‹ Manuel de chimie médicaleChapitre 6 sur 56 · II · texte numérisé non relu

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l'on fond avec For quelques me'taux doués d'un poids spécifique moindre, et qu'on les laisse refroidir lentement , ils ne contractent point d'union ; l'or, comme plus pesant, occupe le fond du culot.

4° La cohésion. Si cette force l'emporte sur celle de l'affinité, elle ne saurait avoir lieu, comme nous l'avons déjà dit. Ces corps sont appelés insolubles lorsqu'ils résistent à l'action des dissolvans, ce qui prouve que leur cohésion l'emporte sur leur affinité pour lesdissolvans. L'action de l'eau sur les résines, le quartz, les métaux, le soufre, etc., en est un exemple.

5° La pression. Cette force n'est point applicable aux corps solides ; on avait même cru qu'elle ne pouvait point contribuer à l'union des liquides; cependant les expériences de M. Perkins ont démontré qu'en soumettant de l'eau et de l'huile à une pression de i ioo atmosphères, l'huile était dissoute par l'eau, et la liqueur devenait claire et transparente. La pression agit d'une manière bien énergique sur les gaz , en rapprochant leurs molécules et favorisant ainsi leur union ou leur combinaison avec les corps solides ou liquides , avec lesquels ils ont quelque affinité. C'est d'après ce principe qu'on fabrique les eaux minérales gazeuses , et qu'on est parvenu à dissoudre dans l'eau des volumes considérables de divers gaz. Du moment que cette pression cesse, la plus grande partie du fluide élastique s'échappe avec force et produit quelquefois une sorte d'explosion : c'est ce qui a lieu lorsqu'on débouche les bouteilles de vins mousseux de Champagne, de bière, de cidre, etc. 11 est pourtant quelques exceptions à cette règle,

puisque le phosphore placé dans du gaz oxigène ne brûle point sous la pression et à la température ordinaire , tandis que la combustion a lieu dès qu'on raréfie ce gaz en diminuant la pression. Labillardière a fait la même remarque au sujet du gaz hydrogène proto-phosphore.

6° Les combinaisons. Il est bien évident qu'un corps combiné avec un autre n'aura pas autant de facilité pour s'unir avec un troisième, que s'il était seul; il peut même arriver que son action soit nulle. L'acide carbonique se combine facilement avec la potasse ; mais si on la lui présente unie avec l'acide sulfurique, il n'aura plus d'action sur cet oxide.

Lorsque deux corps différens contractent une union , il arrive quelquefois que leurs propriétés particulières sont seulement modifiées ; mais le plus souvent ils en acquièrent de nouvelles bien différentes de chacune de celles des corps intégrans.

L'union des acides, du sucre, des sels, etc., avec l'eau, nous offre un exemple du premier cas. Noua allons énumérer le«s propriétés principales qu'elles acquièrent dans le second.

i<> Il y a production de calorique, ou de froid et de lumière.

a. Si l'on unit de l'acide sulfurique avec de l'eau , il s'opère un dégagement de calorique tel , qu'il est suffisant pour porter à l'ébullition de l'eau contenue dans un tube qu'on plonge dans cette combinaison.

h. Les dissolutions des sels dans l'eau , et surtout dans la glace ou la neige, peuvent donner

( i3 ) un degré de froid égal à 54 degrés — o. C'est par ce moyen que l'on congèle le mercure.

c. Tous les corps exposés à une température cinq fois égale à celle de l'eau bouillante, deviennent lumineux.

20 Couleur. La plupart des couleurs bleues végétales sont rougies par les acides, et verdies par les alcalis; l'acide hydrocyanique produit avec le fer des composés verdâtres ou bleus; le soufre avec ce dernier métal, un composé doré et faisant feu au briquet; avec le mercure, une belle couleur rouge ; avec l'arsenic, un beau jaune doré; une autre rougeâtre, etc. Saveur. Deux corps insipides , ou n'ayant presque point de saveur, peuvent donner un composé trèssapide, comme le soufre avec l'oxigène; tandis que des corps très-sapides et même caustiques, tels que la baryte, la chaux et l'acide sulfurique , en produisent d'insipides.

