‹ Manuel de chimie médicaleChapitre 9 sur 56 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des corps combustibles simples.

Le nom de corps combustibles simples a été donné à tous ceux qui sont susceptibles de se combiner avec l'oxigène , et d'être jusqu'à présent indécomposés. Par cette union, les corps forment des oxides ou des acides. On a porté leur nombre à cinquante et un, sans y comprendre le radical présumé de l'acide fluoriqûe, auquel M. Ampère a donné le nom de phthore, qui signifie en grec ruiner, détruire , délétère. On les divise en combustibles simples non métalliques et en métaux. Nous allons les examiner successivement dans les deux chapitres suivans.

Combustibles simples non métalliques.

Ces corps sont au nombre de neuf. Trois sont constamment à l'état gazeux : ce sont l'hydrogène , le chlore et l'azote. Par aucun abaissement de température on n'a pu les liquéfier • cependant M. Faraday, de Londres, est parvenu, par une forte pression, à faire passer le chlore à l'état liquide. Les six autres conservent toujours leur état solide à la température ordinaire. On les divise en fusibles et volatils, et en fixes et infusibles. Le phosphore, le

soufre , le sélénium et l'iode appartiennent à la première classe; le bore et le carbone constituent la seconde. A la température ordinaire , aucun de ces neuf corps n'a d'action sur le gaz oxigène. Il est même bien reconnu qu'à une température élevée , l'azote, le chlore et l'iode ne s'unissent point avec lui, tandis que les six autres brûlent dans ce gaz avec dégagement de calorique et de lumière.

De l'hydrogène.

Histoire. Depuis long-temps l'expérience avait démontré qu'il se dégageait des houillères un air, auquel les mineurs donnent le nom de feu grisou, qui s'enflammait et détonnait fortement, aussitôt qu'il était en contact avec un corps en ignition. Boyle , Haies , Boërhaave , Stahl , ont également parlé dans leurs ouvrages d'un gaz qui se produisait dans quelques opérations , et qui joignait à la propriété de s'enflammer celle de détonner. Cavendish est le premier chimiste qui a fait connaître, en 1766, la nature particulière et les propriétés de ce gaz. Il lui donna le nom ai air inflammable. Un des plus grands physiciens de son temps , Pries tley , l'étudia avec soin, et depuis, Sennebier, Volta, et la plupart des chimistes français, en firent l'objet de leurs recherches. Lorsqu'on créa la nouvelle nomenclature chimique , on lui donna le nom de gaz hydrogène, tiré de deux' mots grecs j' engendre Veau. Cette dénomination n'est pas de la dernière exactitude , puisque ce gaz engendre également une classe d'acides ; un alcali , etc.

Propriétés physiques» L'hydrogène pur n'a ni odeur ni saveur. Son poids spécifique est à celui de l'air :: 1,0000 : 0,0688. Il est donc i5 fois plus léger : c'est d'après cette propriété que l'on construit de nos jours les aérostats. On peut même le conserver dans des vases découverts, en plaçant l'ouverture en bas; si on la tient au contraire en haut, il s'élève dans l'air en raison de sa légèreté. On produira le même effet si l'on place deux éprouvettes l'une sur l'autre 5 l'une, plus petite, pleine de gaz hydrogène, et l'autre remplie d'air; ce gaz s'élèvera toujours dans l'éprouvette supérieure.

Malgré que l'hydrogène soit très-inflammable , il éteint cependant les corps enflammés. Si Ton plonge dans un vase plein de ce gaz une bougie allumée , elle enflamme d'abord la couche supérieure , et s'éteint ensuite. Elle ne se rallume que lorsqu'on l'en retire.

Par aucun degré de froid ni par aucune pression on n'a pu faire perdre au gaz hydrogène sa forme gazeuse. MM. Rerby, Merrick, Lelie et Farey ont reconnu qu'il était très -mauvais conducteur du son.

Propriétés chimiques. Le calorique dilate ce gaz de même qu'une diminution de pression; voilà pourquoi on ne remplit qu'aux trois quarts les aérostats. Sans cette sage précaution, dès qu'ils seraient assez élevés pour que la diminution de pression fût assez forte, le ballon serait déchiré. Aussi, le aéronautes ne manquent pas, lorsqu'ils voient que le gaz est bien raréfié, et que par conséquent la pression atmosphérique diminue, d'ouvrir une

soupape pour en évacuer une partie. Ce fut la cause de la mort de l'infortunée madame Blanchard. Elle avait placé dans sa nacelle un feu d'ar* tifice auquel elle mit le feu. S'étant aperçue, par la grande dilatation du gaz, que le ballon montait rapidement , elle s'empressa d'ouvrir la soupape , afin d'éviter l'explosion. Il en résulta que le ballon , s'éîevant avec une grande rapidité, laissa une traînée de gaz hydrogène qui s'enflamma de suite, et détermina la combustion de l'aérostat.

De tous les corps gazeux, l'hydrogène est celui qui réfracte le plus la lumière à froid. Il peut se mêler avec le gaz oxigène sans contracter aucune union. Pour qu'eWe ait lieu, il faut que la température soit portée à ce qu'on appelle la chaleur rouge. Par sa combustion, il dégage beaucoup plus de calorique qu'aucun des autres corps combustitibles. C'est en raison de cette propriété , qu'en le combinant avec le gaz oxigène, on parvient à donner un tel degré de chaleur, qu'en quelques secondes on fond les corps qu'on expose à leur foyer.

