‹ Manuel de chimie médicaleChapitre 42 sur 56 · SELS FORMÉS PAR LES OXACIDES · texte numérisé non relu

SELS FORMÉS PAR LES OXACIDES

. Des borates.

Histoire. Ces sels, formés par l'acide borique et les bases salifiables en plusieurs proportions, ont élé peu étudiés, principalement à l'état de sel neutre. Ils possèdent les propriétés suivantes \

i° Les borates sont solides, indécomposables par le calorique, à l'exception de celui d'ammoniaque et de ceux »de la cinquième et de la sixième sections; vitrifiables; la plupart sont insolubles.

2° Les sousborates sont également solides, indécomposables par le calorique, et vitrifiables, si, dans les sels de la précédente division et dans celle-ci le métal ne se revivifie point par le calorique. A l'exception des sousborates de potasse, de soude et d'yttrium, tous les autres sont insolubles; ils deviennent solubles si on les fait bouillir avec deux ou trois fois leur poids de potasse ou de soude.

On peut obtenir l'acide borique des borates solubles, en versant de l'acide sulfurique dans leur solution concentrée; l'acide borique se dépose en écailles brillantes.

Etat naturel* On ne trouve dans la nature que les sousborate de soude, ou borax, et celui de magnésie.

Composition. M. Berzélius pense que, dans les sousborates, la quantité en poids de l'oxigène de l'oxide est à celui de l'acide :: i : 1,656; et que dans les borates la quantité de l'acide est double, de manière qu'il est des sousborates dont la base est à celle des borates :: 2 : i.

( 349) Comme le sousborate de soude est le seul employé, il fixera seul notre attention.

Sousborate de soude, ou borax.

Histoire. Le borax ou chrysocolle, en raison de la propriété de souder l'or, est un des premiers sels connus. L'arabe Gebeet en a parlé dans le 9e siècle; mais c'est à Geoffroy que nous devons la connaissance de sa composition. Ce sel nous était apporté de l'Inde, où il porte le nom de tinkal, et on le purifiait en France. Maintenant on le fabrique de toutes pièces dans plusieurs fabriques de produits chimiques. MM. Payen et Cartier le préparent, dans leur bel établissement, en combinant l'acide borique tiré de Toscane , avec le souscarbonate de soude qu'ils fabriquent.

Propriétés, Ce sel pur ou raffiné est blanc , efïlorescent, d'une saveur un peu alcaline, verdissant l'infusion de violettes, et d'un poids spécifique de i,74<>. Exposé à l'action du calorique, il éprouve la fusion aqueuse , se dessèche , se fond de nouveau et se vitrifie Ce sel est très-soluble dans l'eau, et cristallise en beaux prismes hexaèdres. M. Payen en a présenté, à l'exposition de 1823, un cristal isolé surmonté d'une grosse tête , et pesant plus d'un kilogramme ; il avait la couleur du borax foncé de Hollande.

Usages. Pour souder l'or, comme fondant dans les essais minéralogiques et dans les essais au chalumeau, pour une espèce de couverte anglaise, pour la porcelaine; pour préparer l'acide borique, connu en médecine sous le nom de sel sédatif d'Homberg;

( 35o ) et pour rendre plus soluble dans l'eau le surtartratc de potasse.

Des carbonates.

Histoire. Sels formés par l'acide carbonique et les bases salifiables. Quelques-uns constituent une parlie des montagnes, ainsi que les pierres calcaires, les marbres, etc. Cet acide est susceptible de s'unir avec les bases, en souscarbonate, en carbonate neutre , et en carbonate avec un excès double de base.

i ° Les souscarbonate s sont répandus sur toute la surface du globe ; ils sont tous décomposés par le calorique, à l'exception de ceux de barite, delithine, de potasse et de soude , qui ne le sont qu'en y ajoutant du charbon , ou les mettant en contact avec l'eau en vapeur, dans un tube de porcelaine porté au rouge-blanc. Les souscarbonates , si l'on en excepte ceux de lithine , d'ammoniaque , de potasse et de soude , sont insolubles dans l'eau; quelques-uns s'y dissolvent à la faveur d'un excès d'acide. Tous les acides décomposent les souscarbonates avec une effervescence due au dégagement du gaz acidecarbonique.

i° Les carbonates neutres sont le produit de l'art ; ceux de potasse, de soude et d'ammoniaque sont les seuls bien connus. Par le calorique on les convertit en souscarbonates ) ils sont moins solubles que les souscarbonates.

3° Carbonates à double excès de base. M. Darcet pense que les produits naturels offrent plusieurs composés semblables, tels que la malachite, le mortier des vieux édifices, etc.

Composition. Dans les souscarbonates, les propor-

( 35i ) tions d'oxigène de l'oxide sont à l'acide :: i : 2,754, et à l'oxigène de l'acide :: 1 : 2. L'on peut par ce moyen reconnaître les proportions des parties constituantes de chaque sel, par celle de l'oxide qui lui sert de base. Exemple : si l'oxide est formé de 10 d'oxigène, la quantité relative d'acide carbonique sera 27,54. Les carbonates enfin sont composés d'une quantité double d'acide.

Ces sels, comme nous l'avons déjà dit, sont au nombre de trois ; on les obtient en saturant l'excès de base, en faisant passer du gaz acide carbonique dans leur solution saline.

Souscarbonates.

Comme ce genre de sels est très-étendu, nous allons nous borner à l'examen des sept suivans, qui sont les principaux.

Souscarbonate de chaux.

Abondamment répandu sur la surface du globe et constituant les montagnes calcaires , les marbres, les albâtres, les craies et une foule de superbes cristallisations qui décorent nos cabinets minéralogiques. Ce sel constitue aussi quelques produits organiques tels que les coraux, les yeux d'écrevisse, certains calculs des animaux , etc. Les cristaux des sels calcaires varient à l'infini; M. Haùy et les plus savans minéralogistes en ont porté les variétés à plus de 600. Ils sont le plus souvent incolores et •^elquefois colorés par des oxides métalliques. On les distingue des cristaux de quartz en ce qu'ils font

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SiHtsctirbonatc tfe fer.

(i« sel cMsicd.ins la naliirr. Dans les ouvra^ci de minéralogie on en IroUVC deux v. unies l>i< n d< < i ilc'.M , le f\ r m ;;//<// r < orm/iuri el le fer Sf)(Uhi<jU<\ Avec (r (Icinin on ihmiI fabriquer de l'acier. On «mlicill O-alomenl <e soi en exposant d< la limaille

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obtenu par ce? sol la pionsoii du lit: douloureux. Ils r.idmimslienl à la dose de An crains. Mois loi* |» n jour, el \v poi lenl ;;i adnel Ionien! à un g) «•

Souscarbohate de potast

Sel Mrs «m lennemenl connu sous les noms de

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de Chardon bénit. Dans ccl olal, il esl \iai, »e sel

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( 353 ) est mêlé avec d'autres sels à base de potasse , à Ja silice, etc.

Propriétés. Le souscarbonate de potasse est solide, blanc, déliquescent, acre, caustique, très-soluble dans l'eau, indécomposable par le calorique, et verdissant la plupart des couleurs bleues végétales • il est décomposé par tous les acides avec une vive effervescence; il a plus d'affinité avec eux que la soude.

Etat naturel. Tout formé dans quelques plantes et dans les cendres des végétaux qui ne croissent ni sur les bords de la mer ni dans les lieux salés ou saumâtres.

Préparation. On l'extrait des cendres en les lessivant, évaporant cette lessive à siccité et la calcinant fortement.

Usages. Dans les arts, pour fabriquer certains savons , les verres, les cristaux, l'alun, le nitrate de potasse; pour le blanchissage, etc. En médecine, il est administré comme fébrifuge, combiné avec le quinquina ou les amers; avec le suc d'un citron, et une once d'eau de menthe , à la dose de il\ à 3o grains, il forme la potion anti-émétique de Rivière, qu'on fait avaler au malade au moment que l'effervescence se manifeste. On l'emploie dans les pharmacies pour préparer la pierre à cautère, la magnésie, etc.