Odeur. Deux corps odorans forment souvent un composé inodore; nous en citerons pour exemple l'acide hydrochlorique avec l'ammoniaque ; et deux corps inodores peuvent former des corps très-odorans : l'hydrogène avec le soufre, le carbone ou le phosphore; l'oxigène avec le soufre ; l'azote avec l'hydrogène , etc. , en sont une preuve.

Solidité , liquidité' ou gazéité (0. Nous citerons pour exemple l'union des gaz ammoniac et hydrochlorique qui donnent un sel solide ; celle du gaz hydrogène avec l'azote , et du carbone avec l'oxigène , qui produisent des corps gazeux ; de l'hy-

(* J Quoique ce nom ne soit pas français, nous avons cru de* voir l'employer parce qu'il rend bien notre idée.

drogène avec l'oxigène, qui constituent l'eau; toutes ces combinaisons étant faites à la température ordinaire.

Forme. Il est bien reconnu que le volume des corps augmente ou diminue ; nous nous bornerons à un seul exemple : un volume de vapeur de carbone et un volume d'oxigène produisent un volume d'acide carbonique, au lieu de deux volumes qu'ils eussent dû former.

Enfin leur degré de fusibilité, leur capacité poulie calorique, leur état électrique, etc. , changent, augmentent ou diminuent.

Il est des corps qui se combinent dans des proportions différentes, comme le soufre avec quelques métaux, l'oxigène avec les bases oxidifiables métalliques et les acidifiables; tandis qu'il en est plusieurs qui contractent des combinaisons très-intimes, et qui, selon M. Gay-Lussac, s'unissent toujours dans des rapports simples. C'est ainsi que ce savant chimiste a démontré que deux volumes de gaz hydrogène et un de gaz oxigène produisaient de l'eau; trois du premier gaz et un d'azote, du gaz ammoniac , etc.

De la forme des molécules des corps.

Il est impossible de déterminer la forme des dernières molécules des corps , que nous supposons dans un degré de divisibilité tel , qu'il ne nous est pas permis deles saisir, ni de les examiner physiquement. Il y a lieu de croire qu'elles ont des formes régulières, puisqu'un grand nombre , en s'unissant lentement , donnent lieu à des solides symétriques qu'on

appelle cristaux. Tous les corps ne jouissent pas de cette propriété ; cela tient peut-être à ce que nous ignorons les procédés qui pourraient les amener à cet état. Nous savons qu'il nous est impossible d'en faire cristalliser quelques-uns dans nos laboratoires que la nature nous offre en très-beaux cristaux, tels que le quartz, le diamant , etc.

En général , pour qu'un solide cristallise, il faut le faire passer auparavant à l'état liquide ou gazeux. Dans le premier cas, on doit le laisser refroidir lentement* sinon, l'on n'obtient que des masses informes. On le fait passer à l'état liquide par l'action du calorique ou de certains menstrueux qui n'exercent point sur lui aucun effet désorganisateur , comme l'alcool, l'eau ? etc. Lorsqu'on soustrait par l'évaporation la quantité de menstrue qui écartait les molécules d'un corps, au point de s'opposer à leur réunion , elles se combinent de nouveau pour reproduire des solides qui affectent souvent des formes régulières plus ou moins prononcées. Presque toujours les solides se dissolvent en plus grande quantité dans les menstrues à chaud qu'à froid; c'est sur ces deux principes qu'est basée la théorie de la cristallisation. Nous devons à M. Leblanc un très-bon procédé pour obtenir de gros cristaux, et qu'on a adopté dans presque toutes les fabriques. Il consiste à placer dans une dissolution saline des cristaux bien réguliers, et à les retourner chaque jour. Règle générale : plus la masse saline sera forte, plus les cristaux seront gros. Le froid favorise beaucoup la cristallisation ; aussi Ton ne manque pas d'exposer dans des* endroits frais les dissolutions sa-

( '6 ) lines. Lorsque le froid est très-intense, il contribue aies concentrer en congelant une quantité plus ou moins forte d'eau.

La présence de l'air paraît influer sur la cristallisation. On sait que le sulfate de soude ne cristallise point dans le vide, et qu'il suffit d'une seule bulle d'air pour le faire naître.

Une légère agitation peut la favoriser, comme une grande peut la troubler.

On peut aussi faire cristalliser un certain nombre de corps par l'action du calorique , soit en les faisant passer à l'état .de vapeur, soit par la fusion. Si on les laisse refroidir lentement , et que l'on crève la croûte qui s'est d'abord formée à leur surface, on obtient une espèce de géode remplie de très-beaux cristaux. C'est de cette manière qu'on prépare ceux de soufre, de bismuth, etc.