Le gaz hydrogène , en brûlant avec l'oxigène, en absorbe la moitié de son volume; ce qui fait 88,90 d'oxigène en poids, et 1.1,10 d'hydrogène : le résultat est del'eaupure. L'instrument dans lequel on fait cette expérience est connu sous le nom d'endiomètre; nous en parlerons lorsque nous traiterons de l'air.

Avec Voir atmosphérique, il ne contracte pas d'union à froid ; il ne fait que s'y mêler. Mais si on en approche un corps enflammé, ou qu'on y fasse passer l'étincelle électrique, il y a de suite combustion et

(85 ) détonation. C'est cette propriété qui le fait regarder comme un des meilleurs moyens eudiométriques que nous possédions.

Avec le gaz azote, il ne produit qu'un simple mélange, à moins qu'ils ne se trouvent en contact au moment qu'ils se dégagent d'un corps organique en décomposition : ils forment alors de l'ammoniaque.

Le carbone , le chlore , le phosphore , le soufre, le sélénium , Y iode, le potassium , Y arsenic et le tel* lure, etc. peuvent s'unir avec Y hydrogène, et former, par cette union , les composés suivans :

Hydrogène combiné

Avec oxigéne,

forme eau et peroxide d'hydrogène.

chlore ,

acide hydrochlorique.

iode,

acide hydriodique.

soufre ,

acide hydrosulfurique et hydrure

de soufre.

arsenic ,

hydrogène arseniqué et hydrure

d'arsenic.

tellure ,

hydrogèue tellure et hydrure de

tellure.

potassium,

hydrogène potassié et hydrure de

potassium.

cyanogène ,

acide hydrocyanique.

carbone ,

hydrogène proto et percarboné.

azote ,

ammoniaque.

phosphore,

hydrogène proto et perphosphoré.

Etat naturel. L'on n'a encore trouvé le gaz hydrogène qu'en combinaison avec d'autres corps, et surtout avec l'oxigène , l'azote , le carbone et Je soufre.

Avec le premier gaz, il constitue l'eau ; avec le second, l'ammoniaque; avec le troisième, le gaz inflammable des mines de houille et des marais; avec le quatrième, l'acide hydrosulfurique, qu'on trouve aux environs des volcans, et dans une classe d'eaux minérales ; enfin, il existe en union compliquée avec tous ces corps dans les végétaux et les animaux.

Préparation. On se procure le gaz hydrogène par la décomposition de l'eau, qu'on opère en mettant de la limaille de fer, ou du zinc en grenaille, dans un flacon à deux tubulures. On y verse ensuite une suffisante quantité d'eau , après quoi on y introduit par un tube de l'acide sulfurique. Il se produit aussitôt une vive effervescence, et il passe, sous la cloche qu'on a placée sur la planchette de la machine pneumato-chimique , du gaz hydrogène. On rejette les premières portions , parce qu'elles sont mêlées avec l'air atmosphérique des appareils. En cet état, ce gaz n'est pas pur; il tient en dissolution une substance huileusequi lui communiqueune légère odeur. MM.Berzélius et Dulong ont proposé de le mettre en contact avec la potasse caustique, pour le purifier.

Usage. Le gaz hydrogène est employé dans nos laboratoires pour l'analyse de l'air et la recomposition de l'eau; pour diverses expériences de physique, comme le pistolet de Vol ta; pour produire une grande chaleur, et pour les aérostats. On lui a attribué mal à propos des effets délétères. Schéelel'a respiré souvent sans en éprouver aucun danger. Depuis , d'autres chimistes ont répété cette expérience avec le même succès. Si les animaux qu'on plonge dans son atmosphère y périssent, ce n'est que

(87 ) par asphyxie, causée par la privation de l'air. Dans ce cas, le sang des animaux contracte une couleur noirâtre; et Ton observe aussi que leur cœur et leurs muscles ont perdu toute irritabilité. Mêlé à l'air commun ou au gaz oxigène, il peut être respiré sans en éprouver d'autre incommodité qu'une légère pesanteur de tête. Lorsqu'il est respiré pur et pendant long- temps, il produit sur l'organe de la voix un effet singulier. M. Maunoir s'amusait chez M. Paul , à Genève , à respirer du gaz hydrogène pur : après qu'il en eut pris une très-grande dose, il fut étrangement surpris de voir que le son de sa voix était devenu faible, glapissant et même criard. M.Paul ayant répété cette expérience, les effets furent les mêmes. Sans révoquer en doute ces faits, je me bornerai à dire qu'ayant tenté le même essai avec M. Robert, médecin de la cour de Suède, nous n'avons point obtenu les mêmes résultats. Il peutse faire que cette action du gaz hydrogène soit relative à l'idiosyncrasie des sujets, etc.

Du bore,

La découverte du bore ne date que de 1809 7 e^e est due à MM. Gay-Lussac et Thénard. Cette substance n'est pas encore bien connue.

Propriétés. Le bore est sous forme d'une poudre d'un brun verdâtre , n'ayant ni odeur ni saveur. Son poids spécifique n'est pas encore déterminé; on sait seulement qu'il est plus pesant que l'eau.

Préparation. On obtient ce combustible en traitant l'acide borique par le potassium ou le sodium ,

( 88) qui s'emparent de l'oxigène de l'acide , et mettent le bore à nu. Par le prix de ces deux métaux on doit juger de celui du bore.

Usages. Aucun.

Du carbone.