Souscarbonate de sonde.

Histoire. Ce sel existe tout formé dans presque toutes les plantes marines, et particulièrement dans celles de la nombreuse famille des salsola , en dis-

( 354 ) solution dans certaines eaux minérales, dans celles de la mer et de plusieurs lacs d'Egypte et de Hongrie, etc. , d'où on l'extrait sous le nom de natrum. M. Berthollet l'a trouvé en efflorescence dans la vaste plaine du Delta en Egypte. Cet illustre chimiste et moi l'avons rencontré également dans la plaine de l'Etang-Salin à Narbonne (0.

Propriétés. Blanc, transparent, solide, saveur acre et caustique, eftlorescent à l'air, très-soluble dans l'eau , et cristallisant en très-beaux cristaux décrivant deux pyramides quadrangulaires réunies par leur base. M. Payen en avait présenté à l'exposition de 1823 dont la grosseur indiquait qu'ils avaient été préparés dans de grands vases; la régularité de leurs formes annonçait un assez grand degré de pureté. Le souscarbonate de soude contient plus de la moitié de son poids d'eau de cristallisation.

Préparation. On le fabrique en grand en Espagne , en Italie et dans Je midi de la France, en brûlant dans des fosses quelques salsola (2). Ce sel, ainsi obtenu, n'est pas pur; il est mêlé avec le sulfate, l'hydi oclilorate de soude, le charbon, etc.; il ne peut servir ainsi, suffisamment purifié , que pour la fabrication du verre et du savon. On l'extrait maintenant en grand dans plusieurs fabriques , en décomposant le sel marin par l'acide sulfurique, et

(0 Voyez mes observations sur la terre qui produit le salicor; mon mémoire sur le danger du déboisement des montagnes de la Clape, et celui sur la culture de la soude, Annales de chimie, tom. XLIX.

(*) Mémoire sur la culture de la soude, loco citato.

( 355 ) le sulfate de soude par le charbon, la chaux, etc. Usages, Son emploi dans les arts est très-étendu • mais il sert plus particulièrement pour la fabrication des savons durs, pour celle du verre , des glaces , du borax, de la lessive caustique; pour préparer plusieurs sels, pour le blanchissage du linge, pour la teinture, etc. En médecine il peut remplacer la potasse.

Souscarbonate de plomb.

Le minerai de ce sel est connu sous le nom de mine de plomb blanche. Sa. couleur est très-variable; le plus souvent elle est blanche. Ce sel se trouve en petits filons ou en petits prismes tétraèdres, hexaèdres, etc., en France, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, etc.; son^poids spécifique est de 7 ,2357. On le prépare en grand dans les fabriques; il porte alors les noms de ceruse et blanc de plomb.

Usages. On l'emploie en peinture et dans certaines préparations pharmaceutiques.

Souscarbonate de magnésie.

Presque jamais seul dans la nature, mais dans les pierres calcaires, et dans les pierres dites magnésiennes , telles que les ollaires, etc. On le prépare dans les pharmacies en décomposant le sulfate de magnésie par le souscarbonate de potasse.

Usages. On l'emploie en médecine comme absorbant, contre les aigreurs, surtout pour les enfans, aux doses de 10 jusqu'à 24 grains. A haute dose il est purgatif.

( 356 ) Souscarbonate d'ammoniaque.

Histoire. Il se dégage des substances animales en décomposition , principalement de l'urine , comme on peut s'en convaincre dans les bergeries, les écuries, etc. Le docteur Marcet a annoncé l'avoir trouvé dans l'eau de mer. Ce travail a été le dernier de cet habile médecin-chimiste. Il existe aussi dans quelques eaux minérales.

Propriétés. Solide, blanc , volatil même à l'air libre, et sans le concours du calorique; odeur ammoniacale assez forte; très-soluble dans l'eau, et se volatilisant par l'ébullition de ce liquide.

Préparation. En substituant , dans la préparation de l'amiuoniaque , le souscarbonate calcaire à la chaux.

Usages. On le conserve dans de petits flacons qu'on aromatise; il porte en cet état la dénomination de sel volatil d'Angleterre*

Des phosphates.

L'acide phosphorique peut s'unir en diverses proportions avec les bases et former des sels neutres, des sur ou des soussels. Les premiers ont pour caractères distinctifs d'être indécomposables par le calorique et vitrifiabîes , à l'exception de celui d'ammoniaque, dont l'acide seul se vitrifie et la base se volatilise; d'être la plupart insolubles dans l'eau, et de s'y dissoudre par l'addition des acides phosphorique , nitrique , etc.

Etat naturel. Tous les phosphates sont le produit de l'art, à l'exception de ceux de chaux, de fer ou

(357 ) sy dérite, de plomb, de manganèse, de magnésie, ammoniaco-magnésien, de potasse et de soude.

Composition. Plusieurs chimistes croient s'être assurés que

Les sousphosphates contiennent une fois et demie autant de base que les phosphates;

Les phosphates dits acidulés n'en ont que les trois quarts des phosphates ;

Les phosphates dits acides, la moitié.

Ces quatre classes de sels comprennent un grand nombre d'espèces; comme elles sont sans aucune utilité., nous allons nous borner à celles qui peuvent offrir quelque intérêt.

Phosphate de chaux.

Ce sel constitue, avec un excès de base, plus de la moitié de la charpente osseuse, ainsi que quelques mamelons de montagnes en Espagne, particulièrement dans l'Estramadure,

Usages. Pour préparer le phosphore et le phosphate de soude, le noir d'ivoire, la gélatine, l'ammoniaque , l'huile animale, etc. On employait jadis en médecine, comme absorbant, V album grœcum, qui n'était autre chose que les excrémens de chiens qu'on nourrissait avec des os.

M. Payen est un des chimistes français qui ont le plus perfectionné la fabrication de ce noir d'ivoire, et sa fabrique est celle où celte opération se fait le plus en grand.

Phosphate de soude.

Histoire. Ce sel existe dans plusieurs liqueurs animales , et notamment dans l'urine.

Propriétés. Ce sel , contenant un excès de base , a une légère saveur salée , et est très-soluble dans l'eau; par le refroidissement, il cristallise en rhombes qui contiennent la moitié de leur poids d'eau : il est très-efflorescent et verdit le sirop de violettes. Les beaux cristaux qui avaient été placés à l'exposition de x8a3 par M. Payen , s'effleurirent à leur surface dans quelques jours, malgré qu'ils fussent sous cloche et qu'on y eût placé une coupe pleine d'eau pour rendre l'air humide.

Préparation. Par la décomposition du phosphate acide de chaux par le souscarbonate de soude. On le prépare en grand dans quelques fabriques.

Usages. Dans les essais minéralogiques , comme fondant et comme réactif. En médecine , il est regardé comme un purgatif doux à la dose de demionce à une once et demie.

Phosphate d'ammoniaque.

Histoire, Ce sel existe dans l'urine humaine , et constitue , soit seul , soit en sel triple avec l'ammoniaque , une classe particulière de calculs urinaires.

Propriétés. Blanc, inodore, saveur urineusecristallisable en prismes et sommets quadrangulaires, verdissant le sirop de violettes, et très-soluble dans l'eau.

Préparation. En substituant, dans la préparation du sel précédent , le carbonate d'ammoniaque à celui de soude.

Usages. Employé jadis pour préparer le phosphore.

Des sulfates.

Histoire. Sels résultant de l'union de l'acide sulfurique avec les bases. Ce genre de sels est celui qui offre le plus de secours à la médecine; aussi l'histoire des principales espèces est-elle bien connue. L'acide sulfurique peut s'unir avec quelques bases en plusieurs proportions, d'où il résulte des sulfates neutres et des sursulfates.

Il arrive aussi qu'en passant à l'état de sursulfates, quelques sels insolubles deviennent solubles dans l'eau.