La pression peut déterminer aussi la cristallisation. M. Perkins est parvenu, au moyen d'une pression de i^oo atmosphères, exercée sur les eaux de la mer et sur d'autres dissolutions salines, à faire cristalliser les sels qui y étaient contenus.

De l'analyse chimique.

On donne le nom d'analyse chimique à l'ensemble des moyens qu'on emploie pour opérer la séparation des principes constituans des corps, et en reconnaître la nature et les proportions. Nous devons à l'étude de ces moyens les progrès qu'a faits la chimie, et les découvertes importantes qui lui ont assigné le premier rang parmi les sciences. C'est en

( i7J étudiant les phénomènes que les corps présentent en se Combinant, qu'on est%parvenu à en déterminer les principes constituans.

En considérant les divers procédés propres à séparer les principes des corps, on peut compter quatre sortes d'analyses.

i° \J analyse mécanique, c'est-à-dire résultant de l'emploi de certains moyens mécaniques propres à séparer quelques principes des corps. Dans cette classe on comprend l'extraction des huiles par la presse, des sucs végétaux, des principes des huiles analogues à l'élaïne et à la stéarine , etc.

2° \J analyse par le calorique. Cette analyse ne doit point être considérée comme on la pratiquait autrefois, mais comme on en fait usage maintenant pour en séparer les corps qui se fondent à divers degrés de chaleur ou qui s'évaporent à des températures différentes. Ainsi l'alcool se sépare de l'eau; ce liquide, des acides et des sels; diverses substances, de leurs dissolvans, etc. Il est évident qu'une accumulation plus ou moins forte de calorique dans un corps , peut contribuer à l'union des molécules intégrantes, comme à la séparation des constituantes de plusieurs substances.

3° Y! analyse par l'électricité'. C'est à la connaissance de l'action du fluide électrique sur les coi ps, que nous devons une grande partie des progrès que la chimie a faits dans le dix-neuvième siècle. C'est à cette même action que nous devons aussi la découverte de plusieurs métaux regardes auparavant comme des terres ou des alcalis , ainsi que la connaissance exacte du chlore, la décomposition de l'acide hyùtociilo-

( i8) rique, l'analyse la plus exacte de l'air, et la preuve la plus évidente de la décomposition de l'eau. Nous allons fournir un exemple de son action. Si nous mêlons dans un appareil convenable du gaz hydrogène avec de l'air atmosphérique, et que nous y fassions passer l'étincelle électrique , il y aura de suite détonnation, formation d'eau, et l'azote sera mis à nu. Dans ce cas, l'eau se trouve formée par l'hydrogène et l'oxigène de l'air. Le résidu est le gaz azote, autre principe constituant de l'air, dont le poids et le volume indiquent la quantité d'oxigène qui était contenue dans cet air.

4° \1 analyse par les réactifs. Cette analyse exige une connaissance entière de tous les moyens que nous offre la chimie. A proprement parler , les deux précédentes rentrent dans son domaine, puisque le calorique et l'électricité agissent souvent comme réactifs. C'est donc en faisant réagir une série de corps les uns sur les autres, et en étudiant soigneusement les nouveaux phénomènes qu'ils présentent, qu'on parvient à en reconnaître la nature, ainsi que les proportions de leurs principes constituans, s'ils ne sont pas simples. Il est aisé de voir que cette analyse est la base fondamentale de la chimie.

De la synthèse.

Si par l'analyse chimique on parvient à reconnaître la nature d'un corps simple, ou celle des principes constituans d'un composé et ses équivalens chimiques , la synthèse vient imprimer le sceau de l'exactitude à ces résultats. Il est donc bien reconnu que

( 19 ) l'analyse chimique n'offrirait sans elle que des faits incertains et souvent erronés, et qu'elle rentrerait enfin dans la classe des sciences conjecturales. De là vient qu'on l'a divise'e en analyse vraie et en analyse fausse.

\1 analyse vraie est celle qui donne des produits tels qu'en les combinant de nouveau on peut reproduire le corps décomposé. Exemple : l'acide carbonique donne du carbone et du gaz oxigène; vice versa , le gaz oxigène et le carbone donnent de l'acide carbonique.

