OXIDES DE LA DEUXIEME SECTION
Les oxides de cette section décomposent l'eau à la température atmosphérique, et s'unissent avec l'oxigène à la chaleur même la plus forte. Ces oxides sont :
deux de calcium, deux de sodium ,
deux de stroutium, deux de potassium,
deux de barium, un de lithium.
Ces oxides ont pour caractères généraux d'être sapides, de verdir le sirop de violettes, de rétablir la couleur bleue des végétaux , rougie par un acide, et de rougir l'infusion du curcuma.
( 217 ) Des oxides de calcium.
Du protoxide ou chaux.
Histoire. La chaux, chaux vive ou terre calcaire, est connue de temps immémorial; elle fait partie d'une foule de minéraux, et constitue, à l'état de carbonate, une partie des montagnes qui existent à la surface du globe; elle forme également les marbres, lesquels doivent leurs diverses couleurs à d'autres oxides métalliques. Son poids spécifique est de 1,3.
Propriétés. D'un blanc sale; susceptible de cristalliser en hexaèdres; saveur acre et très- caustique; infusible dans nos fourneaux , et sejfondant, au chalumeau de Bloock, en un verre jaune; décomposable par le fluide électrique , qui en sépare le métal de l'oxigène; verdissant le sirop de violettes; soluble dans l'eau et irréductible parla chaleur. L'oxigène et l'air secs ne lui font éprouver aucune altération; s'ils sont humides, elle en absorbe l'humidité, se gonfle, blanchit, se délite, dégage beaucoup de calorique, absorbe pe/ii à peu l'acide carbonique de l'air , et passe successivement de l'état de souscarbonate à celui de carbonate. On opère le même effet sur la chaux, en y jetant de petites quantités d'eau qui , en se combinant avec cet oxide, produisent une si grande quantité de calorique qu'elle est suffisante pour enflammer le soufre, et pour opérer la distillation d'une quantité de vin donnée.
( *i8 ) Je découvris cette propriété en 1820. Je me propose de publier dans peu un appareil que j'ai inventé pour cette opération.
Si Ton verse peu à peu de l'eau de chaux dans du peroxide d'hydrogène concentré, on obtient un précipité en paillettes brillantes, qui est un hydrate de deutoxide de chaux, et le peroxide est ramené de suite à l'état de protoxide.
La chaux ne contracte aucune union avec le carbone, le bore, ni l'hydrogène; elle s'unit avec le phosphore, le soufre, et forme probablement des phosphures et des sulfures d'oxide de calcium. Le chlore en dégage l'oxigène et s'unit au calcium. Avec l'iode, elle produit un sousiodure d'oxide.
La chaux jouit de la propriété^ d'absorber jusqu'à -^ d'eau sans perdre son état solide; il est aisé de voir d'où provient cette grande quantité de calorique qui se produit , et qui est telle que les vapeurs d'eau qui se dégagent entraînent avec elles de la chaux. Le protoxide de calcium, en se combinant avec ce liquide, devient parfois lumineux, si l'on opère dans un lieu obscur ; il porte le nom d'hydrate. Il forme, avec une plus grande quantité d'eau, une pâte homogène qui se dissout entièrement dans ce liquide, dans la proportion de o,o4, de chaux. Cette solution est plus forte à froid qu'à» chaud ; placée sous le récipient de la machine pneumatique, avec une capsule pleine d'acide sulfurique, elle cristallise , suivant M. Gay-Lussac , en prismes > hexaèdres transparens.
Préparation. On obtient le protoxide de chauxv en calcinant fortement les carbonates calcaires y et
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jusqu'à ce qu'ils ne fassent plus effervescence avec les divers acides.
Composition. Le protoxide est formé de 100 de calcium et de 38, i d'oxigène.
Usages. Unie au sable , elle forme les mortiers , les cimens, etc. ; chauffée avec la silice, le produit est une espèce de porcelaine; elle favorise la fusion des matières vitreuses, et sert à rendre caustiques la potasse et la soude, en leur enlevant l'acide carbonique avec lequel ces oxides sont combinés. Avec le sang de bœuf, on en fait un lut qu'on applique sur les tonneaux, et que le vin ne peut Ipénétrer dès qu'il est sec. Unie avec un peu d'argile, elle donne un mortier qui n'est pas attaqué par l eau , et qui est connu sous le nom d/* chaux hydraulique.
Vertus. Le protoxide de chaux , à la dose de 4 i 8 grammes, est un poison très-corrosif. Il était adis appliqué à l'extérieur comme caustique. L'eau le chaux est recommandée pour neutraliser les cides dans les cas d'empoisonnement par ces corps, ^a dose peut être de 5 à io onces par jour, dans du ail ou une décoction mucilagineuse. On l'a égalenent employée contre la tympanite et les maladies le poitrine. Le docteur Whit l'a vantée contre la ravelle.
