CHIMIE ORGANIQUE VÉGÉTALE
On est convenu de donner le nom de végétaux aux corps qui, fixés sur la convexité du globe, se développent et meurent à l'endroit même où ils ont pris naissance; ils ont pour caractères d'être privés de sensibilité, de croître par intus-susception et de se multiplier au moyen d'une semence qu'ils ont eux-mêmes produite, certains même en fixant dans la terre une de leurs tiges. Pour que le développement de la semence ait lieu, il faut le concours des conditions suivantes.
De la germination.
i° La semence doit avoir été cueillie dans un état de maturité et n'être pas vieille.
a© La présence de Y eau est indispensable. Cepen-
dant, chez le plus grand nombre de plantes, si elle* est en excès, elle décompose la graine. C'est par erreur qu'on a cr\i que l'eau de fumier en favorisait le développement; l'eau pure est préférable. Ce n'est que lorsque la racine est bien formée que celle de fumier convient mieux.
3° Celle de Vair ou de Yoxigène est également indispensable, puisque les graines ne germent pas quand elles sont à une trop grande profondeur dans la terre, dans le vide, dans le gaz hydrogène, l'azote ou l'acide carbonique. On aperçoit à la vérité un commencement de germination, mais elle s'arrête bientôt, et les semences périssent. Schéele a démontré que cette germination ne pouvait avoir i lieu dans une atmosphère formée de 3 d'oxigène et i d'acide carbonique; et de Saussure, dans un mélange de \'i d'air et i d'acide carbonique.
4° Le chlore très-étendu d'eau favorise beaucoup le développement même des vieilles semences, si son action est aidée de celle de la lumière et d'une température d'environ 35° c. ; on observe cependant que les jeunes plantes qui en sont le produit, sont moins vigoureuses que les autres.
5° Le calorique est encore un des agens indispensables de la germination. Au-dessous de o, elle n'ai pas lieu; il en est de même d'une température élevée. Les diverses plantes exigent pour leur développement divers degrés de chaleur; les plus favorables sont de io à 3o.
6° \J action de la lumière n'a pas encore été bien étudiée; nous savons seulement que le plus grand nombre de plantes germe beaucoup mieux à i
l'abri de la lumière. Einliof a remarqué qu'il y a des rayons lumineux qui favorisent plus la germination que les autres.
Dès que la semence est disposée pour germer, elle absorbe de l'eau, se ramollit et se gonfle- bientôt après, il s'opère un petit dégagement de gaz acide carbonique, et le germe commence à se montrer ; ce développement continue, ainsi que le dégagement de cet acide. L'on a calculé que la semence absorbait, pendant son entière germination, delà 1000e à la 100e partie d'oxigène du poids de la semence, et que la quantité de gaz acide carbonique dégagé était égale en volume à celle du gaz oxigène absorbé. Tant que cette opération dure , il se développe du calorique qui est quelquefois tel que l'on a vu des inflammations spontanées avoir lieu dans la préparation de la drèche.
La semence, ou, pour mieux dire, la matière glutineuse et amylacée, contenue dans les cotylédons devenus feuilles séminales, fournit le carbone propre à la formation de l'acide carbonique; aussi remarquet'on que le poids des semences a diminué; il se forme alors une substance sucrée, soluble dans l'eau, qui est à proprement parler le lait de la jeune plante.
Une fois que la germination est opérée , la partie qui doit constituer la racine, et que Ton appelle radicule, s'enfonce dans la terre, et celle qui doit former la tige, et que Ton nomme plumule , s'élève au-dessus, accompagnée des cotylédons ou feuilles séminales, qui tombent dès que la plante est un peu forte.
Des racines.
Les racines sont la partie de la plante qui sert à la fixer dans la terre et à y puiser les sucs nutritifs. Elles se ramifient en fibres si déliées, qu'il n'y a que les substances dissoutes dans l'eau qui puissent être absorbées. Ces substances sont :
i°Ueau.l\ en faut une plus ou moins grande quantité pour l'entretien de la végétation ) il est des plantes qui végètent dans des terrains très-secs, et d'autres, telles que les aquatiques, dont les racines, et quelquefois les plantes même, sont constamment plongées dans l'eau. Cependant, en général, un manque d'eau les fait périr, et un excès les fait pourrir.
2° U acide carbonique. Les végétaux, arrosés avec une eau contenant de l'acide carbonique, croissent beaucoup mieux qu'avec de l'eau pure.
3° Les sels. Ces substances dissoutes dans l'eau sont absorbées par la plante. M. le comte Chaptal et moi avons observé que le tamarisc gallica, qui croît sur les plages maritimes, donne du sulfate et de l'hydrochlorate de soude , tandis que celui qui végète à un rayon de dix lieues, loin de la mcr3 ne produit que du sulfate et de l'hydrochlorate de potasse. Quant aux sels insolubles et à la silice qu'on trouve dans leurs cendres , leur présence es* bien difficile à expliquer, à moins que de l'attribue] a des réactions produites par la combustion. L'oi peut consulter à ce sujet l'excellent ouvrage d< M. de Saussure.
La fertilité du sol est en raison directe de la quan titéde substances organiques décomposées qu'il con
( 45 1 ) tient. Il est même démontré que les plantes absorbent également d'autres substances, qui leur communiquent une partie de leurs propriétés. John a remarqué que des pois arrosés avec une dissolution de suc d'aloès contractent une saveur amère. J'ai observé, dans le midi de la France, que, dans les terrains presque couverts d'aristoloches, où l'on plantait la vigne, le vin conservait un goût amer bien prononcé.
Du tronc et des branches.
Le point de séparation entre la partie qui s'élève hors de la terre et celle qui s'y enfonce est appelé collet; elle semble rattacher les racines au tronc. Les racines, comme le tronc et les branches, sont composées de quatre parties : la moelle, qui est placée au centre du bois, qui la recouvre; de l'aubier, qui vient immédiatement après le bois; et de l'écorce,qui est composée elle-même de trois autres parties, 1'épiderme, les couches corticales et le liber. Toutes les années celui-ci se détache de l'écorce, et, en s'appliquant sur le bois, constitue l'aubier, tandis que le précédent passe à l'état de bois; aussi voit-on que le tronc , les racines et les branches sont formés de couches concentriques, d'autant plus dures qu'elles se rapprochent plus du milieu; on peut même jusqu'à un certain point reconnaître, par ces couches, l'âge dei arbres. Ces diverses parties des plantes sont pourvues de vaisseaux absorbans, exhalans et pneumatiques, qui se ramifient dans les autres parties; l'étude de leurs fonctions compose la physiologie végétale. Les sucs et les sels absorbés
( 45a ) parles plantes sont élabores dans les vaisseaux et convertis en amidon, gomme, résine, huile , mucilage, sucre, acides et en une foule d'autres produits, à l'examen desquels nous nous livrerons bientôt.
Les branches émanent une quantité de gaz acide carbonique égale à celle de l'oxigène qu'elles absorbent. Tant que la nutrition a lieu, l'intérieur de l'arbre conserve un degré de température qui n'est jamais inférieur à 1 1° cent., et qui paraît augmenter avec celle de l'air, sans cependant dépasser celle de '23°. L'on a observé que , lorsque l'air était à 2,5° , l'intérieur de l'arbre était à n* lorsqu'il était à 12,5°, l'arbre était à 6; enfin que dans un air de 3r2,5 il était à 20. Il est bon de faire observer que la pluie abaisse cette température, mais d'une manière très-lente.
Des feuilles.
Les feuilles sont destinées à diverses fonctions : 1 ° Elles servent à la transpiration de la plante ; elle s'opère principalement par la surface supérieure ; si on les enduit d'un vernis , elle s'arrête. Cette transpiration est aqueuse, elle se supprime la nuit, ainsi que par les temps froids et par la pluie ; elle est plus abondante dans les jeunes plantes. On a calculé que la quantité d'eau qu'exhalent les plantes herbacées était quelquefois égale au tiers et même à la moitié de leur poids, et qu'elle était imprégnée de l'odeur de la plante.
2° Pendant la nuit, les feuilles absorbent, par leur surface inférieure, l'eau atmosphérique, ainsi que celle de pluie et de rosée.
( 453 ) 3° MM. Pfiestley et Sennebier ont fait connaître qu'elles absorbaient aussi un volume d'acide carbonique égal à celui du gaz oxigène qu'elles exhalent ; mais, pour que cette absorption et cette exhalation aient lieu, il faut que la plante soit exposée à l'action de la lumière solaire. En automne, lorsqu'elles ont contracté une couleur rouge, ce dégagement cesse; il paraît qu'alors les fonctions vitales commencent à s'éteindre. L'expérience a démontré que la quantité d'oxigèue qu'elles produisaient était en raison directe, non de leur épaisseur , mais de leur surface. Dans l'acte de la végétation , cet acide est décomposé, son carbone sert à la formation du ligneux, et contribue à celle des divers produits
végétaux.
4° Lorsque les feuilles sont à l'abri du contact de la lumière , elles inspirent de l'oxigène, et expirent du gaz acide carbonique. Ce même effet a lieu la nuit, et est en raison directe de la bonté du sol ; il est moins sensible dans les plantes marécageuses, et celles qu'on appelle grasses, que dans les autres.
Des fleurs.
Les fleurs diffèrent des feuilles en ce qu'elles absorbent constamment du gaz oxigène, moins cependant la nuit que le jour , et queles proportions d'acide carboniquequ'eliesexhalentsont moindres quecelles de l'oxigène qu'elles absorbent. M. de Saussure a remarqué que , dans les gaz dépouillés d'oxigèue, les boutons ouverts périssaient, et les autres ne s'ouvraient point.
Des fruits.
Nous devons à M. Bérard un travail fort intéressant, par lequel il démontre, jusqu'à un certain point, que les fruits, avant de parvenir à leur maturité, exhalent de l'acide carbonique et absorbent de l'oxigène, et que cet effet est plus actif le jour que la nuit. Lorsqu'ils ont atteint leur maturité et qu'on les a cueillis, ils changent l'oxigène de l'air en acide carbonique, et passent successivement du dernier degré de maturité au blossissement et ensuite à la décomposition.
Nous ne pousserons pas plus loin cet aperçu ; nous nous bornerons à conseiller à ceux qui voudront acquérir des connaissances plus étendues sur cet objet à consulter les travaux de Schéeîe (0, Ingenhouz (2) , Sennebier (3)? de Saussure (4), de Candolle (5), John {% Béi ard (7), Carradori (8), etc.
Classification des produits végétaux.
Un grand nombre d'analyses, faites par les plus habiles chimistes, a démontré que les élémens premiers qui existent dans les plantes, et qui constituent leurs produits immédiats, sont l'oxigène, l'hydrogène, l'azote, le chlore, le carbone, le soufre,
C1) Opusc. chim., I.
(2) Expériences sur les végétaux.
(3) Mém. phjrs. chim., III.
(4) Recherches chim. sur la végétation.
(5) Mémoires d'Arcucil; Elém. de botanique, etc.
(6) Sur la nourriture des plantes, etc.
(7) Mémoire sur la maturation des fruits. (*) Journ* dephysiq., 85, 75.
( 455 ) le phosphore, l'iode- et parmi les métaux, le potassium , le sodium , le calcium , le fer, le manganèse, le magnésium et le silicium. Meisner et Bucholz y ontmeme annoncé la présence du cuivre (0. Cesprincipes élémentaires donnent lieu par leur combinaison aux acides , aux sels , aux sucs gommeux , sucrés ou résineux, ainsi qu'aux autres diverses substances végétales. Afin de les étudier avec plus de méthode, nous allons les ranger dans la division admise par M.Thénard, qui forme sept sections.
Dans la première sont rangés les acides végétaux dépourvus d'azote, et dans lesquels les proportions d'oxigène sont supérieures à celles de l'hydrogène , nécessaires pour former de l'eau. Il est bon de faire observer que, quelles que soient les proportions d'oxigène dans un acide végétal , elles sont toujours insuffisantes pour convertir en eau et en acide carbonique son carbone et son hydrogène.
Dacs la deuxième sont comprises les substances qui servent de base à ces acides pour former des sels, et dont on n'a pas encore reconnu les proportions d'oxigène et d'hydrogène.
Dans la troisième sont placées celles dont les proportions d'oxigène et d'hydrogène se trouvent égales à celles qui sont nécessaires pour former de l'eau • elles sont appelées neutres : telles sont la gomme, le ligneux , l'amidon , le miel, le sucre, etc.
La quatrième est formée par les substances qui contiennent plus d'oxigène qu'il ne faut pour former de l'eau, avec leur hydrogène, et une grande quan-
(0 Manuel pour les chimistes, et Journal de Schw.
J 456 ) tité de carbone ; elles sont très-combustibles. C'est dans cette classe que sont rangés les résines , les huiles, l'alcool, etc. Quelques-unes de ces substances jouissent des propriétés des acides.
La cinquième réunit les matières colorantes;
La sixième, les substances encore peu étudiées.
La septième comprend celles qui contiennent , outre les principes signalés dans les autres , de l'azote.
Nous nous réservons, en traitant de la plupart de ces substances, de faire connaître l'action qu'exercent sur elles les acides et les oxides.
PREMIERE SECTION
Des acides végétaux et des sels qu ils forment en s'unissant avec les bases.
Ces corps ont pour propriétés caractéristiques de rougir les couleurs bleues végétales , de former des sels avec les bases, de n'avoir pour principes constituais que l'oxigène, l'hydrogène et le carbone. Tous les acides sont incolores et inodores, à l'exception de l'acide acétique, d'un poids spécifique supérieur à celui de l'eau; les acides margarique et oléique sont les seuls qui soient plus rares que ce liquide; ils sont aussi presque tous solubles dans l'eau et un grand nombre même dans l'alcool. Le calorique en volatilise quelques-uns sans altération; ceux-là sont susceptibles d'être distillés , comme le vinaigre , etc. ; d'autres sont partiellement décomposés, et les nouveaux produits se volatilisent en combinaison avec la partie indécomposée; de ce nombre sont les acides
( 457 ) gallique, benzoïque , oxalique, succinique, margarique, oléique, etc.; il en est enfin qui sont corn- ■ plétement décomposes et convertis en acides acétique et carbonique, en eau, en charbon et en substance huileuse. Les acides végétaux connus jusqu'à présent, sont au nombre de trente-sept; nous allons les examiner succinctement, en gardant Tordre alphabétique.
Quelques-uns de ces acides existent naturellement dans les végétaux, d'autres sont le produit de l'art, et 'certains, de l'art et de la nature.
Les sels qui proviennent de l'union des acides végétaux avec les diverses bases salifiables ont tous tes caractères des autres sels. Le calorique les décompose à une haute température, et l'on obtient souvent pour résidu un carbonate métallique; d'autres fois l'oxide est complètement ou partiellement réduit. Il en est enfin, dont une partie de l'acide est, décomposée et l'autre volatilisée, et la base métallique est réduite ou reste à l'état d'oxide. Lorsque nous examinerons les divers sels , nous nous arrêterons sur ce qu'ils peuvent offrir de particulier.
Acide acétique.
Cet acide vient d'être reconnu dans le suc de l'érable. Il n'a encore été que fort peu étudié , ainsi que ses combinaisons salines.
Acide acétique.
Histoire, On a donné long-temps au vinaigre le nom d'acide acélcux. On croyait qu'il différait de
( 458 ) l'acide acétique par un degré moindre d'oxigénation. Leur identité a depuis été bien reconnue.
Propriétés. L'acide acétique, connu jadis dans les pharmacies sous le nom de vinaigre radical , est, dans son plus grand état de concentration, liquide, incolore , d'une odeur très-vive, sui generis, d'une saveur très-acide et caustique; rougissant les couleurs bleues végétales, entrant en ébullition au-dessus de ioo, inflammable, attirant l'humidité de l'air, se dissolvant dans l'alcool, et exerçant une grande action désorganisatrice sur les substances animales. Son poids spécifique est égal à i,o63. Celui qui provient de la distillation du vinaigre ne contient qu'environ ^ de celui-ci. Son poids spécifique est de 1,007 à 1 ,009. Dans cet état, sa saveur est acide et non caustique, son odeur agréable; il contient un peu de mucilage et souvent un peu d'alcool, surtout quand le vinaigre n'a pas plus de 6°. J'ai obtenu, par la distillation de 20 litres d'un semblable vinaigre, un produit éthéré qui, bien rectifié, m'a donné demi-litre de bon éther acétique.
L'acide acétique à 1 ,o63 se prend en une masse cristalline à la température de + i3 cent.; une forte pression peut opérer le même effet. M. Perkins a soumis du vinaigre de M. Mollerat contenant — d'acide réel et 10 d'eau à une pression det 1,100 atmosphères, et a obtenu les \ supérieurs dee cristaux d'acide acétique pur et très-fort; la partie inférieure était de l'eau acidulée. A une chaleur ordinaire, il passe à la distillation sans se décomposer ; dans un tube rouge il est même difficilement décomposé. Il est soluble dans l'eau en toutes propor-
( 459 ) tions. Dans son plus grand état de concentration, i\ en contient 14*78 parties, qui sont nécessaires à son existence. Un fait bien remarquable, c'est que cet acide, quand on l'unit avec diverses proportions d'eau, les poids spécifiques de ces mélanges ne s'accordent pas avec les proportions de chacun de ces corps. M. Mollerat s'est livré à ce sujet à un travail fort intéressant duquel il résulte que :
100 parties d'acide et 14,78 d'eau pèsent i,o63o,
ioo 25,21 1,0742,
L'acide acétique dissout le cuivre, l'étain, le fer et le zinc. Il forme, avec les oxides et les bases salifiantes, des sels qui portent le nom d'acétates.
Etat naturel. Cet acide est un des acides végétaux qui existent le plus communément dans la nature. On le trouve dans le lait, la sève, la sueur, l'urine , etc. Il est un des produits de la putréfaction des végétaux, de leur distillation, et de l'action des acides sulfurique et nitrique, ainsi que des alcalis, sur les substances végétales. C'est un des produits j végétaux les plus oxigénés. Il se forme aussi dans l'estomac, lors des mauvaises digestions.