Propriétés. Décomposables à un degré de calorique plus ou moins élevé, excepté celui de magnésie et ceux de la deuxième section W; susceptibles de l'être par le charbon, d'où il résultes avec les sulfates des quatre dernières sections , des sulfures, et quelquefois des métaux revivifiés, et, avec ceux des deux premières , ou des sulfures, ou du soufre et des oxides. Ils sont également décomposables par les acides phosphorique et borique, à l'aide du calorique; la plupart sont très-solubles dans l'eau; il en est qui s'y dissolvent difficilement, et certains qui sont insolubles dans ce liquide. Le degré d'affinité des bases pour l'acide sulfurique peut être ainsi établi :

barite, lithine,

strontiane , chaux ,

(0 Les sulfates de potasse et de soude se décomposent par Faction du calorique , si on y ajoute de la silice, à cause de la tendance que les alcalis ont à se vitrifier avec cet oxide. L'acide est alors converti en oxigène et en acide deutosulfuriqu* ou sulfureux.

( 36o ) potasse , ammoniaque ,

soude, magnésie , etc.

État naturel. Le plus grand nombre de sulfates est le produit de l'art j cependant on trouve à l'état naturel ceux de magnésie, de chaux, de barite, de strontiane, de potasse , de soude , de cuivre, de fer, de zinc, et les deux variétés d'alun à double base d'alumine et dépotasse, d'alumine et d'ammoniaque, etc.

Préparation. En dissolvant, dans l'acide sulfurique étendu d'eau, quelques métaux ou leurs oxides; ou bien en décomposant les sels dontl'acide a moins d'affinité pour la base que le sulfurique ; par double décomposition] enfin en grillant certains sulfures , comme ceux de fer , et les laissant en contact avec l'air humide.

Composition. Dans les sulfates neutres, l'oxigène de l'oxide est à celui de l'oxide :: i : 6, et les proportions de l'acide :: 2:10.

Nous allons décrire les sulfates les plus employés en médecine; les autres ne présentent presque aucun intérêt.

Sulfate de soude.

Histoire. Découvert par Glaubert, d'où lui vint le nom de sel admirable de Glaubert.

Propriétés. Incolore , inodore , très - amer ; en 1 beaux prismes hexaèdres terminés par des sommets dièdres; si soluble dans l'eau que, par le simple refroidissement, l'on obtient des cristallisations magnifiques : il faut avoir soin de soutirer alors l'eau-mère, sinon elle redissout peu à peu les som-

( 36 1 ) mités des cristaux. Ce sel cristallisé contient plus de la moitié de son poids d'eau de cristallisation, aussi est-il très-efflorescent.

État naturel. Dans les eaux de la mer; dans un grand nombre d'eaux minérales; dans les plantes marines ; dans le tamarisck gallica , ainsi que M. Chaptal et moi l'avons reconnu.

Préparation. On l'extrait des marais salans, après qu'on en a enlevé le sel ; il forme alors de très-belles cristallisations autour des carrés; il est mêlé avec un peu de sulfate de magnésie : aussi vend -on indistinctement l'un et l'autre dans le commerce, en variant la cristallisation, qui, pour le dernier sel , doit être en aiguilles fines, brisées. On le prépare en grand en décomposant le sel marin par l'acide sulfurique.

Usages. Dans la fabrication du salpêtre, pour décomposer l'hydrochlorate de chaux qui s'oppose à la cristallisation du nitrate de potasse; pour la fabrication de la soude. En médecine, il est un bon purgatif à la dose de demi-once à une once et demie.

Composition. Acide sulfurique ioo, soude 78, 187.

Sulfate de potasse.

Histoire. De tous les composés salins, le sulfate de potasse est celui qui fait le mieux apprécier les bienfaits de la nouvelle nomenclature chimique; avant elle, les élèves étaient obligés de retenir, pour désigner le même sel , les noms de tartre vitriole, sel de Duobus, arcanum duplicatum, panacea nolsatica , speciftcum purgans , alcali vitriolé ', selpolychreste de Glaser, etc.

Propriétés. Blanc, amer, dur- en cristaux prismatiques très -courts à 4 ou 6 pans; inaltérable à l'air; de'crépitant au feu; entrant en fusion au-dessus du rouge cerise; soluble dans 4 parties d'eau bouillante, et dans io, à i5°. Quelques acides lui enlèvent une partie de sa base et le font passer à l'état de sursulfate. La plupart des chimistes pensent que l'eau que ce sel contient n'est qu'interposée.

Etat naturel. Il existe dans quelques plantes, principalement dans le tamarisck gallica, qui croît loin de la mer, comme M. le comte Chaptal et moi l'avons démontré; dans les mines d'alun, etc. On le prépare en traitant le souscarbonate de potasse par l'acide sulfurique.

Composition. Acide ioo, potasse 117,996.

Usages. On s'en sert dans la fabrication de l'alun, dans celle du salpêtre pour décomposer le nitrate de chaux, etc. En médecine, il est un assez bon purgatif, à la dose de demi-once à une once.

Sulfate de magnésie.

Histoire. Ce sel était connu en médecine sous les noms de seld'Epsom, deSedlilz, d'Egra, de Scheidschutz, d'Angleterre, de magnésie vitriolée . On vend indifféremment, dans presque toutes les pharmacies, le sulfate de soude pour celui de magnésie; cette fraude est facile à reconnaître en ce que celui-ci n'effleurit pas à l'air y et qu'en les dissolvant l'un et l'autre dans l'eau , les alcalis précipitent la magnésie du premier, tandis qu'ils ne changent point celui de soude.

Propriétés. Blanc, amer; en beaux prismes té-

( 363 ) traédres; soluble dans trois parties d'eau; éprouvant la fusion aqueuse, etc.

État naturel. Dans les eaux de la mer et de plusieurs sources salées, desquelles il a pris ses divers noms. Il accompagne aussi quelques pyrites d'où on l'extrait , principalement à la Guardia. M. Mojon a donné, sur le procédé qu'on y suit, un mémoire très-étendu , que j'ai traduit de l'italien et publié

en 1804.

Préparation. Avant qu'on lui eût substitué le sulfate de soude, on l'extrayait des eaux-mères des salines. Cette fabrication avait lieu principalement à Narbonne.

Composition. Acide 5,790, magnésie 2,855 , eau 9,i54- (Gay-Lussac.)

Usages. Pour en extraire la magnésie. En médecine, c'est le sel le plus usité, comme purgatif, aux doses de une à une once et demie.

Sulfate d'ammoniacfue.

Histoire. Ce sel porta les noms de sel ammonia secret, et <Jl ammoniaque vitriolée; la découverte en est due à Glaubert.

Propriétés. Inodore, saveur amère et piquante ; cristaux en petits prismes hexaèdres; attirant l'humidité de l'air, décrépitant légèrement, passant à la fusion aqueuse, et, par une température plus élevée, se décomposant. Dans des vaisseaux fermés, cette décomposition est partielle, et il se sublime à l'état de sursulfate. Deux parties de ce sel sont solubles dans une d'eau bouillante et dans quatre d'eau froide.

Préparation. En saturant l'aaide sulfurique af-

( 364 ) faibli par l'ammoniaque , ou décomposant l'hydrochlorate ammoniacal par cet acide.

Usages. Pour la fabrication de l'alun.

Sulfate de barite,

Histoire. Connu jadis sous le nom de spath pesant. Il existe abondamment sur divers points du globe, à l'état brut ou cristallisé. On le rencontre à Montmartre; je l'ai également trouvé dans le département de l'Aude, à Montferrand, dans les Pyrénées, et près du fort Montjouy à Barcelone.

Propriétés. Impur, rougeâtre oubleuâtre; presque pur, il est blanc, inodore, insipide, insoluble, décrépitant au feu, entrant en fusion à une très-haute température. Si on le réduit en poudre, et qu'après en avoir fait une pâte avec de la farine et de l'eau, on l'étende en gâteaux, et qu'on le fasse chauffer au rouge, il devient lumineux lorsqu'on le place dans l'obscurité, et constitue la pierre de Boulogne, Poids spécifique , 4>°8.

