DES OXIDES MÉTALLIQUES
Les oxides métalliques , comme nous l'avons déjà dit, sont le produit de l'union d'un métal avec l'oxigène. Plusieurs métaux n'en absorbent qu'une seule proportion, tandis qu'il en est d'autres qui en prennent plusieurs, et qui, par cette propriété, donnent
( «98) lieu à deux, trois, et même quatre oxides. On indique les divers degrés d'oxigénationpar les épithètes deprolo, deuto , trilo etper. Nous connaissons plus de soixante oxides qui ont été plus ou moins bien étudiés.
Histoire. Les oxides métalliques furent connus en même temps , et quelques-uns avant leurs métaux ; on leur avait donné le nom de chaux ou terres métalliques. Les stalhiens les regardaient comme des métaux dépouillés de phlogistique , qu'il suffisait de leur restituer, par le moyen du charbon , pour les revivifier. Lavoisier les nomma bases salifiables, dénomination qui ne saurait leur appartenir exclusivement, attendu qu'elle leur est commune avec plusieurs composés non métalliques. Presque tous les chimistes en ont fait l'objet de leurs recherches ) mais c'est à Lavoisier que nous devons les connaissances les plus précieuses sur ces composés , ainsi qu'à M. Davy, qui a démontré, par un grand nombre d'expériences, que les terres et les alcalis étaient des oxides métalliques. Berzélius a complété leur histoire en faisant connaître que les proportions diverses d'oxigène, dans la composition des oxides d'un même genre, étaient soumises à des lois invariables.
Propriétés physiques. Les oxides métalliques sont tous solides et cassans; réduits en poudre, ils ont un aspect terne; à l'exception de celui d! osmium , ils sont inodores, presque tous insipides, le plus grand nombre diversement colorés, d'un poids spécifique supérieur à celui du métal et à celui de l'eau , ceux de potassium et de sodium exceptés.
( *99 ) Us n'exercent aucune action sur l'infusion de tournesol, à moins qu'elle n'ait été rougie par un acide; alors, en le neutralisant, ils rétablissent sa couleur. Certains colorent en vert le sirop de violettes, et font passer au rouge la couleur jaune du curcuma.
Propriétés chimiques. Par l'action du calorique , les uns, comme ceux de la première section, n'éprouvent aucun changement; ceux de la cinquième et de la sixième S8nt revivifiés aisément ; et ceux de la deuxième, troisième et quatrième ne sont point désoxidés. Il arrive seulement que plusieurs perdent une portion de leur oxigène à un degré de chaleur très-fort, et forment des oxides moins saturés de ce gaz , tandis que d'autres , tels que les protoxides de barite , de cuivre, de for, de plomb , en absorbent davantage.
Il n'est que deux oxides qui soient volatils; ce sont ceux d'arsenic et d'osmium. Il en est qui sont infusibles dans nos meilleurs fourneaux de forge; de ce nombre sont ceux de la première section, ainsi que les protoxides de barite, de chaux et de strontiane; et d'autres qui, avant de se fondre, abandonnent leur oxigène; ce sont ceux des dernières sections; Y osmium seul fait exception à cette règle. Ceux des autres sections sont plus ou moins fusibles. Généralement parlant , les métaux très - fusibles donnent des oxides qui partagent celte propriété. Le bismuth, le potassium, le sodium, le plomb, etc. , nous en offrent des exemples.
Action de la lumière. Elle n'est susceptible d'agir que sur les oxides qui abandonnent facilement
( aoo ) l'oxigène, comme ceux d'or, d'argent; encore même cette action n'est-elle pas bien démontrée*
Action de V électricité . À l'exception des prétendus oxides de la première section , tous les autres peuvent être décomposés par une pile d'environ cent paires. Pour, faire cette expérience, on mouille légèrement une petite quantité d'oxide, qu'on met en contact avec les deux fils de la pile; aussitôt on remarque que le métal passe au pôle négatif et l'oxigène au pôle positif. Si le métal est susceptible de s'amalgamer avec le mercure, celui-ci facilite puissamment cette opération. On prend l'oxide, on en fait avec l'eau une pâte assez ferme, avec laquelle on forme une espèce de capsule qu'on remplit de mercure. On place cet appareil sur une plaque métallique qu'on fait communiquer avec le fil positif et le mercure avec le négatif. Bientôt après , le mercure de la capsule est changé en un amalgame épais. C'est à M. Davy qu'on doit la connaissance du plus grand nombre des découvertes importantes qui se sont opérées de cette manière.