Préparation. On obtient cet acide à l'état de vinaigre en faisant subir une nouvelle fermentation, plus ou moins prolongée, et avec le contact de l'air, aux liqueurs alcooliques .{Cette acétificalion est d'autant plus prompte, que la température à laquelle
( 4<3o ) on opère s'écarte moins de i5 à 20 -j- °> que la liqueur présente plus de surface à l'air , et qu'on l'agite plus souvent, en la tenant en contact avec l'atmosphère. Quelques personnes, pour activer la fermentation acétique, ajoutent au vin de la levure de bierre et une partie de vin chaud. Le vinaigre ainsi obtenu est rouge ou jaune doré, suivant qu'on a employé du vin rouge ou blanc.
Dans le premier cas, on le décolore, i° par la distillation, 20 par le noir d'ivoire ou charbon animal. Si l'on veut lui conserver une couleur dorée , il suffit de verser dans deux pintes de bon vinaigre un verre de lait, ou d'y délayer un morceau de levainau bout de a ou 3 jours on filtre, et on obtient un vinaigre très-beau, que l'on peut aromatiser avec diverses plantes, en les y laissant en infusion pendant 2 4 heures.
Le vinaigre concentré, ou vinaigre radical, se préparait en distillant, dans une cornue de grès, de« l'acétate de cuivre; on redistillait le produit pour en séparer un peu d'oxide de cuivre qu'il entraîne et qui le colore en vert; on le fabrique maintenant en grand par la distillation des bois dans un appareil très-ingénieux que nous devons à M. Mollerat. Le? produits de cette distillation sont du gaz acide carbonique, de l'oxide de carbone, de l'hydrogène, carboné, de l'eau , de l'huile empyreumatique etde l'acide acétique. Ces produits réunis, à l'exceptioi des trois premiers, qui se dégagent à l'état de gaz étaient connus sous le nom à' acide pyroligneux Dans cet appareil de M. Mollerat, les gaz qui pro| viennent de cette distillation se rendent, par unlarf
( 46 1 ) tuyau, dans le foyer du fourneau, où en brûlant ils fournissent le calorique nécessaire pour continuer cette opération. Pour obtenir l'acide acétique pur, on sature le produit liquide en le filtrant à travers la soude factice; la plus grande partie de l'huile s'unit à la charrée : on fait cristalliser l'acétate de soude, on le redissout, et on le fait recristalliser jusqu'à ce qu'il soit bien blanc; on décompose ensuite l'acétate de soude par l'acide sulfurique , et on recueille le produit, qui se volatilise, et dont la concentration est relative à celle de l'autre acide. C'est ainsi que M. Mollerat prépare celui qu'il livre annuellement au commerce, et dont la concentration et la beauté l'emportent sur le vinaigre de vin.
L'opération de la distillation du bois dure de 5 à 6 heures. La cornue contient de i voie { à 2 voies, ce qui fournit de 2/fO à 3oo litres d'acide pyroligneux, et ~ de beau charbon, lequel exposé à l'air augmente de poids de— -, et brûle plus rapidement.
Les bois durs doivent seuls être employés, et les bois blancs rejetés.
Composition. Selon MM. Gay-Lussac et Thénard, cet acide est composé de :
carbone 5o,224> hydrogène et oxigène dans les proportions
propres à former de Teau fô,5i i,
oxigène en excès 2,865.
Usages. Cet acide, à l'état de vinaigre, est employé dans les arts chimiques pour fabriquer les acétates de cuivre, de plomb, d'alumine et de fer. Dans les pharmacies, on en prépare une foule de médicamens, tels que les vinaigres scillitique, rosat,
( 462 ) des quatre- voleurs , l'oximel scillitique et simple , l'extrait de saturne, l'onguent égyptiac, etc. Dans l'économie domestique, il est très-employé comme condiment et aliment. En médecine, il est d'un trcsgrand emploi, tant comme moyen hygiénique que comme moyen curatif. Sous ce dernier point de vue, il est considéré comme un bon antiseptique, rafraîchissant et calmant; il peut être employé dans tous les cas où les acides minéraux faibles sont indiqués. Il convient aussi dans les lipothymies, ainsi que dans l'asphyxie. En fumigations, et en arrosant les chambres des malades, il contribue à leur assainissement et à détruire l'odeur désagréable qu'elles ont.
Tout le monde connaît l'usage qu'on en fait à l'extérieur dans les évanouisse mens, soit en frictions sur les tempes, soit en le faisant respirer ; il est alors excitant et antispasmodique. Il est aussi employé en frictions pour détruire l'engorgement de quelques organes, pour les tumeurs anévrismales et contre la céphalalgie. On l'ajoute à quelques pédiluves comme un bon moyen révulsif.
Le vinaigre avait été préconisé comme étant un bon antidote de l'opium; M. Orfila a démontré que, loin d'en être le contre-poison, il en augmentait l'action meurtrière lorsqu'ils se trouvaient ensemble dans le canal digestif, mais que l'eau vinaigrée était un des meilleurs médicamens pour combattre les symptômes développés par ce poison. Le sel de vinaigre n'est autre chose que du sulfate de potasse arrosé avec de l'acide acétique concentré.
( 463 ) Des acétates.
Ce genre de sels étant très-étendu , nous nous bornerons à l'examen de ceux qui offrent quelque intérêt ou quelque utilité. Ils ont pour caractères d'être complètement décomposés par le calorique , et de donner de l'esprit pyroacétique (l). Dans cette opération, l'acide acétique est décomposé dans des proportions plus ou moins grandes, suivant la force d'affinité qui l'unit à l'oxide avec lequel il est à l'état de combinaison saline ; sa décomposition est presque totale dans les acétates alcalins et terreux. Avec les bases non métalliques, on n'a pas encore bien étudié leur réaction.
L'eau dissout tous les acétates; si ce liquide est en quantité, et qu'on expose quelque temps la solution au contact de l'air, le sel est décomposé.
Tous les acides dits minéraux dégagent l'acide acétique de ses combinaisons salines.
Acétate d'ammoniaque.
Ce sel est connu dans les pharmacopées sous le nom d'esprit de Minderererus. Il existe dans l'urine putréfiée et dans le bouillon gâté. Il est liquide; lorsqu'on l'évaporé rapidement, il perd une partie de son ammoniaque, et se sublime en aiguilles déliées. Il a une saveur piquante; on l'obtient en saturant l'acide acétique par l'ammoniaque.
Vertus. Sudorifique et antispasmodique. On le
(*) L'acétate d'ammoniaque semble faire exception à cette régie, puisqu'il se sublime en grande partie en aiguilles déliées.
donne dans cinq ou six onces de véhicule, à la dose de deux gros à une once et demie. Il est très-recommandé dans les typhus, les fièvres putrides, malignes, dans la petite- vérole, les gouttes rentrées, à la fin des rhumatismes aigus , etc.
Acétate d'alumine.
Propriétés. Liquide , inodore , saveur astringente et sucrée , et abandonnant son acide sans décomposition à une température voisine de la chaleur rouge. Ce sel cristallise difficilement; il est soluble dans l'eau. Cette solution, évaporée à siccité, se convertit en sousacétate, qui est insoluble, et en acide acétique. Le même effet a lieu, si on l'expose à une température de 5o à 6o° c.
Préparation. En décomposant le sulfate d'alumine (alun) par l'acétate de plomb.
Usages. Ce sel est très-employé pour fixer les couleurs sur les indiennes , etc.
Acétate dépotasse.
Sel désigné dans les anciennes pharmacopées sous les noms de terre foliée de tartre , sel diurétique, sel essentiel du vin , etc. Il a été connu des alchimistes : Raymond Lulle l'a décrit dans ses ouvrages. Il existe dans la sève de presque tous les arbres, etc.
Propriétés. Petits feuillets blancs, d'une saveur piquante et très-déliquescens, susceptibles de cristalliser par l'évaporation lente.Si on fait chauffer ce sel dans des vaisseaux fermés, avec son poids d'oxide d'arsenic, on obtient deux produits liquides, dont
(465 ) l'un est la liqueur fumante de Cadet , que M. Thénard regarde comme un acétate oléo-arsenical.
Préparation. On fait dissoudre de la potasse ou du souscarbonate de potasse dans de l'acide acétique concentré et blanc; lorsque la liqueur est réduite à moitié, on y ajoute un peu de charbon animal pour en opérer la décoloration; on filtre, et on fait évaporer à siccité dans une bassine d'argent. Ce sel est alors très-blanc.
Vertus. Diurétique et fondant. En usage dans les engorgemens, l'ictère, l'hydropisie, les fièvres intermittentes, etc. Dose de demi-gros à quatre gros par jour.
Acétate de soude.
Connu sous le nom de terre foliée cristallisée. Différant du précédent par sa propriété de cristalliser en prismes; à cela près, mêmes propriétés et même préparation que l'acétate de potasse. Peu
usité.
Acétate de protoxide de mercure.
Inusité. Ce n'est point ce sel, comme l'a cru M. Orfila, qui entre dans les dragées de Reyser, mais le suivant.
Acétate de deutoxide de mercure.
Découvert par Margraaff. Il est cristallisé en lames minces d'un blanc nacré , ayant une saveur métallique, et soluble dans six cents parties d'eau, à la température ordinaire.
La solution de ce sel se convertit par l'ébullition en sousacétate ; il en est de même quand on verse de l'eau bouillante dans une solution concentrée de
( 466 ) çe sel. Ce sousace'tate est de couleur jaune, et insoluble.
Préparation. En faisant bouillir du vinaigre distillé sur l'oxide rouge de mercure.
Vertus. Il fait partie des dragées de Keyser , et remplace souvent le nitrate de sa base dans la composition du sirop de Belet.
Acétate de peroxide de fer.
Propriétés. Liquide, très-soluble , et incristallisable. Sa solution évaporée se convertit en sousacétate insoluble , que l'eau bouillante change en peroxide de fer.
Préparation. Il existe aussi des acétates de proto et de deutoxide de fer. On les obtient également en dissolvant les proto, deuto ou peroxides de fer dans l'acide acétique.
Usages, L'acétate de peroxide est employé dans les manufactures de toiles peintes pour les couleurs rouille, et comme base des couleurs noires.
Sousacétate de deutoxide de cuivre.
C'est sous ce nom qu'est connu le vert-de-gris ou verdet, qu'on fabrique principalement dans les départemens de l'Aude et de l'Hérault. Le procédé généralement suivi consiste à prendre des plaques de cuivre minces, à les battre, et les chauffer à environ 5o degrés. On les trempe ensuite dans du vin chaud ou mieux du vinaigre. On place sur le sol une couche de bon marc de raisin, et par-dessus une couche de plaques de cuivre, et successivement. Au bout d'un mois ou d'un mois et demi , suivant le degré de spirituosité du marc, les plaques sont
couvertes d'une couche verdâtre. On les enlève, et on les place Tune à côté de l'autre transversalement; on les arrose ensuite plusieurs fois avec de l'eau acidulée par le vinaigre , et quelquefois avec de l'eau. Alors cette couche de sel se gonfle, et l'on voit se former une efflorescence blanchâtre qui offre sur les bords de longues aiguilles et qui se sépare facilement de la plaque; c'est alors que le vert-degris est fait. On le racle, et on laisse reposer les plaques quelque temps pour reprendre ensuite cette opération. Il est bon de faire observer qu'en hiver, tant qu'elle dure, on chauffe l'atelier de manière à entretenir la température à 20 degrés.
Ce sel est vert, insoluble dans l'eau, et indécomposable par l'acide carbonique. Si on le fait dissoudre dans l'eau , le liquide s'empare de l'acétate neutre, et l'oxide hydraté se précipite. Par l'action du calorique le métal est réduit.
Composition. Selon M. Proust,
acétate de cuivre neutre 4^
hydrate de cuivre 37,5
eau 1 5,5
96,0 Usages. Dans la peinture à l'huile. En médecine, il entre dans la composition de quelques médicamens, tels que l'emplâtre divin, l'onguent égyptiac, la cire verte de Baume, la pierre divine, le cérat d'acétate de cuivre, et de plusieurs autres destinés à détruire les chairs fongeuses, etc.
Acétate neutre de deutoxide de cuivre.
Dans le commerce on donne à ce sel les noms de
( 468 ) verdet cristallisé, et cristaux de Vénus. On le prépare en faisant dissoudre le vert-de-gris dans le vinaigre, filtrant la dissolution et la faisant cristalliser.
Propriétés. Saveur styptique et sucrée, soluble dans l'eau et dans l'alcool, et cristallisant en rhombes très-réguliers. Le calorique en dégage la plus grande partie de l'acide , qui entraîne un peu d'oxide par lequel il se trouve coloré; et, suivant la remarque de mon ami, le professeur Vogel, il se sublime au haut de la cornue un acétate anhydre en cristaux d'un blanc satiné.
Composition. Acide 5 1,29, oxide 3^5, eau 9,06.
Usages. Pour préparer le vinaigre radical, dans la peinture, le vert d'eau pour lavis des plans, etc. En médecine,on l'a conseillé à l'intérieur comme excitant ) mais ce sel est, comme tous les sels cuivreux, si vénéneux, que l'usage interne doit être banni de la pratique médicale. Il entre dans le remède de Gamet et les pilules deGerbier,que nous regardons également comme des médicamens très-dangereux.
N. B. La couche de cette substance verte qui se forme sur les vases de cuivre, et à laquelle on donne également le nom de vert-de-gris, est un souscarbonate de cuivre qui est même plus vénéneux que le vert-de-gris du commerce.
Sousacétate de plomb.
Dans les pharmacies on donne à ce sel le nom à! extrait de saturne.
Propriétés. En lames opaques et blanches, saveur sucrée 7 verdissant le sirop de violettes, inaltérable
à l'air et soluble dans l'eau. Cettesolution est décompose'e par tous les sels neutres, ainsi que par l'acide carbonique, qui y forme un précipité blanc qui est un souscarbonate de plomb. La gomme, le tanin et la plus grande partie des substances animales le décomposent.
Préparation. En faisant bouillir un excès de litharge calcinée avec le vinaigre, ou bien l'acétate avec le même oxide.
Composition. Acide ioo,protoxide de plomb 656.
Usages. Pour la teinture, pour préparer le blanc de plomb, le blanc de céruse, etc. En médecine, étendu d'eau de fontaine, il constitue l'eau blanche ou eau de saturne, eau végéto-minérale de Goulard. On l'ajoute souvent au cérat, qui prend alors le nom de cérat saturnisé.
Il est un autre sousacétate de plomb qui est insoluble et qui contient, sur ioo parties d'acide, 1608 d'oxide.
Acétate neutre de plomb.
Ce sel est celui qu'on appelle dans le commerce sel ou sucre de saturne.
Propriétés. Cristallise en longs primes tétraèdres terminés par des sommets dièdres, saveur très -sucrée et astringente; ne rougissant pas le sirop de violettes ; plus efïlorescent à l'air que le précédent. Le calorique en dégage en grande partie l'acide acétique. L'eau bouillanle en dissout plusieurs fois son poids, et cette solution bout à la même température que l'eau pure. Les sulfates solubies , ainsi que l'acide sulfurique, le décomposent et le
( 47o ) convertissent en sulfate de plomb insoluble. Ce sel peut dissoudre un poids égal au sien de protoxide de plomb.
Préparation. En faisant bouillir de la lilharge calcinée et pulvérisée dans le vinaigre, et faisant cristalliser cette dissolution.
Composition. Acide 100, protoxide de plomb * 17,662.
Usages. Comme le précédent, ce sel est trèsemployé dans les arts. En médecine, il est considéré comme astringent, dessicatif, et répercussif. On en a lait usage avec quelques succès, comme stimulant, dans des phthisies tuberculeuses, et pour arrêter les hémorragies passives du poumon et de l'utérus; pour arrêter les écoulemens syphilitiques; comme résolutif et rafraîchissant, dans quelques opthalmies, les brûlures, etc. On l'administre à l'intérieur à la dose de 1 à 2 grains par jour, qu'on porte graduellement jusqu'à 8 dans 4 ou 6 onces de véhicule. Ces trois sels sont vénéneux; on peut consulter la toxicologie du professeur Oriila, pour connaître les effets qu'ils produisent comme poisous.
Acide aloétique.
Cet acide a été découvert par M. Braconnot. On l'obtient en faisant bouillir une partie d'aloès avec 8 d'acide nitrique jusqu'à consistance sirupeuse ; en y ajoutant ensuite de l'eau, il se précipite.
Il a pour caractères, d'être jaune, très-amer, d'une odeur agréable, et de rougir le tournesol. Par l'action du calorique, il se décompose, et donne de l'azote, etc. Cet acide n'a pas encore été bien exa-
( 47i ) miné ; il y a tout lieu de croire que c'est une combinaison du principe amer de l'opium avec l'acide nitrique.
Acide benzoique.
Cet acide, connu jadis sous le nom de fleurs de benjoin, est, à l'état de pureté, en aiguilles brillantes, inodore, inaltérable à l'air, d'une saveur légèrement arrière et acide; il rougit la teinture de tournesol; son poids spécifique est 0,657; la chaleur, en le volatilisant, en décompose une petite partie; il se dissout dans 200 parties d'eau froide et dans 3o à 90 degrés. L'alcool bouillant en dissout son poids; l'eau l'en précipite.
Il est inaltérable par les acides sulfurique, nitrique et hydrochlorique.
Préparation. Cet acide existe dans les baumes et dans les urines de quelques animaux ; mais on le prépare en chauffant le benjoin dans un creuset surmonté d'un long cône de carton. On prend les cristaux sublimés, et on les fait chauffer jusqu'à siccité avec leur poids d'acide nitrique. On traite le résidu par l'eau chaude, et on fait cristalliser l'acide par i'évaporation d'une partie de la liqueur.
