DES TERRES
Le mot ferre a, dit le docteur Thomson, dans
le langage ordinaire, deux significations. On s’en
sert quelquefois pour désigner le globe que nous habitons, et d’autres fois on l'emploie en parlant du moule ou enveloppe terreuse sur laquelle croissent les végétaux. Les chimistes ont examiné cette enveloppe terreuse qui produit la végétation, et . ils ont trouvé qu’elle contient un grand nombre de substances différentes méêlées ensemble sans ordre et sans régularité. Elle est, cependant , ainsi que les pierres ,'qui paraissent former une si grande portion du globe, composée, en majeure partie, d’un petit nombre de corps qui ont beaucoup de leurs propriétés communes : ce sont ces corps que les chimistes classèrent autrefois entre eux sous la dénomination de terres. | On a divisé ces terres, que, depuis, on a bien reconnu être des oxides métalliques, en deux classes, savoir : LES TERRES ALCALINES, €t LES TERRES PRoprrs; les terres de la première classe ont la propriété de verdir les couleurs bleues végétales, et de neutraliser les acides ; celles de la seconde
classe n’ont la faculté de produire ni l'un ni Pautre de ces effets.
Les TERRES ALCALINES sont aunombre de quatre, savoir : LA CHAUX, LA BARYTE, LA STRONTIANE, LA MAGNÉSIE.
Chaux.
On se procure ordinairement la chaux , pour les opérations de chimie, du marbre de l’espèce la plus blanche, ou du spath calcaire, par-une longue exposition de ces corps à une forte chaleur rouge. C’est une substance blanche médiocrement dure, d’une pesanteur spécifique de 2,3. Elle exige, pour sa fusion, un degré intense de chaleur, et l’on n’est point encore parvenu à la volatiliser; sa saveur est caustique, astringente et alcaline; elle est soluble dans 450 parties d’eau, suivant sir Humphry Davy, et, selon d’autres chimistes, dans 760 parties; la-dissolubilité n’est point augmentée par la chaleur. Si l’on arrose d’un peu d’eau seulement de la chaux récemment faite, cette eau est rapidement absorbée avec développement de beaucoup de chaleur et dégagement de vapeur.
Cet effet est ce qui constitue le phénomène appelé extinction de la chaux. La chaleur provient, suivant l’explication qu’en donne le docteur Black, de la consolidation de l’eau liquide dans la chaux, formant un hydrate, ainsi qu’on appelle actuelle- . ment la chaux éteinte : c’est un composé de’ 3,56 : parties de chaux avec 1,125 d’eau, ou à très peu près, dans le rapport de 3 de chaux à 1 d’eau. Cette eau peut en être chassée par une chaleur : rouge. L’eau de chaux est astringente et un peu âcre au goût; elle change en vert les couleurs, bleues végétales, les jaunes en brun, et elle réta-. blit la couleur pourpre ordinaire du tournesol rougi par un acide. Lorsque l’eau de chaux reste : exposée à l'air, elle attire par degrés lacide:
earbonique , devient un carbonate insoluble, et l’eau de chaux n’est plus que de l’eau pure. Si l’on place de l’eau de chaux sous le récipient de la machine pneumatique où se trouve renfermée une soncoupe remplie d’acide sulfurique concentré, l’eau sera par degrés enlevée à la chaux, qui se Er RAR en petits cristaux prismatiques hexaères.
Baryte.
On obtient ordinairement la baryte pure, en calcinant au rouge dans un creuset couvert le nirate de baryte pur. On sé la procure à l’état d’hydrate, en ajoutant de la potasse ou de la soude caustiques à la dissolution du nitrate ou du muriate, et on peut encore l’obtenir légèrement colorée par du charbon en calcinant fortement un mélange de carbonate de baryte et de charbon réduit en poudre fine. La baryte retirée du nitrate décomposé par le feu, est d’un gris blanchâtre; elle est plus caustique que la strontiane, et peutêtre même que la chaux; elle verdit l’infusion de violette, et rougit celle de curcuma. Sa pesanteur spécifique, d’après Fourcroy, est 4. Quand elle est sèche et qu’on l’arrose avec de petites quantités d’eau , elle s’éteint à la manière de la chaux, en développant peut-être un peu plus de chaleur.
Prise à l’intérieur, elle agit comme un poison violent ; elle est dépourvue d’odeur.
L’eau à 10 degrés centigrades dissout un vingtième de son poids de baryte ; et à 100 degrés centigrades , environ la moitié de son poids. À mesure que la dissolution se refroidit , 1l s’y forme des prismes hexagones, terminés à chaque extrémité par des pyramides à quatre faces; ces cristaux sont souvent attachés l’un à l’autre, de manière à imiter les feuilles de fougère ; quelquefois ils se déposent sous forme cubique; ces cristaux
contiennent environ 52 pour 100 d’eau. Ce liquide, dans lequel ils se sont formés, est l’eau de baryte; elle est incolore , âcre et caustique ; elle agit éner-
giquement sur les matières colorantes végétales rouges et jaunes exposées à l'air; elle en attire l'acide carbonique; et la baryte, tenue en dissolution, se convertit en carbonate, qui se précipite sous la forme d’une croûte blanche insoluble. Il paraît, d’après les expériences de Berthollet, que la chaleur seule ne peut pas priver de son eau l'hydrate de baryte cristallisé ; après avoir été exposé à une chaleur rouge, et mis en fusion comme la potasse, il retient encore une portion de ce liquide en combinaison, quantité que Berthollet évalua étre de 1,1253; eau pour 9,7 de baryte. L’hydrate de baryte fondu est un solide d’un gris blanchätre, caustique et très dense; 1l se fond au feu, à une chaleur un peu au-dessous du rouge cerise ; il est fixe au feu, est attire, quoique lentement , l’acide carbonique de l’atmosphère.