Histoire. On est convenu de donner le nom de carbone à la substance qui fait la base des charbons, lesquels contiennent, en outre, des sels, de l'hydrogène, de l'air atmosphérique , etc. Le carbone constitue en grande partie le squelette végétal. Il se présente ici une grande question : ce combustible en est-il seulement séparé par la combustion , ou est-il un de ses produits? Jusqu'ici aucune expérience bien positive n'a tranché la difficulté ; je n'en excepte pas même la combustion du diamant. La couleur noire du charbon , bien différente de celle du ligneux pur, l'influence du calorique dans l'opération de la carbonisation , semblent indiquer deux substances différentes. Le carbone a été étudié par un grand nombre de chimistes, et notamment par Lavoisier,Tennant, Guy ton-Morveaux , etc.; et malgré cela, je crois qu'il reste encore bien des choses à faire pour en bien connaître la nature.

Newton , d'après le principe qu'il avait admis que le pouvoir réfringent des corps était en raison directe de leur combustibilité, considérant la force de réfraction du diamant, entrevit sa combustibilité. En 1 794 ? l'académie de Florence prêta de nouvelles forces à son opinion , en annonçant la combustion des diamans au foyer d'un miroir ardent. En France,

(89) plusieurs chimistes répétèrent cette expérience , et y ajoutèrent de nouveaux faits, par lesquels ils démontrèrent que cette combustion n'avait lieu que lorsque le diamant était fortement chauffé avec le contact de l'air, tandis que sans ce même contact il ne perdait rien de son poids. C'est à l'illustre et malheureux Lavoisier qu'était réservée la solution de ce problème. Ce grand homme fut plus loin que ses devanciers; il examina le gaz qui se formait pendant la combustion des diamans,dans des vaisseaux clos, et reconnut qu'il était de même nature que celui qui se produit en pareille circonstance par la combustion du carbone; enfin, que ce gaz était de l'acide carbonique. C'est donc à Lavoisier qu'est due la connaissance de la nature du diamant, laquelle est maintenant reconnue par tous les chimistes comme analogue au carbone. « Résultat fort extraordinaire, sans contredit, mais sur lequel il est impossible d'élever le moindre doute : car, soit que l'on combine 72,62 d'oxigène avec 27,38 de charbon pur, ou de diamant, il en résulte ioo parties de gaz acide carbonique. Or le gaz acide carbonique est un corps constamment formé des mêmes élémens et dans les mêmes proportions : donc le diamant n'est que du charbon pur, et ne diffère de celui-ci que par l'arrangement de ses molécules (0. »

Propriétés physiques. Quoique la plupart des propriétés physiques du carbone soient variables, il *n est cependant quelques-unes qui sont constantes. Ainsi, ce combustible pur est toujours sous forme

(0 Thénard , Traite' de Chimie.

solide, inodore et insipide. Sa couleur est noire; sa ' dureté assez faible pour être réduit facilement en poudre. Celui qui se trouve en masses dans le sein de la terre est compacte, plus ou moins dur, luisant et en couches horizontales, n'affectant aucune forme régulière; c'est Y anthracite des naturalistes. Celui qui est cristallisé porte le nom de diamant. En cet état, il est d'une dureté telle qu'il peut rayer tous les corps sans être rayé par aucun.

Le poids spécifique du carbone n'a pu être bien déterminé, parce que ce corps est plus ou moins poreux, et par conséquent d'une densité variable.

Propriétés chimiques. Le carbone a été longtemps regardé comme infusible ; cependant le docteur Silliman vient de faire connaître (0 qu'en exposant du diamant dans une cavité pratiquée dans un morceau de chaux, il avait opéré un commencement de fusion, à l'aide du chalumeau à gaz hydrogène et oxigène, et qu'il en avait été de même de l'anthracite. Le carbone est mauvais conducteur du calorique, quoique bon conducteur du fluide électrique : il est digne de remarque que le diamant ne partage point cette dernière propriété.

Mis en contact avec le gaz oxigène, à une température élevée, il brûle avec flamme et lumière, et donne lieu à du gaz acide carbonique. Si le carbone est plus que suffisant pour absorber l'oxigène, il se produit de l'oxide de carbone; l'un et l'autre à l'état gazeux. Avec l'air atmosphérique il se comporte à peu près également.

[*) Edimb. phil.jourh., juillet i823.

Le carbone est susceptible de s'unir avec quelques combustibles. Les seules combinaisons bien connues sont celles avec l'hydrogène, le soufre, l'azote et le fer. Par cette union, il forme, avec le premier, les gaz hydrogène carboné et percarboné ; avec le second, le carbure de soufre (liqueur de lampadius); avec le troisième , le cyanogène (radical du bleu de Prusse ) ; et avec le quatrième , le carbure de fer et l'acier.

Pouvoir absorbant du charbon, Fontana reconnut le premier que le charbon jouissait de la propriété d'absorber tous les gaz; Morozzo, Noorden et Rouppe constatèrent bientôt les expériences duphysicien italien. M.Théodore de Saussure a depuis fait une nouvelle étude de cette propriété qu'il a trouvé être commune à tous les corps poreux. Suivant lui , cette absorption est en raison directe de l'abaissement de température et'de la pression; elle est relative aussi à la nature du gaz, et à celle du corps absorbant.

Le nombre des pores influe singulièrement sur la force absorbante des charbons.

Ainsi le charbon de buis entier absorbe 7 fois 25 son volume

d'air.

idem en poudre, 4 25

L'absorption est en raison inverse du diamètre de ces pores.

Exemple.

Le charbon de liège , doat

le poids spécifique est 0,1, n'absorbe pas sensiblement

l'air.