Usages. En poudre, pour empoisonner les rats; dans les laboratoires, pour en extraire la*barite, et, en le fondant avec parties égales d'hydrochlorate de chaux, pour préparer l'hydrochlorate de barite. Ce procédé, très-supérieur à celui qu'on suivait autrefois, fut communiqué par moi en 1 8o3 à M. Bouillon-Lagiange.

Sulfate de strontiane.

Ce sel, comme le précédent, est très-répandu sur la surface du globe. Il est blanc, inodore, insipide , soîuble dans 3,5oo à 4,000 parties d'eau , fu-

( 365 ) sible à une température très-élevée; d'un poids spécifique égal à environ 4?o.

Usages. Dans les laboratoires, pour en extraire le métal , l'oxide, et préparer les divers sels.

Sulfate de chaux.

Histoire. Connu sous le nom déplâtre, de gypse, de sélénite; existe en grandes quantités dans l'intérieur de la terre : tantôt il est en grandes couches colorées en gris bleuâtre ou en rouge; il constitue alors le plâtré gris ordinaire : d'autres fois il affecte diverses formes cristallines qui , par leur variété, produisent des espèces auxquelles les minéralogistes ont donné les noms de gypse soyeux, gypse lenticulaire, etc. Enfin, en dissolution dans les eaux, il porte celui de sélénite. C'est ce sel qui les rend en grande partie impropres à dissoudre le savon et à cuire les légumes. On peut en débarrasser les eaux et leur rendre cette propriété, en y ajoutant suffisante quantité de souscarbonate de potasse, qui l'en précipite, et laisser ensuite clarifier l'eau.

Propriétés. Inodore, insipide, soluble dans ^60 parties d'eau; décrépitant, par l'action du calorique; perdant sa transparence et se convertissant en une poudre susceptible d'absorber une grande quantité d'eau et de la solidifier, sans que la température s'élève bien sensiblement : c'est ce qu'on appelle plâtre.

Usages. Pour construire les édifices. Il contient environ-^ de chaux. Combiné avec quelques substances colorantes et la colle-forte, il constitue le stuc. Le plâtre blanc sert à décorer nos appartenons,

( 366 ) à mouler des vases, des ornemens, des statues, etc.

Sulfate de zinc.

Histoire. Ce sel n'est connu que depuis le milieu du seizième siècle. Il a porté les noms de vitriol blanc , vitriol de zinc , couperose blanche , zinc vitriolé, etc.

Propriétés. Inodore , saveur styptique , couleur blanche, cristaux en prismes hexaèdres; contenant rh d'eau de cristallisation; soluble dans deux fois et demie son poids d'eau, à la température atmosphérique; se décomposant à une haute température, après avoir subi la fusion aqueuse.

Préparation. On l'extrait de la blende ou sulfure de zinc, par le grillage, l'exposition à l'air, la lessivation et l'évaporation. Les taches jaunes qu'on remarque sur ce sel sont dues à un peu de sulfate de fer, dont on peut le débarrasser en le faisant bouillir avec de la limaille de zinc.

Usages. Avant qu'on administrât le surtartrate de potasse antimonié comme émétique, ce sel était généralement employé comme tel. Il n'est guère maintenant usité que comme astringent. Il entre dans certaines injections, dans quelques collyres, etc.

Sulfate de protoxide de fer.

Histoire. Sel très-anciennement connu sous les noms de couperose , couperose verte , vitriol vert, vitriol martial, mars vitriolé , etc.

Propriétés. Récemment cristallisé, il est inodore, saveur styptique, en beaux cristaux prismatiques

( 367 ) rhomboidaux d'un beau vert d'émeraude, transparens , 's'effleurissant à l'air en absorbant l'oxigène, se convertissant à leur surface en sulfate de tritoxide de fer, et formant des taches jaunes qui décèlent ce nouveau sel. Cette action a également lieu lorsqu'on expose à l'air une dissolution de ce sel; il se forme un soussulfate de tritoxide de fer qui se précipite. Le sulfate de protoxide de fer est si soluble dans l'eau, qu'il suffit de 9 parties d'eau bouillante pour en dissoudre 11. Ses cristaux contiennent environ ±i d'eau de cristallisation.

Préparation. Dans les laboratoires, en traitant la limaille de fer par l'acide sulfurique étendu d'eau. En grand , on l'extrait des pyrites; on les expose quelque temps à l'air humide, on les lessive, et on fait cristalliser le sel par l'évaporation.

Usages. Dans les arts, pour les teintures en noir, pour la fabrication de l'encre et du bleu de Prusse, pour la dissolution de l'indigo, pour dorer les porcelaines.

J ai cru devoir passer sous silence les sulfates des deuto et tritoxides de fer, n'étant d'aucune utilité.

Sulfate de deutoxide de cuivre.

Histoire. C'est à ce sel qu'on avait donné les noms de vitriol bleu, vitriol de Chypre^ couperose bleue, cuivre vitriolé, vitriol de cuivre, etc.

Propriétés. Inodore, saveur acre et très-styptique; cristaux bleus transparens, irréguliers et quelquefois en octaèdres ou décaèdres, jouissant de la double réfraction, légèrement efflorescens, et ofFrantalors une matière pulvérulente d'un blanc verdâtre; soluble

( 368 ) dans 4 parties d'eau froide , et subissant la fusion aqueuse. L'ammoniaque en précipite l'oxide , qui reste en partie en dissolution dans la liqueur, et lui donne une couleur bleue si belle, que cette préparation porte le nom d'eau céleste.

Préparation. Comme ce sel existe en dissolution dans quelques eaux , on peut l'en extraire par l'évaporation,oubien en traitant les pyrites cuivreuses comme celles de 1er.

Usages. Dans les arts, pour la composition des cendres bleues et du vert de Schéele; en médecine, comme escarotique : il entre aussi dans quelques collyres résolutifs.

Sulfate de deutoxide de mercure.

Ce sel s'obtient en prenant 8 parties d'acide sulfurique et i de mercure ; après une longue ébullition , on obtient une masse blanche qui est ce sel avec excès d'acide.

Usages. On s'en sert en pharmacie pour préparer un médicament connu jadis sous le nom de turbith minéral. Le procédé consiste à traiter cette masse par l'eau chaude; il s'opère une décomposition : ce liquide dissout un sursulfate acide, qui est blanc, et il reste pour résidu un soussulfate ou turbith , qui est jaune.

Sulfate d' alumine et de potasse , ou d'ammoniaque

{alun).

Histoire. L'alun est un des sels les plus anciennement connus. Jusqu'au quinzième siècle, l'Europe fut tributaire du Levant pour ce produit; c'est en Italie qu'on l'a d'abord fabriqué. La nature de ce

( 369) sel fut connue des alchimistes, qui démontrèrent qu'il était composé d'acide sulfurique et d'une terre particulière^ Margraaff annonça que cette terre était la même qui constituait principalement les terres argileuses; enfin, vers la fin du dix-huitième siècle, on le regarda comme un sulfate d'alumine, jusqu'à ce que M. le comte Chaptal , et MM. Yauquelin et Descroisiiles, eurent fait connaître que l'alun avait une double base qui était, dans quelques espèces, l'alumine et la potasse, et , dans d'autres, l'ammoniaque, enfin souvent ces trois bases.

Propriétés. Inodore, incolore, saveur astringente, rougissant la teinture de tournesol, soluble dans 0,75 d'eau bouillante et dans i5 d'eau froide, cristallisant en beaux octaèdres , qui sont le produit de deux pyramides appliquées l'une à l'autre par deux bases. Ces cristaux d'alun sont quelquefois d'une grosseur démesurée, et forment par leur réunion de très-grandes tables. J'en ai vu une à la belle fabrique des produits chimiques de M. Berard, à Montpellier, qui avait plus de deux mètres de longueur sur un de largeur. Ces cristaux ont quelquefois la forme cubique ; ils effleurissent légèrement à l'air, éprouvent la fusion aqueuse, et, par une plus haute température, perdent leur eau de cristallisation, deviennent très-légers et très-spongieux, et offrent une matière blanche très-friable, qui est connue sous le nom A'alun calciné; enfin, au rouge blanc, l'alun est décomposé; il se dégage de l'oxigène et de l'acide deutosulfurique.