A l'extérieur elle a produit de boris effets dans uelques maladies de la peau.
Les pharmaciens distinguent l'eau de chaux en remière, seconde, etc. Cette distinction n'est pas ms fondement, puisque M. Descroizilles a démon-
é que la chaux était unie à une petite quantité
de potasse, due à la cendre du bois qui a servi à l'opération, et que la première soutien entraîne de manière qu'on doit se servir de l'eau seconde ou
troisième , etc.
Deutoxide de chaux.
La découverte en est due à M. Thénard. On la prépare en versant de l'eau de chaux dans de 1 eau oxigénée, contenant douze fois son volume de gaz
°lgedeeutoxide esten paillettes brillantes; avec le contact de l'air ou de l'eau, il passe à 1 eut de protoxide , ainsi que par le calonque et les acides.
Les proportion! d'oxigène qu'il contient sont à celles du protoxide :: ^ : i.
Barite,ou protoxide de barium.
Histoire. Le protoxide de barium , connu sous. le nTm de barite! terre pesante , fut découvert par
"StZfflu b-ite pure est en morceaux poreux d'un blanc grisâtre, très-caustique, verdis* I m les couleurstleues végétales, * compos^' par le fluide électrique, et d'un poids spécih ^suivant Hassenfratz, égal à a.3,4,* ™" Fou croy,à 4,ooo. L'eau agit sur elle a peu p e comme fa'chL, avec la différence q-f l.M^ de barite ne contient , sur ioo parties d oxide , q» , ,,,5 d'eau. Une autre différence encore entre ce, ox de et cluidecalcium^'est que celni debanun est soluble dans vingt fois son pends d'eau froide et dans deux ou trois d'eau bouillante ; tand s qu celui de chaux est plus soluble» froid qu'a chaud
L'eau de barite, préparée par l'ébullition, donne par le refroidissement des cristaux octaèdres ou des prismes hexaèdres terminés par des sommets tétraèdres , etc.
L'air sec et l'oxigène sont sans action sur ce protoxide; si le premier est humide, il en absorbe l'eau et l'acide carbonique, et se convertit en hydrate et en souscarbonate. Chauffé avec le gaz oxigène, il passe à l'état de deutoxide, et avec l'air il se forme d'abord un deutoxide et un souscarbonate ; si l'on continue l'opération, tout devient souscarbonate. La barite est fort peu fusible, à moins qu'elle ne soit à l'état d'hydrate. Elle s'unit avec le phosphore , le soufre , avec lesquels elle donne des sulfures et des phosphures. L'eau de barite, ajoutée au peroxide d'hydrogène concentré , en absorbe l'oxigène et y forme un précipité en paillettes brillantes qui est un hydrate de deutoxide de barium. Si l'on fait cette expérience avec la barite en poudre , il se produit une grande chaleur avec dégagement de gaz oxigène.
Préparation. On l'obtient en décomposant par le calorique le nitrate de barite.
Usages. Comme réactif, dans les laboratoires, pour indiquer l'acide sulfurique. M. Gay-Lussac l'a proposée à l'état de cristaux pour reconnaître si l'alcool contient dé l'eau • s'il ne se trouble pas , il est absolu ou anhydre. La barite, ainsi que ses sels, est un poison très-actif ; elle agit non-seulement comme caustique, mais elle est absorbée et produit des accidens nerveux très-intenses. Quelques médecins l'ont conseillée comme un bon fondant; il est aisé
de voir que son emploi exige la plus grande prudence et une main habile.
Deutoxide de barium.
On peut l'obtenir en chauffant le protoxide sous une cloche pleine de gaz oxigène , ou en faisant passer un courant de ce gaz dans un tube de porcelaine porté au rouge, et contenant du protoxide de barium.
Le deutoxide est d'un gris blanc , peu sapide , verdissant le sirop de violettes, passant à l'état de protoxide à une température élevée , ainsi que par un grand nombre de corps combustibles. Suivant les expériences de M. Thénard, ce deutoxide est formé de barium 100 , et d'oxigène 23,338, ou bien du double du protoxide.
Strontiane, ou protoxide de strontium.
Histoire. En 1790 le docteur Crawfort découvrit cette terre dans un fossile, accompagnant la mine de plomb de Strontian, qu'il regarde comme du carbonate de barite. Ce fut Hope et Rlaproth qui, trois ou quatre ans après , firent connaître sa nature particulière.
