DES EAUX MINÉRALES
Parmi les secours que la nature offre à l'art de guérir , les eaux minérales occupent un rang distingué. Ce qui prouve la vérité de cette assertion, c'est que de temps immémorial on s'occupa de leur examen, et si Ton ne put parvenir à en bien reconnaître les parties constituantes, c'est que la chimie était encore dans son enfance.
Ce fut vers la fin du 17e siècle que Boyle et Duclos firent plusieurs tentatives heureuses pour découvrir les principes minéralisateurs des eaux médicinales; Boyle fut le premier qui indiqua les moyens d'analyse qui furent suivis et perfectionnes par Duel os.
Plusieurs autres chimistes , tels queHierne, Hoffmann, Margraaff, Venel, Boulduc, R.egis, Rouelle, Geoffroy, Bayen, etc., contribuèrent beaucoup à l'avancement de cette science. Cependant, malgré leurs savantes recherches et le grand jour que répandirent, sur ce sujet, Black par la découverte de l'acide carbonique, et Bergmann par la dissertation qu'il publia en 1778, la nature des eaux minérales n'a été bien connue que depuis la naissance de la chimie pneumatique et les travaux des Klaproth,
( 43o ) Schéele, Westrumb, Kirwan, Giovanetti, Fourcroy- Vauquelin, etc. Depuis ce temps il est fort peu de chimistes qui ne se soient livrés à l'examen de quelque eau minérale.
La nature a répandu les sources d'eaux minérales sur presque tous les points du globe , le plus souvent dans les endroits éloignés du séjour des hommes, et souvent même inaccessibles ; il semble qu'elle ait voulu par là nous prouver la juste répartition de ses bienfaits. Presque toujours elles sourdent au pied ou à diverses hauteurs des montagnes, et elles entraînent ou dissolvent les sels que contiennent les terres à travers lesquelles elles filtrent.
Les eaux minérales peuvent donc tenir en dissolution ou en suspension diverses substances gazeuses, terreuses et salines, dont le nombre et les proportions sont très-variables. U en est même qui n'y sauraient exister ensemble , attendu qu'elles se décomposent mutuellement. Les substances qu'on y a trouvées sont :
i° Le gaz oxigène.
2° L'air, dans quelques-unes pour ~.
3° Le gaz azote, dans la plupart des eaux dont la température ne dépasse pas 4o degrés.
4° Le gaz hydrogène y a été rencontré par MM. Pearson, Garnet et Cambe.
5° Le gaz acide hydrosulfurique.
6° Le gaz acide carbonique, en plus ou moins grande quantité dans presque toutes les eaux.
7° Le gaz acide sulfureux, en Italie, dans des eaux au voisinage des volcans.
8° L'acide borique dans quelques lacs.
9° La soude, par Black.
io° La potasse, par le docteur Marcet dans les eaux de la mer.
1 1° L'ammoniaque, par le même.
ii° La silice, par Bergmann, Black , Klaproth, Hassenfratz, etc.
i3° La chaux: sa présence n'y est pas bien démontrée.
Parmi les seîs on y rencontre le sulfate, l'hydrochlorate de soude; les sulfates de magnésie, de soude, de chaux, de fer, de cuivre, et quelquefois d'alumine; les hydrochlorates de chaux, de magnésie, et quelquefois ceux de manganèse , d'ammoniaque , de barite, d'alumine et de potasse; les nitrates de chaux , de magnésie et de potasse , ainsi que les carbonates de soude , de fer, de chaux, de potasse, d'ammoniaque et de magnésie; les hydrosulfates de chaux et de soude, etc.
De ces 38 substances, il n'y en a guère que 7 à 8 qu'on y rencontre presque toujours. D'après les proportions dans lesquelles elles se trouvent dans les eaux minérales, on les a divisées en sulfureuses, acidulés , salines et ferrugineuses.
i° On appelle sulfureuses celles qui ont pour principal minéralisateur l'acide hydrosulfurique ou un hydrosulfate. Elles ont une odeur et une saveur hépatiques.
2° Acidulés celles où prédomine l'acide carbonique. Elles ont une saveur aigrelette et rougissent les couleurs bleues végétales.
3° Ferrugineuses celles où prédomine le carbonate de fer , qui y est en dissolution par un excès
d'acide carbonique. Un petit nombre contiennent du i sulfate de ce métal.
4° Salines, quand elles ne sont minéralisées que par des sels, tels que les sulfates de soude et de magnésie, et les hydrochlorates de chaux, de magnésie et de soude, etc.; les carbonates de chaux, de magnésie et de fer.
Relativement à leur température, on les divise en eaux froides et chaudes ou thermales; le degré de température de ces eaux est plus ou moins élevé. MM. Boucingo, Rivero et de Humboldt en ont trouvé une sulfureuse sur les Cordillères à 9*2° cent. M. Caldeleugh en a vu au Brésil dont la température est de i4o° et de i5o de Farenheit : on en rencontre en Islande qui se rapprochent de celle de l'ébullition. M. de Humboldt assure que les eaux à la Trincheras sont chargées d'acide hydrosulfurique, quoique leur température soit de 90°.
Lorsqu'on se propose d'examiner nne source d'eau minérale, il faut auparavant parcourir attentivement les environs, reconnaître la nature du sol et s'asurer s'il existe des mines dans la direction d'où viennent les eaux; car, comme l'a fort bien observé Pline, taies sunt aquœ qualis terra per quam Jluunt. On doit prendre ensuite soigneusement, et avec plusieurs bons thermomètres, la température de l'eau à la source, en observer la transparence, et recueillir une partie du dépôt, si elle en Tonne. Après cette opération préliminaire, on passe à l'analyse préliminaire qui a lieu au moyen des réactifs.
Examen par les réactifs.
Cet examen doit être fait à la source 7 ainsi que
(433 ) touies les expériences préliminaires, afin d'éviter la déperdition des substances gazeuses qui a lieu en partie par le transport. Cette analyse s'opère en faisant réagir successivement sur plusieurs portions d'eau divers réactifs. En notant soigneusement l'effet que chacun d'eux y produit , on acquiert des notions préliminaires qui conduisent le chimiste à des résultats d'autant plus exacts que son habiieté lui rend la connaissance de l'action des réactifs plus familière. Nous devons faire observer qu'il est plusieurs composés qui ne peuvent exister simultanément avec d'autres corps dans les eaux minérales, attendu qu'ils réagissent les uns sur les autres, et donnent lieu à de nouveaux produits. Les analyses dans lesquelles on rencontre, en même temps, ces mêmes corps sont inexactes.
La connaissance des substances qui se décomposent mutuellement facilite beaucoup l'étude des eaux minérales, et nous fait éviter bien des erreurs. Nous allons offrir le tableau de ces divers corps : Gaz oxigène , / ne peuvent exister avec Pacide
air atmosphérique , / hydrosulfurique et l'acide
( sulfureux.
/ avec aucun alcali libre, ni avec Acide carbonique , ) Foxide de fer, la magnésie et
l la chaux.