‹ Manuel de chimie, ou précis élémentaire de cette science dans l'état actuel de nos connaissances (volume 3)Chapitre 34 sur 59 · DES TERRES PROPRES OU TERRES PURES · texte numérisé non relu

DES TERRES PROPRES OU TERRES PURES

Les terres propres ou terres pures se distinguent des terres alcalines en ce qu’elles ne produisent aucune altération dans les couleurs bleues végétales. On range au nombre de ces terres L’ALU- MINE, LA SILIGE, LA GLUCINE, LA ZIRCONE;, L'YTTRIA.

Alumine.

Cette terre fut appelée autrefois argile, ou terre argileuse, mais aujourd’hui qu’on la retire dans son plus grand état de pureté de l’alun, elle à recu le nom d’alumine.

L’alumine native la plus pure se trouve dans les pierres orientales, le saphir êet'le rubisÿ elles consistent presque entièrement dans cetté terre unie à une petite portion de matière colorante.

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Pour obtenir l’alumine pure, on fait dissoudre de l’alun dans vingt fois son poids d’eau, et on y ajoute un peu d’une dissolution de carbonate de soude , afin de séparer le fer qui peut être présent; on ver:e alors la liqueur surnageante dans une certaine’ quantité d'ammoniaique liquide, en ayant: soin de ne pas ajouter plus de dissolution d’alumine qu'il n’en faut pour saturer Pammoniaque; celle-ci se combine avec l’acidesulfurique de l’alun, et la base terreuse est séparée sous la forme d’une masse spongieuse. Îl faut ensuite la jeter sur &n filtre, l’édulcorer par des effusions d’eau successives, et la faire sécher.

L’alumine ainsi préparée est blanche, pulvérulente, douce au toucher. Elle happe à la langue, et forme dans la bouche une pâte douce et. sans gravier ; elle est insipide, inodore, et ne produit aucun changement sur les couleurs végétales ; elle est insoluble dans l’eau , mais elle se mêle avec ce liquide dans toute proportion, et en retenant une portion avec une force considérable; elle est infusible à la plus grande chaleur de nos fourneaux, qui lui font seulement éprouver une diminution de volume, et lui donnent par conséquent de la dureté; au chalumeau à double courant de gaz oxigène et hydrogène, elle se fond en petite quantité. Sa pesanteur spécifique est 2,000 à l’état de pureté, mais par l'ignition elle est augmentée.

Silice.

Si, après avoir calciné dans un creuset d’argent du quartz réduit en poudre avec trois parties de potasse pure, on fait dissoudre dans l’eau le composé fondu; ét si, ajoutant alors à la dissolution une quantité d'acide convenable pour saturer la potasse, on évapore le tout à siccité, on obtiendra une poudre grayeleuse, qui, après qu’elle a été

DE CHIMIE. “He bien lavée dans l’eau chaude et ensuite calcinée, ” laissera la silice à l’état de pureté.

La silice ainsi obtenue est à l’état d’une poudre blanche, dont les parties les plus fines sont rudes et graveleuses au toucher. Sa pesanteur spécifique est de 2,66. Elle n’est fusible que-par le chalumeau à courant de gaz hydrogène et oxigène,.et elle semble être, par expérience , insoluble dans l’eau.

La silice existe presque à l’état de pureté dans le quartz transparent ou cristal de roche; elle forme aussi la principale partie constituante des cailloux. | |

Glucine.

Cétte terre fut découverte en 1798, par M. Vauquelin, d’abord dans l’aigue marine, et ensuite dans l’émeraude: son nom est dérivé de la propriété caractéristique qu’elle a de former avec les acides des sels d’un goût sucré. M. Vauquelin préparait la glucine ainsi qu’il suit : après avoir réduit en

oudre fine dans un mortier de silex, 100 parties de béril ou d’émeraude , on les fait fondre dans un creuset d'argent avec 300 parties de potasse pure. La masse étant fondue dans l’eau, on ajoute de l'acide muriatique qui la dissout. Après avoir alors évaporé la dissolution à siccité, en ayant soin de remuer sur la fin de l'opération , le résidu est mêlé avec une grande quantité d’eau, et l’on filtre la liqueur pour en séparer la silice. Après avoir ensuite précipité la liqueur filtrée par du carbonate de potasse, on lave le précipité, puis on le fait dissoudre dans l'acide sulfurique. En “ajoutant alors à la dissolution une certaine quantité de sulfate de potasse, on évapore la liqueur, et il se produit des cristaux d’alun; lorsqu'il ne s’en forme plus par du sulfate de potasse , et en évaporant, on ajoute une dissolution de carbonate d’ammoniaque en excès; et après avoir bien agité