Action du fluide magnétique. Jusqu'à présent on n'a trouvé que les prôto et deuto oxides de fer, qui fussent magnétiques.
Action de Voxigbie. Le gaz oxigène humide est absorbé à froid par quelques oxides ; sec, on n'a aucune connaissance de cette absorption, à moins que de citer l'action du protoxide de potassium sur ce gaz, qui se convertit en deutoxide; ce que M. Thénard attribue à la chaleur qu'il suppose se développer lors de la formation du protoxide, et qui doit favoriser la nouvelle oxidation. Au rouge cerise , plu-
sieurs oxides s'emparent d'une nouvelle quantité de ce gaz , qu'ils retiennent avec beaucoup de force à cette température , tandis que ceux de la sixième section l'abandonnent.
Action de l'air. Son action sur les oxides est la même que celle du gaz oxigène, avec cette seule différence que ceux qui sont susceptibles de se combiner avec l'acide carbonique, absorbent celui de l'air et passent à l'état de souscarbonates et de carbonates.
Action de l'hydrogène. Nulle à froid; à une température plus pu moins forte, il est sans action sur ceux de la première section , fait passer à l'état de protoxide les deuto et peroxides de la seconde, et réduit presque tous ceux des autres : il se forme alors de l'eau par l'union de l'oxigène du métal avec le gaz hydrogène. On fait cette opération en plaçant horizontalement dans un fourneau un tube de porcelaine , assez long pour dépasser des deux côtés la circonférence du fourneau de quelques pouces. Après qu'on a introduit au milieu de ce tube l'oxide sur lequel on veut opérer, on y adapte, d'un côté, un tube de verre, par lequel on y fait passer un courant de gaz hydrogène, et de l'autre bout, un autre tube qui va plonger dans un flacon à double tubulure, plongé dans l'eau froide ou entouré de glace. Tout étant ainsi disposé, on chauffe plus ou moins le tube de porcelaine, suivant la nature de l'oxide, et on y établit un courant de gaz hydrogène. L'oxide est complètement réduit ou ne peut plus être dcsoxidé, quand il ne se condense plus d'eau dans le flacon, et qu'on ne recueille que du gaz hydrogène.
Action du carbone. L'action de ce combustible est d'autant plus intéressante qu'elle est de la plus grande importance pour l'exploitation des mines. En effet, à un degré de calorique plus ou moins fort, il réduit tous les oxides métalliques, si l'on en excepte ceux de la première section, qu'on ne regarde comme oxides que par analogie, ainsi que les oxides de calcium , de barium, de strontium et de lithium, dont les deutoxides des trois premiers sont réduits par le carbone à l'état de protoxides. En agissant sur les oxides, le car&iie passe lui-même à l'état d'oxide ou d'acide.
Il passe à l'état d'oxide, i°sil'oxide métallique est difficile à réduire, quelles que soient d'ailleurs les proportions de charbon qu'on ait employées ; 2° si i cette réduction n'est pas bien difficile et qu'on met te un excès de charbon.
Il passe à l'état d'acide carbonique , si la réduction est facile, comme si la quantité d'oxide l'emporte sur celle du charbon.
