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CHAPITRE PREMIER

De Voxigène et de la combustion.

Histoire de Voxigène. L'oxigène est un corps simple qu'on ne rencontre jamais pur dans la nature, mais combiné avec d'autres corps. Il y existe sous les formes solide, liquide, ou aériforme. C'est sous ce dernier état que nous allons l'étudier.

Le gaz oxigène, inconnu aux anciens , fut entrevu par Bayen, en 1774? en réduisant, sans aucune addition , quelques oxides métalliques. Priestley , frappé des expériences de Bayen , les répéta de diverses manières , et parvint , le premier août de la même année, à découvrir ce gaz, auqiiel

( 74 ) il donna le nom d'air déphlogis tiqué. Presqu'en même temps , Schéele reconnut que les sulfures liquides et le phosphore absorbaient une partie de l'air, et que le résidu était impropre à la combustion. Dès que ces découvertes furent connues, les plus grands chimistes s'empressèrent de s'emparer de ce nouveau corps, auquel ils assignèrent divers noms , tels que ceux d'air éminemment respirable , air vital j air pur, air du feu, air empiréal , principe sorbile ; enfin celui à'oxigène lui fut donné par les auteurs de la nouvelle nomenclature chimique, en raison de la propriété qu'ils lui attribuaient d'être le seul corps propre à acidifier les autres. On lui a conservé ce nom, tout en reconnaissant que cette même propriété lui était commune avec un autre gaz, et qu'elle pouvait être même le résultat de la simple combinaison de quelques combustibles.

Propriétés de Uoxigène. L'oxigène, combiné avec le calorique, est un gaz incolore, inodore et insipide. Son poids spécifique est à celui de l'air :: i,ioî5 est à iooo, et à celui de l'eau :: 1 3, 3929 : 1000. Si on lui fait subir une forte et subite pression, il s'échauffe et dégage de la lumière. On sait que tous les gaz sont susceptibles de s'échauffer lorsqu'on les comprime; mais l'oxigène, l'air et le chlore jouissent seuls, d'après M. Saissy, de la propriété de devenir lumineux» ils la possèdent dans l'ordre suivant : oxigène, chlore, air.

Le calorique le dilate; c'est de tous les gaz celui qui réfracte le moins la lumière. Une propriété bien caractéristique de l'oxigène, c'est de pouvoir

( 75 ) s'unir avec tous les corps simples ? tantôt avec émission de calorique, et tantôt avec émission de calorique et de lumière. Fourcroy le regarde comme la cause de la saveur des corps insipides avec lesquels il se combine. Il est le Seul gaz propre à la respiration. Un oiseau placé dans une cloche pleine de ce fluide élastique y vit plus long-temps que si elle était remplie d'air commun. Après sa mort, le gaz résidu est assez pur pour qu'un autre oiseau puisse y vivre encore quelque temps. C'est à son union avec une classe de combustibles simples qu'est due l'oxidation. Le gaz oxigène est soluble dans l'eau ; la quantité que ce liquide est susceptible d'en dissoudre est d'autant plus forte que sa température est plus basse et sa pression plus forte. Sous celle de 76 centimètres et à + 10 degrés, il en dissout plus de 4 pour cent de son volume.

Extraction. On se procure le gaz oxigène en pulvérisant du peroxide de manganèse, et l'introduisant dans une cornue de grès qu'on porte successivement jusqu'au rouge. A ce degré de température, le gaz oxigène passe par un tube qu'on a adapté à la cornue, et va se rendre sous une cloche pleine d'eau placée sur la machine pneumatique. On doit rejeter les premiers produits, parce qu'ils contiennent toujours de l'air atmosphérique, et quelquefois même de l'acide carbonique, si le peroxide est uni, comme cela arrive souvent, avec quelque carbonate.

On le prépare aussi en introduisant le même peroxide dans une cornue, et y versant par-dessus

( 76 ) de l'acide sulfurique étendu d'eau. Il suffit d'une douce chaleur pour en opérer le dégagement. Il arrive souvent qu'il passe en même temps une substance saline très-blanche qui obstrue le tube et fait manquer l'opération. On peut l'obtenir aussi à l'état de pureté, en chauffant du chlorate de potasse dans une cornue de verre. On reconnaît que le gaz oxigène est très -pur lorsqu'il se combine avec deux fois 6on volume de gaz hydrogène.

Usages. Le gaz oxigène a été employé en médecine dans quelques maladies de poitrine. MM. Beddoës et Watt assurent en avoir obtenu de bons effets en le faisant inspirer à des personnes attaquées d'ulcères invétérés d'une mauvaise nature, dans la lèpre, la paralysie, etc. L'asthme humide est la maladie dans laquelle ses propriétés médicamenteuses ont été le mieux constatées. Sur vingt-deux malades , douze ont été guéris, neuf soulagés T et troi^n'en ont éprouvé ni soulagement ni malaise (i). Le gaz oxigène a été très-vanté dans les phthisies, mais on n'a pas tardé à s'apercevoir de ses mauvais effets. M. Chaptal est bien loin de le regarder comme un spécifique dans cette maladie; « mais il inspire, » dit-il, de la gaîté, contente le malade, et dans » les cas désespérés c'est assurément un remède » précieux , que celui qui répand des fleurs sur » notre tombe, et nous prépare de la manière la » plus douce à franchir ce pas effrayant. »

(0 Bibliothèque britann., toin. VI.

( Ti )

De la combustion.