Il est une préparation connue sous le nom de pyrophore de Homberg , qui s'enflamme dès qu'elle

est en contact avec l'air humide. Elle consiste à a chauffer, dans une cuillère de fer, six parties d'alunn à base d'alumine et de potasse avec une de sucre ou de farine , jusqu'à ce que la matière soit devenue i noire et ne se gonfle plus; en cet état, on la pulvérise et on la fait chauffer dans une fiole à médecine , jusqu'à ce qu'il se dégage une flamme bleue ; alors on la retire du feu et on la bouche soigneusement.

Etat naturel. Aux environs des volcans; en efïlorescence sur des schistes charbonneux ; en dissolution i dans quelques eaux; à l'état de soussulfate , en trèsgrandes masses, dans quelques parties de l'Italie.

Extraction. Par la lessivation des efflorescences1 alumineuses, et de certaines pyrites martiales, et en calcinant les argiles, les traitant par l'acide sulfurique , etc.

Usages. Pour la teinture , principalement comme mordant; pour rendre le suif plus ferme, pour confectionner la pâte du papier à écrire , pour la fabrication de plusieurs laques, etc. En médecine, il est employé comme astringent, escarotique; lorsqu'il I est calciné, on en fait usage pour ronger les excroissances baveuses des vieilles plaies; en dissolution dans le vin, contre les engelures non entamées, etc., etc.

Nous avons annoncé qu'il existait des sursulfates s et des soussulfates.

Les premiers contiennent , d'après les analyses I qui ont été faites de plusieurs, deux fois plus d'acide que les sulfates neutres.

Dans les seconds, suivant Berzélius, l'acide sulfu-

ique se combine avec diverses proportions de bases t donne des soussels variables.

Hyp o sulfites , sulfites et kyposulfates.

Sels produits par la combinaison des bases avec es acides proto, deuto ou tri tosulfur ique, ou bien Lyposulfureux , sulfureux et hyposulfurique.

Sans usages.

Séléniates.

Sels résultant de l'union de l'acide sélénique avec es bases en diverses proportions, de manière à donîer des sels neutres, des sur et des soussels.

Les séléniates, dans le premier état, sont généalement insolubles dans l'eau , et dans le second , olubles; ils sont presque indécomposables par le ;alorique.

Encore peu étudiés et sans usages.

Nitrates.

Histoire. Quelques nitrates existent à l'état naurel ; le plus grand nombre est le produit de l'art. Quoique ce genre renferme beaucoup d'espèces , il l'en est cependant que six ou sept qui soient de juelque utilité.

Propriétés. Tous les nitrates sont décomposés par le calorique; la base est mise en liberté, et il se dégage, dès le commencement, du gaz oxigène et du gaz azote, ensuite de l'acide nitreux, et quelquefois ce dernier acide et de l'oxigène dès le principe de l'opération , surtout par la décomposition des nitrates des métaux des cinquième et sixième sections. Les acides sulfurique , arsenique et phosphorique

( 372 ) en dégagent l'acide nitrique à l'état de gaz, surtout si l'action de ces trois dernier» acides est aidée de celle du calorique. A l'aide de la chaleur, les nitrates jouissent de la propriété d'oxider lous les métaux , à l'exception de ceux de la sixième section. Cette oxidation a lieu aux dépens de leur acide, qui se décompose et donne de l'azote et du deutoxide de ce gaz. Enfin , les nitrates mêlés avec le soufre, et projetés dans un creuset, s'enflamment tout-à-coup et donnent des sulfates , si le sel était formé par un métal de la deuxième section, ou par la magnésie; s'il était dû à un des quatre dernières, le produit est un oxide, un sulfure ou un métal. Cette variété de résultats est relative à l'affinité des métaux pour l'oxigène et pour le soufre, ainsi qu'au degré de température où l'on opère.

Composition. L'oxigène de l'oxide est à celui de l'acide :: i : 5, et à la quantité d'acide :: i : 6,77.

Nitrate de potasse.

Histoire. Ce sel est très-anciennement connu sous le nom de salpêtre, tel qu'il sort de l'atelier du salpêtrier, et sous celui de salpêtre raffiné et de sel de nitre, quand il est dépouillé des sels déliquescens qu'ij contient et d'une partie de l'hydrochlorate de soude. Il existe à l'état naturel dans tous les lieux L. habités , ce qui a fait penser qu'il était le produit desi< décompositions végétales et animales. C'est même d'après ce principe qu'on a établi des nitrières artificielles (0. Dans ces cas, l'oxigène et l'azote, se trou-

(0 Dans le mois de novembre 1823, M. Longchamp a lu à l'institut un mémoire contre cette théorie, regardant fair

(373 ) vant en contact à l'état naissant , se combinent et forment de l'acide nitrique, qui se porte sur la potasse, la chaux et la magnésie, et donne lieu à trois sels différens. 11 est cependant divers lieux, tels que l'Inde, la partie méridionale de l'Amérique, etc. , où ce sel semble se reproduire sans le concours de ces substances. En Europe, on le retrouve tous les quatre ou cinq ans, dans les terres du sol des écuries, des bergeries, des caves, des magasins à blé, etc.

Propriétés. Inodore , en beaux prismes à six pans à sommets hexaèdres, transparens, ayant une saveur fraîche. Si l'on trouble la cristallisation, il se forme de petites aiguilles qui, en se réunissant, se prennent en une masse très-blanche, brillante et demitransparente. Ce sel est très-soluble dans l'eau , inaltérable à l'air, fusible à 34o°. Si on le laisse refroidir en couches minces, il est alors pesant, dur, blanc, translucide , et donne lieu à ce médicament connu sous le nom de cristal minéral. Par une température plus élevée il passe à l'état de nitrite et ensuite à une décomposition complète; il s'opère un dégagement d'azote, d'oxigène, et quelques traces d'acide nitreux , et l'on a de la potasse pour résidu. L'acide sulfurique en dégage l'acide nitrique.

Extraction. On extrait le salpêtre des terres qui sont chargées de ce sel, ainsi que des vieux plâtras

comme l'unique agent de la nitrifi cation; dans la séance suivante, j'ai présenté à mon tour un travail basé sur un grand nombre d'expériences, et entièrement contraire à l'opinion de ce chimiste. La même commission est chargé* de prononcer sur nos mémoires.

qu'on pulvérise. On lessive ces terres, et, quand on les a épuisées , on verse cette liqueur sur de nouvelles terres ; on la soutire au bout de vingt-quatre heures ; on la fait évaporer ensuite dans une grande chaudière, en ajoutant de nouvelle lessive jusqu'à ce que toute celle qui doit former la cuite soit employée ; alors , lorsque la liqueur est suffisamment concentrée, on la coule dans de vastes baquets en bois où elle cristallise. Il est bon de faire observer qu'avant de soumettre la lessive à l'évaporation, on doit décomposer les nitrates de chaux et de magnésie qu'elle contient par le sulfate de potasse et la potasse, et que la quantité de ce sel doit être d'autant plus forte que les terres contiendront plus de plâtras. Pendant l'évaporation il cristallise beaucoup d'hydrochlorate de soude qu'il faut avoir soin d'enlever. Le salpêtre, ainsi obtenu, contient des muriates déliquescens et un peu d'hydrochlorate de soude, ainsi qu'une matière colorante. Pour le purifier on l'entasse dans un grand vase on y place au-dessus un peu de paille recouverte d'argile; alors on y verse — d'eau froide, qui, en filtrant à travers le sel , dissout ceux qui sont déliquescens. Par des cristallisations successives on obtient ce sel plus ou moins pur. Pendant l'évaporation la vapeur d'eau entraîne un peu de ce nitrate, qu'on peut recueillir en plaçant au toit des corbeilles d'osier. Composition. Acide nitrique ioo, potasse 87,146. Usages. Pour la fabrication des acides nitrique et sulfurique , pour celle de la poudre à fusil ; en médecine il est considéré comme rafraîchissant et très-diurétique; la médecine vétérinaire en fait sur-

( 375 ) tout un grand usage comme antiphlogistique, à la dose d'environ deux gros, dans du son mouille'.