Il est aussi des cas où il se produit en même temps de l'oxide de carbone, et du gaz acide carbonique,
Action du phosphore. Nulle sur les oxides de la ai première section; s'unit avec les protoxides de la deuxième, et donne lieu ordinairement , avec les* deutoxides de cette même section, à des oxides phosphurés et à des protophosphates. Tous les oxides1 des quatre autres sections sont décomposés par ce' combustible , et les produits nouveaux qu'on obtient sont très-variables. En général, lorsqu'on opère sur un oxide de ces sections dont la réduction est aisée,
on obtient un phosphure et de l'acide phosphorique; si cette réduction est difficile, ces produits sont un phosphate métallique et un phosphure. Presque toujours ces décompositions ont lieu avec dégagement de calorique et de lumière. Dans tous ces cas, on voit les oxides désoxidés en partie par une portion de phosphore qui passe à l'état d'acide phosphorique, lequel s'unit quelquefois avec l'oxide non désoxidé, quand on opère sur un oxide difficile à réduire, tandis que l'autre proportion d'oxide déjà désoxidé, s'unit avec le phosphore pour former un phosphure. Quand l'oxide est facile à réduire, il s'unit en entier avec le phosphore , et l'acide phosphorique reste libre. Je ne pousserai pas plus loin cet examen : les pliosphures n'étant d'aucun usage en médecine, j'ai cru devoir passer sous silence leurs préparations.
Action du soufre. Nulle sur les oxides de la première section , et décomposant tous ceux des autres à l'aide d'une forte chaleur, en donnant lieu à des sulfures et à des.sulfates avec les oxides de la deuxième , et opérant la réduction de ceux des autres. Dans ces cas, il se dégage toujours du gaz acide sulfureux, et il se forme le plus souvent un sulfure. À une température au-dessous de la chaleur
. rouge , le soufre s'unit avec les oxides dont la réduction est difficile, et forme des oxides sulfurés.
, Cette propriété, comme on l'a déjà vu, est commune
s au phosphore.
Lorsqu'on fait bouillir dans l'eau le soufre avec un oxide métallique alcalin, une partie de ce liquide est décomposée; son oxigène se porte sur
îe soufre, et forme de l'acide protosulfurique > ( hyposulfureux ) , qui s'unit avec une partie de l'alcali à l'état salin; l'hydrogène se porte sur un autre partie du soufre, et forme un soufre hydro- ; gêné qui, en s'unissant avec l'autre partie de la base , constitue un sulfure hydrogéné , ou un hydrosulfate s«//are'soluble, tandis que l'autre ne l'est point. Cette action peut même avoir lieu à froid : c'est cette préparation qu'on connaissait autrefois sous le nom de foie de soufre par la voie humide.
Action du sélénium. Ce combustible peut s'unir avec le plus grand nombre d'oxides, mais principament avec les protoxides.
Action du bore. Point étudiée.
Action du chlore gazeux. Ce gaz ne décompose ; des oxides de la première section que celui de ■ magnésium , avec lequel il forme un chlorure ; il agit également sur ceux de la deuxième ; quant t à ceux des quatre dernières, on soupçonne qu'il i doit opérer sur eux le même effet. On fait cette j expérience en faisant passer, à travers d'un tube deporcelaine porté au rouge, et contenant l'oxide métallique , un courant de chlore desséché par le chlo- , rure de calcium; l'on obtient de suite un chlorure métallique et du gaz oxigène, qu'on peut recueillir i sur la machine pneumatochimique.
Action du chlore liquide. Si Ton place dans 1er chlore liquide, à la température atmosphérique, la i plupart des oxides métalliques, principalement ceux\ de la deuxième section, l'on obtient, en premier lieu, des chlorures d'oxides qui , presque toujours, passent ensuite à l'état de chlorates et d'hydrochlo-
( ao5 ) rates. La potasse nous en offre un exemple bien évident. Il est constant que dans cette expérience l'eau est décomposée, et que ses deux principes constituans se portent sur le chlore et forment avec lui deux acides qui se combinent avec l'oxide.
