POISONS DRASTIQUES
La racine de l'ellébore blanc, veratrum album, et la cévadille^ fournissent au moins trois alcaloïdes: \B.yéraMné C'*H''AzO**? non cristallisée, qui donne à la saponiGcation de l'acide vératrique et une base, la Térine ; la cévadine, C**H*'AzO", que la saponification dédouble en acide cévadique et en nne base, la vérine; la cévadûlené, C*®H"A20** qui^ donne aussi de l'acide cévadique à la saponification.
Les graines du colchique, cokkicum autumnale, fournissent un alcaloïde, C**H"AzO'*, cristallisable en aiguilles amères, solubles dans Teau, plus solubles dans l'alcool et dans l'éther. Il fournit avec l'acide azotique concentré une coloration violette, deyenant bleue, puis jaune. Il donne avec l'acide sulfurique concentré une liqueur violacée ou brune.
Ces substances sont placées parmi les poisons corrosife, parce qu'elles produisent une action irritante très marquée sur les ▼oies digestives.
On range, au point de vue physiologique, ces corps, ainsi que les végétaux qui les fournissent, à côté de l'euphorbe, du croton tiglium et des végétaux qui produisent des effets purgatifs violents, et on en fait un groupe spécial des poisons irritants qu'on appelle poisons drastiques.
alcaloïdes des SOLANËES YIREUSËS.
297. La belladone, atrapa beUadona^ et la pomme épineuse, datura stramonium^ fournissent suivant les uns un même alcaloide, nommé l'atropine ou la daturvne^ dont la formule est
C34]|23XzO^
Suivant d'autres ces alcaloïdes seraient différents (voyez préparation 280. 2<'}.
Cette substance forme des aiguilles fines , fusibles vers 90% se sublimant en partie vers i35<>.
Elle est très peu soluble dans l'eau, très solubledans l'alcool et dans l'éther.
Chauffée avec un réactif oxydant, tel que le bichromate de potasse et l'acide sulfurique, elle dégage de l'essence d'amandes amères reconnaissable à son odeur, et il se sublime des cris-
584 HYOSCIAMINE. SOLANINE.
taux d'acide benzoîque. Avec l'acide sulfurique on obtient une coloration violette dégageant une odeur suave analogue à celle de la rose.
Il est rare qu'on ait à constater des empoisonnements par Vatropine,mais les baies de belladone en produisent fréquemment.
La jusquiame noire, hyosyamus niger, fournit des aiguilles soyeuses qui ont beaucoup de ressemblance avec ratropine, mais qui paraissent agir moins énergiquement que l'atropine (hyosdamine). Son action se porte sur les nerfs, et non sur les muscles. Elle dilate moins les pupilles, elle produit un délire sombre.
La belladone et l'atropine^ le datura, la jusquiame et l'hyosciamine, et, en général, les solanées vireuses doivent être rangées parmi les poisons stupéfiants (209).
L'empoisonnement par la belladone et par la plupart des solanées vireuses est caractérisé par une dilatation énorme de la pupille, et par un trouble tel dans les phénomènes de la vision que la vue s'obscurcit et se perd. Le malade est pris de vertiges, d'hallucinations suivies d'un délire bruyant, et de convulsions. La face est congestionnée, la respiration pénible^ la peau se recouvre souvent d'une éruption pareille à celle de la rougeole.
On ne connaît pas de contre-poison à ces matières; l'infusion de café non torréfié, de thé ou d'une autre substance astringente, est recommandée. Le plus certain est l'emploi rapide et énergique de vomitifs et de purgatifs.
Les caractères de ces alcaloïdes sont à peine connus; aussi ne peut-on pas indiquer dans l'état de la science des réactifs qui permettent de déceler ces matières d'une façon certaine.
Le meilleur moyen que l'expert puisse employer pour s'éclairer sur la nature des poisons des solanées et des autres végétaux dont le principe actif est encore peu caractérisé consiste à faire sur des animaux des recherches physiologiques avec ces végétaux ou avec les principes retirés de ces végétaux qu'on trouve dans le commerce.
M. Desfosse a retiré de la douce-amère, solarium dulcamara, des baies de morelie, solanam nigrum, et des tiges de pommes de terre étiolées, solanum tubernsum, une matière nommée la solamne, C^^H'^AzO'^*. Ce corps est en aiguilles soyeuses, solubles dans l'alcool, fusibles vers 230°. Sa solution est un peu amere. Elle se combine aux acides et forme des sels. Sous l'influence de l'ébullition avec les acides elle fournit une base plus énergique {sulanidine) et de la glucose.