Il analyse fausse a lieu quand, avec les principes qu'on a extraits ou séparés d'un corps, on ne peut plus en recréer un de semblable. Cette analyse est malheureusement la plus fréquente. Elle s'applique plus particulièrement aux substances végétales et animales, qui offrent une très-grande complication de produits. Il n'est pas besoin de faire observer que nous n'entendons pas, par ces mots en créer un de semblable , parler de la même conformation, parce qu'il est de toute impossibilité de reproduire uu être organique avec les principes qu'on peut en extraire; mais bien de former avec les substances obtenues par l'analyse de leurs produits immédiats, ces mêmes produits. Exemple : l'analyse du sucre, de l'amidon, des gommes, de l'alcool, etc. , donne de l'oxigène, de l'hydrogène et du carbone; et l'on ne peut cependant, avec ces trois corps, faire du sucre, de la gomme, de l'amidon, et de l'alcool. C'est au sujet de l'analyse de l'amidon, que J. J.Rousseau dit, en assistant à une des leçons de Rouelle : « Je ne croirai à l'exactitude de l'analyse chimique, que

( 20 ) lorsque > avec les principes que vous obtenez de l'amidon, vous pourrez faire de l'amidon. »

Cependant cette définition d'analyse fausse ne nous paraît pas exacte; car, s'il est vrai que, dans un grand nombre d'analyses faites, surtout par l'application directe du calorique, la plupart des produits obtenus soient dus à des combinaisons nouvelles, il est aussi bien reconnu qu'on peut déterminer, avec la plus grande exactitnde, la nature des substances élémentaires dont ils sont formés, et leurs proportions chimiques. Ce genre d'analyse est donc fort exact lorsqu'on s'attache à reconnaître la nature des molécules constituantes d'un corps et ses équivalens chimiques. MM. Wollaston, Gay-Lussac, Berzélius , Dalton,E.ichter, Petit, Dulong, etc., ont jeté le plus grand jour sur cette partie. On peut consulter, avec le plus grand avantage, l'Echelle synoptique de Wollaston , la Table des nombres proportionnels deDespretz, et l'ouvrage de Berzélius sur la théorie des proportions chimiques.

Des Réactifs.

Tous les corps de la nature jouissent de la faculté de réagir les uns sur les autres, si on les place dans des circonstances convenables. L'on est convenu de donner le nom de réactifs à ceux qui , mis en contact avec d'autres, en décèlent la présence, quoiqu'ils soient combinés avec d'autres corps, en présentant des phénomènes particuliers et propres à chacun d'eux. Ainsi , le calorique tend constamment à écarter leurs molécules ; les acides rougissent

la plupart des couleurs bleues végétales ; les alcalis les verdissent; le cuivre précipite le mercure de ses dissolutions à l'état métallique; le soufre noircit le plomb, l'argent, etc. Nous allons citer deux exemples qui rendront l'effet des réactifs plus intelligible.

i° Supposons que nous ayons à reconnaître lequel des deux corps ÀB ou CD est de l'indigo ou du bleu de Prusse. En faisant agir l'acide sulfurique sur ces deux composés, si AB se dissout dans cet acide , sans altération , c'est de l'indigo; si la couleur, au contraire , est altérée et qu'il s'opère une décomposition, c'est du bleu de Prusse, qui est un hydrocyanate de fer dont l'oxide s'unit avec l'acide sulfurique.

»° Si nous avons à reconnaître la nature de deux dissolutions alcalines dont l'une soit de la potasse et l'autre de la soude, en les traitant l'une et l'autre séparément par l'acide sulfurique, on obtiendra deux sels différens.

Si les prismes de l'un sont longs, à six pans, terminés par des sommets dièdres; qu'ils soient trèssolubles dans l'eau et s'effleurissent à l'air : c'est du sulfate de soude, et, par conséquent, l'alcali en dissolution était de la soude.

Si les cristaux sont en prismes, très-courts , à quatre ou six pans, terminés par des sommets tétraèdres ou hexaèdres; qu'ils soient moins solubles que les précédens, qu'ils n'effleurissent point à l'air et déciépitent au feu : c'est du sulfate de potasse.

L'effet des réactifs peut être tel, que souvent la

plus petite quantité suffit pour reconnaître la nature d'un corps. Ainsi, l'ammoniaco-acétate de cuivre indique dans l'eau la 110,000 partie de son poids d'arsenic, par un précipité d'un beau vert.