Propriétés. Blanche-grisâtre , caustique , se comportant avec les couleurs bleues végétales, l'eau, l'air, l'oxigène, les combustibles simples, comme la chaux et la barite. L'eau, à la température ordinaire, en prend la /\oe partie de son poids ) bouillante, la 20e; par le refroidissement, elle cristallise. Son poids spécifique est égal à celui que Fourcroy a
donné pour la barite. La strontiane agit sur l'eau oxigénée comme la barite.
Préparation. Comme celle de la barite.
Composition. 100 de strontium et 18,273 d'oxigène.
Usages. Réactif assez utile. On l'ajoute à l'espritde-vin pour colorer sa flamme en rouge. Caustique et violenfc*>oison; moins fort cependant que la barite. *
On obtient le deutoxide de strontium comme celui de calcium; ainsi que ce dernier, il contient deux fois plus d'oxigène que son protoxide.
2 Oxide de lithium.
Histoire. La découverte de cet alcali fut faite en 1818 par M. Arfwedson, dans la triphane et la pélalite. Berzélius l'a également rencontré dans la rubellite.
Propriétés. Cet oxide est blanc, inodore, trèscaustique, verdissant fortement le sirop de violettes, attirant l'humidité de l'air et passant à l'état de souscarbonate ; plus soluble dans l'eau que la barite, réductible par l'électricité, et ayant pour caractère particulier d'attaquer le platine, lorsqu'on le calcine dans un vase de ce métal avec le contract de l'air, et d'en faciliter l'oxidation.
Composition présumée. 100 de lithium et 78,25 d'oxigène.
Sans usages.
Potasse, ou protoxide de potassium.
Histoire. Cet alcali , ou cet oxide métallique, est
connu depuis plusieurs siècles, dans son état de combinaison avec une portion d'acide carbonique , sous les noms à! alcali végétal, sel de tartre, sel d'absinthe } sel de centaurée, cendres gravelées , salin , potasse, etc. Dans ces divers états il est uni à d'autres sels étrangers dont M. Berthollet parvint à l'isoler en 1 786 par le procédé que nous indiquerons bientôt. M. Davy découvrit sa qatuxe métallique, en le soumettant à l'action de^t pile galvanique.
PropriétéSéCe proloxide est blanc, très-caustique, verdissant le sirop de violettes, très-déliquescent, se fondant à la chaleur rouge , irréductible par la chaleur, et réductible par le fluide électrique; s'unissant à l'oxigène, à une température très-élevée, et se convertissant en peroxide; très-soluble dans l'alcool et l'eau. Son affinité pour ce dernier liquide est telle, que porté à une chaleur rouge il peut en retenir le quart de son poids ; aussi est-il employé pour absorber celle de l'air ou des gaz humides, dans les expérience chimiques. Il s'empare également de l'acide carbonique de l'atmosphère. Mis en contact avec l'eau oxigénée, il en dégage l'oxigène sans l'absorber, et la ramène à l'état de protoxide. La potasse n'éprouve aucune altération de l'hydrogène, du bore, ni de l'azote; elle forme avec le soufre et le phosphore, le sélénium, l'iode et le chlore, des composés dont nous avons déjà parlé en traitant de ces corps. Elle désorganise promptement les substances animales. Son poids spécifique est de 1,7085.
Etat naturel. Dans les cendres des végétaux; com-
binée avec les acides carbonique, sulfurique, nitrique, hydrochlorique, tartrique, oxalique, etc.
Préparation. On peut l'obtenir en calcinant deux parties de potassium avec une de deutoxide. Lorsqu'on veut se la procurer à l'état d'hydrate, on fait bouillir dans l'eau de la potasse avec la chaux, qui s'empare de l'acide carbonique; on filtre et on fait j évaporer à siccité, on fait fondre l'alcali obtenu, et l'on obtient le produit qui est connu, dans les pharmacies, sous le nom de pierre à cautère , potasse caustique. On réduit cet alcali en poudre, et on le fait dissoudre dans l'alcool rectifié; on décante la dissolution claire, on la fait évaporer à siccité, on la tient quelques momens en fusion et on la coule; on la conserve en cet état à l'abri du contact de l'air et de l'eau.
Usages. L'hydrate de potasse est employé pour la fabrication du verre, des savons mous, du salpêtre, de l'alun, de la magnésie, etc. Il est un des bons réactifs. Il est employé à l'extérieur comme scarotique. A. l'intérieur il est vénéneux, en agissant comme un puissant caustique, à moins qu'il ne soit très-étendu d'eau. M. Chereau a fait connaître les bons effets de l'huile dans les empoisonnemens par ce protoxide.
Deutoxide de potassium.