Celui de sapin, o,4, absorbe 4 fois 5 son volume.

de buis, o,6 7 5

Houille de Ratisberg, i,3rô 10 5

Lorsque la densité des charbons est trop forte, ce pouvoir absorbant devient nul , parce que les gaz ne peuvent plus pénétrera travers leurs pores. Quant aux diverses quantités de gaz que le charbon de bois peut absorber ? elles ont été ainsi calculées par M. de Saussure 7 en prenant pour point de comparaison une mesure de charbon de buis qui absorbe

go mesures de gaz ammoniaque.

acide hydrochlorique.

acide sulfureux.

acide hydrosuif urique.

protoxide d'azote.

acide carbonique.

hydrogêne percarboné.

oxide de carbone.

gaz oxigéne.

— azote.

hydrogène.

Pendant que cette absorption a lieu, il y a production de calorique. Il suffit d'une température de 100 à i5o degrés pour en dégager les gaz. Mais il est un

(93 ) phénomène particulier qui a lieu par l'absorption de trois de ces gaz.

i° Uoxigène absorbé, même à la température ordinaire , dans l'espace de quelques mois se convertit en acide carbonique.

1° Le protoxide de carbone^ par la chaleur, se dégage en protoxide d * azote , acide carbonique y et azote.

3° Uacide hy dro suif uri que , même à la température ordinaire , et avec le contact de l'air > est converti en eau et en soufre, avec dégagement de calorique. M. Thénard a même vu que , lorsque le charbon était bien saturé de gaz hydrogène sulfuré, si on l'introduisait dans une éprouvette pleine de gaz oxigène, et placée sur la cuve à mercure, au bout de quelques minutes il y avait quelquefois détonation.

Etat naturel. Diamant. C'est le nom que porte le carbone pur qu'on trouve à peu de profondeur dans les royaumes de Golconde et de "Visapour, dans l'Inde et dans le district de Serra-do- Frio, au Brésil. La forme primitive du diamant est l'octaèdre; et sa molécule intégrante, d'après Haùy, le tétraèdre régulier. On en trouve aussi à vingtquatre et quarante-huit faces, affectant une forme sphéroïdale. Le diamant est incolore; on en trouve cependant qui sont coloriés en rose, en bleu, etc. Il réfracte fortement la lumière, et la décompose en brillant des plus vives couleurs.

Charbon. Le charbon se trouve en masse dans le sein de la terre combiné avec une substance huileuse, le sulfure de fer, et d'autres corps étrangers.

( 94) On l'extrait aussi des bois par la combustion, principalement dans les forêts difficiles à exploiter.

Usages. Le diamant est un corps des plus inaltérables et des plus durs ; il est regardé comme un ornement des plus précieux* Il n'est employé dans les arts que pour couper le verre.

Les usages du charbon sont très-multipliés, l'on peut même dire que c'est un des corps qui rendent le plus de services aux arts.

Il est regardé comme un très-bon antiputride, ce qui l'a fait employer avec le plus grand succès pour désinfecter les viandes et empêcher l'eau de se putréfier. En effet, si l'on fait bouillir dans de l'eau où l'on aura mis du charbon concassé, de la viande qui commence à se décomposer , sa mauvaise odeur se dissipera. Il suffira également de filtrer de l'eau trouble et sale à travers une couche de charbon, et de l'exposer pendant vingt-quatre heures à l'air , pour la changer en eau claire et potable. M. Berthollet, en raison de la faculté dont jouit le charbon de prévenir la putréfaction de l'eau, a conseillé de charbonner les tonneaux destinés à conserver l'eau pour les voyages de long cours. Ce procédé est maintenant employé avec le plus grand succès. Le charbon est employé dans les usines pour la réduction des oxides métalliques, pour la fabrication de l'acier, et pour purifier, décolorer et enlever le goût à quelques liquides, particulièrement pour les sirops et le miel. C'est à Lowitz que nous devons les premières expériences qui ont été tentées. Le charbon est maintenant employé, avec le plus grand succès, pour la purification et le blanchiment de quel-

(95) ques substances salines, et notamment pour le raffinage du sucre, la décoloration du vinaigre, etc. Tous les charbons n'ont point la même force décolorante* ceux qu'on extrait des substances animales l'emportent sur ceux qui proviennent des végétaux. M. Payen, qui a fait un grand nombre d'expériences très-curieuses sur les charbons , a démontré :

1° Que le charbon animal a, outre son pouvoir décolorant , la propriété d'enlever la chaux en dissolution dans l'eau et les sirops;

2° Que le pouvoir décolorant des charbons en général, dépend de l'état de division dans lequel ils se trouvent;

3° Que dans les divers charbons, le carbone agit seul sur les matières colorantes, qu'il les précipite en s'unissant avec elles ;

4° Que, dans le raffinage du sucre , son action se porte aussi sur les matières extractives, puisqu'il en favorise singulièrement la cristallisation ;

5° Que l'action décolorante des charbons peut être modifiée au point que les plus inertes deviennent les plus actifs ;

6° Que ni le charbon végétal, ni quelques autres charbons, ne peuvent enlever la chaux à l'eau ni aux sirops.

Cet habile manufacturier vient d'inventer un instrument qu'il appelle décolorimctre , et qu'on a pu voir à l'exposition de 1823, pour apprécier d'une manière exacte le pouvoir décolorant de tous les charbons.

On vient de découvrir dans l'Auvergne un schiste

(96) qui contient environ J£ de carbone, et qui , par la calcination, donne un noir qui jouit de la propriété décolorante , et sur lequel M. Payen et moi avons donné un mémoire à la Société d'Encouragement pour l'industrie nationale, qui se trouve inséré dans le Journal de Pharmacie du mois d'octobre i8s>.3.