L'électricité, comme le calorique, doit être comptée parmi les réactifs. Cette méthode a été rendue assez facile par Wollaston. Elle consiste à placer sur un plan de verre un peu de dissolution arsenicale, sur laquelle on fait agir les deux fils. L'oxigène se porte au pôle positif ou vitreux, et l'arsenic au pôle négatif ou résineux. Si les fils sont de cuivre, le dernier sera blanchi par son union avec l'arsenic.

Il est maintenant bien reconnu qu'un traité complet sur les réactifs, basé sur un grand nombre d'expériences, serait l'ouvrage le plus propre à reculer les bornes de la chimie , et à expliquer les phénomènes, qui varient suivant quelques .circonstances qu'on ne saurait prévoir, d'après les combinaisons plus ou moins compliquées des corps. Noua ne possédons encore en ce genre que l'ouvrage sur les réactifs de M. Accum, qui contient plusieurs faits intéressans, mais classés sans aucun ordre, ce qui le rend très- difficile à consulter, et celui de MM. Payen et Chevalier, qui est beaucoup plus complet et plus méthodique. Ces deux chimistes vont en publier une seconde édition, qu'ils ont eu le bon esprit de soumettre à l'examen d'un des hommes les plus fertiles en ressources chimiques , et dont les nombreux travaux ont servi } pour ainsi dire, de guide à presque tous les chimistes qui sont l'orgueil de la France : à ce titre on reconnaît le

(23) modeste Vauquelin. Lorsque nous aurons terminé l'examen des métaux, des acides et des sels, nous parlerons de l'effet que produisent les divers réactifs.

Classification des corps.

Tous les corps de la nature ont été rangés en deux grandes classes.

La première comprend ceux qui ne sont point doués de cette propriété connue sous le nom de pesanteur : on leur a donné le nom de corps impondérables. Us sont au nombre de trois : le calorique , la lumière y et lejluide électrique, dont on a reconnu l'identité avec lejluide magnétique.

La seconde renferme ceux qui ont une pesanteur bien démontrée. On les a appelés pondérables; ils sont divisés en simples et en composés.

Les simples ou élémentaires sont au nombre de cinquante et un.

Quarante et un sont à l'état métallique.

Les dix autres non métalliques portent le nom de :

Oxigéne.

Bore.

Azote.

Soufre.

Hydrogène.

Phosphore

Chlore.

Iode.

Carbone.

Sélénium.

Nomenclature chimique.

Avant que la chimie se fût enrichie de ce grand nombre de découvertes, dues à la décompo-

sition de l'eau et de l'air, et de celle de plusieurs fluides élastiques, l'analyse était loin d'avoir atteint le degré de perfection où elle se trouve. Les principes constituans de la plus grande partie des corps étant inconnus, on leur avait assigné des noms qui ne présentaient à l'esprit que des idées vagues et incapables de nous donner aucune idée de ces principes constituans. Mais lorsque la chimie pneumatique eut renversé la brillante théorie deStahl, on sentit la nécessité d'une bonne nomenclature, qui, reposant sur les propriétés de plusieurs corps et sur les phénomènes constans qu'ils présentent, fît disparaître cette foule de noms insignifians, souvent même barbares , dont la plupart des corps étaient surchargés, pour leur en assigner d'autres qui, en indiquant leurs divers principes ou quelques-unes de leurs propriétés caractéristiques, les rattachassent intimement à la grande chaîne des vérités chimiques. Guyton de Morveaux en conçut la première idée ; il présenta à l'académie royale des sciences un plan que MM. Lavoisier, Berthollet et Fourcroy furent chargés d'examiuer et de perfectionner. C'est à cette heureuse association qu'est due celte nomenclature chimique qui a tant contribué aux progrès de cette science. Pour plus de clarté, ils conservèrent aux coips simples les noms qu'ils portaient, sauf quelques changemens qui leur parurent nécessaires; quant à ceux qui venaient d'être découverts, on leur en donna de propres à rappeler leurs propriétés principales; à défaut, on leur en assigna d'insigniiians. Pour les corps composés, ils en reçurent de propres, autant que possi-

( 25 ) ble , à désigner leurs principes constituans. Ainsi , le nom de

Oxigène , signifiant j'engendre les oxides , fut donné à l'air vital;

Hydrogène, signifiant j'engendre l'eau, à l'air inflammable 3

Azote , signifiant privatif de la vie , au gaz connu sous le nom de mofette atmosphérique. M. le comte Chaptal , considérant que cette propriété lui était commune avec une foule d'autres gaz, lui donna celui de nitrogène , que plusieurs chimistes anglais lui ont conservé.