Nous avons déjà vu que le nom de corps combustibles avait été donné à tous ceux qui étaient susceptibles de se combiner avec l'oxigène: d'après cela, on a donné le nom de combustion à cette combinaison. La combustion ne s'opère jamais sans qu'il y ait une production plus ou moins forte de calorique, et quelquefois de lumière, avec cette différence qu'il peut y avoir émission de calorique sans lumière , et jamais dégagement de lumière sans calorique. Pour bien concevoir ce phénomène, il faut se rappeler ce que nous avons dit à l'article Calorique , que cet agent dilatait tous les corps de la nature en s'unissant avec eux, et que, lorsque ces corps passaient à l'état de gaz, ils étaient pour ainsi dire fondus dans le calorique, et leurs molécules très - écartées par cet agent répulsif. Il est donc clair que, dans la combustion, les molécules du gaz oxigène se rapprochent considérablement pour se combiner avec le combustible, et abandonnent le calorique qui les tenait écartées. Ce calorique, devenu libre, manifeste sa présence par ses effets; de manière qu'en admettant, avec un grand nombre de physiciens-chimistes, que la lumière n'est qu'une modification du calorique , une portion de ce calorique , lorsque la température s'élève de 55o à 600 °, peut deyenir lumière; car ce n'est qu'à cette température que les corps deviennent lumineux. Telle est la théorie admise par le plus grand nombre des chimistes, et à laquelle on a fait des objections puissantes. Il en est une sur-

( 78) tout qui paraît péremptoire; c'est la combustion du carbone dans le gaz oxigène qui donne son volume égal de gaz acide carbonique; de manière que le carbone, en passant à l'état gazeux, absorbe nécessairement beaucoup de calorique qu'il ne peut prendre au gaz oxigène, qui n'est ni liquéfié, ni solidifié. Outre cela , il s'en dégage une si grande quantité, qu'elle opère la fusion de plusieurs corps que la combustion dans l'air ne peut produire. Dans cette combinaison, le rapprochement des molécules du gaz oxigène n'est pas assez fort pour dégager tant de calorique. Il est aussi des corps qui, en se combinant, produisent beaucoup de chaleur, tels que l'acide sulfurique et l'eau, ou l'alcool; d'autres qui produisent du calorique et de la lumière y comme les métaux qui sont brûlés par le chlore; il en est, enfin, qui dégagent de la lumière sans que l'émission de calorique soit trèo- forte, comme dans la combustion lente du phosphore.

M. Berzélius, dans son Essai sur la théorie des proportions chimiques , a émis la théorie suivante. La combustion est, suivant lui, la combinaison des corps avec un dégagement de calorique qui n'appartient pas uniquement à l'oxigène , et qui peut, dans certaines circonstances favorables, avoir lieu dans les combinaisons entre la plupart des corps. Il croit aussi que la lumière et le calorique , qui en sont le produit, ne sont point dus à un changement de densité des corps, ni à un moindre degré de calorique spécifique des nouveaux produits, puisque le calorique spécifique est souvent plus fort que celui des principes constituans des corps brûlés.

Après avoir fixé son attention sur l'action du fluide électrique sur les corps combustibles, il suppose que les corps qui sont près de se combiner montrent des électricités libres, opposées, qui augmentent de force à mesure qu'elles approchent plus de la température à laquelle la combinaison a lieu, jusqu'à ce qu'à l'instant de l'union les électricités disparaissent avec une élévation de température si grande qu'il se produit du feu. Dans l'état actuel de nos connaissances, ajoute-t-il , l'explication la plus probable de la combustion , et de l'ignition qui en est l'effet, est donc que dans toute combinaison chimique il y a neutralisation des électricités opposées , et que cette neutralisation produit le feu de la même manière quelle le produit dans les décharges de la bouteille électrique , de la pile électrique et du tonnerre, sans être accompagnée dans ces derniers phénomènes d'une combinaison chimique» On voit que cette théorie repose sur des hypothèses à la vérité très-ingénieuses. Ce savant a la bonne foi d'en convenir: « J'ai introduit, dit-il, au lieu d'une hypothèse qui ne suffit plus , une autre qui , jusqu'à présent, est conforme à l'expérience acquise , mais qui peut-être sous peu aura le sort de la première, et ne sera plus d'accord avec une expérience plus étendue. »

M. Pelletan ne regarde pas les cas que nous avons cités contre la théorie de la combustion, comme de vrais combustions, mais comme de simples combinaisons.

Nous ne parlerons point de la théorie des combustions humaines^ il paraît que la nature a jeté sur

( So ) ce phénomène un voile épais qu'on n'a pas encore soulevé. Je me bornerai à dire que le docteur Marchand a vu un forgeron atteint d'une semblable combustion qui n'a altéré que la main et la c*uisse. La chaleur du jour était très-forte. Le malade est bien guéri.

Rigoureusement parlant, si l'on appelle oxides les corps simples qui se combinent avec l'oxigène sans éprouver aucune décomposition , et acides ceux qui forment également, par cette union, une classe d'acides particuliers, on devrait réserver ce mot de combustion à l'action de l'oxigène sur les corps composés végétaux ou animaux qu'il détruit complètement, en donnant lieu à des produits nouveaux.

M. Davy a fait des recherches très-curieuses sur la flamme , qui l'ont conduit à la découverte d'un acide qu'il a appelé, avec MM. Faraday et Daniell, acide lampique. Nous regrettons qu'elles soient trop étendues pour être consignées dans cet ouvrage élémentaire.

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