‹ Manuel de chimie médicaleChapitre 5 sur 56 · APERÇU · texte numérisé non relu

APERÇU

Sur les corps j sur leurs parties constituantes , et sur la force qui tend à les unir.

On est convenu de donner le nom de corps à tout ce qui est susceptible d'affecter nos sens. Cette dé-

finition nous paraît inexacte , puisque nous éprouvons aussi des sensations qui ne reconnaissent pour cause aucun corps, et qu'il arrive souvent que nos sens ne sont point affecte's par la présence d'un ou de plusieurs corps. En effet, nous éprouvons quelquefois un sentiment de chaleur ou de froid sans que la température atmosphérique change , tandis que le contact de l'air non agité, abstraction faite des changemens de température , ne nous cause aucune impression. Nous pensons donc qu'il est plus exact d'appeler corps tout ce qui obéit aux lois de l'attraction.

Les philosophes grecs avaient donné le nom d'élémens à l'air, au feu, à la terre et à l'eau, qu'ils regardaient comme les principes primitifs ou constituans de tous les autres corps. On a maintenant reconnu que trois de ces prétendus élémens étaient eux-mêmes composés , et cette dénomination n'est plus admise. On s'est contenté de donner celle de substances élémentaires à toutes celles qui se dérobent à l'analyse chimique.

XJ histoire naturelle a divisé tous les corps de Ja nature en deux grandes classes :

Dans la première elle comprend les corps inorganiques ou bruts ;

Dans la seconde, les corps organiques, qui sont eux-mêmes sous-divisés en végétaux et animaux.

La chimie les a tous rangés dans deux autres classes , en prenant pour ligue de démarcation leur poids :

Dans la première elle a compris les corps qui

( 5 ) ne présentent aucun poids et qu'elle a désignés sous le nom d'impondérables;

Dans la seconde , ceux qui sont doués d'un poids spéciiique plus ou moins fort.

Les corps impondérables ne sont connus que par les effets qu'ils produisent.

Les pondérables existent sous les formes solide, liquide ou aériforme; par une soustraction ou une addition de calorique, le plus grand nombre peut passer sous ces trois formes.

Les molécules dernières , ou les plus petites particules qui constituent les corps , ont reçu les noms d'intégrantes et de constituantes.

Les molécules intégrantes sont les particules d'un corps simple ou composé.

Les molécules constituantes sont toujours d'une nature différente.

Supposons , par exemple , que nous ayons le corps A, qui soit composé d'une foule de molécules a , a , a , a , a; et le corps B, formé par les molécules composées chacune deab,ab,ab,ab,a b. Il est clair que les molécules a, a, a, a, du corps A, et celles ab,ab,ab;ab,du corps B , seront des molécules intégrantes, et que les molécules a et b, qui donnent lieu par leur combinaison aux particules du corps B, seront chacune des molécules constituantes des molécules a b. 11 est donc évident que les corps simples n'ont que des molécules intégrantes, et que les composés en ont de constituantes et d'intégrantes.

Les molécules dernières des corps sont régies par deux puissances , dont l'une tend à les séparer

(6) et l'autre à les réunir. La première a reçu le nom répulsion, et doit ses effets au calorique, et même, suivant quelques physiciens, au fluide électrique ) la seconde porte celui d? attraction moléculaire 9 pour la distinguer de X attraction planétaire de Newton, qui a lieu entre les grandes masses, et dont la force est en raison directe de ces mêmes niasses et du carré des distances.

Cette attraction moléculaire se démontre de plusieurs manières, nous nous bornerons aux deux exemples su i van s :

i° Si Ton prend deux disques de glace bien polie, armés chacun d'une virole à laquelle soit adaptée une plaque transversale munie d'un crochet, et qu'on les fasse glisser l'un sur l'autre , en leur faisant subir une certaine pression , leur adhérence deviendra telle qu'on pourra les renverser sans que le disque inférieur se sépare du supérieur, même en y ajoutant un certain nombre de poids.

2° Si l'on plonge deux plans de verre, ou des tubes capillaires, dans des liquides, on les verra de suite s'élever entre ces deux plans ou dans les tubes, bien au-dessus du niveau du vase qui les contient.

L'attraction moléculaire est divisée en cohésion et en affinité.

De la cohésion.

On a long-temps donné le nom d'affinité d'agrégation à cette force qui tend à unir les molécules intégrantes des corps et à conserver cette union. Elle porte maintenant celui de cohésion; et celle

(7 ) qui a lieu entre les molécules constituantes a reçu celui d'affinité.

Le degré de cohésion n'est pas le même dans tous les corps : il est plus fort dans les solides que dans les liquides; il est nul dans les gaz. Il se mesure par la difficulté qu'on éprouve à en séparer les particules; c'est ce qui constitue leur degré de dureté.

La cohésion est un puissant obstacle à l'union des corps; car, si elle est supérieure à l'affinité qu'ils ont l'un pour l'autre, ils ne pourront se combiner qu'autant qu'on l'aura détruite.

Exemple : supposons que les molécules intégrantes du corps A aient une force de cohésion égale à 4> et celles du corps B, à 5, et que, d'un autre côté, celle de leur affinité soit égale à 3; il est démontré qu'ils ne pourront contracter aucune union, à moins que de rompre cette cohésion en les divisant à l'infini par des dissolvans, ou par le calorique, qui , dans ce cas, est lui-même un dissolvant. Offrons- en un exemple.