Action de Viode sec. A une température élevée, il n'exerce aucune action sur la plus grande partie des oxides, se combine avec quelques-uns, et opère le dégagement de l'oxigène d'un petit nombre. C'est ainsi qu'il s'unit avec les oxides de barium , calcium et strontium ; qu'il forme des iodures avec ceux de potassium, de sodium, de plomb et de bismuth, en opérant le dégagement de l'oxigène. L'iode est également susceptible d'agir d'une manière particulière sur les protoxides de cuivre et d'étain, avec lesquels il forme des iodures et des peroxides. Dans ces cas, l'oxigène de la partie de l'oxide désoxidé, se porte sur l'autre et la fait passer à l'état de peroxide, tandis que la portion du métal réduit forme avec l'iode un iodure. Quant aux oxides irréductibles par eux-mêmes, ils n'éprouvent aucune altération de la part de ce combustible.
Action de Viode liquide. Les oxides alcalins de la deuxième section, de même que celui de magnésium , unis avec une solution d'iode, opèrent conjointement la décomposition de l'eau : ses deux principes constituans se portent sur l'iode et la convertissent en acide iodique ethydriodique, lesquels s'unissent à la base alcaline et forment des sels presque insolubles avec le premier acide, et très-solubles avec le second. Les oxides, qui ne neutralisent pas tout-à-fait les acides, n'opèrent point cet effet.
( aoG )
Action de V azote. Nulle.
Action des métaux. Cette action des métaux sur les oxides est très-compliquée : il en est qui s'emparent de tout l'oxigène de l'oxide, et, s'ils sont en proportions suffisantes, s'allient avec celui qu'ils ; ont revivifié. Si l'on traite ainsi des deuto ou tritoxides, il arrive quelquefois qu'on obtient deux oxides d'un degré d'oxidation différent, qui se combinent ordinairement ensemble. Il est enfin des métaux qui n'exercent aucune action sur l'oxide sur lequel on cherche à les faire agir. Ces divers faits . reconnaissent pour cause ,
i° La volatilité de l'oxide employé , et celle de sa base métallique ;
i° La volatilité du métal mis en expérience, et i celle de l'oxide qu'il doit former ;
3° La plus ou moins grande affinité du métal pour l'oxigène;
4° La tendance de l'oxide, qui doit se former, à i s'allier avec celui sur lequel il exerce son action ;
5° La cohésion du métal et celle de l'acide,-
6° La tendance du métal à se combiner avec celui de l'oxide.
L'on peut consulter à ce sujet , avec le plus grand I avantage, le Traité de chimie de M. Thénard,qui offre des exemples évidensde ces action» diverses, et des développemens très-curieux.
Action des corps combustibles composés.
Le gaz hydrogène carboné à froid , rien. À une température plus ou moins élevée, fait passer les deutoxides alcalins a l'état de protoxides, et opère -
TABLEAU
De V action qu'exercent les oxides sur le peroxide d'hydrogène a froid.
OXIDES
qui , en obsorbant l'oxigéne de l'eau oxigénée , la ramènent à l'état de protoxide , rangés d'après leur degré d'action.
OXIDES
qui dégagent l'oxigéne de ce peroxide sans éprouver eux-mè-
Barite.
Strontiane.
Chaux.
Hydrate bleu de deutoxide de cuivre , et deutoxide de ce métal calciné.
Oxide de zinc pur ou hydraté.
Hydrate et oxide de nickel
Protoxides de manganèse , de fer , de cobalt et d'étain hydratés.
Deutoxide d'arsenic (5).
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OXIDES
dégageant et Poxigène de ce peroxide et le leur, en tout ou en partie.
Peroxide de manganèse trèsdivisé (a).
Peroxide de cobalt.
Massicot.
Tritoxide de fer sec ou à l'état d'hydrate.
Deutoxide de fer (3).
Oxide de nickel en poudre noire, deutoxide de cuivre en poudre brune.
Oxide de bismuth en poudre jaunâtre.
Potasse.
Soude.
Magnésie en poudre ou en gelée.
Oxide d'urane.
Oxide de titane.
Deutoxide de cérium.