Composition. Carbone 74?7X > oxigène 20,02 , hydrogène 5,27 = 100.
Usages. Cet acide n'est plus employé en médecine ; il forme, avec les oxides, des sels, dont un seul, le benzoate d'ammoniaque, est un bon réactif pour reconnaître les sels ferrugineux, qu'il précipite en jaune orangé.
( 47'^ ) Acide bolétique.
Découvert par M. Braconnot. Il est en cristaux prismatiques à quatre pans, d'une saveur acidulé, inodore, inaltérable à l'air, et soluble dans 180 parties d'eau et 45 d'alcool. Par l'action du calorique il se volatilise sans se décomposer. On l'obtient en traitant le suc épaissi de boletus pseudo - ignarius par l'alcool, faisant dissoudre le résidu dans l'eau distillée, précipitant la dissolution par le nitrate de plomb , et la décomposant ensuite par le gaz acide hydrosulfurique.
Sans usages, et non analysé.
Acide camphorique.
Découvert par Kosegarten. Il cristallise en parallélipipèdes à barbes de plume et efflorescens. Il est d'une saveur amère et d'une odeur de safran. Par le calorique, il se volatilise sans altération; 10 parties d'eau bouillante en dissolvent une; à la température ordinaire, il en exige 100; l'alcool bouillant le dissout en toutes proportions. Les acides dits minéraux le dissolvent également.
On prépare cet acide en traitant à chaud et à plusieurs reprises \ partie de camphre par 12 d'acide nitrique.
Cet acide et ses sels sont sans usages.
Acide cévadique.
Découvert par MM. Pelletier et Caventou. Cet acide est solide, bîanc, cristallin, fusible à + 2o°c, très-volatil et soluble dans l'eau, l'alcool et l'élher.
(473 ) On le prépare en traitant la substance grasse de la cévadille par la potasse.
Sans usages.
Acide citrique.
Retiré du suc des citrons par Schéele. A l'état de pureté, il est en prismes rhomboïdaux, transparent, d'une saveur acide, presque caustique; rougissant l'infusion de tournesol, inaltérable à l'air, et soluble dans demi-partie de son poids d'eau bouillante; l'eau froide en prend les y. Exposé à l'action du calorique, il perd son eau de cristallisation, et se décompose ensuite. La solution aqueuse de cet acide, même dans des vases clos, s'altère peu à peu aux dépens de l'acide, qui finit par se décomposer entièrement.
Préparation. Cet acide existe dans le suc des citrons et d'une foule d'autres fruits. On l'obtient en saturant le jus de citrons par le carbonate de chaux, lavant le précipité et le décomposant par l'acide sulfurique en excès, qui, s'emparant de Ja chaux, se précipite à l'état de sulfate; on fait cristalliser ensuite l'acide citrique par l'évaporation.
Composition. Selon MM. Gay-Lussac etTliénard, carbone 33,8 1, oxigène 59,859, hydrogène 6,33o.
Usages. Le suc de citrons ne diffère de cet acide que par le mucilage qu'il contient et l'eau dont il est étendu. On l'emploie en médecine, à l'état de limonade , comme rafraîchissant , désaltérant et antiseptique. Son emploi est très-utile dans les fièvres inflammatoires, bilieuses, adynamiques et quelques embarras gastriques. On prépare aussi une limonade sèche avec cet acide en poudre et le sucre,
ainsi qu'une eau gazeuse, avec cet acide et le carbonate de magnésie.
Citrates. Ces sels sont sans usages, à l'exception du citrate de potasse, qu'on emploie en médecine pour arrêter les vomissemens. C'est ce médicament qu'on connaît sous le nom de potion antiémé tique de Rivière. On la prépare en faisant dissoudre de 20 à 3o grains de souscarbonate de potasse dans 1 once d'eau de menthe, et y ajoutant un suc de citron. Le malade doit l'avaler au moment où l'effervescence
se produit,
Acide ellagique.
Découvert par Braconnot. M. Chevreul pense que cet acide n'est autre chose que l'acide gallique uni à une matière colorante volatile, à une substance azotée, et à du fer et de la chaux. Cet acide est sous forme d'une poudre brunâtre, inodore, insipide, et ne rougissant pas sensiblement les couleurs bleues végétales. On l'extrait du dépôt qui se forme spontanément dans l'infusion des noix de galles.
Sans usages.
Acide fungique.
Découvert par M. Braconnot. Dans les champignons, tantôt libre, tantôt uni à la potasse. Sans usages.
Acide gallique.
Découvert par Schéele dans les noix de galles. Il existe aussi dans celles de cyprès , les fleurs d'arnica , les semences de sumac et de cévadille, dans la racine de l'ellébore blanc, du colchique d'automne, d'ipécacuanha, etc.
Propriétés. L'acide gallique pur est en cristaux soyeux très-blancs , mais ordinairement colorés en jaune par un peu de matière colorante; il est inodore, d'une saveur douceâtre et acide, rougissant le sirop de violettes, soluble dans 20 parties d'eau froide ainsi que dans l'alcool, se sublimant en partie? et se décomposant dans un tube à une chaleur rouge; précipitant les sels des deuto et tritoxides de fer en bleu et en brun. Avec les oxides et les bases salifiablés, il forme des sels qui sont sans usages.
Préparation. On expose pendant deux mois au contact de l'air une forte infusion de noix de galles : on enlève la moisissure qui s'est formée , et on exprime le dépôt qu'on trouve au fond du vase. Au moyen de F eau bouillante, on enlève l'acide gallique qu'il contient; on fait évaporer la liqueur, et on obtient par le refroidissement cet acide tel que le découvrit Schéele. On le débarrasse de la matière colorante en le redissolvant plusieurs fois et décolorant la solution par le charbon animal.
Composition. Carbone 57,08, oxigène 37,89, hydrogène 5,o3 = 100.
Usages. Comme réactif; uni au tanin dans la noix de galle, pour faire l'encre et diverses couleurs noires; comme mordant, etc.
Acide hydroxanthique.
Découvert par Will-Zeize, professeur de chimie à Copenhague. Il se produit lorsqu'on fait agir du carbure de soufre sur une solution alcoolique de potasse ou de soude. Cet acide est incolore, d'une saveur acide; amère et astringente, et d'un aspect
( 476 ) oléagineux. Il rougit la teinture de tournesol, etc • Composition. Hydrogène et un radical composé de carbone et de soufre, auquel on a donné le nom de xanthogcne.
Sans usages.
Acide igasurique.
Découvert par MM. Pelletier et Caventou dans la fève Saint-Ignace et la noix vomique. Cet acide est brun, d'une saveur acide et acerbe, cristallisant en une masse grenue que l'eau et l'alcool dissolvent aisément. On le prépare en traitant par l'alcool l'extrait qu'on obtient, au moyen de Féther, de la fève Saint-Ignace. On évapore à siccité, et l'on fait bouillir le résidu dans l'eau avec la magnésie, et l'on filtre. Le nouveau produit, que l'on a sur le filtre, est de magnésie et d'igasurate de magnésie et de strychnine; on le lave à l'eau froide et l'on sépare le premier sel par l'alcool ; on dissout l'autre par l'eau bouillante, on le précipite par l'acétate de plomb, et on décompose l'igasurate de ce métal par le gaz acide hydrosulfurique.
Sans usages.
Acide kinique.
Découvert par M. Deschamps à l'état de kinate dans l'infusion à froid du kina. Cet acide peut cristalliser en lames; il est inodore, d'une saveur acide, rougissant l'infusion de tournesol, et donnant, avec les oxides terreux et alcalins, des sels cristallisables et solubles.
Sans usages.
(477 ) Acide laccique.
Découvert par M. John, en traitant successivement de la laque en poudre par l'eau, l'alcool et l'éther. Cet acide est d'une couleur jaunâtre, d'une saveur acide, et soluble dans les trois menstrues précités.
Sans usages.
Acide lampique.
Découvert par M. H. Davy dans ses recherches sur la nature et les propriétés de la flamme : ce chimiste reconnut qu'on pouvait opérer la combinaison rapide des corps combustibles avec l'oxigène à des degrés de chaleur au-dessous de ceux qui produisent leur inflammation visible. Il observa aussi que la combustion lente de l'éther donnait une vapeur piquante que ce chimiste et MM. Faraday et Daniell ont nommée acide lampique.On l'obtient en brûlant de l'éther au moyen d'un fil de platine disposé en rouleau sur la mèche de coton d'une lampe, etc. On peut consulter, pour les propriétés de cet acide et de ses sels, le Dict. de chimie du docteur Ure.
Acide malique.
Découvert par Schéele à l'état liquide, et reconnu par MM. Donavan et Labillardière comme identique avec l'acide sorbique.
Cet acide est blanc et cristallise en mamelons : il est inodore, très-acide, plus pesant que l'eau > déliquescent, et ne cristallisant que lorsqu'il est porté à l'état sirupeux; il rougit les couleurs bleues végétales, et est converti en acide oxalique par l'acide nitrique.
Préparation. On le trouve dans presque tous les fruits acides. On l'extrait plus particulièrement du suc de sorbier, qu'on laisse clarifier par le repos; on y ajoute de l'acétate de plomb ; on lave à l'eau froide le malate de ce métal ; on le dissout ensuite dans l'eau bouillante, qui donne par le refroidissement des cristaux en aiguilles de malate de plomb. On décompose ce sel par l'acide sulfurique , on sépare l'acide malique du sulfate de plomb, et on le débarrasse de l'oxide de ce métal qu'il contient par le gaz hydrogène sulfuré.
Acide et sels sans usages.
Acide margarique.
Voyez l'art. Graisse.
Acide méconique.
Découvert par Sertuner dans l'opium, où il existe à l'état de méconate de morphine. Cet acide cristallise en espèces! de houppes formées d'aiguilles ou de lames blanches; il est fusible, volatil, tressoluble dans l'eau et dans l'alcool, et communique aux dissolutions de peroxide de fer une couleur rouge très- intense sans y produire de précipitent à celle de sulfate de cuivre une belle couleur verte éméraude, et un précipité jaunâtre. On le retire de l'opium en le faisant bouillir avec de la magnésie et traitant le sousméconate de magnésie insoluble par l'acide sulfurique.
Acide mêlas sique.
L'acide qui existe dans la mélasse est regardé
( 479) par quelques chimistes comme un acide sui generis, et par d'autres, comme de l'acide acétique. Acide mellitique.
Découvert par Klaproth. On l'extrait de la pierre de miel ou honigstein, par l'action de l'eau chaude. On le précipite de ce liquide par l'alcool. Cet acide cristallise en prismes ; il est inodore, peu sapide, et soluble dans l'eau.
Sans usages.
Acide ménispermique.
Découvert par M. Boullay dans la coque du Levant. On ne peut cependant le classer rigoureusement parmi les acides, que tout autant qu'il sera bien dépouillé de picrotoxine, et qu'on l'aura obtenu à l'état de pureté.
Acide morique.
Découvert par Klaproth dans les excroissances de l'écorce des mûriers blancs. Cet acide porte aussi les noms de moroxilique , moroxolique et moroxalique. Il est inodore, en cristaux jaunâtres , soluble dans l'eau. Peu étudié, et ses combinaisons presque inconnues.
Acide mucique.
Découvert par Schéele. Il a porté successivement les noms d 'acide muqueux et acide saccholac tique. Cet acide est en poudre blanche, insoluble dans l'alcool , et soluble dans 60 fois son poids d'eau bouillante. Sa saveur est un peu acide ; le calorique le décompose. On l'obtient en traitant les gommes, le sucre de lait et les mannes grasses par trois parties d'acide nitrique , etc.
Acide nancéique.
Découvert parBraconnot, dans quelques substances végétales passées à l'acescence ; c'est de là que lui vient le nom d! } acide zumique que certains chimistes lui ont donné. Cet acide a quelque analogie avec l'acide lactique. Voyez Annales de chimie , tomeLXXXVI.
Acide oléique.
Voyez l'article Graisse.
Acide oxalique.
Découvert par Schéele. Cet acide est cristallisé en longs prismes tétraèdres terminés par des sommets dièdres; il est très-acide, rougit fortement l'infusion de tournesol, même quand il est étendu de 36oo fois son poids d'eau. Le calorique lui fait perdre i^-d'eau; il se réduit en une poudre blanche qui réabsorbe ce liquide; par la distillation une partie se sublime , et l'autre se décompose. Cet' acide est inaltérable à l'air , et est soluble dans le double de son poids d'eau froide; il enlève la chaux à tous les sels calcaires solubles, et forme un oxalate qui n'est soluble que dans un excès d'acide.
Préparation. Ce sel existe naturellement dans Yoxalis et le rumex acetosella, etc., à l'état de suroxalate de potasse. On peut en extraire l'acide par sa décomposition, mais on emploie plus particulièrement le procédé indiqué par Bergmann, qui consiste à faire bouillir 3 parties d'acide nitrique sur une de sucre, à ajouter, quand la liqueur est devenue brune, autant de cet acide , qu'on chauffe jus-
qu'à ce qu'il ne se produise plus d'acide nitreux; on obtient par le refroidissement l'acide oxalique en cristaux; l'eau -mère, par une nouvelle quantité d'acide nitrique, donne d'autres cristaux. Suivant M. Thomson, on retire de ioo parties de sucre jusqu'à 58 d'acide oxalique.
Par ce même procédé, je l'ai également obtenu du miel blanc, du sucre de raisin, et de la manne en larmes. Un fait digne de remarque, c'est qu'en traitant deux onces d'amadou pur par huit onces d'acide nitrique, j'en ai retiré deux gros d'acide oxalique très-beau.
Composition. Suivant Gay-Lussac et Thénard, carbone 26, 566, oxigène 70,689, hydrogène 2,745.
Usages. Étendu d'une grande quantité d'eau, et édulcoré avec le sucre , il peut remplacer au besoin la limonade. A la dose d'environ une once, il devient un poison violent.
Oxalates.
L'acide oxalique, en s'unissant avec les oxides et les bases salifiables, forme un genre de sels dont deux, l'oxalate de chaux et le suroxalate de potasse, existent dans la nature. Nous allons borner notre examen à ce dernier sel , le seul employé en médecine, et à celui d'ammoniaque , qui est très-usité comme réactif.
Suroxalate de potasse.
L'acide oxalique est susceptible de se combiner avec les oxides en quatre proportions, et de constituer des sels neutres , des soussels et des oxalates
acidulés et acides. La potasse est susceptible de se combiner avec cet acide sous trois de ces états.
Le suroxalate portait primitivement le nom de sel d'oseille , qui fut remplacé par celui d'oxalate acidulé de potasse $ M. Thénard l'a décrit sous le nom de bioxalate, pour le distinguer des quadroxalates qui contiennent beaucoup plus d'acide, etc.
Ce sel cristallise en parallélépipèdes opaques trèscourts. Il est très -acide, rougit le tournesol, est inaltérable à l'air et moins soluble dans l'eau que l'oxalate neutre. On l'extrait en Suisse du suc du rumex acetosella, et en Angleterre, de celui de Yoxalis acetosella. Cesursel, saturé par la potasse, donne un oxalate neutre dont la solubilité est telle qu'on parvient difficilement à le faire cristalliser.
En unissant le sel d'oseille avec les bases salifiables et les oxides métalliques, on obtient un genre de sels triples, que j'ai décrit le premier dans une thèse que soutint M. Gros à l'école de Montpellier.
Usages. Pour aviver les couleurs du carthame, enlever les taches d'encre, etc. Il n'est guère employé que dans la médecine vétérinaire.
Oxalate d'ammoniaque.
Ce sel cristallise en longs prismes à quatre pans très-déliés* il aune saveur piquante et est très-soluble dans l'eau. On le prépare en saturant l'acide oxalique par l'ammoniaque.
Usages. Excellent réactif pour reconnaître les sels calcaires solubles, et la thorine, qu'il précipite k l'état gélatineux , blanc et transparent.
( 483 ) Acide pyroligneux.
C'est le nom qu'on donne à l'acide acétique provenant de la distillation du bois, et uni à une huile empyreumatique.
Acide pyromalique.
Il existe deux acides pyrornaliques ; on les obtient en distillant l'acide malique. L'un est blanc, liquide et très-caustique. M. Braconnot, qui a examine' cet acfcle, l'a obtenu cristallisé en aiguilles, en concentrant la liqueur. Cet acide a une saveur aigre trèsforte, il est inaltérable à l'air, fusible à + 47° 5, volatil sans éprouver presque de décomposition , et très-soluble dans l'alcool et dans le double de son poids d'eau froide. L'autre acide est en aiguilles sublimées, à la fin'de la distillation de l'acide malique. M. Lassaigne, qui l'a fait connaître, a trouvé qu'il n'était soluble que dans 210 parties d'eau.
Acide pyromuciquc.
Découvert par Houton-Labillardière. On l'obtient en distillant de l'acide mucique. Une partie I de cet acide est sublimé au col delà cornue, et l'autre passe à la distillation avec de l'acide acétique. On les sépare en étendant la liqueur d'eau, filtrant et faisant cristalliser par l'évaporation. Cet acide pur est cristallisé en aiguilles; sa saveur est acide, il est inaltérable à l'air, très-soluble dansl'alcool et dans 26 fois son poids d'eau.
Acide pyrotartrique?
Découvert par Rose. Cet acide est en lames blan-
ches , d'une saveur aigre , et rougissant le tournesol. Exposé à Faction du calorique , il se fond et se volatilise en grande partie sans se décomposer; l'eau le dissout facilement. On l'obtient par la distillation du surtartrate de potasse.
Acide rheumique.
Cet acide a été annoncé par M. Ànderson dans le suc du rheum raponticum. Un chimiste, dont les débuts dans la carrière chimique ont été marqués par plusieurs succès , M. Lassaigne a démontré que cet acide n'était autre chose que l'acide oxalique uni à une partie de matière extractive. Acide subérique.