La houille est exploitée pour les fourneaux des divers ateliers. On la distille aussi pour obtenir le gaz hydrogène percarboné, qui sert à l'éclairage. Le résidu est un charbon assez léger, qui brûle sans répandre aucune odeur. Il est connu en Angleterre sous le nom de coak.

Le charbon est aussi employé en médecine comme antiputride. On l'a conseillé pour corriger la mauvaise haleine, et comme un fort bon dentifrice. Il est très-propre à hâter la cicatrisation des plaies, et à corriger le mauvais état des ulcères. Dans le midi de la France, lorsqu'on tond les troupeaux, et qu'il arrive qu'on blesse l'animal, on s'empresse de couvrir la blessure avec le charbon en poudre, pour prévenir toute suppuration. Le charbon a été conseillé pour le traitement de la teigne. Depuis quinze ans que j'en fais usage, le succès a toujours répondu à mes espérances. Je l'emploie en pommade faite avec deux parties de saindoux et une de charbon de chêne en poudre très-fine. Je panse soir et matin les croûtes teigneuses avec cette pommade, en les lavant auparavant avec une infusion de quinquina dans le vin, et mettant en usage en même temps un traitement interne convenable.

( 97 ) Du phosphore.

Le hasard est, dit -on, père de presque toutes les découvertes. Les alchimistes ont vainement cherché la pierre philosophale et le remède universel; leurs rêveries sont rentrées dans la nuit éternelle du temps ) mais leurs travaux n'ont pas été perdus pour la chimie. Au lieu du grand œuvre qu'ils cherchaient, ils ont trouvé une foule de corps dont les arts et la médecine se sont enrichis. Le phosphore est de ce nombre. Ce combustible fut ainsi découvert par l'alchimiste Brandt, qui, après en avoir fait un secret , le vendit à KraiTt , auquel Kunkel s'était , dit-on } associé pour cet achat. Trompé par le premier , qui garda le secret pour lui, et sachant seulement qu'on extrayait le phosphore de l'urine, Runkel se livra à un grand nombre de recherches et parvint à le découvrir à son tour, en 1674. Ce ne fut cependant que soixante-trois ans après que cette préparation fut portée en France par un étranger, qui l'exécuta en présence de Hellot, Dufïay, Duumiel et Geoifroy, commissaires nommés par l'Académie royale des Sciences pour y assister. La même année, elle fut publiée dans les Mémoires de éette académie. Peu de temps après Kunkel, Boyle parvint à préparer aussi du phosphore , de manière que ce combustible a porté long temps le nom de phosphore de Runkel, phosphore d'Angleterre (0.

Cx) Ce nom lui vient de ce que Godfried Haakwitz, chiniste de Londres , à qui Boyle communiqua son procédé ,

(98 ) On n'avait encore reconnu l'existence du phosphore que dans les sels de l'urine, lorsqu'en 1774 Gahn et Schéele découvrirent qu'il existait dans les os, à l'état d'acide, combine' avec la chaux et une substance animale. On parvint dès lors à l'obtenir en plus grande quantité et à meilleur marché. Le procédé qu'ils indiquèrent a été, par la suite, perfectionné par MM. Nicolas et Pelletier.

Propriétés physiques. Le phosphore , à l'état de pureté, est solide, demi-transparent, et d'une consistance égale à celle de la cire. Il réfracte beaucoup plus la lumière que sa densité ne semble l'indiquer. Sa saveur est un peu acre et son odeur alliacée; il est lumineux dans l'obscurité. Son poids spécifique est égal à 1770.

Propriétés chimiques. Exposé à l'action du calorique , il fond à 4>. Si on porte sa température de 60 à 70, et qu'on le refroidisse tout-à-coup, il devient noir; par un refroidissement lent il est transparent et incolore. Tous les phosphores ne partagent pas cette propriété ; il faut pour cela qu'ils aient été distillés de 3 jusqu'à 10 fois. On ignore d'où provient un tel phénomène. La distillation du phosphore a lieu à environ 200 degrés; elle exige beaucoup de précautions , et la prudence veut qu'on n'opère que sur des petites quantités à la fois. On l'introduit dans une petite cornue de verre, dont

on fait plonger le col dans un récipient contenant de

en fournit long-temps tous les physiciens de l'Europe. Fourcroy a tracé l'histoire de la découverte du phosphore d'une manière trés-intéressante.

(99) l'eau presque bouillante ; l'on chauffe ensuite peu à peu la cornue ainsi que le col , jusqu'à ce qu'on Tait porté en ébullition; alors il passe dans le récipicnt.

La lumière solaire colore le phosphore en rouge, sans en troubler la transparence , tant dans le vide que dans l'air, dans le gaz azote, ou le gaz hydrogène. Cette remarque est due à M. Vogel. M. Thénard soupçonne que cet effet pourrait bien être du à une petite quantité d'eau que le phosphore retiendrait, et qui , par sa décomposition, donnerait lieu à de l'oxide rouge de phosphore. Avec l'oxigène, à un degré de température au-dessous de 27 degrés, et sous une pression de 76, au bout même de vingtquatre heures, il n'y a pas un atome de gaz absorbé. Si Ton réduit la pression de 5 à 10 centimètres, la température restant la même ou diminuant de quelques degrés, il y aura combustion, production de lumière et de vapeurs blanches, absorption complète de gaz oxigène et formation d'acide phosphorique. C'est à Bellani de Monza que nous devons cette curieuse expérience. Il est encore un autre fait digne de remarque, c'est que si, au lieu de diminuer la pression , on mêle le gaz oxigène avec du gaz azote ou du gaz hydrogène, il se produit le même effet. Cela explique pourquoi le phosphore est lumineux dans l'air. A la température et sous la pression ordinaires, ce combustible se réduit en vapeur dans tous les fluides élastiques qui n'exereent , aucune action sur lui ; alors la force de cohésion se l trouvant vaincue , il devient susceptible de s'unîr avec l'fkigène. Exemple ; si nous plaçons du phos-