Oxide d'argent.
Deutoxide et tritoxide de plomb.
Deutoxide de mercure pur et à l'état d'hydrate
Oxide d'or.
Oxide de platine.
Oxide d'osmium (4)
OXIDES
sans action marquée sur le peroxide.
Alumine.
Silice .
Oxide de chrome.
Proto et deutoxide d'antimoine. V
Deutoxide d'étain.
Acide tungstique.
OBSERVAT IONS.
(0 Leurs hydrates ont peu d'action.
(2) Plus ces oxides sont divisés , plus Faction est vive ; en limaille , elle est moins énergique, et lorsqu'ils sont en masse leur action est encore plus fai blc. Ceux que nous indiquons dans ce tableau étaient très divisés.
t.3) Action très-faible.
(4) L'effet n1 a lieu que tout autant qu'on y ajoute une petite quantité de potasse.
(,5) Passe à l'état acide.
ZV. B. La plupart de ces expériences ont eu lieu avec le peroxide d'hydrogène très-concentré, et ont été répétées avec l'eau ne contenant que neuf fois son volume d'oxigène : dans ce dernier cas, l'action était plus ou moins lente.
réduction de ceux des quatre dernières sections ;
se produit de l'eau , de l'acide carbonique, ou de oxide de carbone.
Le gaz hydrogène phosphore. Peu étudié.
Gaz hydrogène sulfuré ou acide hydrosulfuique. A la température ordinaire, il s'unit à l'état ïaMn avec tous les oxides dont la réduction est diffi- :ile et dont la force de cohésion n'est pas très-forte , tandis qu'il décompose tous les autres en donnant ieu à une formation d'eau et d'un hvdrosulfate sul-
kré. Dans ce cas l'oxide perd une partie de son xigène, qui s'unit avec une partie de l'hydrogène îe l'acide hydrosulfurique, pour former de l'eau, tandis que l'acide non décomposé s'unit avec le soure mis en liberté et l'oxide moins oxigéné.
Action des acides. Presque tous les oxides s'unissent avec tous les acides pour former des sels. Lorsque nous traiterons de ces composés, nous examinerons leur action.
Action de Veau. Il n'y a que huit oxides qui soient solubles dans ce menstrue : le deutoxide d'arsenicy Voxide d'osmium et les protoxides de la deuxième section.
Action de Veau oxigénée. Quelques-uns sont $ans action sur ce liquide; d'autres en absorbent Poxigène et le ramènent à l'état de protoxide; d'autres opèrent la même action sans s'oxider; il en est enfin qui perdent une partie, et même tout leur oxigène, en dégageant celui de ce peroxide. Nous allons exposer cette différence d'action dans le tableau ci-contre.
Etat naturel. L'on regarde maintenant comme
( 2o8 ) des oxides toutes les substances qui portent également le nom de terres. Quelques-uns de ces oxides existent purs et isolés; tels sont la silice, l'alumine, le peroxide de manganèse, le deutoxide d'arsenic, etc. Il en est enfin qui sont combinés entre eux ou bien avec divers acides.
Préparation. On peut oxider les métaux de diverses manières , soit en les calcinant à une température plus ou moins élevée, avec le contact de l'air ou du gaz oxigène, en précipitant leurs dissolutions salines par les alcalis, en faisant agir sur eux l'acide nitrique, en soumettant les nitrates et t les carbonates à une forte chaleur, ou bien en les s traitant par le peroxide d'hydrogène étendu d'eau. Il en est aussi quelques-uns qu'on peut obtenir par le moyen de l'eau , ou en calcinant un métal avec un deuto ou peroxide, et surtout par une forte décharge électrique.