Découvert par Brugnatelli , et étudié par M. Chevreul. Les propriétés de cet acide sont d'être en poudre blanche, peu sapide et rougissant faiblement le tournesol. Exposé à l'action du calorique, il se fond et se volatilise presqu'en entier; il se dissout dans 80 parties d'eau, à la température ordinaire. L'acide nitrique ne lui fait éprouver aucun changement. On l'obtient en traitant une partie de liège par six d'acide nitrique.
Acide succinique.
Cet acide existe tout formé dans le succin ou ambre jaune. On n'a besoin pour l'en retirer que de chauffer doucement ce combustible dans une cornue de verre jusqu'à ce que le gonflement soit passé et que l'affaissement soit bien sensible. On trouve alors, au sommet de la cornue et dans le col, cet acide cristallisé en aiguilles. On le purifie en le faisant passer à l'état de succinate de potasse , décolorant ce sel par le charbon animal et
le décomposant ensuite par l'acétate de plomb. Le succinate de ce métal étant insoluble, se précipite, et on lui enlève l'oxide de plomb par l'acide hydrosulfurique.
L'acide succinique bien pur est en aiguilles prismatiques incolores; il a une saveur acre et rougit le tournesol; l'air ne l'altère point; l'eau et l'alcool le dissolvent. Exposé à l'action du calorique, il se fond et se sublime en partie à une température au-dessus de ioo°.
Composition. Carbone 47?99> oxigène 47,78 hydrogène 4^3. == 100.
Sans usages. Les succinates ne sont également d'aucune utilité, si ce n'est ceux de potasse, de soude ou d'ammoniaque, qui peuvent servir de réactifs.
Acide suif ov inique.
Découvert par Vogel dans la réaction de l'acide sulfurique sur l'alcool, surtout lorsqu'on opère sur de grandes quantités. Lorsqu'on fait ce mélange et qu'on en a obtenu, par la distillation, la moitié de
j l'éther, on ajoute de l'eau à la liqueur résidu , et on la sature par la craie ou le carbonate de barite. On filtre et on évapore à une douce chaleur jusqu'à con-
: ristance sirupeuse. On en précipite alors la chaux ou la barite par l'acide sulfurique.
L'acide sulfovinique, ainsi obtenu, est limpide et d'un aspect huileux; sa saveur est très-acide; il rougit fortement le tournesol , et produit des sels douceâtres. Je me suis livré à quelques recherches sur la nature de cet acide , qui me portent à le regarder comme n'étant que l'acide tiitoxisulfuri-
(486) que (hyposulfurique), uni à une substance huileuse. Sans usages.
Acide tartrique.
Découvert par Schéele. Cet acide a été successivement connu sous les noms à7 acide tartareux et tartarique.il existe dans le moût des raisins, dans le vin , les tamarins, et dans une foule de végétaux. Il a pour propriétés caractéristiques de cristalliser en prismes et en lames comme lancéolées. Il a une saveur très-acide, aussi rougit-il fortement le tournesol; l'air ne l'altère point. Exposé à l'action du calorique, il se fond, bouta 120 degrés et se prend par le refroidissement en une niasse blanchâtre qui attire l'humidité de l'air ; à une température plus élevée , il se décompose ; s'il est avec le contact de l'air , il brûle avec flamme et donne lieu à de l'acide carbonique et de l'eau. Cet acide est très-soluble dans ce liquide. L'acide nitrique le convertit en acide oxalique.
Préparation. On fait bouillir 10 parties de crème détartre avec 100 d'eau, et on sature l'acide par le carbonate calcaire; on y ajoute ensuite de l'hydrochlora te calcaire, qui précipite letartrate de potasse à l'état de tartrate de chaux. On lave le précipité et on le fait chauffer avec 0,60 de son poids d'acide sulfurique étendu d'eau; on filtre et l'on fait cristalliser l'acide.
Composition. Selon MM. Gay-Lussac etThénard, carb. 24,°5o, oxig. 69, 32 1, hydrog. 6,629.
Usages. On en fait une limonade sèche en l'incorporant avec le sucre en poudre. De tous les végétaux, c'est celui qui offre le plus de médicamens à la médecine. Je vais en examiner quelques-uns.
( 48? ) Surtartrate dépotasse.
Connu également sous les noms de tartre rouge , tartre blanc y crème de tartre y et tartrite acidulé de potasse. Ce sel existe tout formé dans le vin, il s'en dépose en grandes plaques cristallines qui recouvrent peu à peu les parois des tonneaux, d'où on le racle chaque 5 ou (3 ans, selon que les vins y séjournent plus ou moins long-temps.
On le débarrasse de ses impuretés et de la partie colorante, en le dissolvant dans l'eau bouillante, et y ajoutant T~Q de terre argileuse grisâtre. Cette décoloration est plutôt opérée si l'on y mêle 7— de charbon animal. On filtre et l'on fait cristalliser ce sel, qu'on redissout s'il n'est pas assez pur. Ce sel, ainsi obtenu, est en cristaux quadrilatères courts j il est acide, rougit l'infusion de tournesol, insoluble dans l'alcool , soluble dans 60 parties d'eau bouillante et dans 100 de froide. Cette solution se décompose avec le temps et offre, suivant l'observation de M. Berthollet , un peu d'huile et du souscarbonate de potasse. L'air ne lui fait éprouver aucune altération; le calorique le décompose : outre les divers gaz, analogues à ceux provenant des décompositions des substances végétales, il donne de l'acide pyromalique. Ce sel acide s'unit avec diverses bases salifiables, et donne lieu à des sels à] double base* nous allons en examiner quelques-uns. Il contient deux fois autant d'acide que le tartrate neutre.
Usages. Pour préparer les flux blanc et noir. On l'emploie en médecine pour préparer divers médicamens; on Vadministre comme purgatif à la dose
( 488 ) d'une once , combiné avec i gros de borax ou sousborate de soude?qui jouit de la propriété de le rendre soluble dans trois ou quatre verres d'eau. Si on y ajoute suffisante quantité de sucre et qu'on l'aromatise avec l'essence de citron , on forme ce qu'on appelle la limonade anglaise.
Tarir ate de potasse.
Sel végétal des anciennes pharmacopées. Pour l'obtenir on sature le précédent par le souscarbonate de potasse. Ce sel cristallise en prismes tétraèdres terminés par des sommets dièdres. Il est amer et plus soluble que le tartrate acidulé. On l'emploie en médecine comme purgatif.
Tartrate de potasse et de soude.
Découvert par Seignette, pharmacien de La Rochelle, qui lui donna le nom de sel de Seignette ou de La Rochelle. On l'obtient en saturant le surtartrate de potasse par le souscarbonate de soude. Ce sel cristallise le plus souvent en prismes à huit pans , et quelquefois à dix; il est amer, efflorescent et très-soluble dans l'eau.
Usages. Il a été long-temps employé en médecine comme purgatif. Il est maintenant peu usité. Tartrate de potasse et de fer.
On le prépare en faisant bouillir dans l'eau parties égales de limaille de fer et de surtartrale de potasse. Par l'évaporatiou, on obtient un sel en aiguilles verdâtres , ayant une saveur styptique, légèrement acide. On prépare une foule de médicamens solides et liquides qui ne sont que ce tartrate à double base. De ce nombre sont les boules de
Nancy ou de Mars , ]a teinture de Mars , de Ludovic; la tinctura Martis ou teinture de Mars tar» trisée, le tartre chalybé, le tartre chalybé soluble, Y essence de Mars tartarisée, les cristaux de tartre chalybé, etc.
Tartrate de potasse antimonié.
Ce médicament se trouve annoncé pour la première fois dans un ouvrage, alors fort estimé, d'Adrien Mynsicht, publié en i63i, sous le titre de Thésaurus medico-chemicus. Il est connu également sous les noms d'émétique , tartre émétique et tartre stibié. C'est la préparation antimoniale la plus anciennement employée en médecine.
Ce sel cristallise en tétraèdres réguliers et en octaèdres incolores* sa saveur est acre. Il effleurit légèrement à l'air , rougit le sirop de violette et se dissout dans deux fois son poids d'eau bouillante et dans quinze d'eau froide. Le gaz hydrosulfuriquey forme un précipité brun-rouge , qui est un mélange de kermès-et de crème de tartre; les hydrosulfates de potasse et de soude n'y produisent que le premier précipité. Les infusions de quinquina décomposent ce sel ; le précipité qui se forme est de l'oxide d'antimoine combiné avec une substance extractive végétale. D'après mes expériences , les infusions d'écorce de saule, de fleurs de camomille et de petitchêne , y produisent le même effet; de manière que ces substances peuvent être considérées comme les antidotes de ce sel.
Préparation. Le procédé le plus généralement employé consiste à faire bouillir parties égales de
( 490) verre d'antimoine et de surtartrale de potasse en poudre, dans vingt fois leur poids d'eau, en tenant la masse agitée avec une spatule. Au bout de demiheure on filtre et on réduit la liqueur à siccité. On la redissout, et on la fait cristalliser par l'évaporation jusqu'à pellicule.
Usages. L'émétique est très-employé en médecine comme vomitif, à la dose de i à 2 grains dans 6 onces de véhicule. Si l'excipient est porté à une pinte, et qu'on le prenne par verres, de quart d'heure en quart d'heure , il agit comme purgatif. Il est des cas , comme dans l'apoplexie , où l'on porte la dose de ce médicament jusqu'à 11 et i5 grains. Il est dangereux d'outre-passer ce point, car, à celle de 20 à 24 grains, il devient un poison violent. Les docteurs Rasori , Tomasini et Balfour ont employé l'émétique comme antiphlogistique, ou plutôt comme un contre stimulant. M. Jeffreys a appliqué au traitement des phlegmasies externes, la méthode vantée par le docteur Balfour avec le plus grand succès. Cette méthode consiste à dissoudre de 2 à 4 grains d'émétique dans huit onces d'eau, avec une once de sulfate de magnésie, et à administrer, toutes les demi-heures, deux ou trois cuillerées de cette solution jusqu'à ce que le vomissement survienne. On en donne une dose semblable, quatre ou six heures après , suivant les circonstances individuelles (1). Le docteur Pommer a employé avantageusement ce médicament contre les fièvres intermittentes. Son mode de traitement consiste à faire
Revue médicale, mars 1823.
( 49* ) des frictions sur l'abdomen avec la pommade d'Authenrieth, également employée par ce dernier contre la coqueluche des enfans, etc.
Acide végéto- sulfurique.
Découvert par Braconnot dans Faction qu'exerce l'acide sulfurique sur les chiffons, en les convertissant en sucre; quand le sucre est formé, on sature l'acide par l'oxide de plomb et on décompose le végéto-sulfate de plomb par l'hydrogène sulfuré. Cet acide est incristallisable , et d'une saveur trèsacide, se rembrunit à l'air, et noircit jau-dessous de ioo°, en déposant du carbone. Il est alors composé en partie d'acide sulfurique. Les sels qu'il forme sont très-solubles dans l'eau et ont l'aspect de la gomme. Nous sommes portés à croire que ce corps est de l'acide sulfurique , modifié par une substance huileuse et charbonneuse.
Aces acides douteux, nous ajouterons également : U acide nitro-saccharique dej&raconnot , U acide nitro-leucique du même chimiste , \1 acide de V indigo de M. Chevreul.
SECONDE SECTION
Alcaloïdes, ou bases salifiables végétales.
Dans Ténumération de ces corps, nous allons conserver, comme nous venons de le faire pour les précédera, Tordre alphabétique qui nous paraît beaucoup plus commode. Les substances alcaloïdes sont presque toutes dues aux chimistes de ce siècle; elles sont au nombre de 18 :
atropine, brucinc, cinchonine ,
dalhine , esculine , quinine ,
daphnine, hyosciamine, rhubarbarine ,
dathurine , morphine , solanine ,
delphine , narcotine , strychnine ,
émétine, picrotoxine, vératrine,
Ces alcalis végétaux, à l'état de pureté, sont blancs, inodores, plus pesans que l'eau, insipides ou acres, amers, et quelques-uns cristallisables, insolubles, généralement, ou très-peu sol ubles dans l'eau; solubles dans l'alcool et verdissant alors le sirop de violette; quelques-uns se dissolvent dans l'éther et sont insolubles dans les huiles douces, et légèrement solubles dans les volatiles. Les alcaloïdes n'éprouvent aucune altération delà part de la lumière ; le calorique, à une haute température, les décompose et donne lieu aux divers produits des substances végétales. Avec les acides, ils forment des sels dont le plus grand nombre est encore inconnu. C'est dans les principes végétaux des sels, surtout quand ils sont à l'état salin, que les vertus médicamenteuses et vénéneuses des plantes sont placées. MM. Pelletier et Dumas assurent que l'azote est un des principes constituans de tous les alcalis végétaux.
Atropine.
Découverte par Brandes dans la belladonne. Cristallisée en longues aiguilles incolores, translucides et brillantes; insipide , insoluble dans l'alcool et l'eau froide, peu soluble dans ces deux menstrues et dans l'éther à chaud ; formant des sels réguliers dont la solution donne par Tévaporation des vapeurs qui produisent un effet narcotique et dilatent la pupille.
On obtient cet alcali en précipitant la décoction
( 493 ) de Vatropa belladonna^&Y la magnésie; si l'on fait bouillir ce précipité dans l'alcool et qu'on filtre, l'atropine se précipite par le refroidissement en belles aiguilles.
Brucine,
Découverte par MM. Pelletier et Caventou, dans la fausse-angusture (qui est un slycnhos, et non le brucœa anti- dysenterie a de Linné). La brucine est en masses feuilletées d'un blanc nacré , ou, par une évaporation lente, en cristaux prismatiques ; elle est arrière, acerbe et acre, inaltérable à l'air, soluble dans 5oo fois son poids d'eau bouillante ou 85o de froide; fusible à une température un peu au-dessus de celle de l'ébullition de l'eau; à un degré plus fort elle se décompose. On l'obtient en enlevant d'abord la matière grasse de cette écorce parl'éther, faisant ensuite bouillir le résidu plusieurs fois dans l'alcool, évaporant ces décoctions, dissolvant le nouveau résidu dans l'eau, précipitant la majeure partie de la partie colorante par l'acétate de plomb, éliminant ensuite le plomb de la liqueur par l'hydrogène sulfuré, faisant bouillir ensuite le liquide avec la magnésie, filtrant et évaporant à siccité.On reprend ce résidu, qui contient la brucine et un peu de matière colorante, par l'acide oxalique qui s'empare de cet alcali ; on en sépare la matière colorante par l'alcool absolu, et l'on décompose Toxalate de brucine par la magnésie qu'on fait bouillir avec la liqueur. L'alcool bouillant en sépare la brucine à l'état de pureté.
Les sels de cet alcali sont amers et facilement
cristallisables- comme la brucirie, ils sont vénéneux. Ils agissent sur la moelle épinièreet déterminent des contractions tétaniques.
Cinchonine.
Découverte par le docteur Duncan, d'Edimbourg, publiéeparledocteurGomez,etétudiéeparMM.Pelletier et Caventou. Cette substance existe en proportions variables dans les diverses espèces de quinquina- elle est solide, blanche, translucide, amère, soluble dans 2,5oo parties d'eau bouillante ; ni fusible, ni volatile ; se décomposant à une haute température, et très-soluble dans l'alcool. On l'obtient en traitant l'extrait alcoolique de quinquina par l'acide hydrochlorique, décomposant l'hydrochlorate de cinchonine par la magnésie en excès, lavant le précipité à l'eau froide, et séparant ensuite la cinchonine de la magnésie par l'alcool bouillant, qui donne, par l'évaporation, la cinchonine cristallisée.
La cinchonine diffère de la quinine, en ce qu'elle sature plus d'acide que cette dernière, et en ce qu'elle forme avec l'acide acétique un sel incristallisable, tandis que l'acétate de quinine cristallise. Les vertus médicamenteuses de la première sont aussi beaucoup moins énergiques que celles de la seconde ; lorsqu'on veut l'employer comme fébrifuge on l'administre à l'état de sulfate, à une dose cinq fois plus forte que celui de quinine.
Daphnine.
Découverte par M. Vauqueîhr, en traitant l'écorce des dapHne alpina et mezereum par l'alcool ? etc.
( 495 ) Cet alcali cristallise en prismes incolores, très-solubles dans l'eau, l'alcool et l'éther. L'eau dépotasse, de barite et de chaux colorent cette solution en jaune doré. L'acide nitrique fait passer la daphnine à l'état d'acide oxalique.
Dat urine.
Découverte par Brandes dans les semences du datura stramonium. Encore peu connue; l'on sait seulement qu'elle est presque insoluble dans l'eau et l'alcool froids; soluble au degré de l'ébullition; elle forme des sels solubles d'où les alcalis la précipitent en flocons blancs.
Delphine.
Découverte par MM. Lassaigne et Fenuelle dans les semences de staphisaigre, delphinium staphysagria. A l'état de pureté, cette substance est sous forme d'une poudre blanche qui cristallise lorsqu'elle est humide, et qui, exposée à l'air, devient opaque. Elle a une saveur acre et amère ; elle est fusible et offre par le refroidissement une matière dure et cassante; à une température plus élevée elle se décompose. Cet alcali est peu soluble dans l'eau et très-soluble dans l'alcool et l'éther; cette solution verdit la teinture de violettes. On obtient la delphine en faisant bouillir sa décoction avec la magnésie, filtrant, lavant le résidu et le faisant digérer dans l'alcool bouillant, filtrant et faisant évaporer la plus grande partie de ce menstrue.
Emétine.