( ioo ) pliore sous trois cloches contenant Tune de l'azote, l'autre de l'hydrogène, et la troisième du gaz acide carbonique, et qu'au bout d'une heure nous le retirions, nous nous apercevrons qu'en faisant passer dans chacune du gaz oxigène ou de l'air , il se forme un nuage blanc qui, dans l'obscurité, paraît lumineux.

Le phosphore, fondu et mis en contact avec l'air ou le gaz oxigène , brûle rapidement avec une vive lumière et une chaleur très-intense. Il est susceptible de former avec l'oxigène deux oxides et quatre acides1, qui sont:

l'acide protoxiphosphorique — hypophosphoreux , deuloxiphosphorique — phosphoreux, tritoxiphosphorique — phosphatique , pcroxiphosphoriquc — phosphorique,

que nous examinerons ailleurs.

Ce combustible se combine aussi avec presque toutes les substances métalliques, principalement: avec le soufre, le sélénium, l'iode, l'hydrogène etl le chlore. 11 décompose le sulfate de cuivre, et enn précipite le métal revivifié* il produit le même» effet sur le nitrate d'argent et l'hydrochlorate d'or.

Etat naturel. Le phosphore n'existe point dans la nature à l'état de pureté , mais bien à celui d'à-, cide combiné avec quelques bases salifiables. Avec h chaux, il constitue la charpente osseuse des animaur et une chaîne de montagnes de la province d'Es tramadure en Espagne ; il existe aussi à l'état salii

( ioi ) dans l'urine, dans plusieurs matières animales, et dans quelques substances végétales. MM. Fourcroy et Vauquelin (0 assurent avoir trouvé le phosphore exempt de toute combinaison chimique dans la laite de quelques poissons, et dans une partie de la matière cérébrale et des nerfs de l'homme.

Extraction. On prend de préférence les os de mouton (2) qu'on fait calciner jusqu'à ce qu'ils aient acquis une couleur blanche, ce qui indique que toute la gélatine est brûlée; on les réduit en poudre, et on en forme, avec de l'eau, une bouillie liquide, qu'on délaie peu à peu avec environ 80 parties d'acide sulfurique. Il se produit aussitôt une vive effervescence due au dégagement de l'acide carbonique , partie constituante du carbonate calcaire que contiennent les os. Après un repos de 24 heures, afin de mieux favoriser l'action de l'acide sur le phosphate, on y verse une suffisante quantité d'eau bouillante, et l'on filtre en remettant la liqueur sur le dépôt jusqu'à ce qu'elle passe claire. On ajoute sur le marc de l'eau bouillante jusqu'à ce que la liqueur qui filtre ne soit plus acide. On évapore ces dissolutions réunies en consistance sirupeuse, on en fait une pâte épaisse avec environ un tiers de son poids de charbon en poudre. On

(0 Annales de chimie, tome IV.

(a) M. Boudet a remarqué que les os de mouton, en général

les os minces, moins spongieux, ainsi que ceux des animaux

3 adultes, fournissaient, proportion gardée, une plus grande

t quantité de phosphore. Voyez Essai sur quelques propriétés

du phosphore, page 6.

dessèche bien le tout, et on l'introduit ensuite dans une cornue de grès lutée, à laquelle on donne graduellement un grand coup de feu , et l'on recueille le phosphore dans un récipient de verre ou de cuivre, à moitié plein d'eau, qu'on a bien luté avec la cornue. Dans cette opération l'acide sulfurique décompose,

i° Le carbonate calcaire, qui fait environ les 10 centièmes des os, et qui donne lieu à une effervescence produite par le dégagement de l'acide carbonique, lequel entraîne avec lui un peu d'acide sulfurique, ce qui rend les vapeurs piquantes. Il se produit alors du sulfate calcaire.

20 Une autre partie de l'acide sulfurique se porte sur le phosphate cakaire qu'il convertit en phosphate acide et en sulfate de chaux. Par la filtration on sépare ces sels. Quand la dissolution du phosphate acide est rapprochée en consistance sirupeuse , et qu'on la distille avec le charbon , ce combustible décompose, à une haute température, l'acide phosphorique, s'empare de son oxigène, avec lequel il forme de l'acide carbonique qui se dégage, et le phosphore passe à la distillation. En cel état il n'est pas pur; il contient ordinairement ui peu de charbon , d'oxide de phosphore , et quel quefois même d'acide phosphorique et de soufre si l'on a employé une trop grande quantité d'acid< sulfurique.