Composition. Les proportions d'oxigène dans les^ oxides sont tellement inégales, qu'il est des peroxides, parmi lesquels nous nous bornerons à citer i ceux de potassium, de sodium et de manganèse, qui sont composés de plus du tiers en poids d'oxigène , tandis que d'autres n'en ont que 5 à 6 centièmes. Nous devons à Berzéliusla connaissance d'un fait important, qui démontre que les oxides métalliques s'écartent de la loi générale à laquelle tous^ les corps composés sont soumis , et qu'ils semblent être soumis à une nouvelle loi de composition. D'après cette loi il serait reconnu qu'un métal, en se< combinant avec l'oxigène, forme divers oxides, dans< lesquels le métal et l'oxigène sont presque toujours
( 2og ) dans un rapport simple. Un deutoxide peut donc être composé d'une fois et demie ou deux fois plus d'oxigène que le protoxide, etc.
Usages. De tous les oxides connus, il n'y en a que vingt-neuf qui soient employés dans les arts et en médecine; treize surtout s'appliquent à l'art de guérir. Lorsque nous traiterons de chacun de ces oxides, nous dirons un mot de leurs usages. Nous allons les examiner dans le même ordre que nous avons étudié leurs bases métalliques.
PREMIERE SECTION
Des terres ou oxides terreux.
On a rangé dans cette section les substances qu'on soupçonne, par analogie, être des oxides métalliques, sans que, par aucun moyen connu, on ait pu en opérer la réduction. Quoique cette opinion ne soit fondée sur des expériences ni bien positives ni nombreuses, sans la partager entièrement, nous l'admettrons pour conserver la même classification suivie par nos meilleurs chimistes. C'est principalement aux travaux de M. Davy que nous devons cette opinion sur la nature métallique de ces corps, qui étaient connus avant lui sous le nom de terres. On en compte sept :
l'oxide de silicium, — d'yttrium ,
— de zirconium, — de glucinium,
— de thorininm, — de magnésium.
— d'aluminium.
On a changé les diverses terminaisons qu'avaient ces corps, lorsqu'ils étaient regardés comme des terres, pour leur donner celle en ium , qu'on a éga-
lement appliquée aux métaux qu'on a découverts. Silice , ou oxide de silicium.
Histoire. La silice est connue de temps immémorial sous le nom de terre vitrifiable, quartz, cristal de roche, etc. Elle est partie constituante d'un genre de substances pierreuses particulières , qui ont pour signe caractéristique de faire feu au briquet.
Propriétés physiques. Très- blanche, infusible, rude au toucher, rayant les métaux, insoluble dans le plus grand nombre d'acides, s'unissant avec les bases et les neutralisant de manière à tenir plus de la nature des acides que de celle des oxides ; légèrement soluble dans l'eau, puisqu'on trouve déposés dans les fentes des rochers où pénètrent les «aux, de très-beaux prismes de cristal de roche; ce qui suppose une dissolution de la silice dans ce liquide. Les eaux de quelques sources en contiennent aussi en dissolution. Poids spécifique 2,66.
Action du carbone. M. Stromeyer a annoncé qu'en soumettant à l'action d'une forte chaleur un mélange composé de fer, de silice et de charbon , on obtenait pour produit un alliage de fer et de silicium. Plusieurs chimistes ont répété sans succès cette expérience dont M. Berzélius dit avoir reconnu l'exactitude.
Préparation. La silice existe à l'état de pureté dans le cristal de roche; lorsqu'on veut l'obtenir par des procédés chimiques, on fait fondre, dans un creuset , deux parties de potasse ou de soude caustique avec une de sable blanc en poudre; on
(au ) coule dans 'une bassine; on l'introduit ensuite dans une capsule où on la fait bouillir avec quatre ou cinq parties d'eau; on filtre la liqueur, on y verse un excès d'acide sulfurique, ou nitrique ou hydrochlorique étendus d'eau, qui s'emparent de l'alcali avec lequel ils s'unissent à l'état salin, et la silice se dépose à l'état d'hydrate. On lave le précipité à plusieurs eaux, on filtre, on le fait sécher, et on le chauffe jusqu'au rouge. On a par ce moyen la silice pure.