Découverte par MM. Pelletier et Magendi* dans
( 496 ) les racines de callicocca ipecacuanha } psychctria emetica et viola emetica. L'émétine est une poudre blanche, inodore, amère, très-peu soluble dans l'eau, et très-soluble dans l'alcool et l'éther. En s' unissant aux acides, elle ne forme que des sursels, qui sont susceptibles de cristalliser, et que les alcalis et la magnésie décomposent. Quand on veut la préparer, on débarrasse la racine de la résine au moyen de l'éther; on en fait ensuite une décoction alcoolique qu'on évapore à siccité. On fait bouillir le résidu dans l'eau pour en séparer la cire; on filtre et on y ajoute de la magnésie; il se forme un précipité qui est l'émétine, et un gallate de cette substance; on le lave à l'eau froide cour enlever une portion de matière colorante : on redissout le précipité par l'alcool, qui s'empare de l'émétine, et qu'on débarrasse du principe colorant auquel elle est unie, en évaporant à siccité, redissolvant cet alcali par un acide, décolorant le sel par le charbon animal, filtrant et précipitant l'émétine de ce sel par un alcali.
L'émétine est le principe vomitif des ipecacuanha à la dose de ^- de grain ; elle produit le vomissement; o. grains sont suffisans pour empoisonner un chien.
Esculine.
Découverte dans l'écorce du maronnier d'Inde, par F. Canzoneri.Ce chimiste a recherché s'il n'existerait pas dans cette écorce, comme dans le quinquina , un principe auquel on put attribuer ses vertus fébrifuges; guidé par ce but, il est parvenu à la connaissance d'une substance à laquelle il a donné le nom tf esculine.
( 497 ) Cet alcali a une saveur douceâtre et piquante • sansaction sur les couleurs bleuesvégétalesjinsoluble dans l'eau; par l'action du calorique il se fond , se gonfle, et brûle comme les huiles; il est inaltérable à l'air. On obtient cette substance par un procédé à peu près semblable à celui qui est employé pour la quinine et la cinchonine, ou bien en suivant celui que l'auteur a consigné dans son Mémoire inséré dans le Journal de pharmacie , novembre 1823.
Hyosciamine.
Découverte par Brandes, qui l'a obtenue en la précipitant de la décoction de la jusquiame noire par la potasse. Cet alcali cristallise en longs prismes; sa vapeur est vénéneuse et affecte beaucoup les yeux. Les sels qui sont le résultat de son union avec les acides nitrique et sulfurique, sont cristallisables.
Morphine.
On a été conduit à la connaissance des principes des végétaux dans lesquels résident leurs propriétés médicamenteuses, par la découverte de la morphine faite par le savant pharmacien d'Eimbeck, M. Serturner. C'est à cette substance et à la narcotine que l'opium doit ses vertus médicamenteuses et ses effets délétères. Cet alcali a été depuis bien étudié par MM. Robiquet, Thomson, Pelletier et Caventou.
La morphine pure est cristallisée en prismes rectangulaires blancs et transparens; ils sont quelquefois seulement translucides; elle est sans odeur ni sa-
( 49» ) veur (0, insoluble dans Veau froide, soluble dans 82 parties d'eau bouillante , cristallisant par le refroidissement, et soluble dans l'alcool : ces diverses solutions brunissent le curcuma. Exposée à l'action du calorique, elle se fond à une température peu élevée et se décompose ensuite.
Préparation. De tous les procédés connus, le meilleur est celui de M. le professeur Robiquet : il consiste à faire bouillir, pendant demi-heure, une décoction claire d'opium avec de la magnésie; après a\ oir filtré et lavé plusieurs fois le précipité à l'eau froide, pour le décolorer, on le fait bouillir dans de l'alcool très-rectifié, lequel s'empare de l'alcali et laisse la magnésie à nu. Par l'évaporation on obtient la morphine.
Cet alcali existe dans l'opium, à l'état de sousméconiate. Il forme diverses combinaisons salines, avec les acides, qui sont inodores, généralement cristallisables, et d'une saveur très-amère. MM. Lassaigne et Féneulle ont reconnu que, placé dans le circuit de la pile voltaïque, l'acide se rend au pôle positif, et la morphine au négatif.
De tou3 les sels qu'elle forme, il en est un qui vient de devenir célèbre dans les annales du crime, c'est l'acétate de morphine, qu'on peut obtenir en combinant cet alcali avec l'acide acétique. Ce sel est très-amer et difficile à cristalliser; l'impossibilité où l'on est de le conserver dans cet état fait qu'on le dessèche. Cet inconvénient devrait lui faire substi-
(0 Lorsque la morphine est dissoute dans l'alcool, Félher ou Veau bouillante, elle a une saveur trés-amére.
( 4&9) tuer le sulfate, qui cristallise en aiguilles blanches } soyeuses, et dont l'état est constant (0.
Vertus. Les propriétés médicamenteuses de l'opium résident dans la morphine et la narcotine. Le peu de solubilité de la morphine rend ses effets délétères moins prompts que ceux de ses seU solubles, tels que le sulfate , l'hydrochlorate et l'acétate de morphine. M. Orfila, qui s'est beaucoup occupé de son action sur l'économie animale , a reconnu que les empoisonnemens par cet alcali et ses sels solubles, sont analogues à ceux de l'opium et doivent être traités de la même manière; que l'extrait aqueux d'opium, privé de morphine, n'était plus vénéneux ; que la morphine n'agissait qu'après avoir été absorbée, et qu'ainsi elle était plus prompte à opérer ses* effets délétères quand on l'injectait dans les veines, qu'en l'introduisant dans l'estomac ou en l'appliquant sur le tissu cellulaire ; enfin que ses propriétés vénéneuses étaient moins diminuées par les huiles que par les acides. Malheureusement les effets produits par l'empoisonnement causé par cet alcali et ses sels, ne sont pas bien caractéristiques et peuvent être confondus avec ceux produits par quelques affections morbides, comme on a pu s'en convaincre par le témoignage des médecins qui ont déposé dans le procès qui vient de fixer l'attention de la France entière. Les expériences tentées par M. Orfila sur trois individus, auxquels il a fait prendre demi-grain de morphine dans demi-gços d'alcool,
(0 L'on peut consulter une note très -intéressante insérée dans le Journal de pharmacie, novembre i823.
( 5oo ) étendu de deux onces d'eau distillée , demi-heure après autant, et au bout d'un quart d'heure une semblable dose , déterminèrent des effets tels qu'on ne saurait être trop prudent sur l'emploi d'un ai terrible médicament.
Narcotine.
Découverte par M. Derosne, et connue sous les noms d'opiane et sel de Derosne. Elle fait le 5oe de l'opium. Pour obtenir cet alcali, M. Serturner conseille de prendre une partie d'opium, et de le traiter cinq fois de suite par 2 parties d'éther. On évapore presque à siccité , et l'on traite le résidu par Teau bouillante, qui n'attaque pas la résine. On filtre et l'on précipite par l'ammoniaque. On redissout de nouveau ce précipité dans une petite quantité d'acide hydrochlorique , et on l'en sépare par l'ammoniaque. En cet état, l'opiane ou narcotine est pure. Si on la dissout dans l'alcool ou I'éther , on peut l'obtenir en aiguilles déliées ou en prismes rhomboidaux. Cette substance est inodore et insipide ; elle est so-
luble dans -i- d'alcool bouillant et ~ froid: I'éther
chaud la dissout très -facilement; elle s'unit aux acides et forme divers sels.
Vertus. M. Magendie ne considère point la narcotine comme un médicament, il a reconnu qu'un grain donné à un chien produisait un état de stupeur qui, dans vingt-quatre heures, était suivi de la mort. A l'état d'acétate elle est moins vénéneuse, puisqu'on peut en porter la dose jusqu'à il\ grains , sans faire périr l'animal. Cephysiologistefcsoupçonne, d'après quelques expériences qu'il a tentées sur des
( Soi ) animaux, que c'est à la présence de la morphine et de la narcotine dans l'opium que sont dus les effets variables de ce médicament. La morphine provoque fortement le sommeil, et la narcotine produit des mouvemens convulsifs avec l'agitation des mâchoires, une écume à la gueule, etc.
Picrotoxine.
Découverte par M. Boullay, dans les semences du menispermum cocculus , coque du Levant. On le prépare en faisant bouillir la décoction très-rapprochée de cette semence avec ^io de magnésie ; quand elle est en consistance d'extrait, on la traite à plusieurs reprises par l'alcool à 4o°. Cette solution alcoolique, évaporée à siccité, est redissoute dans le même menstrue et décolorée par le charbon animal • après avoir filtré la liqueur, si on l'évaporé lentement, on obtient cette substance cristallisée en prismes quadrilatères blancs ettransparens. Cet alcali, ainsi obtenu, est inodore et très-amer; il est très-soluble dans l'alcool et l'éther, et presque insoluble dans l'eau. Les sels qu'il forme sont très - amers et peu solubles.
Vertus. M. Orfila s'est convaincu que cette substance agissait sur l'économie animale à peu près comme le camphre , mais beaucoup plus énergiquement, puisque 3 ou 4 grains tuaient les chiens les plus vigoureux dans une heure. C'est à la picrotoxine que sont dus les effets vénéneux de la coque du Levant.
( 5oa ) Quinine et sulfate de quinine.
Découverte par Pelletier et Caventou , dans les écorces de quinquina y principalement dans celle du jaune. Comme le sulfate de quinine est très -employé en médecine , et qu'on peut extraire la quinine de ce sel , nous allons décrire le procédé qu'a publié M. Henry fils. Il consiste à faire bouillir, à plusieurs reprises, du quinquina jaune dans de l'eau contenant de 6 à 8 grammes d'acide sulfurique par kilogramme; on filtre et on sature ces décoctions par la chaux; on enlève l'excédant de chaux que peut contenir le précipité, en le lavant plusieurs fois à l'eau froide. Quand il estbien égoutté, on fait agir sur lui, et àplusieurs reprises, de l'alcool à 38 degrés; le résidu qu'on obtient par l'évaporation de ce menstrue, traité à chaud par l'eau acidulée par l'acide sulfurique, donne, par l'évaporation d'une partie du liquide, un soussulfate de quinine, s'il y a excès de base, qui cristallise en aiguilles satinées et en lames. Ce sel est blanc, inodore, très-amer, peu soluble dans l'eau et beaucoup plus dans l'alcool. Le sulfate acide, tel que le prépare M. Robiquet, est en prismes rectangulaires. 11 rougit la teinture de tournesol.
Composition.
Le soussulfate de quinine
contient 90,1 de quinine et 9,9 acide, le sursulfate 63,5 19,1.
Si l'on traite le sulfate de quinine par l'eau de chaux, il /opère un précipité composé de quinine et de sulfate de chaux; on les sépare au moyen de l'alcool , qu'on évapore jusqu'à le réduire à 1. Par le refroidissement, on obtient la quinine.
( 5o3 ) Quinine,
Cet alcali est blanc et incristallisable, propriété qui le distingue de la cinchonine, qui cristallise en aiguilles; il est aussi beaucoup plus amer que cette substance; ses sels ont un aspect nacré que ceux de cinchonine n'ont point; celle-ci est peu so— lubie dans l'éther, tandis que la quinine s'y dissout en quantité. Leur solubilité dans l'eau est égale ; il faut environ 700 parties de ce liquide pour en dissoudre une.
Vertus. C'est dans la cinchonine et la quinine que résident les vertus fébrifuges du quinquina. La quinine remporte sur la cinchonine. Quatre grains de cette première substance équivalent à deux gros de quinquina, ce qui fait que cette facilité de le prendre, à raison du petit volume, et plusieurs autres avantages qu'il est inutile d'énumérer ici, en ont rendu l'emploi général. Malheureusement la fraude a commencé à altérer ce précieux médicament. Quelques droguistes poussent la cupidité et l'oubli de la probité si loin, que M. Pelletier m'a raconté que l'un d'eux n'avait pas craint de le prier de lui préparer du sulfate de chaux, qui, comme on sait, est en filets soyeux, pour mêler avec le sulfate de quinine. Il est inutile de dire comment cette proposition fut reçue par ce savant pharmacien.
Rhubarbarine.
Cette substance est d'un brun foncé, brillante, opaque, d'une saveur amère, d'une odeur désagréable; très-soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther; la
( 5o/,. ) solution aqueuse précipite les sels ferrugineux en vert noirâtre, le sulfate de cuivre en brun, l'acétate de plomb et le nitrate de mercure en jaune clair; l'acide nitrique la convertit en acide oxalique. Des sels qu'elle forme, on ne connaît bien que le sulfate de rhubarbarine , dont M. Nani a décrit la préparation dans la Bibliothèque universelle , juillet 1 8si3. Préparation. Suivant M. Pfatt, on l'obtient en dissolvant l'extrait aqueux du rheum palmatum , ou rhubarbe, dans l'eau, filtrant, évaporant à siccité, et traitant le résidu sec par l'alcool absolu,
Solanine.
Découverte par Desfosses dans les tiges et les feuilles de la douce-amère, et dans les baies de la morelle. On la prépare en précipitant par l'ammoniaque le suc filtré de la douce-amère. Le précipité doit être lavé à l'eau froide et bouilli ensuite dans l'alcool; en filtrant et concentrant la liqueur, on obtient par le refroidissement la solanine en poudre blanche , inodore, un peu amère; soluble dans 8000 fois son poids d'eau chaude, etc.; unie aux acides, elle donne lieu à des sels amers et non cristallisables.
Strychnine.
Découverte par MM. Pelletier et Caventou dans la noix vomique et la fève Saint-Ignace; on l'extrait de cette dernière substance en la traitant à chaud par l'éther, et l'épuisant par l'alcool bouillant. L'extrait alcoolique, bouilli avec la magnésie, donne un précipité qui, lavé à l'eau froide et traité par l'alcool, laisse, par l'évaporation, la strychnine. Cette sub-
( 5o5 ) stance , quand l'évaporation est bien ménagée, est en prismes quadrilatères, inodore et amère; trèssoluble dans l'alcool , insoluble dans l'élher , etsolubie dans 6667 parties d'eau froide. Cette solution est d'un jaune-orangé.
La strychnine est le poison végétal le plus violent . è de grain fait périr le chien le plus vigoureux.
Vératrine,
Découverte par MM. Pelletier et Caventou, et, presque en même temps, par M. Meissner, dans les semences de cévadiïïe, veratrum sabadilla,et dans les racines de l'ellébore blanc et des colchiques. Par le procédé de ce dernier chimiste, on l'obtient en dissolvant l'extrait fait par l'alcool absolu, dans l'eau, filtrant et précipitant la vératrine par le carbonate de potasse. On la lave à l'eau froide pour la purifier. La vératrine est en poudre blanche, inodore, d'une saveur acre et brûlante, très-soluble dans l'alcool et dans l'éther, et dans 100 fois son poids d'eau bouillante. Elle se fond à + 5o°. Par le refroidissement, la masse obtenue est translucide.
Vertus, Cette substance est un sternutatoire dangereux ; en très-petite quantité, elle produit les vomissemens les plus forts , et des évacuations alvmes très-abondantes. Son emploi est très-dangereux.
TROISIÈME SECTION
Des substances dans lesquelles Voxigène et Vhjdrogène sont dans des rapports propres à former de Veau.
Ces divers corps sont solides, plus pesans que
( 5o6 ) l'eau et sans action sur la couleur bleue des végétaux. Quoiqu'il soit probable qu'un grand nombre puissent être rangés dans cette section , on n'y en a cependant encore compris que sept; ce sont :
asparagine .
amidon ,
mannite , miel ,
gomme , ligneux,
sucre.
Asparagine.
Découverte par MM.Vauquelin et Robiquetdans le suc des asperges, d'où on l'extrait en exposant au contact de l'air le suc concentré, lequel dépose, au bout d'un certain teinps, une matière sucrée en aiguilles et l'asparagine en prismes rhomboïdaux. Cette substance pure est inodore; elle a une saveur fraîche et nauséabonde; elle est très-soluble dans l'eau et insoluble dans l'alcool.
Sans usages.
Amidon.
L'amidon ou fécule est connu depuis très-longtemps. On le rencontre dans les céréales , les marrons, les fèves, les pois , les pommes-de- terre , etc. , etc. Tous les amidons, quoique à peu près de même nature, sont unis à des substances hétérogènes qui en font varier les propriétés. Nous allons nous borner à exposer celles de celui de grain.
Cette substance est blanche, opaque , grenue, craquant sous le doigt, plus pesante que l'eau, inaltérable à l'air, inodore et insipide, insoluble dansl'éther, l'alcool , les diverses huiles et l'eau froide , et trèss*)luble quand elle est bouillante.
( 5o7 ) Si on la triture avec la potasse ou la soude, elle devient alors soluble dans l'eau froide. Quelques gouttes de teinture d'iode, dans une liqueur contenant de l'amidon en suspension ou en dissolution, lui communiquent une belle couleur bleue. L'acide nitrique convertit l'amidon en acides acétique, malique et oxalique; l'acide sulfurique peut former avec cette substance un composé susceptible de cristalliser. Si l'acide est étendu de -"— d'eau, et qu'on en
I ooo f ^
fasse bouillir, pendant trente-six heures, quatre parties sur une d'amidon, ce dernier, d'après les expériences deM.Kirchoff, est converti en sucre. M. Saussure a également reconnu que l'empois, ou bouillie d'amidon, soit avec le contact de l'air, soit dans le vide, se change, au bout de quelque temps, en une substance sucrée qui fait la moitié de l'amidon employé.
Préparation. Il suffit pour l'obtenir de déchirer, par la râpe ou le moulin, les cellules végétales et d'étendre la masse d'eau. L'amidon, étant insoluble, se dépose au fond des vases. S'il est uni, dans les substances végétales, au gluten, il fau t l'en dépouiller par la fermentation. Composé de carbone 43,55, oxigène 45/J8, hydrogène 6,77.
Amidon de lichen*
Regardé long-temps comme un mucilage, et classé par Berzélius parmi les gommes. Cette substance est en masse brune, très-dure, fragile et d'une cassure vitreuse. Avec l'acide sulfurique affaibli, elle se convertit également en sucre.
Gomme.