Nitrate de soude.

N'existe point dans la nature. Saveur fraîche, piquante et amère* cristaux en prismes rhomboïdaux anhydres , suivant M. Longchamp ; soluble dans 3 parties d'eau froide.

Composition. Acide ioo, soude 57, 745.

Nitrate de barite.

Produit de l'art.

Propriétés. Inodore, saveur acre, cristaux en octaèdres s'unissant quelquefois de manière à former des espèces d'étoiles; soluble dans 18 parties d'eau à i5°; n'éprouvant presque pas d'altération à l'air.

Préparation. En traitant une dissolution de sulfure de barite dans l'eau, par l'acide nitrique, se garantissant soigneusement de l'influence de la grande quantité d'acide hydrosulfurique qui se dégage, filtrant et faisant cristalliser la liqueur, etc.

Usages. Pour préparer la barite, et, comme réactif, pour démontrer les plus petites portions d'acide suJfurique dans une liqueur.

Composition. Acide 100, barite 1 41 ,355.

Nitrate de strontiane.

La préparation de ce sel ne diffère de celle du précédent qu'en ce qu'on doit le débarrasser auparavant du carbonate de chaux qu'il contient par l'acide hydrochlorique. Il diffère peu du nitrate de barite.

( 376) Nitrate de chaux.

Ce sel existe en grande quantité dans les vieux plâtras, sur les vieilles murailles, ou sur les pavés bas, humides et non habités ; sous forme de petits cristaux assez longs imitant les barbes de plume.

Propriétés. Inodore, saveur acre, soluble dans le quart de son poids d'eau , très-déliquescent et difficilement cristallisable , excepté lorsqu'on fait la dissolution dans l'alcool. Lorsqu'on le calcine, de manière à ne pas opérer sa décomposition totale , on lui attribue la propriété de luire dans l'obscurité, ce qui lui a fait donner le nom de phosphore Beaudouin. Si l'on verse dans de l'eau saturée de ce sel une forte solution de potasse très-rapprochée, le mélange se prend en masse. Cet effet, dû à la chaux précipitée qui absorbe l'eau des deux liqueurs, avait reçu des alchimistes la dénomination pompeuse de miraculum chemicum. On peut préparer ce nitrate en traitant le marbre par l'acide nitrique.

Composition. Acide 10 , chaux 5f2,584.

Usages. Dans les ateliers des salpêtriers, on le décompose par le sulfate de potasse et cet alcali , pour préparer le salpêtre.

Nitrate d'ammoniaque.

Ce sel est le produit de l'art. Il était connu des anciens chimistes sous le nom de nitre inflammable.

Propriétés. Inodore , saveur acre et piquante , déliquescent, soluble dans son poids d'eau bouillante et dans deux d'eau froide , cristallisant le plus souvent en prismes hexaèdres, déliés, comme sati-

( 377 ) nés. Par l'action du calorique, il éprouve la fusion aqueuse et perd son eau de cristallisation et une portion d'ammoniaque; il passe ensuite à la fusion ignée, se décompose et donne lieu à des produits qui varient suivant l'élévation de température*. Si on le projette dans un creuset incandescent, il s'enflamme aussitôt, et il se produit de l'azote, du deutoxide de ce gaz et de l'eau , tandis que dans une cornue de verre et à une douce chaleur, il n'y a point d'inflammation, qu'il ne se dégage que trèspeu d'azote, de deutoxide et d'acide nitreux, et qu'il se produit de l'eau et beaucoup de protoxide d'azote : c'est le procédé qu'on suit pour la préparation de ce gaz. Il paraît que cette inflammation est due à la combustion de l'hydrogène de l'ammoniaque par l'oxigène de l'acide nitrique. Composition. Acide ioo, ammoniaque 31,67.

Nitrate de magnésie.

Le nitrate de magnésie existe dans les eaux de la mer et de quelques sources.

Propriétés. Inodore, saveur amèrc, déliquescent, cristallisé en prismes déliés ou en prismes rhomboîdaux; décomposable complètement par les alcalis, et partiellement avec l'ammoniaque, avec laquelle la partie indécomposée s'unit en sel double.

Nitrate de protoxide de mercure.

Propriétés. Blanc, inodore , saveur acre et corrosive, rougissant la teinture de tournesol; cristaux en prismes à quatre pans, et solubles dans l'eau. Cette dissolution est très-caustique, et colore l'épi-

( 378 ) derme en noir ; les alcalis y forment un précipité noir, et l'ammoniaque affaiblie, si on n'en met pas assez pour décomposer tout le sel, y en produit un qui porte le nom de mercure soluble de Hahnemann.

Le protonitrate réduit en poudre fine, est décomposé par l'eau; il en résulte un sousnitrate de prôtoxide insoluble, qui est de couleur jaune tirant sur le vert, turbith nitreux, et un surnitrate trèssoluble, qui est connu sous les noms d'eau rnercurielle, remède du duc d'Antin, remède du capucin.

Composition. Acide ioo, mercure 388,729.

Pre'paration.TLn traitant par l'ébullition un excès de mercure avec de l'acide nitrique étendu de 4 parties d'eau.

Usages. La dissolution de ce sel est un des principes constituans du sirop de Belet, qui est employé contre les maladies psoriques, les écrouelles , etc. Ce médicament exige une main prudente pour son administration. Le remède du capucin est employé à l'extérieur comme caustique , pour les chancres et les excroissances syphilitiques , etc.

Nitrate de deutoxide de mercure.

On prépare ce sel en faisant bouillir un excès d'acide nitrique sur du mercure 5 si l'on concentre la liqueur, on obtient ce nitrate en belles aiguilles blanches, solubles dans l'eau. Cette dissolution est très-corrosive , elle tache l'épiderme en rouge, et le décompose même; elle rougit la teinture de tournesol. Ce sel est décomposé par le calorique; si l'on fait cette opération dans une fio.le à médecine, il prend une couleur jaune, et en acquiert bientôt

(379) une rouge très-belle 5 en cet état il constitue le deutoxide de mercure ou précipité rouge. Par une température plus élevée , l'oxigène se dégage et le métal est réduit. Les crislaux de nitrate, de deutoxide de mercure, broyés et traités par l'eau, sont décomposés; il en résulte un soussel insoluble qui est blanc si Ton opère avec Veau froide, et jaune si c'est avec l'eau bouillante : ce dernier porte en médecine le nom de turbilh nitreux. La liqueur tient en dissolution un sursel très-acide. Les précipités précités ont besoin de plusieurs lavages à l'eau froide pour leur enlever l'acide qu'ils retiennent.

Usages. Dans les arts on l'emploie pour le feutrage des poils de lièvre et de lapin; en médecine, le précipité rouge est administré comme caustique, pour brûler les chancres vénériens , pour tuer les poux, etc. Cette dissolution saline fait la base de l'onguent citrin, employé avec succès contre les maladies de la peau, principalement la gale.

Nitrate d'argent.

Connu depuis très-long-temps en médecine.

Propriétés. Incolore, inodore, saveur amère et styptique, inaltérable à l'air, brunissant à la lumière solaire, et une partie de son oxide se réduisant; soluble dans son poids d'eau à 1 5°, et cristallisant en lames brillantes et minces qu'on peut considérer comme des hexaèdres, des tétraèdres ou des triangles. Cette dissolution est très-caustique, colore la peau en violet; le charbon et le phosphore la décomposent par l'ébullition et réduisent le mé-

( 38o ) tal. Le nitrate d'argent exposé à l'action du calorique, se boursoufïle, laisse échapper son eau de cristallisation, et par une température plus élevée se fond; si on le coule en cet état dans une lingoticre graissée , on obtient par le refroidissement des cylindres bruns à l'extérieur, dont la cassure offre une réunion de petites aiguilles se dirigeant du centre à la circonférence; c'est ce médicament qu'on appelle pierre infernale. Si, au lieu d'une lingotière, on coule ce sel dans des tubes de verre, on l'obtient très-blanc. Il paraît que la couleur du premier est due à de l'argent très-divisé, ou à de l'oxide de ce métal séparé par le cuivre , ainsi qu'à un peu de charhon provenant de la combustion d'un peu de suif.