Usages. La silice diversement colorée est la base de plusieurs pierres précieuses. Elle est d'un usage très-étendu dans les arts. À l'état de grès, on en fait des meules et des pierres à aiguiser; à celui de silex, on la taille en pierres pour les fusils; à celui de quartz, on en fait des lustres et divers bijoux; à celui de sable, elle sert de filtre pour clarifier les eaux. Avec la chaux, elle forme les mortiers; avec la soude et la potasse , le verre et les cristaux; avec l'alumine, les diverses poteries et la porcelaine.
En médecine on faisait entrer dans la confection d'hyacinthe, comme absorbant, les pierres connues sous le nom de hyacinthes, qui sont un quartz coloré par un oxide métallique.
Zircone, ou exide de zirconium.
Histoire. Découvert par Rlaproth, en 1789, et successivement étudié par MM. Guyton de Morveaux, V auquel in et Chevreul.
Propriétés. Blanc, doux, insipide, n'éprouvant aucune décomposition de la part de l'air ni du gaz oxigène. Son poids spécifique est égal à 4>3.
En se combinant avec les acides, le plus grand nombre des sels qu'il donne sont insolubles. L'hydrate de cet oxide, soumis à l'action du calorique, commence par noircir, et finit par devenir incandescent , quoiqu'il n'éprouve pas de combustion.
Etal naturel. MM. Klaproth et Vauquelin l'ont trouvé dans le jargon ou zircon de Ceylan; M. Guyton-Morveaux, dans l'hyacinthe. Les sables des ruisseaux d'Expailly,près du Puy en Vêlai, et dePiso, charient également de petits zircons.
Cet oxide étant sans usages, nous passons sous silence sa préparation.
Alumine, ou oxide d'aluminium.
Histoire. Quoique l'alumine constitue les terres argileuses, les ardoises, les mines d'alun, etc., elle n'a été cependant désignée comme une terre particulière qu'en 1754, par Margraff; et comme un oxide, que depuis les travaux importans de M. Davy sur la potasse et la soude. L'alumine portait, avant la nouvelle nomenclature chimique, le nom d'argile.
Propriétés. L'alumine est blanche, pulvérulente, douce au toucher, happant la langue et formant avec la salive une pâte douce* elle est inodore, insipide, et ne fait éprouver aucune altération aux couleurs végétales. Elle se mêle en toutes proportions avec l'eau, en garde une partie, sans cependant s'y dissoudre. On éprouve la plus grande peine à en séparer les dernières portions de celle qu'elle a absorbée. La plus forte chaleur de nos fourneaux
( ai3) ne fait que diminuer son volume en augmentant sa dureté; c'est sur cette propriété qu'est construit le pyromètre deWegwood : elle n'est fusible, même en très-petite quantité, qu'au chalumeau oxihydrogène. Son poids spécifique est de 2,000; elle se combine avec la plupart des acides, et donne divers sels, dont le principal est l'alun. L'alumine n'éprouve aucune altération, ni de l'oxigène, ni de l'air , ni des fluides impondérables.
L'alumine, unie à l'eau, jouit d'une propriété plastique qu'elle perd par la calcination. On peut la lui rendre en la faisant dissoudre dans les acides, et l'en précipitant par un alcali. Elle a la plus grande affinité pour les matières colorantes végétales avec lesquelles elle s'unit et se précipite pour former diverses laques. On tire parti de cette propriété pour l'impression sur les calicots.
Etat naturel. L'alumine native , la plus voisine de son état de pureté , existe dans le saphir, le rubis, les pierres orientales et la wavellite. Elle est la base des kaolins, des terres à pipes, des terres à foulon , des bols, des ocres, etc., etc.
Préparation. On prépare l'alumine en versant de la potasse pure dans une dissolution d'alun. On lave le précipité, on le fait sécher, et on le chauffe dans une capsule de verre.
Usages. A l'état d'argile, pour luter les cornues, pour construire des murailles, fabriquer les tuiles et diverses poteries, glaiser les réservoirs, les aires, etc.
Oxide de thorinium.