Strontiane.
Il y a environ quarante ans qu’un marchand de mivéraux apporta à Edimbourg un fossile provenant de la mine de plomb de Strontian dans l’Argyleshire , qui fut généralement considéré comine étant un carbonate de baryte, Le minéral a été depuis trouvé près de Bristol, én France, en Sicile, et dans la Pensylvanie. Le docteur Crawford fut le premier qui remarqua quelques ® différences entre sa dissolution et celle du carbonate de baryte dans l’acide muriatique, et cette circonstance fit supposer que le minéral consistait dans une terre nouvelle; le docteur Hope, d'Edimbourg , était de la même opinion , et il la confirma par expériences. En 1791, Kirwan, Klaproth, Pelletier et Sulzer furent du même avis, et cette
terre nouvelle, appelée d’abord sérontite par le docteur Hope, recut ensuite de Kirwan le nom de strontiane , du lieu où elle avait été trouvée pour la première fois, et cette dénomination a été depuis généralement adoptée. L’acide carbonique peut être chassé de cette terre par une chaleur de 140 degrés de Wedgewood (1), laissant la strontiane isolée, ou bien en faisant dissoudre le minéral dans l’acide nitrique , et séparant ensuite cet acide par la chaleur. a
La strontiane , dans son état de pureté , est d’un blanc grisâtre ; sa saveur est piquante et âcre; et lors qu'on la pulvérise dans un mortier, la poussière qui s’en élève cause de l’irritation aux narines et aux poumons; sa pesanteur spécifique se rapproche de celle de la baryte. Elle exige audelà de 160 parties d’eau, à la température de 16 degrés centigrades pour se dissoudre; mais elle se dissout dans une proportion beaucoup moindre d’eau bouillante. Par le refroidissement de cette dissolution , elle ciistallise en lames minces quadrangulaires , transparentes, qui sont généraiement des parallélogramimnes, d’une dimension excédant à peine 6 miilimètres de long, et souvent adhérant ensemble ; les bords sont le plus fréquemment avec biseau de chaque côté. Quelquefois les cristaux affectent la forme cubique; ils contiennent environ 68 d’eau; ils sont so'ubles dans 51,4 fois leur poids d’eau à la température de 16 degrés centigrades , et dans un peu plus de deux fois
(1) Le zéro du pyr mètre de Wedgewood répond à 580°,56 du thermomètre centigrade.
Chaque degré de variation du pyromètre de Wedgewood répoud à un intervalle de 72 degrés 22 minutes 12 secoudes du thermomètre centigrade; ainsi 140 degrés de Wedgewood = 5*0°,56/ centigrades + 720,22 12
tentigrades |, + 140 —=1 700°,40?.
leur poids d’eau bouillante. Ces cristaux domnent à la flamme de l’alcool brûlant une couleur rouge de sang; la dissolution de strontiane verdit les couleurs bleues végétales.
La strontiane a de très grands rapports dans ses propriétés avec la baryte. Elle diffère de celle-ci principalement , en ce qu’elle est infusible, beaucoup moins soluble, d’une forme différente, plus faible dans ses affinités, et qu’elle n’est pas un poison.
Magneste.
La magnésie n’ayant point encore été trouvée dans la nature à l’état de pureté, on la retire ordinairement du sulfate de magnésie, sel composé de cette terre et d'acide sulfurique, qui existe en abondance dans les eaux de la mer et dans celles de beaucoup de sources. L’eau de la fontaine des environs d'Épsom, en Angleterre, en est particulièrement chargée , ce qui avait fait donner autrefois au sulfate de magnésie le nom de sel d’Epsom. En ajoutant à une dissolution de ce sel dans l'eau la moitié de son poids de potasse, la magnésie en est immédiatement précipitée, à raison de l’affinité plus forte de l’acide sulfurique pour la potasse. On la lave alors dans une suffisante quantité d’eau, et on la fait sécher.
La magnésie ainsi obtenue est une poudre blanche, très douce au toucher, inodore, et sans saveur bien sensible; sa pesanteur spécifique est d'environ 2,3 suivant Kirwen. Elle verdit le sirop: de violettes et l’infusion de chou rouge, et elle rougit la teinture de curcuma; elle est infusible . excepté quand on la soumet au chalumeau hydrooxigène, c’est-à-dire à courant de gaz oxigène et hydrogène. Elle est presque insoluble dans l’eau, mais elle pent absorber une certaine quantité de ce liquide , avec développement de chaleur. Cette
terre , précipitée du sulfate par un alcali caustique, est à l’état d’hydraie, on retenant en combinaison une certaine quantité d’eau, qui cependant s’en sépare à une chaleur rouge. 44
Elle contient environ le quart de son poids d’eau.
La magnésie exposée à l’air en attire très lentement l’acide carbonique. La magnésie ne se fond point à la chaleur la plus forte que nous puissions produire; mais M. Darcet a observé qu’à une très haute température, elle devenait en quelque sorte agglutinée. Lorsqu'après l’avoir formée en tablettes, en la pétrissant avec de l’eau, on l’expose à une chaleur violente, l’eau en est chassée par degrés , la magnésie se contracte dans ses dimensions, et l’on a annoncé qu’elle acquiert en même temps la propriété de luire dans Pobscurité lorsqu’on la frotte sur une plaque de fer chaude.