Arbre de Diane. Cette espèce de végétation métallique s'opère en versant du mercure dans une dissolution de nitrate d'argent. Le premier de ces métaux précipite le second à l'état de petits cristaux très-brillans , qui prennent un arrangement tel, qu'ils imitent parfaitement les tiges et les feuilles des arbres.

Argent fulminant. Ce singulier composé a été découvert par mon illustre maître M. le comte Berthollet. Il est solide, grisâtre , inodore, soluble dans l'ammoniaque , et s'y décomposant avec le temps ; insoluble dans l'eau.

On le prépare en précipitant l'oxide du nitrate par la potasse, la soude ou la chaux; lavant ce précipité, et en prenant 2 ou 3 grains dont on fait une pâte claire avec l'ammoniaque. Au bout de quelques heures on obtient une masse qui détonne avec la plus grande violence lorsqu'on la fait chauffer,

( 38 1 ) ou qu'on la touche même avec un tube de verre ou la barbe d'une plume. Cette préparation est très-dangereuse.

Argent détonnant. En de'composant ce nitrate par l'alcool à une douce température, ce composé est blanc; il détonne par le choc du marteau et par le frottement. Sa préparation est très-dangereuse. Les confiseurs remploient pour faire leurs bonbons à pétards.

Préparation. En faisant dissoudre à une douce chaleur de l'argent en limaille dans un excès d'acide nitrique.

Composition. Acide 100, argent 21 4,38o.

Usages. En médecine, la pierre infernale est employée à l'extérieur pour cautériser les chairs fongueuses , brûler les excroissances vénériennes , etc. À l'intérieur , ce sel est administré contre l'épilepsie, la chorée, les névralgies faciales chroniques, et dans plusieurs affections nerveuses; la dose à laquelle on administre ce médicament, est de un quart de grain à deux grains. M. Orfila recommande de l'associer à quelque extrait narcotique. Mais est-il bien constant qu'on administre alors ce sel? On sait que M. Sementini a fait connaître que les extraits végétaux lui enlevaient la causticité. Caventon a annoncé qu'il suffisait d'un gros et demi d'extrait de chiendent pour décomposer complètement cinq grains un tiers de pierre infernale. MM. Payen et Chevalier, ayant trouvé des hydrochlorates dans presque tous les extraits végétaux , regardent le nitrate d'argent adouci par les extraits comme un mélange d'oxide et de chlorure d'argent*

Le nitrate d'argent, à haute dose, est un poison violent, qui produit l'ulcération de la membrane muqueuse de l'estomac.

M. Proust reconnaît un autre nitrate moins oxidé, toujours liquide , et qui , par l'évaporation , se transforme en celui que nous venons de décrire. Nitrate de bismuth.

Propriétés. Inodore, et en beaux cristaux en prismes à quatre pans. Ce sel, étendu dans une grande quantité d'eau, laisse précipiter une poudre trèsblanche, qui paraît être un sousnitrate de bismuth, et qui, bien lavée, est employée comme cosmétique; c'est le blanc de fard. Ce blanc rend la peau rude et sèche, et noircit lorsque l'air contient un peu de gaz hydrosulfurique.

Je ne pousserai pas plus loin l'examen de ces ni trates; ceux que j'ai passés sous silence n'offrent aucun intérêt pour la médecine ni pour les arts.

Sousnitrates.

Sels encore peu connus. Ils sont insolubles, et contiennent, depuis deux fois jusqu'à six, autant d'oxide

que les nitrates.

Pernitrites.

Sels peu étudiés. On sait seulement qu'ils sont décomposés par le calorique, solubles dans l'eau. Suivant Berzélius, l'oxigène de l'oxide est à celui de l'oxide, lorsque les sels sont à l'état neutre, :: i : 3. On n'a encore pu , par aucun moyen , en isoler l'acide.

Nitrites.

On n'a pu encore unir l'acide deutonitrique ( ni-

( 383 ) treux) avec les oxides, pour former des deutonitrates. Il se décompose toujours pour former des nitrates et des pernitrites ou pernitrates.

Des chlorates.

Histoire. Ce genre de sels a été découvert par M. Berthollet, qui leur donna le nom de muriates suroxigénés; M. Gay-Lussac a démontré qu'ils étaient formés par un acide particulier qu'il a appelé acide chlorique.

Propriétés. Ces sels sont blancs, la plupart susceptibles de cristalliser, et se dissolvant dans l'eau, à l'exception du souschlorate de mercure. Le calorique les. décompose tous; il se produit généralement des proto ou deutoclilorures du métal, et l'oxigène de l'oxide et de l'acide se dégagent. Ces sels sont également décomposés par les divers combustibles simples; le carbone et le phosphore opèrent surtout cette décomposition d'une manière trèsénergique. Ils forment aussi , avec plusieurs d'entre eux, des mélanges , qui s'enflamment et détonnent fortement par la percussion.

L'ordre d'affinité des bases pour cet acide peut être arrangé ainsi :

potasse, chaux,

soude , ammoniaque ,

barite , magnésie, etc.

strontiane ,

Préparation. Tous les sels qui composent ce genre sont le produit de l'art. On les obtient en faisant passer un courant de chlore à travers l'eau où l'on a délavé ou dissous les bases. Dans celte opération ,

( 384) l'eau se décompose, et ses principes constituans se portent sur le chlore , pour former les acides chlorique et hydrochlorique , lesquels produisent un chlorate et hydrochlorate, etc.

Composition. Dans les chlorates neutres, Toxigène de l'oxide est à celui de l'acide :: i : 5, et le poids de cet acide à celui de l'oxigène de l'oxide -9,37 : 1.

De tous les chlorates, celui de potasse est seul employé.

Propriétés. Couleur blanche , saveur fraîche et piquante, cristallisé en lames rhomboïdales, inaltérable à l'air, soluble dans 3i parties d'eau à o, donnant du gaz oxigène par le calorique, et se convertissant en chlorure de potassium. Ce sel active beaucoup la flamme du charbon.

Préparation. En faisant passer un excès de chlore dans une solution de potasse caustique, ce sel se précipite en écailles brillantes qu'on lave avec un peu d'eau, pour le dépouiller de l'hydrochlorate et du chlorure qui se forment en même temps. Cette opération dure plusieurs jours, et l'on doit, pour obtenir ce sel plus pur, le faire de nouveau cristalliser. Avec un kilogramme de potasse, on n'en obtient qu'environ 90 à 100 grammes. ^

Composition. Acide chlorique 61, 23, et potasse 38,77.

Usages. On l'employé dans les laboratoires, pour en extraire le gaz oxigène. Mêlé à parties égales avec le soufre, et réduit en pâte au moyen d'une gomme, on en prépare ces allumettes qui s'enflamînent en les plongeant dans l'acide sulfurique, et que l'on appelle improprement briquets physiques.

( 385 ) II sert de base à une poudre, pour les amorces des fusils à nouvelle platine, dont voici la composition :

chlorate de potasse i oo ,

nitrate de potasse 55,

soufre 33,

lycopode i 7 ,

bois de bourdaine râpé et tamisé 17.

M, Berthollet avait proposé de substituer ce sel au nitrate de potasse, pour la fabrication de la poudre à canon. Cette dangereuse opération coûta la vie à M. Letort, directeur des poudres et salpêtres , et à sa sœur, qui, répétant cette expérience à Essonne, en présence de Lavoisier, furent tués par l'explosion du mortier où se faisait le mélange, malgré toutes les précautions qu'on avait prises 0). En médecine, on Ta administré comme antisyphilitique, mais son emploi a été abandonné.

lodates.