Histoire. Ce nom lui vient de celui d'une divi-
( ai4 ) ni té Scandinave, a laquelle on donnait celui de Thor9 que BerzéliuSjà qui nous devons la connaissance de cet oxide, lui a conservé.
Propriétés. Blanc, insoluble dans l'eau, insipide, s'unissant à plusieurs acides, et absorbant le carbonique à froid ; infusible et irréductible par l'électricité. Peu étudié et par conséquent peu connu ; rare et sans usages.
Yttria, ou oxide d'yttrium.
Histoire. La découverte de cette terre, ou oxide métallique, a été faite en 1754? par Gadolin, dans un minéral auquel on donna son nom , la gadolinite. MM. Vauquelin , Klaproth , Berzélius, etc. , nous ont fait connaître ses propriétés.
Cette terre est blanche, insipide, inodore, insoluble dans l'eau, infusible et inaltérable par l'air, absorbant le gaz oxigène à froid, et l'abandonnant par l'action du calorique.
Sans usages.
Magnésie , ou oxide de magnésium.
Histoire. Quoique cette terre soit une de celles qui constituent une classe de minéraux , elle est restée confondue avec la chaux jusqu'en 1722, époque à laquelle Frédéric Hoffmann soupçonna sa nature particulière. Cène fut pourtant qu'en 1755 que Black convertit ce soupçon en certitude.
Propriétés. Blanche, douce au toucher, sans saveur ni odeur, verdissant le sirop de violettes, insoluble dans l'eau , infusible et devenant phosphorescente par la chaleur, s'unissant avec les acides,
( at5 ) pour former divers sels. La magnésie en poudre ou en gele'e , sur laquelle on verse de l'eau oxigénée très-concentrée, ou même ne contenant que neuf fois son volume d'oxigène, en dégage ce gaz, sans éprouver elle-même aucun changement; son poids spécifique est de 2,3.
Etat naturel. Cet oxide n'existe dans la nature qu'à l'état salin ou bien uni à d'autres oxides dans le mica, l'amiante, la pierre ollaire, etc.
On l'obtient en précipitant les sels magnésiens par un alcali.
Usages. La magnésie est devenue d'un trèsgrand secours pour la chimie, pour séparer de leurs combinaisons salines diverses bases salifiables, telles que la strychnine, la morphine, etc. Elle a , par ce moyen , puissamment contribué aux progrès de l'analyse végétale. Elle jouit d'une propriété remarquable, c'est d'indiquer la présence du salep dans une décoction mucilagineuse. En effet M. Brunder d'Hozton a reconnu que vingt grains de salep et trente grains de magnésie, traités par quatre onces d'eau bouillante, donnaient une pâte solide , ferme et transparente , qui , au bout d'nn mois, n'éprouvait encore aucune altération. Cette curieuse expérience a été répétée, cette année , à la société de pharmacie de Paris, avec le même succès. La gomme adragante, l'amidon, le gluten, ni l'albumine ne partagent point cette propriété. Cette colle ou gluten, ainsi obtenue, est insoluble dans l'eau , l'alcool , la potasse caustique , les huiles douces et celle de térébenthine; les acides la dissolvent en partie, etc. On voit qu'il est facile de distinguer
par ce moyen si le salep en poudre est mêlé avec du sagou ou d'autres fécules.
En médecine , la magnésie est employée comme purgatif, mais principalement pour absorber les acides qui se forment dans les premières voies; contre la tympanite des bêtes à corne, contre les empoisonnemens par les acides , etc.
G lutine , ou oxide de glucinium.
Histoire, Découverte en 1798 dans l'émeraude , par M. Yauquelin , qui lui donna ce nom parce que ses sels solubles sont très-doux.
Propriétés. Blanche, sans saveur , infusible, insoluble dans l'eau, et d'un poids spécifique de 2,967. Cette terre est sans action sur Toxigène et l'air; elle absorbe le gaz acide carbonique à froid; le calorique suffit pour l'en dégager.