Acides devint le nom de tous les corps simples ou composés qui, par leur union avec l'oxigène, produisent des composés d'une saveur plus ou moins aigre , rougissent les couleurs bleues végétales, eu forment des sels avec les bases salifiables;

Oxides, de tous les corps qui , en se combinant avec Foxigène, n'ont point de saveur aigre, et neutralisent les acides en produisant des sels. L'on verra que cette dénomination s'applique maintenant à plusieurs autres corps.

Comme plusieurs acides pouvaient s'unir avec différentes proportions d'oxigène, on donna à ceux qui n'en prenaient qu'une constante, une terminaison en ique ; à ceux qui étaient susceptibles de se combiner avec lui en plusieurs proportions , la terminaison en eux pour le premier degré d'oxigénatiou, et en ique pour le second.

Quant aux sels que ces acides formaient , les p remiers reçurent la terminaison en ùe, et les seconds en ate. Acide sulfureux , acide sulfurique ; sulfite

( i6 ) dépotasse, sulfate dépotasse. Lorsqu'on crut qu'il pourrait exister un nouveau degré d'oxigénation plus fort, on proposa d'ajouter, à la seconde terminaison, les mots oxigéné ou suroxigéné, suivant la nouvelle proportion d'oxigène.

Tel était, à peu de chose près, le point fondamental sur lequel reposait la nouvelle nomenclature chimique. Il semblait propre à rendre compte de tous les faits, quand l'illustre Berthollet annonça quel'oxigène ne possédait pas la propriété exclusive de former des acides en s'unissant avec les bases acidifiables , puisque l'hydrogène , combiné avec le soufre, donnait également lieu à un acide. Cette assertion fixa l'attention des plus savans chimistes, qui ne tardèrent pas à reconnaître que l'hydrogène, dans l'acidification de plusieurs corps, jouait le même rôle que l'oxigène, et qu il était des bases acidifiables qui pouvaient être acidifiées par l'un et par l'autre gaz. Ainsi le soufre et l'iode donnent, avec l'oxigène, les acides sulfureux , sulfurique, et iodique; tandis que ces corps, avec l'hydrogène, forment les acides hydrosulfurique et hydriodique. Depuis on a été plus loin ; on a découvert qu'il suffisait souvent de la seule union de deux combustibles pour donner lieu à quelques acides. C'est ainsi qu'on obtient les acides

fluoboiique, chloriodique ,

fluosilicique , chloroprussiquc.

Il est donc évident que l'oxigène ne peut plus être considéré comme l'unique principe acidifiant, puisque l'hydrogène partage cette propriété. L'on peut

même soupçonner qu'il n'est pas certain qu'ils soient eux-mêmes les agens spéciaux de l'acidification, qui pourrait bien n'être qu'une des propriétés que certains corps acquièrent en se combinant , comme semble le démontrer la formation des quatre acides précités par l'union de deux bases combustibles, sans le concours de l'oxigène ni de l'hydrogène. D'après ces faits, la terminaison en ique que portent les hydracides, et ces derniers acides, est d'autant plus inexacte qu'elle présente une idée fausse , la présence de l'oxigène dans des corps qui n'en contiennent pas un atome. MM. Thénard et Orfila l'ont si bien senti , que le premier a puissamment contribué à perfectionner la nomenclature chimique, soit dans ses ouvrages , soit dans ses brillantes leçons. Ces noms, dit-il, ont l'inconvénient de ne point assez distinguer les acides oxigénés de ceux qui ne le sont pas (0. Nous allons présenter à ce sujet quelques idées , comme des matériaux propres à la reconstruction de cet édifice. Dans l'ouvrage que nous publions, pour faciliter l'étude de la chimie à MM. les élèves , nous assignerons la terminaison en ique a tous les acides, en faisant observer qu'elle n'indique plus la présence de l'oxigène dans ces corps , mais seulement qu'elle est la terminaison caractéristique de ces corps. Pour distinguer ensuite ceux qui résultent de l'union de l'oxigène ou de l'hydrogène avec une base, nous ajouterons à ce composé les deux premières syllables de ces deux mots oxi et hydro; ainsi nous dirons acide oxisulfurique et

