

Acide hypochXoTeux

est le nom de l'acide qui renferme moins d'oxygène que l'acide chloreux.

Acide perchlorique

est le nom de l'acide qui contient plus d'oxygène que l'acide chlorique.

Acide hypoch\ori({ue

est le nom de l'acide qui renferme moins d'oxygène que l'acide chlorique^ mais plus que l'acide chloreux.

Composés binaires hydrogénés. — On a suivi les mêmes errements pour les composés hydrogénés acides que pour les composés oxygénés acides. Au lieu d'adopter la règle générale^ on commence par mettre le mot acide, et on le fait suivre du nom du corps simple terminé par la désinence hydnque,

Acîde chlorhydrique

signifie un acide formé par le chlore et par l'hydrogène.

Composés des métaux entre eux. — On les désigne par le nom d'alliages. Une combinaison de cuivre et d'étain se nomme un alliage de cuivre et d'étain.

Si le mercure est un des métaux , on appelle cet alliage un amalgame , et on n'emploie pas le mot mercure. L'expression

amalgame d'étain

est synonyme de cette autre ,

alliage de mercure et d'étain.

Nous ne nous occuperons pas ici de la nomenclature des composés organiques

COMPOSàS TERJSAIRES ET QUATERNAmES, SELS.

16, Quand une base et un acide oxygéné se combinent^ le corps formé prend le nom d'oxysel ou simplement de seh

Quand un chlorure basique et un chlorure acide s'unissent, on a un chloroseL

Les expressions de bromosels, iodosels, sulfosels, se comprennent d'elles-mêmes.

Dans les notions qui vont suivre on a pris pour exemples les oxysels, mais elles s'appliquent d'une manière générale aux autres classesde sels; celles-ci sont, d'ailleurs, peu nombreuses et fort imparfaitement étudiées parce qu'elles présentent peu d'intérêt.

Lorsqu'on expose à l'action d'une pile un sel alcalin dissous

HOHENCIATURE. il

dans l'eau, comme le snltiite de soude, ce sel est décomposé, et si l'on a coloré cette liqueur avec du sirop de violettes, le liquide se colore eu rouge au pâle positif et eu vert au pÔle négatif Çfig. 17); donc Tacide est l'élément électro -négatif. Dès lors on doit le désigner en premier lieu, pour suivre la règle donnée plus haut (1 5).

Si l'on verse avec précaution de l'acide sulfurique dans de la potasse, il arrive un moment où les propriétés acides du premier et les réactions basiques du second se masquent et se saturent, se nenlralisent mutuellement : on dit alors que le sel est neutre.

Pour le désigner on remplace la désinence ique de l'acide par ate, eton le fait suivre du mot neutre et du nom de la base.

Sol&te neutre de potasse désigne le sel neutre formé par l'acide sulfurique et la potasse.

Sulfate neutre d'oiyde d'a^tent indique le set formé par l'acide sulfurique et par l'oiyde d'argent.

En général on supprime le mot oxyde pour abréger, mais il ne faut jamais oublier que quand on dit

SDlfale de fer, cela signifie

saKale d'oxyde de fer, 11 est.clair que l'on ne peut pas faire cette abréviation quand

n NOHENGLATUftË.

le même métal forme avec Toxygène deux oxydes basiques. C'est précisément ce qui arrive pour le fer : il forme avec l'oxygène deux oxydes ,

le protoxyde, le sesquioxyde,

qui s'unissent avec Tacide sulfurique pour former des sels différents. Dans ce cas on est obligé non seulement de mettre le mot oxyde, mais encore de désigner cet oxyde. Ainsi on dit :

sulfate neutre de protoxyde de fer, sulfate neutre de sesquioxyde de fer;

ou encore.

sulfate neutre de peroxyde de fer,

parce que le sesquioxyde est l'oxyde basique du fer le plus oxygéné.

L'acide sulfurique forme avec la potasse , outre le sel neutre ^ un deuxième sel , qui renferme pour la même quantité de potasse une quantité double d'acide sulfurique; on lui donne le nom de

bisulfate de potasse.

Nous verrons (70) comment on doit comprendre la composi-> tion de ces sels.

11 est des acides qui fournissent des sels plus basiques que le sel neutre : ainsi Tacide acétique fournit avec le protoxyde d^ plomb, outre Tacétate neutre^ des sels qui renferment deux fois plus, trois fois plus^ six fois plus d'oxyde de plomb. On les représente par les noms

d'acétate bibasique de plomb, d'acétate tribasique de plomb , d'acétate sexbasicpie de plomb.

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