Le soufre et Y antimoine, le fer, le plomb, etc. , ont chacun une force de cohésion qui s'oppose à leur union; si on la détruit par le calorique, cette union aura lieu de suite.

Un fait digne de remarque, et qui est du plus grand intérêt, c'est que la combinaison des molécules constituantes est d'autant plus facile, que le composé qui doit en résulter est doué d'une plus grande force de cohésion. Ainsi la baryte enlèvera l'acide sulfurique aux sulfates de potasse et de soude, etc. Par la suite nous aurons l'occasion d'en présenter d'autres exemples.

(.8) De l'affinité*

L'affinité, décrite dans les anciens ouvrages de chimie sous le nom ^attraction ou affinité de composition, est, comme nous l'avons déjà dit, cette force qui tend à combiner les molécules de nature différente et à conserver cette union. Elle a lieu le plus souvent entre deux ou trois différentes espèces de molécules, quelquefois entre quatre, et rarement entre cinq. La force d'affinité n'est pas la même dans tous les corps, il en est même qui n'en ont aucune entre eux. L'étude de cette propriété a contribué puissamment aux progrès de la chimie. Elle a été calculée, pour la première fois, par Geoffroy, et successivement par Bergmann , Guy ton-Morv eaux , etc.

Exemple : si la force d'affinité qui unit les corps A B est égale à i , et que le corps C ait pour le corps A une affinité égale à 3, il est évident que si l'on fait agir le corps C sur le composé A B , et qu'il n'ait point une force supérieure de cohésion" à vaincre, il y aura décomposition , et l'on obtiendra un nouveau composé A C , et B sera mis à nu. Le corps A G pourra, à son tour, être décomposé par le corps D, si celui-ci jouit d'une plus forte affinité pour un de ses principes constituans. C'est ce que Bergmann appelle affinités électives.

Mon illustre maître , M. le comte Berthollet , renversa la théorie du chimiste suédois en démontrant , par un grand nombre d'expériences , que l'influence des masses sur l'action chimique des corps pouvait suppléer à la force d'affinité, c'està-dire qu'on pouvait décomposer deux corps unis

, !)) par une forte affinité, par un troisième qui n'en avait qu'une très-faible pour un des deux principes constituans, si on le faisait agir en grande quantité. Les corps peuvent s'unir en toutes proportions, ou en quantités plus ou moins fortes; et, dans ces cas, ils ont une adhérence d'autant plus grande que la proportion de l'un d'eux est plus petite. Prenons pour exemple trois composés qui aient pour principes constituans :

N° i , 2 molécules de A et 2 de B.

N°2,2 de A et 3 de B.

N° 3 , 2 de A et 4 de B.

Si nous cherchons à les séparer, nous éprouverons moins de difficulté à extraire une molécule du composé À B n° 1 , que du n° 2 ,et de celui-ci beaucoup moins encore que du n° 3. Dans ces trois cas, les molécules constituantes du premier corps ont des forces égales; dans le second, elles sont comme 3 est à 2 ; et dans le troisième, comme 4 est à 2 , c'està-dire doubles.

Les corps ont entrVux une affinité d'autant plus forte , qu'ils ne s'unissent que dans des proportions -petites et dans des rapports simples, tandis qu'ils se combineront ensemble dans des proportions très-giandes s'ils n'en ont qu'une très-faible. L'alcool et l'eau, le sulfate de soude, le sucre, et ce dernier liquide, nous en offrent des exemples.

Il est plusieurs circonstances , et même quelques corps, qui peuvent seconder ou s'opposer à l'affinité.

10 Le calorique. Cet agent la favorise en détruisant la iorce de cohésion. Ainsi, lorsqu'on chauffe deux corps solides au point de les rendre liquides, l'é-

( io ) cartement des molécules donne lieu à leur union. Si la dose du calorique est assez forte pour les faire passer à l'état de gaz , alors cet écartement peut se trouver assez fort pour que la combinaison ne puisse point avoir lieu.

2° Le fluide électrique. L'expérience a démontré que les corps électrisés par un même fluide , soit vitreux ou résineux, se repoussaient mutuellement, et qu'ils s'attiraient, au contraire, si un l'était par le fluide vitreux et l'autre par le résineux. Les effets produits par la pile voltaïque sur les composés chimiques ont jeté le plus grand jour sur cette branche intéressante de la chimie- ils ont démontré :

i° Que, quelque forte que soit l'affinité qui unit deux corps, et l'état où ils se trouvent, on parvient constamment à les isoler en lesélectrisant fortement, ou en faisant agir sur eux les pôles opposés d'une forte pile.

1° Que les corps dont les dispositions électriques sont le plus opposées sont ceux qui ont la plus forte affinité.

L'on peut tirer de ces faits la conclusion suivante : qu'il est naturel de penser que l'état électrique des corps joue un grand rôle dans leur combinaison et leur analyse. Berzélius croit même que cet état est la seule puissance chimique.

3° Le poids spécifique. Lorsqu'il diffère sensiblement dans les corps qu'on veut combiner, il devient un obstacle à leur union, s'ils n'ont qu'une faible affinité l'un pour l'autre.

Exemple : l'éther, l'huile, etc. , se séparent de l'eau et viennent occuper la partie supérieure. Si

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