(*) Traité de chimie.

hydro-sulfurique. Quant à ceux qui résultent seulement de deux combustibles , nous ne les accompagnerons d'aucune épithète. Il y a des corps qui peuvent recevoir plusieurs degrés d'oxigénation qu'on a exprimés par le mot hypo pour marquer une oxigénation moindre. On a nommé l'acide moins oxigéné que le sulfureux, hyposulfureux , et celui qui l'est moins que le sulfurique, hyposulfurique. Nous avons cru simplifier la nomenclature en adoptant les épithètes adoptées pour divers degrés d'oxigénation des oxides : proto, deuto, trito et per.

Prenons pour exemple le soufre.

Soufre ioo

combinés

ayec

/ oxigène 5o — \ — 9944--

acide protoxisulfurique ou hyposulfureux.

deutoxisulfurique ou sulfureux.

j — ia5 —

triloxisulfurique

ou hyposulfurique.

peroxisuifurique ou sulfurique.

Quant aux sels qu'ils formeront avec les bases salifiables , nous suivrons la même marche et nous dirons protoxisulfate de potasse, ou deutoxide de potasse, etc., suivant qu'on voudra indiquer en même temps le degré d'oxigénation de l'acide et de l'oxide.

Cette classe d'acides sera connue sous le nom d'oxacides ;

Celle qui résulte d'une combinaison avec l'hydrogène, lrydracides.

Un fait bien digne de remarque, c'est que les deux principes qu'on appelait acidifions , en se combinant ensemble, donnent lieu à un oxide (l'eau ou oxide d'hydrogène) ? et que l'hydrogène, qui donne des acides par son union avec quelques combustibles, produit, en s'unissant à l'azote, un alcali (l'ammoniaque), tandis que l'oxigène, avec ce dernier gaz, forme des oxides et des acides. Gela tend à prouver que la propriété d'acidifier un corps n'est pas spécialement due à l'oxigène, à l'hydrogène, ni aux combustibles avec lesquels ils se combinent, mais qu'elle est le résultat de cette combinaison, et que les deux corps y contribuent également.

On avait primitivement donné le nom d'oxide à cette union des métaux avec l'oxigène, qu'on connaissait autrefois sous celui de chaux métallique. Cette dénomination s'applique maintenant à tous les corps combustibles simples , susceptibles de se combiner avec l'oxigène, en dégageant constamment du calorique, quelquefois de la lumière, et n'ayant point les propriétés des acides. La combustion du phosphore, du carbone, du gaz hydrogène, etc., nous en offre un exemple, quand les proportions d'oxigène ne sont point suffisantes pour convertir les deux premiers en acides; car il est plusieurs corps simples, même parmi les métalliques , qui peuvent former des oxides et des acides. Un fait qu'il est bon de faire connaître, c'est que les oxides les plus oxigénés , ou les peroxides , contiennent moins d'oxigène que les acides les moins oxigénés.

D'après ces faits , nous diviserons les oxides en oxides salifiables et en oxides non- sali fiables.

( 3o ) Les oxides salifiables comprennent tous les oxides métalliques, et notamment ceux qui e'taient appelés alcalis, terres, etc. Ils ont pour propriétés caractéristiques de rétablir les couleurs rougies par un acide, de s'unir avec ces derniers corps et de former des sels. Quelques-uns de ces oxides ont une saveur acre , et même caustique 5 le plus grand nombre est insipide. L'oxigène peut exister en proportions diverses avec les métaux; pour les exprimer on se sert, pour les plus faibles , du mot proto, et pour les plus forts, de celui de per; pour les intermédiaires , de ceux de deuto, trito , etc. Avec quelques substances métalliques, outre la formation des oxides, il peut donner lieu, par une nouvelle quantité , à des acides. Nous nous bornerons à citer le chrome , le colombium , le tungstène , l'arsenic et le molybdène, qui peuvent être convertis en oxides et. en acides chromique, colombique, tungstique, arsenique et molybdique. Ces deux derniers même sont susceptibles de deux degrés d'oxigénation. On applique les mots proto > deuto , trito et per aux oxides plus ou moins oxigénés ] et on les désigne de la manière suivante :

7,7^5 d'oxigène, le protoxide de plomb 100 parues de 1 ou litharge.

plomb donnent J ^ ,, deutoxide ou mi

par leur combinaison

nmm.