Dans cette opération , du moment que la décom position de l'acide phosphorique a lieu, il se d< gage beaucoup d'oxide de carbone et d'hydr< gène carboné , et ce n'est qu'après environ quatre

( io3 ) heures de feu que le phosphore commence à passer. Tant que l'opération dure , il y a dégagement de gaz oxide de carbone et de gaz hydrogène phosphore; lorsqu'il cesse , elle est terminée. Ce travail exige environ un jour. On laisse refroidir l'appareil, et l'on en retire le phosphore qu'on purifie, soit en le redistillant dans une cornue de verre , ou bien en le faisant passer par la pression à travers une peau de chamois neuve et bien lavée , qu'on plonge dans l'eau bouillante. M. Boudet est un des premiers qui ont obtenu ainsi le phosphore sans couleur. On le moule ensuite dans des tubes de verre plongés dans l'eau chaude, d'où on l'extrait quand le tout est bien refroidi. MM. Bajet et Destouches ont publié chacun, dans le Bulletin de Pharmacie , un procédé très - commode pour le mouler en grand et en peu de temps.

Usages. Le phosphore est employé pour faire des bougies et des briquets phosphoriques , pour faire l'analyse de l'air, et pour étudier l'action de quelques substances avec lesquelles on le met en contact.

En médecine, il est regardé comme un puissant excitant , surtout des organes de la génération ; mais son emploi est dangereux, car le plus souvent il cause de grands désordres dans l'économie animale, et même de funestes effets en déterminant une vive inflammation. Les expériences de M. Leroy, sur lui-même, et celles de MM. Chenevix , Pelletier, Alibert, etc. en offrent la preuve évidente. Quoique le phosphore soit très-peu soluble dansl'eau, il paraît que ce liquide en prend une légère

( io4 )

partie, puisqu'elle donne une mort prompte aux gallinacées, comme s'en est convaincu M. Boudet. Les médecins qui en ont fait usage l'ont administré en pilules avec la mie de pain, ou en dissolution dans l'huile , l'alcool ou l'étirer. La plus forte dose est d'un grain par jour.

Du soufre.

Histoire, Le soufre est un des corps dont la connaissance date de la plus haute antiquité; il a été l'objet des recherches des alchimistes, et les chimistes même.s, qui pendant si long-temps s'en sont occupés, n'ont donné sur sa nature que de brillantes hypothèses. C'est en effet sur ce corps qu'un des hommes dont les vastes connaissances firent l'admiration de son siècle, Stahl, établit son ingénieuse théorie du phlogistique , qui fut exclusivement professée dans les écoles, et qui semblait inébranlable dans ses fondemens. Il était réservé à la chimie pneumatique, et au génie des Lavoisier, des Berthollet, des Priestley, des Schéele, etc., de la renverser.

Propriétés physiques. Le soufre , tel qu'on le" trouve dans la nature, est solide, d'une belle couleur jaune particulière, d'une demi-transparence, et affecte ordinairement la forme octaédrique ; son poids spécifique est égal à 2o,33si. Celui qu'on extrait de ses combinaisons avec les substances métalliques, et qui se trouve dans le commerce, a la même couleur, mais il n'offre point les mêmes formes régulières; il est opaque et son poids spéci-

( M>5 ) fique est beaucoup plus foible; Brisson l'a trouvé égal à 19,907. Le soufre se réduit facilement en poudre; il est très-cassant, sans saveur, et légèrement odorant par le frottement, alors il devient en même temps électrique : cette électricité est résineuse. Lorsqu'on l'échauffé dans la main , en le pressant pendant quelque temps, il craque et se rompt quelquefois. Il est considéré aussi comme un mauvais conducteur électrique } son pouvoir réfringent est considérable.

Propriétés chimiques. Ce combustible se fond de 107 à 109 degrés. Lorsqu'on le laisse refroidir lentement, si on perce la croûte qui paraît à la surface, aussitôt qu'elle est formée, et qu'on évacue par ce trou le soufre qui est encore liquide, on obtient une belle cristallisation en aiguilles allongées, se rapprochant tantôt du prisme , tantôt de l'octaèdre. Si on le laisse au contraire entièrement refroidir, on l'obtient en masse. Quand on le tient quelque temps en fusion, il prend une couleur rougeàtre, et reste long- temps mou, quoique plongé dans l'eau froide. On avait regardé cette propriété comme une oxidation, mais l'expérience a démontré qu'il reprenait, avec le temps, sa couleur, sa dureté et ses propriétés. Le soufre se réduit également en vapeur, dont on a tiré parti de nos jours pour pratiquer quelques fumigations.

Uoxigène n'exerce aucune action à froid sur le soufre; à i5o degrés, il y a combustion et production d'acide sulfureux. Il en est de même avec l'air à l'exception que cette combustion est moins vive. En s'unissant avec l'oxigène, le soufre peut former

( io6 ) quatre acides qui contiennent des proportions diverses d'oxigène; ce sont les acides

protoxisulfurique — hyposulfureux, deutGxisulfurique — sulfureux, tritoxisulfuriquc — hyposulfurique , peroxisulfurique — sulfurique.

Avec l'hydrogène, il donne lieu à l'acide hydrosulfurique;il s'unit enfin avec le phosphore, le carbone , tous les métaux , et presque tous les corps simples non-métalliques.

Etat naturel. Le soufre existe dans la nature uni à une foule de substances qui en troublent la pureté. On le trouve plus rarement à l'état natif sous forme de très-beaux cristaux octaèdres, ainsi que dans les dépôts formés par quelques eaux sulfureuses. Il existe aussi à l'état de sulfure avec le fer, le plomb , le mercure, l'arsenic, l'antimoine, le cuivre, le zinc, etc. Toutes ces mines sont exploitées. On le rencontre encore à l'état d'acide dans une classe d'eaux minérales et dans un grand nombre de sels formés par l'acide sulfurique. Quelques substances animales et végétales en contiennent également.