AGONITINE. DIGITALINE. 585
AeoniHne. On a retiré depuis longtemps de Taconit napel, aeonitum napdlus, une poudre incolore, amorphe, amèrc, soluble dans l'alcool, peu soluble dans Téther et pour ainsi dire insoluble dans Teau.
Ce corps fond yers i2ù^. Il est alcalin. C'est un agent toxique d'une grande énergie.
H. Duquesnel a retiré de l'aconit napel un alcaloïde cristallisé dont la formule est C<^^H^<^AzO*.
On épuise la racine d'aconit pulvérisée avec de Talcool très fort additionné de -^ d'acide tartrique. On distille la liqueur au-dessous de (iO<^ à l'abri de Tair, et on ajoute de l'eau à l'extrait pour séparer divers corps gras ou résineux. La solution aqueuse est agitée avec de Tether qui enlève aussi des matières colorantes, puis sursaturée par du bicarbonate de soude. Enfin un nouveau traitement à Téther enlève Talcaloide qui cristallise par la concentration de la liqueur éthérée à laquelle on a ajouté de l'essence de pétrole.
Ce corps, insoluble dans Teau et dans les huiles de pétrole, se dissout dans l'alcool, Téther, la benzine et le chloroforme. Il est légèrement alcalin et fournit par l'action directe des acides des sels facilement cristallisables.
La plus petite quantité de cet alcaloïde produit sur la langue, comme les préparations de l'aconit, une sensation de fourmillement caractéristique. Ce corps est un poison d'une violence extrême, dont l'action physiologique est analogue à celle de la curarine; elle détruit d'abord le pouvoir moteur des nerfs.
M. Wright dit que l'aconitine ainsi préparée n'est pas pure ; que l'éther en sépare une base inerte (picraconitine) incristalUsable, et qu'alors l'aconitine a pour formule C**H^'AzO'^.
L'aconitine s'attaquerait aussi par les alcalis et se dédoublerait en acide benzoîque et en une base amorphe Vaconine.
L'aconitum ferox renfermerait une base différente, la pseudoaconitine, très active, dont la formule est C'H^'AzO**. Cette base offre avec les alcalis des dédoublements très intéressants. Elle donne de l'acide diméthylprotocatéchique et de la pseudo-aconine :
L'aconitine agirait spécialement sur le cœur et la pseudoaconitine sur les mouvements respiratoires.
&86 ÉSER1NE. PItOGARPTNB. DI6ITÂUNE.
ÉSERINE.
Cet alcaloïde se retire de la fëye de Calabar (280. 2®).
L'éserioe est peu soluble daos l'eau et facilement soluble dans l'alcool, le chloroforme, l'éther. Chauffée avec l'ammoniaque au bain-marie^ elle donne par évaporation à Tair une belle couleur bleue. Elle se colore en rouge avec la potasse au centième. Elle a la propriété de contracter fortement la pupille.
On emploie le bromhydrate et le sulfaite neutre.
PnJOCARPINE.
Elle se retire des feuilles et de l'écorce du Jaborandi y PUocarpus pinnatus (rutacées). On l'obtient par le procédé décrit (280. 2«).
C'est une matière molle^ peu soluble dans Teau, très soluble dans l'alcool, l'éther et le chloroforme.
Elle est dextrogyre.'
Elle produit une salivation énergique.
DIGITALINE.
298. Cette substance a été retirée à l'état amorphe, par MH. HomoUe et Quévenne, de la digitale pourprée.
En 1871 M. Nativelle est parvenu à préparer la digitaline cristallisée.
Le traitement extrêmement compliqué repose sur le mode indiqué (280. 2<>). Seulement on commence par précipiter la digitaline par l'acétate de plomb neutre pour séparer beaucoup de matières étrangères, et c'est ce précipité qu'on épuise par Talcool. Il faut plusieurs traitements à l'alcool, au noir, à l'acétate de plomb, à l'éther, au chloroforme.
1 kil. de digitale en donne à pehie 1 gr. Elle se présente en aiguilles courtes, blanches, légères, à peine solubles dans l'eau et dans l'éther. L'alcool à 90° la dissout bien. Son meilleur dissolvant est le chloroforme.
La digitaline a une saveur très amère. Lorsqu'on mouille la digitaline avec de l'acide sulfurique concentré et qu'on expose ce mélange aux vapeurs de brome, il se colore de teintes violacées diverses suivant les proportions. L'acide chlorhydrique concentré la colore en vert émeraude d'une extrême intensité.
Un quart de milligramme suffit pour produire les effets ordinaires de la digitaline. Un milligramme amène au bout de