Propriétés. Décomposables par le calorique à la chaleur rouge, les uns en passant à l'état d'iodures, avec dégagement d'oxigène; les autres, en dégageant, avec ce gaz, de l'iode en vapeurs. Ces sels sont insolubles, ou n'ont que peu de solubilité dans l'eau. Les acides hydrosulfurique et deutosulfurique (sulfureux) les désoxi gênent et en précipitent l'iode.

Composition. Les proportions de l'oxigène de l'oxide sont à celles de celui de Poxide :: 1 : 5, et à la quantité d'acide :: 1 : 2o/>o.

(0 Voyez ma notice historique sur M. le comte Berthollet; Paris, i8a3.

Prép arati on. VhvY union directe de l'acide iodique avec les bases; par double décomposition, ou en agitant une solution de soude ou de potasse caustique avec l'eau. Dans cette opération, ce liquide est décomposé, ses élémens se portent sur l'iode, et les acides iodique et hydriodique, qui se forment, se combinent avec la base alcaline. L'iodate de potasse n'étant presque pas soluble , se précipite en grande partie. On n'a qu'à le laver avec un peu d'alcool pour l'obtenir pur.

Sans usages.

Fluates ou hydropthorates.

Sels découverts en 1771, par Schéele.

Propriétés. Ces sels, bien secs, n'éprouvent d'autre changement de la part du calorique que de se fondre à des degrés plus ou moins élevés; ils sont tous solubles , lorsqu'on y ajoute un excès de leur acide; hors de ce cas, ceux à base de potasse, de soude et d'ammoniaque , sont les seuls que l'eau puisse dissoudre. Les acides sulfurique, phosphorique et arsenique, par le concours de l'eau, s'emparent de leur base; tandis que, s'ils sont dans un état de siccité parfaite, l'acide borique est le seul qui, à une chaleur rouge, puisse se décomposer. L'affinité des bases pour cet acide peut être rangé dans l'ordre suivant :

barite, soude,

strontiane , ammoniaque ,

potasse, magnésie, etc.

Quelques-uns de ces sels existent dans la nature , les autres sont le produit de l'art.

Composition. En admettant, avec MM.Thénard, Gay-Lussac, Berzélius, etc., que cet acide est formé par l'oxigène, et non par l'hydrogène, comme d'autres le soutiennent, les proportions de l'oxigène de l'oxide sont à celles de l'acide :: i : i,3*j4'

Préparation. Ou par double décomposition, ou en unissant cet acide avec les bases.

Ces sels sont tous inusités , à l'exception du suivant.

Fluate de chaux.

Assez commun en France, en Allemagne, en Angleterre, etc., sous le nom de spath fluor.

Propriétés. Cristallisé en cubes dont les bords sont tronqués, couleur blanche avec une teinte bleuâtre, etc. ; inaltérable à l'air; exposé à l'action du calorique, il décrépite et devient très-lumineux dans l'obscurité et même sous l'eau (0 ; à un degré de calorique plus élevé , il se fond et donne par le refroidissement un verre transparent. Poids spécifique, 3,i5.

Usages. En docimasie, comme fondant : on en extrait l'acide fluorique.

Arséniates.

Propriétés. Décomposables par le charbon, à une haute température, et par l'acide sulfurique, à chaud, d'autant plus facilement que le sel qui devra se former sera moins soluble ; indécomposables

(0 Le fluate de chaux perd cette propriété de devenir lumineux, lorsqu'on Fa tenu long-temps chaud; on ne peut la lui rendre par aucun moyen , à moins que de le décomposer par l'acide sulfurique et de le recomposer.

C 388 ) par le calorique, à l'exception des sels dont les oxides appartiennent aux métaux des deux dernières sections , et des oxides qui , à une haute température, absorbent de l'oxigène; d'être, à l'exception de ceux à base de potasse, de soude et d'awmoniaque, insolubles ou très-peu solublesdans l'eau, et généralement d'y devenir solubles à la faveur d'un excès d'acide. Les arséniates solubles dans l'eau verdissent le sirop de violettes; lorsqu'on fait évaporer ces dissolutions, il y a une réaction entre les bases, et une formation d'un sur et d'un sousarséniate.

Composition. La proportion d'oxigène de l'oxide, dans ces sels neutres, est à celui de l'acide :: 2 : 5 , et à celles de l'acide :: i : 7,204. Les sursels contiennent double proportion d'acide.

Préparation. Quatre seules espèces de sels de ce genre existent dans la nature; ce sont les arséniates de cobalt, de cuivre, de fer et de nickel; les autres sont le produit de l'art. On les obtient par double décomposition, et, pour ceux à base de potasse et de soude, en calcinant dans un creuset parties égales de deutoxide d'arsenic et de nitrate de ces deux alcalis.

Usages. Les deux arséniates suivans sont seuls employés.

Surarséniate de potasse.

Histoire. Découvert par Macquer, qui lui donna le nom de sel arsenical de Macquer. Un des plus illustres pharmaciens qu'ait vus la Suède , Schéele., en indiqua la composition.

Propriétés. Verdit le sirop de violettes, lorsqu'il est à l'état neutre; mais comme il ne cristallise qu'avec un excès d'acide, c'est sous ce rapport que nous allons l'examiner. Ce sel est en prismes tétraèdres à sommets à quatre pans; par l'action du calorique, il se fond et passe à l'état de sel neutre.

Il est très-soluble dans l'eau; cette solution est décomposée par celle de barite, de chaux et de strontiane. Par un excès d'alcali, il passe à l'état de sel neutre et devient incristallisable.

Arséniate neutre de soude.

Ce sel diffère du précédent en ce qu'il cristallise à l'état neutre en prismes hexaèdres, et qu'à l'état de sursel il devient incristallisable et déliquescent. Il est très-soluble dans l*eau. On peut l?obtenir en saturant l'acide arsenique par le carbonate de soude.

Usages. Ces deux sels sont des poisons violens. On a administré le premier contre les fièvres intermittentes chroniques; on lui a substitué le second avec succès.

De tels médicamens sont tellement périlleux , qu'on ne saurait être trop en garde dans leur administration.

Arsénites.

Sels formés par les bases et le deutoxide d'arsenic, qui joue le rôle d'acide.

Propriétés. En général ils sont décomposés à une haute température, et le deutoxide se dégage, à l'exception des arsénites de potasse et de soude, qui décomposent une partie de l'oxide d'arsenic et passent à l'état d'arséniates y tandis que l'arsenic se

( 39o ) volatilise. Ils sont insolubles dans l'eau, à l'exception de ceux de potasse, de soude et d'ammoniaque; il en est qui le deviennent par un excès d'acide. Par le charbon > ils sont tous décomposés.

Composition. L'oxigène de l'oxide de la base est à celui de l'oxide arsenical :: i : 3.

Usages. Il n'en existe qu'un dans la nature , l'arsénite de plomb. Celui de cuivre est le seul dont les arts se soient emparés ; il est un des principes constituai du vert de Schéele, dont on fait usage pour peindre les papiers.

Des chromâtes.

Histoire. Ce genre de sels a été découvert par M. Vauquelin,en 1797.

Propriétés. A l'exception duchromate de potasse , presque tous les autres sont décomposés par le calorique; cette décomposition est générale et complète par l'addition du charbon. Ces sels sont la plupart insolubles dans l'eau, et portent la couleur de leurs oxides; l'acide sulfurique concentré s'empare de leur base.

Préparation. Par doubles décompositions, on obtient ceux qui sont insolubles ; les autres , par la combinaison directe de l'acide avec quelques bases , etc. Un seul de ces sels existe dans la nature , c'est le chroma te de plomb, ou plomb rouge de Sibérie; c'est aussi le seul employé dans les arts pour la peinture sur porcelaine, sur toile, sur bois, etc.

Composition. L'oxigène de l'oxide est à celui de l'acide :: 1 : 3, et à l'acide :: 1 : 6,5 18.

( 3g« ) Des colombates.

Sels découverts par M. Hattchett; peu étudiés et

sans usages.

Des tungstates.

Découverts en 1 781, par Schéele; n'offrant aucun intérêt, et sans usages.

Des molybdates.

La découverte en est également due à Schéele; peu étudiés et sans usages.

DEUXIEME SECTION

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