Extraction. On extrait le soufre des terres qui environnent les volcans, ou des pyrites martiales et cuivreuses. Pour l'exploitation de ces terres, on place des pots de terre cuite, assez grands , dans lesquels on en opère la distillation; on recouvre ces pots d'un couvercle en terre percé d'une ouverture , à laquelle on place un tube qui conduit le soufre dans un pot percé d'un trou qui laisse couler le soufre

-( io7 ) fondu dans une tinette de bois pleine d'eau. En cet état, il est d'une couleur grise foncée, et est appelé soufre vif. Il contient -1 de substances étrangères dont on le débarrasse par la distillation dans une grande chaudière en fonte. On l'extrait également des pyrites par un procédé distillatoire perfectionné par M. Dartigues.

Usages. On emploie le soufre dans les arts pour prendre les formes des statues et de divers sujets de sculpture qu'on reproduit en plâtre. Il sert à faire des allumettes. C'est en exposant la soie à la vapeur de l'acide sulfureux qu'on parvient à la blanchir. On fabrique les allumettes des briquets, dits physiques , en recouvrant le bout avec une pâte faite avec parties égales de soufre et de chlorate de potasse, et suffisante quantité de gomme. Avec le charbon et le nitrate de potasse, il constitue la poudre à giboyer, ainsi que la poudre fulminante des nouvelles armes à feu, laquelle est composée de

Chlorate de potasse, 100

Nitrate de potasse, 55

Soufre , 33

Lycopode , i 7

Bois de bourdaine râpé et tamisé , 1 7

Il sert enfin pour la fabrication du sulfate de cuivre, pour sceller les fers qui servent à unir et consolider les pierres des édifices, ainsi que pour la fabrication de l'acide sulfurique, et pour prendre diverses empreintes, lorsqu'on l'a ramolli.

En médecine on l'emploie à l'extérieur contre les

( io8) maladies cutanées, soit en vapeur,soit à l'état de pommade avec le saindoux. A. l'intérieur, on l'administre pour pousser à la peau dans les maladies psoriques, ainsi que pour le traitement des maladies chroniques des poumonset des viscères abdominaux. On vient de le préconiser comme un bon préservatif de la rougeole. M. Tourtual ayant observé à Munster , lors de l'hiver de 1817, que cette maladie n'attaquait pas les enfans galeux qui faisaient usage du soufre , soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, en fit l'application à la rougeole en 1822. Chez presque tous les individus, la maladie était précédée, pendant plusieurs jours, d'une toux convulsive; un mélange de fleur de soufre et de sucre, administré trois fois par jour, depuis 11 grains jusqu'à demi-cuillère à café, les préserva de la rougeole. Si cette découverte est confirmée , elle sera précieuse pour la médecine.

Du sélénium.

La découverte du sélénium est due à Berzélius, qui lui a donné ce nom provenant de celui de séléné (lune).

Ce combustible est très-rare. Ce chimiste l'a placé parmi les métaux. Comme il est jusqu'à présent sans usages, nous nous bornerons à dire qu'il est cassant, inodore, insipide et facile à réduire ea poudre; il est très-mauvais conducteur du calorique et du fluide électrique. Son poids spécifique est égal à 4?3o. A une chaleur de 100 à i5o° il entre en fusion , bout à une température un peu plus élevée, et passe à l'état d'une vapeur jaunâtre.

( io9 > Il est susceptible d'entrer en combinaison avec l'oxigène , l'hydrogène , le chlore et les métaux. M. Berzélius n'a encore rencontré le sélénium que dans une espèce de pyrite qui se trouve à Fahlun,et dans un minéral qu'il a appelé eukairite.

Du chlore.

Histoire. Un pharmacien suédois qui , ne possédant dans son modeste laboratoire que quelques fioles à médecine et quelques tubes , fit seul plus de découvertes que tous ses prédécesseurs, Schéeîe enfin, découvrit le chlore en 1774? et lui donna le nom à! acide marin déphlogisliqué. Ce corps important a fixé l'attention du plus grand nombre des chimistes , et sa nature a été long-temps l'objet des recherches d'une foule de savans, parmi lesquels nous nous bornerons h citer MM. Bertholîet, Kirwan , Guyton - Morveaux , Chenevix 7 Davy , Gay-Lussac , Thénard , etc. Jusqu'à ces deux* derniers chimistes, on l'avait regardé comme un composé d'acide hydrochlorique et d'oxigène , ce qui lui avait fait donner, dans la nouvelle nomenclature, ie nom d'acide muriatique oxigéné. Ces deux habiles professeurs tirèrent de leurs expériences cette conséquence importante, que ce corps pouvait être considéré comme un corps simple, et que tous les phénomènes qu'il présentait s'expliquaient trèsbien par cette hypothèse. Quoique M. Davy (0 et la majeure partie des chimistes aient adopté cette

(:) Thénard, loco cilato.

( no ) théorie , elle a trouvé cependant un adversaire redoutable en Berzéiius, qui pense au contraire que l'hydrogène , en agissant sur l'acide muriatique oxigéné, s'unit avec son oxigène, et forme de l'eau de laquelle il conserve une partie nécessaire à son existence, et que cette eau est dégagée par le calorique, quand on chauffe fortement les muriates, qui contiennent alors l'acide muriatique sec. Comme les combinaisons du chlore avec les combustibles sont très-étendues, nous allons ajouter ici une synonymie des noms employés dans ces deux hypothèses. INous adoptons cependant celle de MM. Gay- Lussac et Thénard, comme la plus généralement reçue, et s'accordant le mieux avec les faits.

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