le mélange, on le laisse reposer pendant quelques heures , jusqu’à ce que la glucine ait été redissoute par l’excès de carbonate d’ammoniaque, et qu'il ne reste que l’alumine au fon:! du vaisseau. En évaporant alors à sicciié la dissolution filtrée, on chasse l’acide du carbonate d’ammoniaque ; en le calcinant légèrement dans un creuset , on obtiendra ainsi quinze à seize pour cent de glucine pure. La glucine ainsi obtenue est une poudre blanche, douce au toucher, légère , insipide , et adhérant à Ja langue; elle ne fait point éprouver de changement aux couleurs bleues végétales. Elle ne se durcit, ne prend de retrait, ni ne s’agglutine par l’action de Îa chaleur ; elle est infusibie, et ne se dissout pas dans l’eau, mais elle forme avec ce liquide une pâte qui a un certain degré de ductilité. Sa pesanteur spécifique est de 2,976.

Zircone.

La zircone n’a encore été trouvée jusqu’à présent que dans le jargon de l’île de Ceylan, ou zircon, et dans l’hyacinthe; on peut l’en obtenir pure de la manière suivante : on fait fondre dans un creuset un mélange du minéral réduit en poudre avec trois fois son poids de potasse; on lave la masse fondue dans de l’eau pure, jusqu’à ce qu’elle en ait séparé toute la potasse. Le résidu de ce lavage est alors dissous autant que possible dans lacide muriatique étendu. On fait bouillir cette dissolution, pour que le peu de silice qu’elle pouvait retenir lPabandonne en se déposant. On la filtre alors, et on en précipite, par un alcali caustique, la zircone à l’état de pureté.

La zircone ainsi préparée est une poudre blanche, sans saveur ni odeur, un peu rude au toucher lorsqu'on la frotie entre les doigts. Elle est insoluble dans l’eau; cependant en la faisant

sécher lentement, elle se rassemble en une masse jaunâtre transparente, semblable à de la gomme arabique qui retient le tiers de son poids d’eau. Elle est infusible au chalumeau ; mais chauffée à un feu violent dans un creuset de charbon , elle acquiert une couleur grise ; dans cet état de fusion imparfaite, elle a quelque chose de l’apparence de la porcelaine. Elle est alors devenue très dure, insoluble dans les acides, et d’une pesanteur spé- ‘ cifique de 4,5.

Yttria.

C’est le nom d’une terre nouvelle, découverte en 1794 par le-professeur Gadolin, dans un minéral noir particulier, trouvé en 1787 par le capitaine Arsténius , dans le canton d’Yterby en Suède.

Le moyen le plus facile pour se procurer cette terre consiste à faire fondre le minéral âvec deux parties de potasse caustique , à laver la masse avec de l’eau bouillante , et à filtrer ensuite la liqneur, qui doit être d’un beau vert. On évapore alors cette liqueur jusqu’à ce qu’il ne s'en précipite plus d’oxide 3 manganèse, sous la forme d’une poudre noire; après quoi le liquide est saturé avec de l'acide nitrique très étendu , qui dissoudra la terre avec beaucoup de chaleur, et laissera la silice et le fer oxidé à un haut degré, non dissous. Après avoir alors mêlé les deux liqueurs, on les évapore à siccité ; en redissolvant ensuite le résidu et en filtrant , on séparera tout ce qu’il a pu laisser de silice et d’oxide de fer. En ajoutant alors quélques gouttes d’une dissolution de carbonate de potasse, on séparera la chaux qui peut être présente, et par une addition faite avec ménagement d’hydro-sulfate de potasse , on précipitera l’oxide de manganèse s’il en est resté ; mais sl l’on en emploie beaucoup trop ; l’yttria sera également précipitée; enfin, on précipite J’yttria par de

240 MANUEL ' l’ammoniaque pure; et après avoir bien lavé le précipité, on le fait sécher.

L’yttria ainsi obtenue est une poudre fine, blanche, sans saveur ni odeur; elle n’altère point les couleurs bleues végétales. Elle pèse beaucoup plus qu'aucune des autres terres, sa pesanteur spécifique étant , suivant Ekeberg, de 4,842.