On connaît un grand nombre d'espèces dégommes; elles existent dans le tissu cellulaire de diverses parties des plantes, dans l'écorce de quelques arbres et de quelques fruits; les principales sont celles qui découlent des acacias du Levant, du Sénégal et de l'Arabie , et que Ton nomme gomme arabique y et gomme adragant.
Gomme arabique.
Celte substance est de même nature que celle qui suinte des cerisiers, des pruniers, des abricotiers et des amandiers. Elle est solide , souvent en globules, incolore, quand elle est pure, dorée ou rougeâtre , quand elle est unie à des corps étrangers ; elle se pulvérise facilement; sa saveur est fade; elle est soluble dans l'eau chaude et dans l'eau froide, insoluble dans l'éther, l'alcool et les huiles; inaltérable à l'air, incristallisable , et blanchissant par le contact prolongé de la lumière. Légèrement torréfiée, elle devient, suivant M.Vauquelin, plus soluble dans l'eau. La solution aqueuse , à travers laquelle on fait passer un courant de chlore, se convertit, selon le même chimiste, en un acide qui diffère peu du citrique. L'alcool la précipite des solutions aqueuses, n'en contenant même que r-L ; l'acide nitrique la convertit en acides mucique, malique et oxalique; le sulfurique la charbonne complètement. Quoiqu'elle ne soit point soluble dans les huiles et les substances résineuses liquides connues sous le nom de baumes y cependant, en s'unissant avec elles,
( 5o9) elle les tient suspendues dans l'eau, qui prend alors un aspect laiteux et perd sa transparence.
Le poids spécifique de là gomme varie entre i,3i6i et i,43i7«
Gomme adragant.
Cette gommeprovient de l'astragalustragachanta. Elle est en rubans blancs, translucides, élastiques, durs et difficiles à réduire en poudre ; inodore , fade, inaltérable à l'air, insoluble dans l'alcool, l'éther et les huiles, très-soluble dans l'eau, mais moins que les autres gommes; elle forme aussi, avec ce liquide, un mucilagebeaucoupplus épais ; il suffit d'une partie de gomme et de sept d'eau pour produire une bouillie blanche, qui précipite en noir grisâtre le nitrate de mercure. Il est encore plusieurs autres gommes, que nous passerons sous silence parce qu'elles n'offrent pas le même intérêt.
Usages. Les gommes sont employées en médecine comme moyens adoucissans et pectoraux ; elles servent à suspendre dans l'eau les huiles et quelques substances résineuses, à former certaines pastilles, etc.
Ligneux.
Le ligneux est , à proprement parler , la charpente végétale, unie à divers principes. On le débarrasse des résines par l'alcool, des gommes et des sels solubles par l'eau, et des sels insolubles dans ces deux menstrues, par l'acide hydrochlorique faible. Après qu'il a été bien lavé et séché, le ligneux est d'un blanc sale, sans saveur ni odeur, plus pesant que l'eau, inaltérable à l'air sec, et se convertissant,
par L'action prolongée de l'acide sullurique affaibli eu gomme ? et par suite en sucre.
bans usages.
Mann i le.
Matière sucrée , découverte par Proust , dans la manne, d'où on l'extrait en la faisant bouillir dans l'alcool; on filtre, et par le refroidissement on obtient cette substance en aiguilles blanches, transparentes, solubles dans cinq fois son poids d'eau froide, trèssolubles dans l'alcool aqueux bouillant , et presque insolubles à froid. Une propriété caractéristique de la mannite, c'est qu'elle n'entre pas en fermentation.
Miel.
Nous n'établirons pointici si le miel se produit dans l'estomac des abeilles ou si elles le puisent tout formé dans les fleurs des végétaux, et ne font que l'élaborer; la substance sucrée qu'on trouve dans les nectaires rend cette dernière opinion la plus probable. Le miel se récolte en grande quantité dans les lieux où croissent beaucoup de plantes aromatiques; mais c'est une erreur que de croire qu'ils sont d'autant plus blancs qu'ils sont plus exposés au midi; car dans le département des Pyrénées-Orientales ils sont généralement très-colorés , tandis que dans celui de l'Aude ils sont ou jaune doré ou très-blancs. Dans le même terroir, la couleur varie quelquefois à une lieue de distance. Dans le midi de la France , on l'extrait des ruches aux mois de mai et de septembre. Le premier est plus blanc et de meilleure qualité que le second. Ces miels } gardés un an dans
des vases, déposent , au fond et sur les parois, des cristaux qui, lavés dans l'alcool, offrent du sucre pur.
Les miels les meilleurs sont blancs ou jaune doré, aromatiques, épais et transparens; ils se solidifient d'autant plus vite qu'ils contiennent plus de sucre cristallisable. Ceux d'automne, qui, d'après mes expériences, en contiennent moins, restent plus long-temps liquides. Ils sont composés de sucre cristallisable, et d'une substance sucrée. On sépare le sucre cristallisable en délayant le miel dans l'alcool et le soumettant à la presse dans un linge. L'alcool dissout cette dernière substance et laisse le sucre pur, à la seconde opération ; l'acide nitrique convertit le miel en acide oxalique.
Usages. Le miel est employé comme aliment; il est béchique, pectoral , etc.; il est l'excipient de la plupart des électuaires, et une des parties constituantes des oximels, de l'onguent égyptiac, etc.
Sucre.
On a donné long-temps, exclusivement, le nom de sucre à cette substance blanche, ou colorée en jaune, solide, cristallisée, très-soluble dans l'eau, inaltérable à l'air et jouissant d'une saveur douce très-agréable,qu'on extrait des cannes à sucre, arundo sac chari fera. Depuis quelque temps on l'applique également à des substances plus ou moins analogues qu'on a extraites des racines des betteraves, du moût du raisin, des racines de chiendent, des marrons, des champignons, de l'urine du diabètes sucré, du petit -lait, etc. De ces diverses espèces de sucre, celui de betteraves est le seul qui puisse être con-
C5n) fondu avec celui de canne : celui de raisin en diffère et par son goût et par son incristallisabilité. Nous n'exposerons point ici l'histoire de la canne à sucre, ni celle de la fabrication de cette substance ; ces détails se trouvent décrits dans une foule d'ouvrages. Nous nous bornerons à dire que ce produit a pour propriété caractéristique et exclusive , lorsqu'il est dissous dans l'eau et uni à suffisante quantité de ferment, de se décomposer et de donner lieu à une liqueur alcoolique. Ce corps existe en abondance dans le plus grand nombre de fruits, dans quelques sucs végétaux, dans certaines racines, dans les chaumes des graminées; enfin l'acide sulfurique peut donner Jieu à sa formation en agissant sur les gommes et les chiffons de linge.
Le sucre cristallisable est peu soluble dans l'alcool \ l'acide nitrique le convertit en acide oxalique.
Sucre de betterave.
Une grande partie des sucres qu'on trouve maintenant dans le commerce s'extraient du suc de betteraves. La découverte en est due à Margraaff. Lors du blocus continental , plusieurs chimistes français , parmi lesquels nous citerons MM. Proust, Chaptal, Barruel, etc., firent d'heureux essais qui ont contribué à établir ce nouveau genre d'industrie. Ce sucre diffère peu de celui de canne; comme il est plus poreux et plus léger, on dit vulgairement qu'il sucre moins : cette erreur provient de ce que, sous le même volume, on emploie moins de matière. A cela près, il a la même saveur, est beau-
( 5i3) coup plus soluble dans l'eau et plus facile à pulvériser.
Ce sucre, soit en pain , soit à l'état de cassonade, est employé comme aliment et condiment. Il est pectoral et adoucissant; on en fait des sirops, des pastilles et finalement ce grand nombre de préparations connues sous le nom de sucreries. Par la fermentation, la liqueur qui en provient donne à la distillation un alcool connu sous le nom de rack ou rhum.
Composition. Suivant Berzélius, carbone 44?*200 , oxigène 49,0 1 5 , hydrogène 6,785.
Sucre de raisin.
Obtenu par évaporation, en consistance mielleuse, du moût de raisin. Quand il est pur, il est solide , blanc , incristallisable , très-soluble dans l'eau , d'une saveur analogue au sucre mêlé avec la farine de froment ; plus soluble dans l'alcool que celui de canne : l'acide nitrique le change également en acide oxalique.
Sucre de lait.
On le fabrique en évaporant le petit-lait jusqu'à consistance mielleuse : on redissout les cristaux obtenus pour les avoir plus purs; ce sucre est très-dur et cristallise en prismes quadrilatères blancs qui , par leur exposition à l'air, deviennent translucides; sa saveur est peu sucrée; il est insoluble^ dans l'alcool et il exige 2 parties et demie d'eau bouillante ou de 5 à 7 de froide, pour se dissoudre.
( 5x4 ) Sucre du diabètes.
C'est en précipitant par l'acétate de plomb les substances animales contenues dans l'urine des malades atteints du diabètes sucré, et en y faisant passer un courant de gaz hydrogène sulfuré , pour s'emparer du plomb ; qu'on obtient, par la filtration et l'évaporation,ce sucre en cristaux. En cet état, il conserve une odeur et une saveur désagréables dues sans doute à une portion de substance animale qu'il retient. Malgré tous les soins que j'ai pris pour le purifier et le blanchir, je n'ai jamais pu l'obtenir qu'en cristaux bruns.
QUATRIEME SECTION
Substances contenant de Voxigène et de V hydrogène dans des proportions telles que- celles de ce dernier corps sont plus considérables que celles de Veau.
Les corps qui composent cette section ont pour propriétés caractéristiques > d'avoir pour principes constituans une grande quantité d'hydrogène et une proportion de carbone qui va quelquefois jusqu'aux 2- de leur poids; aussi sont-ils très-combustibles et en général très-fusibles et très-volatils. Tous sont insolubles dans l'eau et solubles dans l'alcool , plusieurs même dans les huiles et l'acide acétique. Il est quelques-uns de ces corps qui agissent comme les acides. Ils se décomposent, à une température plus ou moins élevée, et donnent lieu à une grande
( 5i5 ) quantité de gaz hydrogène percarboné, de gaz oxide de carbone, et à un résidu charbonneux. Pour rendre l'étude de ces corps plus facile, nous allons les diviser en 7 articles : le premier comprendra les huiles fixes; le deuxième, les volatiles; le troisième, les résines; le quatrième, les gommes-résines; le cinquième, les baumes; le sixième, l'alcool; le septième, les éthers.
Des huiles fixes.
On comprend sous le nom d'huiles fixes, douces ou grasses, cette liqueur onctueuse qu'on extrait des amandes des divers amandiers, ainsi que de celles du behen , des faînes, des pruniers, des abricotiers, des pêchers , des oliviers, etc.; des semences de chou- rave, brassica-rapa; de colza, brassica napus; de moutarde noire et blanche, sinapis alba et nigra ; de jusquiame , hyosciamus niger; de raisin, vitis vinifiera; de ricin, riccinus communis ; etc.; des jaunes d'œufs durcis, du fruit charnu des olives et de plusieurs substances animales et végétales. Comme il serait trop long d'étudier ces diverses espèces d'huiles, et qu'à quelques légères différences près elles sont analogues à celle d'olive, nous nous bornerons, en examinant celle-ci, à faire quelques remarques sur les autres. Toutes sont inflammables, et forment des savons avec les alcalis; on les extrait en divisant, le plus qu'il est possible, les substances qui les contiennent, et les soumettant à l'action d'une forte presse.
( 5i6) Huile d'olive.
L'huile du fruit de l'olivier , olea europea , semble avoir été connue dès les premiers âges du monde. Ce qu'il y a de bien remarquable, c'est que le mode de fabrication qui se trouve indiqué dans Y Ecriture sainte, n'a presque point varié. Il est un fait bien reconnu , c'est que les arts sont au berceau partout où la chimie n'a point encore porté son flambeau vivificateur. Dans diverses contrées de l'Espagne, telles que la Catalogne, le royaume de Valence, etc. où l'on trouve des forêts immenses d'oliviers et où l'on pourrait récolter une huile délicieuse, l'ignorance et l'aveugle routine, empreintes de la rouille des siècles, repoussent toute innovation. Us se bornent à ramasser leurs olives, à les entasser, dans des enclos exposés à l'intempérie des saisons, et à en extraire l'huile trois, quatre, et même huit mois après. Pendant ce temps, ce fruit précieux se détériore et subit un commencement de putréfaction qui altère plus ou moins la quantité de ces huiles; aussi ont-elles un très-mauvais goût auquel les Français s'accoutument difficilement et que les Espagnols ne dédaignent pas.
L'huile d'olive bien préparée est d'un jaune doré qui tire quelquefois sur le vert, comme quelques huiles du Roussillonj la couleur des autres varie de la couleur ambrée au jaune verdâtre, au jaune bleuâtre, au jaune doré, etc. : sa saveur est douce et agréable; elle est onctueuse au toucher, et transparente, quand elle est bien pure, insoluble dans l'eau , et peu soluble dans l'alcool et
(5i7 ) Téther. De même que les autres huiles, elle ne bout qu'au-dessus de 3i5o^ est plus légère que 1 eau, et laisse sur le papier une tache que le calorique n'enlève pas : propriété caractéristique qui la distingue des huiles volatiles. L'huile d'olive se congèle -(- o , tandis qu'il en est, comme celles d'oeillet, d'amandes, de lin, de noix, qui ne se congèlent pas. Exposée à l'action du calorique , une partie se décompose, tandis que l'autre se volatilise dans un état d'altération. Cette huile est alors plus colorée, d'une saveur forte, quoique étant plus fluide et plus légère. Les alchimistes l'appelaient huile des philosophes. La décomposition complète de l'huile a beaucoup occupé la sagacité de quelques chimistes, à cause de la grande quantité de gaz hydrogène percarboné qu'elle donne, et de la supériorité de ce gaz pour l'éclairage. On le prépare en faisant tomber, par petites parties, de l'huile sur le fond d'une cornue fortement chauffée ; il faut une grande habitude pour bien saisir le point opportun. Les huiles, en brûlant à l'air libre, produisent de l'eau, de l'acide carbonique. Lorsqu'on les expose au contact de l'air, elles en absorbent l'oxigène, contractent un mauvais goût qu'on appelle rance , s'épaississent jusqu'à devenir solides- presque toutes les huiles grasses perdent ainsi leur transparence, et celles qui sont siccatives la conservent. Cette propriété d'être siccatives appartient exclusivement à quelques huile» douces , telles que celles de lin , de noix , de pavot, etc. On l'augmente en les faisant bouillir sur la lilharge, les enflammant et les éteignant après qu'elles ont brûlé quelque temps : elles sont alors
( 5i8 ) plus épaisses, plus colorées et plus consistantes : aussi est-ce principalement en cet état qu'elles sont employées en peinture.
Le phosphore et le soufre se dissolvent dans une grande quantité d'huile, tandis que le carbone, l'azote et l'hydrogène n'y sont point solubles. Les acides faibles n'ont pas d'action marquée sur les huiles; le sulfurique les charbonne, le nitrique enflamme les siccatives, et, s'il est uni à une portion du premier, il enflamme également les autres. Une des actions les plus remarquables sur les huiles } c'est celle des alcalis ; ils réagissent fortement sur ces corps, surtout à l'aide de la chaleur, et donnent lieu à des composés dont l'usage est très-étendu et que Ton appelle savons, lesquels sont de véritables sels solubles. Pour bien entendre ces faits on doit savoir que, d'après les belles expériences de MM. Chevreul etBraconnot,les huiles contiennent deux substances grasses, l'une solide et semblable à la stéarine, et l'autre liquide et analogue à Yélaïne ou oléine de Chevreul. Dans Ja réaction des alcalis sur les huiles, ces deux substances sont converties en acides margarique et oléique , lesquels s'unissent à l'alcali et forment des margarates et des oléates dont l'ensemble constitue les savons solubles : si l'on opère avec quelques bases autres que ces alcalis , comme la chaux, ces margarates et oléates étant insolubles ^ on obtient aussi des savons insolubles. Avec quelques oxides métalliques, les huiles forment également des savons insolubles, qui font la base de la plupart des emplâtres; il se produit aussi un nouveau corps que Schéele, qui l'a découvert, a appelé
e doux des bmles. Ce composé est liqu ] a c o J 01 e . i q o d o r e . tram p a rent , doux , solu 1
l'eau, plus pesant que ce liquide, et inflammable. L'acide nitrique le tit en acide oxalique, et le
sulfurique en sucre, suivant les expériences de Vogel.
M. Rousseau, dans un travail inédit lu a 11m tut, qu' i la bonté de nous communiquer, a
annoncé qu'une pile d ri 2000 paires, enrobée
de 2 parties de renne et d'une de gomme laque plongée a moitié dans une éprouvette remplie d'huile d'olive, l'un de ses pôles étant isolé et l'autre communiquant au sol I deux ou trois
heures d'imrae. | se déposait sur les parois de
cette pile une matière bâtre et visqueuse qui
t de plus en plus et dont l'intensité n'aegmente plus après 2 4 heures. M. Rousseau croyait que cette substance était de J :ne; mais, d'a-
. analyse rt porté a croire que cet e
urement électriqi ;ue. par attraction, les
ères de l'huile s'attachent aux if de la pile.
M. Rousseau a également présenté un appareil électrique qu'il appelle diasomètre. La force motrice le partagée en plusieurs sections qui amènent à un lue; un des pôles touche un sol et fait réa cité sur l'autre qui est isolé. Dans l'autre partie de i pareil est une légère aiguille aimantée c pian du méridien magnétique pris comme o d'un ce. gradué ; si, par un excitateur, on met en rapport ce -me vers le pôle isolé, l'électricité alors agissant sur l'aiguiile et sur le conducteur qui l'avoisine. la
( 5ao ) première , chargée d'un fluide de même nature, éprouvera aussitôt une déviation proportionnelle à la force propre de la pile- mais si, au lieu de toucher le disque de cuivre , on y interpose un corps dont on veuille éprouver la conductibilité, l'aiguille restera stationnaire ou déviera, suivant la nature des.,, substances interposées. C'est d'après la vitesse de son écartement et le temps qu'elle mettra à arriver au terme de tension, qu'on devra déterminer le degré d'isolement. Avec cet appareil , M. Rousseau a reconnu que,de toutes les huiles animales ou végétales, celle d'olive possédait seule la propriété bien caractérisée d'être très-difficilement perméable au fluide électrique- cette propriété est telle, qu'elle conduit 1 aiguille 700 fois moins vite queles autres, qui ont cependant entre elles des différences qu'on peut rendre appréciables. Il suffit de verser, dans 100 gouttes de cette huile, deux de celle d'œillet ou de faîne, pour imprimer à l'aiguille une vitesse quadruple. Sous ce point de vue , le diagomètre est un instrument précieux pour reconnaître, et préciser même, la sophistication de l'huile d'olive.