Nous devons la découverte de ce deutoxide à MM. Thénard et Gay-Lussac ; il est d'un jaune verdâtre, très-caustique, verdissant l'infusion de violettes, réductible par l'électricité; loin d'absorber l'oxigène à aucune température, l'abandonnant en
partie, et se dissolvant dans l'eau ; indécomposable par le calorique seul, mais décomposable à l'aide de Fhydrogène, du carbone, du phosphore, du. soufre, du sodium, du potassium , etc. Mis en contact avec le peroxide d'hydrogène , il en dégage l'oxigène, et le ramène à l'état de proloxide. Ses proportions d'oxigène sont à celles du protoxide :: 3 : i. ■ Sans usages.
De la soude, ou protoxide de sodium.
Histoire. La soude, ou alcali végétal , est connue • de temps immémorial. Même historique que la i potasse.
Propriétés. Les mêmes que celles de la potasse, , avec cette différence que son poids spécifique n'est i que de i,336; que les sels qu'elle forme ont des * propriétés particulières , et qu'ils ne donnent pas ? des précipités par l'hydrochlorate de platine, ni par l'acide tartrique, comme ceux de potasse. Une autre différence bien caractéristique , c'est I qu'en attirant l'humidité et l'acide carbonique de l'air, loin de se liquéfier, ce souscarbonate se réduit au contraire en poudre blanche ; enfin , que ses sels sont décomposés presque tous par la potasse. Il opère sur le peroxide d'hydrogène, la même action que ce dernier alcali.
Etat naturel. Ceprotoxide se trouve à l'état de souscarbonate, et sous le nom de natrum, dans plusieurs lacs d'Egypte et de quelques autres contrées. M.Bertholletl'a également rencontré dans plusieurs sources salées d'Afrique, et en efïïorescence dans le Delta. Je l'ai trouvé aussi avec ce savant chimiste, dans
( 227 ) la vaste plaine de l'étang salin (0 près de Narbonne. Il existe également dans les plantes de la famille des salsola , des fucus , etc.; dans quelques basaltes et dans quelques substances pierreuses. Il se trouve enfin dans les eaux de la mer et dans le sein de la terre , à l'état d^hydrochlorate , etc.
Préparation. En Espagne, à Venise, dans le midi de la France, etc., on cultive divers salsola, pour en extraire cet alcali. On cueille les plantes avant leur maturité, on les met en tas, on les brille dans de grandes fosses; on pétrit la pâte enflammée, chaque heure, et lorsque toute l'herbe est ainsi brûlée, on couvre cette fosse avec de la terre, et au bout de quelques jours on enlève la masse alca-" line, qui est très-noire, dure, compacte, et qui pèse quelquefois jusqu'à 3o quintaux (2). En cet état, cet alcali n'est pas pur; il contient des sulfates, hydrochlorates et carbonates de soude dont on l'isole par les mêmes procédés indiqués pour le protoxide de potassium. La soi^e brute, ainsi préparée, porte en Espagne le nom de barille; à Venise, celui de cendres de Venise ; et en France , la première qualité, celui de salicor; la deuxième, celui de soude; et la troisième , celui de blanquette. La première marque, à l'alcalimètre de 31. Descroizilles, de 16 à ^4 degrés; la deuxième, de 12 à 16; la troisième, de io à 12.
(0 Voyez mes observations sur la terre qui produit le salicor , et mon mémoire sur le danger du déboisement des montagnes de la Clape.
(?) Voyez mon mémoire sur la culture de la soude dans la province de Languedoc. Annales de chimie.
Malgré qu'on récolte beaucoup de soude dans le midi de la France, nous étions cependant tributaires de l'étranger pour cet alcali; la chimie nous a affranchis de ce tribut en découvrant plusieurs procédés pour l'extraire du sel marin. Celui qui est généralement suivi dans les divers ateliers consiste à décomposer ce sel par l'acide sulfurique, et le sulfate de soude obtenu par le charbon et le carbonate calcaire. Depuis que ce nouveau genre d'industrie s'est multiplié , la culture de la soude est presque abandonnée, et une immense étendue de terres reste abandonnée , parce que le prix du salicor, qui , de 18 francs le quintal, s'était porté jusqu'à 846 fr., est tombé maintenant à 7 ou 8 francs; valeur qui ne paie pas les frais de culture.
Composition* 100 sodium, et 33, 995 oxigêne.
Usages. La soude est très-usitée dans les arts , tant pour la fabrication des savons solides que pour les verres et cristaux , et le blanchiment du linge.
Mêmes vertus médicales qute la potasse.
Deutoxide de sodium.
Même histoire et mêmes propriétés que le deutoxide de potassium , avec la différence qu'il s'efïïeuritàl'air; qu'il contient moins d'oxigène, qu'il abandonne à une température élevée. On le prépare en chauffant le protoxide avec le contact du gaz hydrogène.
Sans usages.