5,45o le tritoxide ou peroxi-

avec de, oxide brun.

Les oxides non salifiables ne neutralisent point

(3. ) les acides , et ne peuvent point par conséquent former des sels : tels sont les oxides

d'hydrogène, de chlore,

d'asote, de phosphore,

de carbone,

Le nom de bases salifiables , consacré aux oxides susceptibles de former des sels, est également donné à des composés non métalliques qui jouissent de cette même propriété, comme la quinine, la cinchonineja morphine ,Y ammoniaque ,,etc.;celui d'alcalis a été conservé aux corps susceptibles de verdir la plupart des couleurs bleues végétales, et déformer des sels avec les acides. La saveur de quelques-uns est acre et urineuse, comme lapotasse, la soude, etc.; de quelques autres, d'une amertume insupportable, comme la strichnine , la buccine y la picrotoxine ? la quinine, la cinchonine , etc. : ces alcalis ont reçu le nom d'alcalis végétaux.

La combinaison des acides avec les oxides et les alcalis a conservé celui de sels. Les sels sont appelés neutres quand ni l'acideuii la base salifiable ne manifestent point leurs propriétés particulières; sursels ou soussels, suivant qu'il y a excès de base ou d'acide. Dans le premier état ils ne changent point la plupart des couleurs bleues végétales ; dans le second ils les rougissent^, et dans le troisième ils les verdissent. Le sulfate de deutoxide de mercure est neutre , et par conséquent sans action sur les couleurs bleues.

Le sursulfate, etc. les rougit, et est avec excès d'acide.

Le soussulfate est avec excès de base.

La combinaison des substances combustibles non acides ni oxides a reçu différens noms :

i° Celle des substances métalliques entre elles a pris celui àï alliages, à moins que ce ne soit avec le mercure ; alors on y substitue celui iï amalgames .

Celle des substances métalliques avec un corps combustible , ou de deux corps combustibles qui ne forment point un acide , que les produits soient solides ou liquides , prend la terminaison en ure qu'on applique à la première substance. Ainsi Ton dira également : phosphure de plomb 7 phosphure de soufre; sulfure de plomb, sulfure de soufre. Si l'un des composés est susceptible d'entrer en combinaison en proportions diverses , on dira , comme pour les oxides , protosulfure , deutosulfure , etc. L'union de l'hydrogène avec l'azote fait exception à cette règle ; elle porte le nom d'ammoniaque. Si le produit qu'on obtient par les combinaisons est gazeux , il conserve le nom du gaz, et l'on y joint le nom de la substance à laquelle il est combiné , en changeant sa terminaison en é. Si ce dernier corps peut s'y trouver en proportions diverses, le composé prendra la même épithète des oxides. Ainsi l'on dira : gaz hydrogène phosphore , gaz hydrogène carboné, gaz hydrogène p er carboné , etc.

On appelle hydrures les composés solides ou liquides provenant de l'union du gaz hydrogène avec un combustible : hydrure de soufre, hydrure d'arsenic.

Le mot hydrate est affecté à l'union de l'eau avec certains oxides métalliques.

Il est enfin beaucoup de corps qui ont pour prin-

(33 ) cipes constituais l'oxigène, le carbone et l'hydrogène; et d'autres, l'oxigène, le carbone, l'hydrogène et l'azote. Les premiers sont dus aux substances végétales, et les derniers presque toujours aux substances animales. Quelques-uns de ces composés ont toutes les propriétés des acides , et sont rangés dans cette classe; d'autres au contraire agissent comme bases salifiables, et sont classés parmi ces substances, en les séparant des oxides , à cause de la complication de leurs principes. On leur a donné des noms insignifians , et quelquefois propres à rappeler la substance d'où on les extrait , ou leurs vertus médicales, etc. Telles sont l'asparagine , la dalhine , la cinchonine , l'émétine , la morphine , la quinine, etc. (0-

(0 Dans le courant de cet ouvrage , pour éviter les répétitions fastidieuses, nous avons employé tantôt la nomenclature que nous proposons, et tantôt celle qui est adoptée dans les divers ouvrages.

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