L’yttria est insoluble dans Peau, qu’elle peut cependant retenir en grande proportion, et même de presque le tiers de son poids, ainsi que Klaproth s’en est assuré. Cette terre est insoluble dans l’eau, et la plupart des acides la dissolvent.

Aux neuf substances terreuses, tant alcalines que terres propres ou pures, décrites ci-devant, M. Berzelius en a ajouté, en 18:6 , une dixième, à laquelle il a donné le nom de THORINE.

On peut obtenir cette terre nouvelle des minéraux qui contiennent le protoxide de cérium et d’yttria, en opérant ainsi qu’il suit : après avoir séparé le fer par le suscinate d'ammoniaque, on précipite le cérium par le sulfate de potasse, par l’ammoniaque caustique ; on précipite alors ensemble la thorine et l’ytiria; on fait dissoudre ce mélange dans l'acide muriatique ; et après avoir fait évaporer la dissolution à siccité, on verse sur le résidu de Peau bouillante, qui se charge de la plus grande partie de l’yttria : on dissout la partie restante du résidu dans les acides muriatique ou nitrique, et on évapore la dissolution jusqu’à ce qu’elle soit deve-, nue neutre aussi exactement que possible. On y verse ensuite de l’eau, qu’on fait bouillir un instant; la thorine se précipite, et la dissolution contient de l'acide libre; en saturant cet acide et en faisant bouillir une seconde fois, il se produit un nouveau précipité de thorine. |

La thorine, séparée par le filtre, a l'apparence d’une masse gélatineuse demi-transparente ; lavée et séchée , elle devient blanche; elle se dissout dans

les acides avec effervescence ; elle conserve, même après avoir été calcinée, la couleur blanche; et lorsqu'elle n’a été soumise qu’à une chaleur modérée , elle continue d’être ainsi aisément soluble dans l'acide muriatique; maisaprès qu'on luia fait éprouver une chaleur violente , il faut qu’elle soit mise en digestion dans l’acide muriatique concentré pour être dissoute. Cette dissolution est jaunâtre ; mais elle devient incolore lorsqu'elle est étendue d’eau. Si la thorine est à l’état de mélange avec lyttria, elle se dissout plus aisément après avoir été chauffée.

Les dissolutions neutres de thorine ont une saveur purement astringente, qui n’est ni sucrée , ni saline, ni amère, ni métallique. Elle diffère, par cette propriété, de toutes les autres terres,

excepté la zircone. | DES ALCALIS.

Le terme AzKaLt est d’origine arabe. Il fut introduit en chimie après avoir été appliqué à une plante qui conserve encore le nom de ali; lorsqu'après avoir brülé cette plante et lavé avec de l’eau la cendre que sa combustion produit, on évapore cette lessive à siccité; le résidu est une substance blanche , qui fut appelée a/kali, mot qui signifie, suivant Albert-le-Grand, qui l’emploie, fœx amoritudinis ; « féces , lie d’amertume. » On peut obtenir l’alkali d’autres substances que de celie appelée ka; les chimistes ont successivement reconnu que des corps qui différaient entre eux dans plusieurs de leurs p: opriétés avaient été confondus ensemble sous la même dénomination d’al-

cali ; elle devint, en consequence, générale , ‘et on applique actuellement à tous les corns qui ont les propriétés suivantes, SaVOIr :

1°, Une saveur caustique;

20, Pouvant être volatilisés par la chaleur ;

3°, Ayant la faculté de se combiner avec les acides et détruire leur acidité ;

4e. D’être solubles dans l’eau, même dans leur état de combinaison avec l’acide carbonique ;

&o. De changer en vert les couleurs bleues végétales. :

Les alcalis sont au nombre de trois, dont deux sont appelés alcalis fixes, et le troisième a/cali volatil; les deux alcalis fixes sont la potasse et la soude ; on les a distingués par cette dénomination, parce qu’ils peuvent supporter, sans éprouver de changement, une chaleur rouge. On a donné le uom d’ammoniaque à V’alcali volatil.

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