Les savons varient suivant l'alcali et l'huile avec lesquels ils ont été fabriqués; avec la soude ils sont durs; avec la potasse, mous et verts ; avec l'ammoniaque, en bouillie et conservant l'odeur de ce corps. Les huiles de mauvaise qualité communiquent une partie de leur odeur au savon.
Le savon qu'on appelle médicinal est fait avec l'huile d'amande douce.
Usages. Tout le monde connaît l'application des huiles et des savons aux arts et à l'économie dômes-
tique; il ne me reste donc à parler que de leurs propriétés médicamenteuses. Les huiles douces, principalement celles d'olive et d'amande douce , sont adoucissantes et purgatives à la dose d'environ deux onces; elles sont fort estimées pour le traitement de certaines coliques , et surtout dans les empoisonnemens; on les administre alors à haute dose. Dans celui par les cantharides, l'huile paraît contraire, attendu, ditPallas, qu'elle agit en dissolvant les parties acres de ces mouches. Les huiles douces sont légèrement vermifuges; l'on regarde comme un moyen presque certain l'emploi de celle d'olive contre le taenia. On en avale trois onces, de quartd'heure en quart-d'heure, jusqu'à ce que le ver soit expulsé : une livre et demie est le plus souvent suffisante. Si l'on augmente et rapproche la dose, le taenia est plus tôt tué et expulsé; ces intervalles que nous indiquons sont pour en faciliter la déglutition. Il serait trop long d'énumérer toutes les maladies dans lesquelles l'administration de l'huile est indiquée; nous nous bornerons à dire qu'on l'emploie également en lavemens dans les coliques et les inflammations intestinales, lesempoisonnemens, etc. A l'extérieur, elles sont émollientes, résolutives, etc., surtout quand elles tiennent en dissolution des huiles volatiles , du camphre, etc.
Les savons sont employés comme fondans, désobstruans ; on administre également l'eau de savon contre certains empoisonnemens, les aigreurs de l'estomac, les tympanites, etc.
Huile île ricin.
Cette huile se retire par expression des semences du ricin, riccinus commuais, dont on a enlevé auparavant l'enveloppe, qui, sans cela, lui communiquerait une propriété émétique. Cette huile pure est d'un jaune doré, inodore, épaisse, d'une saveur fade , liquide à plusieurs degrés •— -o, soluble dans l'alcool, et se desséchant à l'air sans perdre sa transparence.
Usages. Excellent anthelrnintique et bon purgatif pour les personnes délicates. La dose pour les enfans est de i once à 2 ; pour les adultes , de 4 à 5
Huile de lin.
Extraite des semences du linum usilatissimum. Couleur jaune verdâtre , odeur sui generis; dissolvant par l'ébullition un peu de litharge, ce qui la rend siccative; quand elle en est assez chargée, elle devient rougeâtre. On lui donne également de la consistance en la faisant brûler pendant quelque temps.
Huile de pavot ou d'oeillet.
Extraite des semences du papaver somniferum. Moins visqueuse que les autres, d'un blanc jaunâtre, inodore, saveur agréable, liquide à o. Avec la litharge elle devient siccative.
Usages. Comme aliment et pour l'éclairage : c'est avec cette huile que l'on compose le liniment de Jadelot, qui est formé d'huile de pavot 1b ij, sulfure de potasse S iij , savon blanc *k j , huile de thym S j
( 523 ) Huiles volatiles.
Les huiles volatiles ou essentielles sont de tous les corps ceux dont on trouve le plus d'espèces; il est probable qu'elles sont le principe odorant de la plupart des plantes; sous ce point de vue, il est aisé de voir combien leur nombre doit être considérable. On les trouve tantôt dans toutes les parties du végétal, tantôt seulement dans les feuilles, dans les fleurs, dans les écorces des bois et des fruits, ou dans les enveloppes des semences, et non dans les cotylédons. Elles se distinguent des huiles douces ou fixes par leur volatilité, leur odeur, ou très-suave, ou très-piquante, ou désagréable, et de ne point laisser de taches sur le papier. Ces huiles ont une saveur acre et brûlante, incolores ou diversement colorées, plus légères que l'eau, à l'exception de celles de cannelle, girofle, moutarde et sassafras; la plupart congelables à diverses températures; certaines acquérant de la viscosité à la température ordinaire et devenant même solides, comme celles d'anis, de fenouil, etc. Les huiles essentielles brûlent avec une flamme brillante en répandant beaucoup de fumée ; mises en contact avec l'air ou le gaz oxigène, elles acquièrent une consistance solide et se convertissent en substances résinoides. A l'aide du calorique, elles dissolvent le phosphore , qui se précipite par le refroidissement. Suivant Hoffmann, 10 parties de camphre peuvent y en rendre soluble une de phosphore; à l'aide delà chaleur elles dissolvent un peu de soufre qu'elles retiennent en partie; cette solution constitue le baume de soufre , anisé } téré-
benthine y etc.; le chlore et V iode les déshydrogènent en partie , et les rendent plus visqueuses en s'unissant avec elles. Les bases salifiables forment avec ces corps des savonules, dont un seul, le savon de Starkey, offre quelque intérêt : il est le produit de l'union de l'huile de térébenthine avec la soude. Toutes les huiles volatiles sont solubles dans l'alcool et les huiles fixes, auxquelles elles communiquent leur odeur; elles se dissolvent aussi dans une grande quantité d'eau. L'acide nitrique , au moment qu'on vient d'y ajouter un peu d'acide sulfurique, les enflamme; l'acide hydrochlorique est absorbé par les unes et en convertit d'autres , comme celle de térébenthine, en une espèce de camphre sur lequel nous reviendrons.
Préparation .On extrait certaines huiles volatiles par l'expression, mais on en obtient le plus grand nombre par la distillation des parties qui les contiennent avec l'eau. Le produit est de l'eau aromatique qui est surnagée par l'huile essentielle, quand la quantité des matières distillées est suffisante; sinon on distille cette eau sur de nouvelles portions. La solution des huiles volatiles dans l'alcool constitue les alcools aromatiques, tels que l'esprit de lavande, l'eau des Carmes, l'eau de Cologne, etc.
Vertus. Les huiles volatiles sont généralement stimulantes, toniques, sudorifiques et vermifuges. La dose est de 4 à. 10 gouttes sur du sucre. Comme il serait trop long de décrire toutes les huiles volatiles, nous allons nous borner aux deux suivantes.
( 5^5 ) Huile ou essence de térébenthine .
Incolore, odeur désagréable, plus légère que Feau , et d'une densité égale à o, 86. Le gazhydrochlorique la convertit en camphre artificiel.
Usages. Dans les arts , pour la préparation des vernis. En médecine, elle fait partie de plusieurs médicamens. Cette huile est un puissant vermifuge; le docteur James Kennedy de Glascow vante ses bons effets contre les vers intestinaux de toute espèce et même contre le bicorne rude. On la donne à la dose d'une once dans une tasse de lait, le matin à jeun; on réitère le soir la dose quand la première n'a pas produit l'effet désiré (0. Le docteur W. Money vante aussi ce médicament contre le taenia, l'épilepsie et quelques autres affections du cerveau ou de l'estomac (2).
Huile de moutarde.
Les semences de moutarde donnent, par la contusion et l'expression , une huile douce particulière , et, par la distillation avec l'eau, une huile d'un jaune brun , plus pesante que l'eau, d'une odeur aussi vive que celle de l'ammoniaque, d'une saveur brûlante et caustique; elle se dissout dans l'eau et lui communique son odeur et sa saveur.
Usages. C'est dans cette huile que résident les vertus médicales de la moutarde. Quelques gouttes appliquées sur la peau y produisent l'effet d'un vésicatoire; il suffit de tremper une compresse dans sa solution dans l'eau, pour produire, dans deux mi-
(l) London, Médical reposilory, february 1823. (») Voy. Revue médicale, décembre 1822.
( 5^6 ) mîtes, l'effet du meilleur sinapisme, comme je l'ai démontré dans une de mes dissertations sur la moutarde, à laquelle les sociétés royales de médecine de Marseille et de Toulouse décernèrent une double médaille d'encouragement.
Des résines.
Les résines se rapprochent des huiles par leur composition et quelques-uns de leurs caractères. Elles sont solides et quelques-unes liquides ; on les obtient par l'exsudation des arbres ou par incision. Elles sont plus ou moins friables, tantôt incolores et tantôt colorées en jaune, en brun , etc. ; leur saveur est acre et chaude, et quelquefois amère; elles n'éprouvent aucune altération de la part de l'airelles sont plus pesantes que l'eau, insolubles dans ce liquide, et presque toutes solubles dans l'alcool , l'éther et l'acide acétique. Les huiles fixes, principalement les siccatives, les graisses , de même que l'essence de térébenthine , en dissolvent un grand nombre. La potasse et la soude les dissolvent également; ce solutum a les propriétés du savon, ce que les savonniers connaissent fort bien , puisqu'ils le falsifient quelquefois de cette manière.
L'acide sulfurique les dissout à froid, si elles sont réduites en poudre fine; à chaud, il les décompose. L'acide nitrique, qu'on fait digérer long- temps sur ces substances, les décompose aussi ; l'eau en précipite une substance qui, traitée par de nouvel acide nitrique, est convertie en tanin artificiel. L'acide hydrochlorique les dissout sans les altérer; l'eau les en précipite.
( 5*1 ) Les résines sont généralement inodores; celles qui sont odorantes doivent probablement cette propriété à quelque huile volatile; elles jouissent d'une propriété remarquable, quand on les frotte avec des étoffes de laine ou la peau d'un chat , c'est de développer à leur surface ce fluide électrique qui a porté le nom de résineux , et que l'on désigne par celui de négatif. Exposées à l'action du calorique, et avecle contact de l'air, elles brûlent avec une épaisse fumée. Dans les vases clos , elles donnent beaucoup de charbon , du gaz hydrogène carboné , et une huile empyreumatique. Nous allons nous borner à en décrire quelque-unes. Dans toutes les matières médicales on trouve consignées les propriétés des résines connues sous les noms de résine animée, élémi , baume de La Mecque ou de Judée, sandaraque, sang-dragon , etc.
Térébenthine.
C'est ainsi qu'on appelle le suc résineux qui découle par incision des sapins et de divers pins, principalement du pin maritime. La térébenthine est incolore quand elle est pure, et quelquefois jaunâtre ou bleuâtre; elle est transparente et d'une consistance mielleuse; elle est très - poisseuse , d'une odeur très-forte, qu'elle doit à l'huile volatile qu'elle contient; d'une saveur acre et amère, et communiquant à l'urine l'odeur des violettes. Quand elle n'est pas pure, il suffit, pour la débarrasser de la plupart des substances étrangères , de la fondre et de la faire passer à travers un filtre de paille; c'est ce qu'on appelle térébenthine fine : on la vend sous le
( 5.8 ) nom Je thcrébenÛUne de / eniseddeChio, L'autre est à plus has prix. Soumise à la distillation, on on relire IL cl'lin îlt- volatile, et no de colophane. Quand les arbre* ne produisent plus dto térébenthine on on extrait du goudron en los brillant dans an appareil approprié à ce sujet. On se procure la poil noire en brûlant, dans an fotor convenablement dispose, tes filtres de paille <Jtei ont servi poui purifier la térébenthine.
/ sages, La térébenthine a reçu diverses applications dans le> arts, lui médecine elle est regardée comme an hou diurétique, et pi i arrêter les
démens rebelles. On en fait an onguent, connu ! le nom de digestif t en l'incorporant avec les |aui uts.
;ine.
( clic qu'on trouve dans le commen e est compoiée de 3 parties debrai lec et de 1 de galipot tonduos ensemble, coulée^ à i un filtre de paille, et reçues dans un vase. On y jette, pendant qu'elle est
fondue, beaucoup d'eau Oui v produit de suite un grand dégagement de vapeurs, et la matière prend une couleur jaune.
/ :, p. Très-employée dans leàaïts. En médecine, elle entre dans la compn>ition de plusieurs
guens et empl&tres, etc.
Baume <L' copmhm.
Par incision du copa/f , arbre de
l'Amérique méridionale et des Indes oc< identales. douleur jaune y odeur extrêmement forte, saveur
( 5*9 ) insupportable; transparent, et d'une < onssstance qui devient aussi forte que celle <lu miel,
/ ('//us. âstringenl et très-employé par quelques médecins pour arrêter les écoulemens gonorrhéiquesj la dose est de demi-gros à un gros et demi , en looeh, ou ei suspension dans l'eau <1<- plantain .-m moyen de quelque mucilage. Il fatigue l'estomac, produil des tira illemens plus ou moins loris, ci irrite
10 tube intestinal. Il exerce une action directe sur
11 prostate.
Gommes-résines.
C'est ainsi qu'on appelle les mes laiteux qui découlent de quelques arbres , au moyen des incisions
qu'on leur fait, et qui le durcissent par le contât l de; l'air, Ces substances i econnaissent pour principes conslituans les résines, les huiles volatiles et une matière gpmmeuse <>u mucilaginense. I -Iles sont plus pesantes que l'eau , solubles en partie dans ce liquide el dans l'alcool ; l'acide lulfurique les charbonne, et produit du tanin artificiel. D'après la connaissance de ces principes, il est aisé d'établir leurs propriétés caractéristiques. Nous .«lions en examiner rapidement quelques-unes,
Assd-jutiila.
Suc épaissi <le la racine dujerula assa-Jœtida. Il est en masseè rouss&tres, mêlées de lames blap- < lies , friables, et d'une saveur àcre,anière el piquante. Odeur insupportable.
Suivant M. Pelletier, il est compose de m
( 53o ) 65 , huile vol. 3,6o , gomme 19, 44 j bassorine 1 1,66, malate acide de potasse o,3o.
Vertus, ilntispasmodique, et très-employé dans l'hystéricie , l'épilepsie , les convulsions et les coliques nerveuses; il est emménagogue, s'il y a relâchement général; à l'extérieur, vermifuge , antiseptique dans la gangrène et les ulcères rebelles, etc.
Gomme ammoniaque.
Produit de Yheracleum gummiferum. Solide , en masses ou en lames; jaune pâle , offrant dans l'intérieur des morceaux amygdaloïdes plus blancs et plus purs. Sa saveur est un peu amère et nauséabonde ; odeur faible et désagréable. Elle est composée, suivant M. Braconnot, dégomme 18,4 ? résine 70 , matière glu tineuse 4,4 ? eau 6.
Vertus. Stimulante. On l'emploie dans les catarrhes chroniques , les toux humides , les fausses péripneumonies, la suppression menstruelle, reconnaissant pour cause une faiblesse générale, etc.
Euphorbe.
Suc épaissi de Veuphorbia officinarum et antiquorum. En lames irrégulières, roussâtres en dehors et blanches en dedans; saveur acre, caustique, et irritant fortement la membrane pi tui taire. Composée, suivant Pelletier, de résine 60,80, muriate de chaux 12/20, id. de potasse i,8o, cire i454° ? buile volatile 8 , bassorine 2.
Vertus. Purgatif hydragogue , à la dose de 2 à 4 grains en pilules; en lavement de 6 à 10 grains dans un jaune d'œuf , etc.
Gomme gutte.
Suc du cctînbogia gutta. Jaune , cassure rougeâtre et brillante , inodore , saveur acre et trèsamèrej colorant l'eau en jaune.
Vertus. Purgatif drastique, employé dans les fièvres intermittentes et contre le taenia. Elle est la base principale des pilules hydragogues de Bontius et d'Helvétius. Elle fournit une belle couleur à la peinture.
Scammonée cTAlep.
Suc du convolvulus scammonea. Cendrée, fragile, cassure transparente, odeur nauséabonde, saveur acre et amère. Composée , suivant Bouillon- Lagrange et Vogel , de résine 60 , gomme 3 , exiractif f2,
Scammonée de Smyrne.
Provient du periploca scammonium. Plus noire, plus pesante , plus impure et moins recherchée. Composée de gomme et résine, 29 de chacune ; extractif 5 , débris végétaux 58.
Vertus. Un des plus violens drastiques. On remploie dans les apoplexies séreuses et les maladies de la peau rebelles. La dose est de 8 grains à 35 , en pilules; celle de la résine , de 2 à 8 grains : celle de Smyrne est peu usitée, elle est trop violente.
Aloès.
On en connaît trois espèces.
i° Aloès succoXrin. Suc des feuilles de X aloès
( 532 ) perfoliaia. Rouge-brun en masse* en poudre, jaunebrun ; demi-transparent; saveur amère et presque entièrement soluble dans l'eau , et dans l'alcool faible. Composé, suivant Bouillon-La grange et Vogeî , de extractif 68, résine 32.
i° Aloès hépatique. Par incision des mêmes feuilles. Couleur hépatique, plus fragile, plus amer et non transparent. Composé, suivant les mêmes chimistes, de extractif 52, résine 44? matière albumino-végétale coagulée de Tromsdorif , 6.
3° Aloès caballin. Par expression des mêmes feuilles. Plus impur que les précédens, et employé principalement pour les chevaux.
Vertus. L'extrait du premier est un purgatif hydragogue, à la dose de 4 à io grains; il est considéré comme amer, emménagogue et anlhelmintique. Il entre dans les pilules gourmandes , celles de santé et d'Anderson; dans la plupart des élixirs toniques, dans celui de longue-vie,, etc., etc.
Dans cette section , on peut également comprendre l'opoponax, Foliban, la myrrhe, le gaibanum , etc.
Des baumes.
On ne peut point , à la rigueur, placer les gommesrésines ni les baumes parmi les matériaux immédiats des végétaux, puisqu'ils sont composés de plusieurs de ces produits. Les baumes reconnaissent pour principes constituais une résine , l'acide benzoïque ; et quelques-uns, une huile volatile et d'autres substances. 11 y en a de solides et de li-
( 533 ) quides; saveur acre et piquante. Le calorique en dégage de l'acide benzoïque.
Baume du Pérou.
Extrait par incision du myroxilum peruyferum. Jaune pâle , consistance sirupeuse; il brunit et s'épaissit à l'air 5 odeur de vanille; saveur acre et amère.
Vertus. Employé dans les catarrhes chroniques de la vessie et du poumon , dans les affections nerveuses , a toniques, etc.
Baume de tolu.
Par incision de l'écorce du toluiferabalsamum. Liquide et transparent , se dessèche à l'air et devient cassant; il est tantôt jaunâtre et tantôt rougeâtre; son odeur est suave , et sa saveur moins acre et moins amère que celle du précédent.
Vertus. Pectoral , dans les affections catarrhales , la phthisie pulmonaire , etc.
Benjoin.
Par incision du styrax benjoin et de quelques autres arbres. Solide, rouge jaunâtre, et parsemé de lames tirant sur le jaune. 11 contient environ ~^d'acide benzoïque.
Vertus. Dans la faiblesse du canal digestif , les fièvres ataxiques et adynamiques, l'asthme humide, les toux chroniques > etc.
( 534 ) Storax calamité.
Ou styrax officinalis du Levant. Il nous parvient en gros gâteaux pétris avec de la sciure de bois. Il est fragile, doux au toucher , d'un brun jaunâtre , et très-aromatique. Il jouit des mêmes vertus que le pre'cédent.
Styrax liquide.
De la décoction des jeunes branches du liquidantbar styracijlua. Consistance du miel, couleur d'un brun verdâtre , très-poisseux, odeur très-forte et désagréable.
Vertus. Peu usité, si ce n'est à l'extérieur, comme excitant les parties gangrenées et les vieux ulcères. Il entre dans l'onguent styrax , etc.
Caoutchouc.
Le caoutchouc , ou gomme élastique , n'est connu en Europe que depuis le commencement du dix-huitième siècle; il existe dans le suc laiteux de Yhevea guyanensïs , du castileja elaslica , etc. On le prépare en faisant sécher le suc sur le feu et l'appliquant par couches sur des moules de terre. Lorsqu'il est pur, il est blanc; exposé à Pair, il devient d'un brun-marron ; il est inodore, insipide, flexible et très-élastique ; il est fusible à 1 9.5 , en répandant des vapeurs aromatiques; insoluble dans l'eau bouillante, il s'y gonfle et devient poisseux; insoluble dans l'alcool ; soluble dans l'éther, et précipitable par l'alcool; soluble dans les huiles de térébenthine, de romarin, etc. Traité par l'acide nitrique, il
( 535 ) donne de l'acide oxalique et une matière grasse. Usages. Employé pour faire des bougies , des sondes , des pessaires et divers instruirons .
De la cire.
L'opinion des chimistes a été long- temps partagée sur la nature delà cire; les uns la croyaient un produit animal dû aux abeilles, et les autres, un des principes immédiats des végétaux. Cette dernière opinion a prévalu , surtout depuis qu'on est parvenu à l'extraire également des fruits du myrica cerifera et du genévrier , des tiges vertes de l'orge , de V avinée , de la gomme laque , des feuilles , etc. Nous allons nous borner à parler de celle des abeilles. Cette substance est solide, d'une couleur jaune , d'une cassure grenue, insipide, peu odorante, fusible à 68°. Soluble à chaud dans les huiles fixes et volatiles, insoluble dans l'eau, l'éther et l'alcool à froid , elle se dissout partiellement dans 20 parties d'alcool bouillant; se saponifie avec la potasse et la soude. La cire, réduite en rubans minces , et exposée au contact de l'air humide , devient très - blanche; il en est de même dans le chlore liquide. D'après mes expériences , l'acide sulfurique concentré la noircit, avec dégagement d'acide sulfureux; s'il est étendu de trois parties d'eau, elle prend une couleur grisâtre : l'acide nitrique à chaud la blanchit; et si on porte la liqueur à l'ébullition, la cire contracte une belle couleur noire, il se forme alors du deutoxide d'azote, et, si l'acide nitrique est étendu d'eau , la cire se blanchit sans éprouver de
( 536 ) décomposition (0. Son poids spécifique est de 0,966, suivant M. de Saussure.
Composition. Si Ton fait bouillir la cire dans l'alcool , il en dissout une partie , et il reste une subs tance insoluble dans ce inenstrue. On donne à la première le nom de cérine, et à la seconde celle de myricine.
De la cérine.
Outre que cette substance est un des principes constituans de la cire , comme l'élaïne et la stéarine le sont des graisses, elle existe aussi dans le pollen de plusieurs fleurs; elle sert d'enduit aux feuilles de chou, de pavot; et de vernis à plusieurs fruits , tels que les raisins , les oranges , les citrons , les figues , etc. La cérine est blanche , fusible à 42?5°, soluble dans 16 parties d'alcool absolu et bouillant, se précipitant par le refroidissement en bouillie glutineuse; elle est soluble dans [^1 parties d'éther. La cérine fait environ les 0,91 de la cire. M. Chevreul a donné le même nom à une substance grasse qu'il a extraite du liège.
De la myricine.
Fusible à 35° ou 37,5°, plus légère que la cérine, soluble dans 200 fois son poids d'alcool bouillant, très -peu dans l'étheiv, même à chaud, et très-soluble dans l'huile de térébenthine. La myricine fait les 0,08 de la cire des abeilles , et les 0,1 3 de celle du myrica.
Usages. La cire , par la facilité avec laquelle elle
(0 Voyez mon mémoire inséré dans le Journal de pharmacie.
(537 ) prend et conserve toutes sortes de formes, est devenue précieuse pour la préparation des pièces anatomiques; elle est un des ingrédiens des emplâtres, du cérat , et de plusieurs pommades et onguens , etc.
Du camphre.
La substance qui porte ce nom est extraite des laurus camphora, sumatrensis et cinnamonum. Les deux derniers ne présentent que de légères variations- le plus grand nombre de plantes, de la famille des labiées, nous l'offre également, ainsi que les racines àHasarum et d'aunée, les feuilles fraîches du tabac ainsi que l'anémone , le bois et l'écorce de bouleau, etc.
Le camphre pur est solide , d'un très-beau blanc , transparent, très-amer, d'une odeur forte et particulière, très-volatil; il se sublime en lames hexagones, entre en fusion au-dessus du terme de l'eau , ets'évapore à l'air. Par l'approche d'un corps enignition, il brûle avec flamme, et ne laisse aucun résidu. Le camphre n'est soluble que dans 1 152 parties de son poids d'eau, mais il est très-miscible avec ce liquide, au moyen d'un mucilage; ioo d'alcool en dissolvent 75, l'eau l'en précipite; l'éther le dissout également. Il est beaucoup plus soluble à chaud qu'à froid dans les huiles fixes et volatiles, ainsi que dans l'acide acétique. L'acide sulfurique , aidé de l'action du calorique, le décompose et produit une espèce de tanin. L'acide nitrique, après l'avoir dissous, se sépare en deux couches : la supérieure a un aspect oléagineux , aussi l'appelle-t-on huile de camuhre; elle est formée de la plus grande partie du
( 538 ) camphre et de l'acide nitrique concentré : la partie plus pesante contient de l'eau et un peu d'acide et de camphre. L'huile de camphre , suivant l'observation de M. Planche > dépose des cristaux de camphre; exposéeà l'action du calorique, il se produit de l'acide camphorique et du gaznitreux : l'eau suffit pour séparer le camphre de son huile.
Vertus. Le camphre est un des puissans secours que la nature offre à l'art de guérir; il est considéré comme stimulant, antispasmodique, sudorifique et antiseptique; il prévient aussi l'action des cantharides sur la vessie. La dose est de 18 grains à deux gros par jour. A haute dose , il agit comme poison. Dans les pharmacies on en prépare une teinture spiritueuse; on le dissout dans l'huile; il est un des principes constituons du vinaigre des quatre-voleurs , etc.
Camphre artificiel.
On obtient ce camphre en faisant passer un courant de gaz acide hydrochlorique dans l'huile de térébenthine. Il a les mêmes propriétés physiques du précédent. Si on l'expose à l'action du calorique dans des vaisseaux clos, une partie se sublime, et l'autre se décompose et laisse échapper du gaz acide hydrochlorique. Ce camphre donne, par la combustion, de l'eau et des acides carbonique et hydrochlorique; il est insoluble dans l'acide acétique ; les alcalis en séparent l'acide hydrochlorique, qui, d'après tous les faits, paraît être un de ses principes constituans. Avec l'acide nitrique , il n'offre point la couche huileuse du camphre naturel , ni aucune trace d'acide camphorique , mais du chlore. Sans usages.
( 539) Des vernis.
C'est sous cette dénomination qu'on connaît les dissolutions de quelques substances résineuses dans l'alcool ou l'essence de térébenthine , que les peintres appliquent sur les bois, les cuirs, les métaux, les diverses peintures, ainsi que pour les conserver, en les garantissant de l'action des corps. Les vernis sont transparens et quelquefois colorés de diverses manières. On en connaît trois espèces : à l'alcool , à l'essence , et celui qu'on appelle vernis gras, à cause qu'on y ajoute une huile lilhargirée. Les deux premiers sont très-siccatifs , le dernier l'est beaucoup moins. On les prépare en mettant les divers ingrédiens dans un matras avec du verre pilé grossièrement , qui , en s'opposant en partie à leur agglomération, favorise l'action de l'alcool ou de Fessence de térébenthine; on y verse l'un ou l'autre de ces menstrues , on les fait infuser au bain - marie pendant deux ou trois heures ; et on filtre, au bout de vingt-quatre heures, à travers un peu de coton placé au fond de l'entonnoir.
De l'alcool.
La découverte de l'alcool date du quatorzième siècle ) elle est due à M. Arnauld de Villeneuve , professeur de l'université de médecine de Montpellier. L'alcool y tel que l'obtint ce chimiste, et tel qu'on l'a préparé long-temps, portait le nom d'eawde-vic; ce n'est que bien du temps après , lorsqu'on parvint à le rectifier, qu'on lui donna celui à' esprit-
( 54o ) de-vin. Cette liqueur n'existe point dans la nature, elle est le produit de la fermentation des substances sucrées, déterminée par un ferment; aussi divers fruits sucrés sont -ils employés à en préparer des espèces qui participent de quelques - uns de leurs principes. 11 est même d'autres substances dans lesquelles on développe une matière sucrée , soit par la germination , soit par l'action des acides. C'est ainsi qu'on obtient le kirchwaser, l'eau-de-vie de grain, de pomme-de-terre, de chiffons, etc. Il est une règle générale, c'est qu'il ne se produit jamais d'alcool sans la présence du sucre, lequel, en se décomposant, fournit les élémens de cette liqueur. Lavoisier, qui s'est beaucoup occupé de la fermentation spiritueuse, a déterminé d'une manière trèsingénieuse l'acide carbonique dégagé d'une quantité de sucre connue, et l'alcool qui s'était formé. J'ai moi-même suivi cette marche, et j'en ai fait connaître les résultats dans un Mémoire que j'ai lu à l'académie royale des sciences de l'Institut, en 1823 (0. On a long-temps révoqué en doute si l'alcool était tout formé dans le vin, ou s'il était le produit de la distillation. Ce n'est plus maintenant un problème : on n'a pour le démontrer qu'à placer un chapiteau sur une cuve en fermentation hermétiquement fermée; le troisième jour on sou tirera par le robinet une liqueur alcoolique, que j'ai trouvée marquant jusqu'à 14 degrés à l'aréomètre de Baume.
(0 Voy. Journal de pharmacie, septembre 1823, et Ann. île l'industrie.
Autrefois, par la distillation des vins, on ne préparait que deux espèces d'alcool faible; l'un, marquant environ 10 degrés , est connu encore dans le commerce sous le nom de preuve de Hollande, et l'autre, de 22 a ^3, sous celui de preuve d'huile. Maintenant, avec le secours de nouveaux appareils distillatoires , on en obtient qui marquent depuis 28 jusqu'à 38 degrés. Dans les laboratoires de chimie, pour l'obtenir au plus haut point de rectification , on l'agite avec du chlorure de calcium en poudre et bien sec ; au bout de 1 à 2 jours , on distille à une douce chaleur , en observant de fractionner les produits; la première moitié est un alcool très-concentré ou absolu, qui marque 4 1 degrés, et dont le poids spécifique, à 10 cent., est, suivant Richter, de 0,792; et selon Gay-Lussac, 0,792, 35 à 170 88.
L'alcool ainsi obtenu est incolore, transparent, d'une odeur particulière, d'une saveur brûlante très-volatil , d'un pouvoir réfringent égal à 2,22^3, et non congelable , même à — 68°; il est mauvais conducteur du fluide électrique, et s'enflamme lorsqu'on lance à sa surface des étincelles électriques et qu'il a le contact de l'air; il en est de même par l'approche d'un corps enflammé. Sous la pression de 76, il bout à 78, 4* et se réduit en une vapeur dont la densité est, selon M. Gay-Lussac, de 1,61 3 : à une chaleur rouge, et dans un tube de porcelaine, il se décompose et produit du gaz hydrogène carboné , du gaz oxide de carbone , de l'eau et des traces d'acide acétique. Exposé à l'action de l'air, une portion s'évapore , et l'autre absorbe l'humidité atmo-
( Si* )
sphérique, au point qu'il finit par ne marquer que quelques degrés.
L'alcool n'éprouve aucune action de la part de l'azote, de l'hydrogène, du bore et du carbone; il dissout à chaud le soufre et le phosphore, et les abandonne, si on ajoute de l'eau à la solution; il en est de même quand il tient en dissolution des résines, du camphre, des huiles, etc. L'iode est soluble à froid et à chaud dans cette liqueur; il en est de même de la potasse et de la soude, ainsi que de plusieurs sels, la plupart déliquescens, tels que les nitrates de chaux et de magnésie, les hydrochlorates de ces bases, etc. L'ammoniaque, les bases salifiables végétales, le sucre, la cire, de même que plusieurs acides végétaux et quelques principes colorans , certains corps gras, etc., sont solubles dans l'alcool. Le chlore gazeux et l'alcool agissent l'un sur l'autre , produisent une substance oléagineuse, un peu de gaz acide hydrochlorique, et beaucoup de gaz acide carbonique; en étendant d'eau ce produit, la matière oléagineuse se précipite. L'action du potassium et du sodium sur l'alcool est telle, qu'ils s'oxident aux dépens de son oxigène , et qu'ils en dégagent de l'hydrogène. Plusieurs acides réagissent sur l'alcool et donnent lieu à divers produits, connus sous le nom d'éthers, dont nous aurons bientôt occasion de parler. L'eau et l'esprit-de-vin s'unissent en toutes proportions, et l'on observe que si l'eau contient des sels insolubles dans l'alcool, ils sont précipités. Il est un fait remarquable, c'est que le volume d'un mélange d'eau et d'alcool est toujours au-
( 543 ) dessous du volume respectif des deux liqueurs , si l'alcool est rectifié ; s'il est affaibli par l'eau, le mélange devient au contraire plus rare. On peut consulter les tableaux de ces mélanges, qu'ont présentés MM. Thénard (0 etMeissner (a). Dans tous les cas , il y a dégagement de calorique. L'alcool réagit sur les nitrates d'argent et de mercure, et y produit des précipités , connus sous le nom de poudres fulminantes , qui détonnent fortement par le choc. Celui qui est préparé avec le nitrate d'argent entre dans la fabrication des bonbons détonnans , etc. On l'obtient en dissolvant i partie d'argent dans 12 d'acide nitrique , et y ajoutant ensuite de io à 12 parties d'alcool à 34 deg. Cette préparation est d'autant plus dangereuse que déjà deux chimistes, M. le professeur Figuier en France, et M. Carbonell en Espagne , en ont été victimes. Cette poudre fulminante détonne par le choc , le frottement , une haute température et l'acide sulfurique.
Composition, n volumes de gaz hydrogène percarboné, a volumes de vapeur d'eau.
Usages. L'alcool est employé dans les arts pour la composition des vernis , et la préparation des liqueurs et des eaux de toilettes. C'est un des meilleurs menstrues pour les analyses chimiques. On en prépare un grand nombre de médicamens, connus sous le nom de teintures spiritueuses ou alcooliques. Administré à l'intérieur, il est, suivant les doses,
C1) Loco citato.
(*) Aréomëtrie appliquée à la chimie et aux arts; Vienne ?8i6, tom. II.
excitant, échauffant- il cause une forte stupéfaction , il enflamme le tissu sur lequel on l'applique ; à haute dose, il produit l'ivresse et même la mort.
Des éthers.
La connaissance du premier connu, de l'éther sulfurique, date du milieu du seizième siècle. On trouve sa préparation décrite dans la Pharmacopée de Valerius Cordus, publiée en i54o. Depuis la naissance de la chimie pneumatique, on a soigneusement étudié l'action des acides sur l'alcool , et l'on est parvenu à la connaissance de plusieurs autres éthers et de quelques liqueurs qui en ont les caractères physiques sans en avoir toutes les propriétés chimiques. Le nom d'éther est devenu commun à tous ces corps , mais leurs propriétés ne sont point identiques : nous allons , à l'exemple de M. Thénard , les diviser en trois classes.