DE LA SOUDE
On appelait autrefois cette substance a/cali minéral, parce que sous le nom de #atror, on la trouve native dans des sutures ou croûtes minérales. La substance impure du commerce appelée barille est le résidu de l’incinération du salsola soda. On distingue par le nom de ko/p ou caillotis, le produit en cendres de plantes marines , telles que les algues, les fucus, etc.; cet article de commerce est encore plus impur, comme tenant à peine au-delà de deux ou trois pour cent de soude réelle, tandis que la barille en contient quelquefois jus-
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qu’à vingt. Pour obtenir la soude pure on fait bouillir une dissolution de carbonate de soude pure avec la moitié de son poids de chaux vive; et après que la liqueur a déposé, on la décante claiie, on l’évapore dans un vaisseau de fer décapé ou d’argent, jusqu’à ce que le liquide coule comme de lhuile ; en le recevant alors sur une plaque de fer poli , il y prend l’état concret, sous la forme d’un gâteau blanc, dur, qu’il faut briser aussitôt en morceaux, qu'on renferme étant encore chaud, dans une fiole bien bouchée. Si le carbonate de soude n’est pas parfaitement pur, alors, après l’action de la chaux vive, et la concentration de la lessive qui a lieu de suite , il faut la mettre en digestion avec de l'alcool, qui ne dissoudra que la potasse caustique pure , en laissant les sels hétérogènes. En distillant ensuite l’alcoo! dans un alambic d'argent, l’alcali peut être alors obtenu à Pétat de pureté.
Cette substance solide, blanche , n’est cependant pas de la sonde absolue , mais un hydrate consistant dans environ 100 de soude + 28 d’eau, ou près de 77 + 23 dans 100, Si l’en expose à l'air un morceau de cette soude, il se ramollit et devient pâteux ; mais il ne tombe jamais en déliquescence, en un liquide d'apparence huileuse, comme cela a lieu avec la potasse ; la soude, en effet, devient promptement plus sèche à Pair, parce qu’elle en absorbe l’acide carbonique, ce qui la fait passer à l’état d’un carbonate efflorescent.
Il existe éntre la soude et la potasse une telle analogie , qu’on avait confondu ensemble ces deux espèces d’alcalis , jusqu’à l’époque où Duhamel eut prouvé le premier, en 1756, que la base du sel marin est la soude, et que cetie base diffère de la potasse ; et ses conclusions, à ce sujet , furent confirmées par Margraf en 1798.
Les effets de la chaleur sur la soude sont abso-
lument les mêmes que ceux qu’elle produit sur la potasse; son odeur et sa saveur se rapportent exactement à celle de la potasse ; son action sur les corps des animaux est la même, maïs sa pesanteur spécifique n’est que de 1,336.
DE L'AMMONYAQUE.
L'’ämmoniaque n’existe à l’état de pureté que sous forme gazeuse; on peut l'obtenir aussi de la manière suivante : |
Après avoir mis dans une cornue un mélange de trois parties de chaux vive, et d’une partie de sel ammoniac en poudre, on en fait ahoutir le bec sous une cloche de verre remplie de mercure ét renversée sur ce métal. En exposant ensuite cette cornue à la chaleur d’une lampe, il s’en dégage un gaz qui déplace le mercure et remplit la cloche ; ce gaz est l’ammoniaque. L’ammoniaque, à l’état de gaz, est d’une transparence parfaite, et sans couleur comme l'air. Sa saveur est âcre et caustique comme celle des alcalis fixes, mais beaucoup moins forte; et l’ammoniaque ne corrode point , comme le font les alcalis, les substances animales sur lesquelles on l’applique. L’ammoniaque est remarquable par son odeur piquante, qui cependant n’est pas désagréable, lorsque cet alcali est suffisamment étendu.
Les animaux plongés dans le gaz ammoniac rie
peuvent le respirer, ils y périssent. Lorsqu'on laisse une bougie allumée dans une cloche pleine de ce gaz, elle s’éteint à trois ou quatre reprises successives; mais , chaque fois, la flamme acquiert an volume plus considérable par laddition d’une autre flamme de couleur jaune pâle; et, à la fin, cette flamme descend de la partie supérieure de la cloche vers le fond ; la pesanteur spécifique du. gaz ammoniac est de 0,5go, celle de l'air étant x.
En exposant le gaz ammoniac à un froid de quarante-trois degrés centigrades environ au-dessous de zéro, il se condense en un liquide; mais il reprend sa forme gazeuse à mesure que sa température s'élève au-dessus de ce degré de froid. Lorsqu'on fait passer ce gaz à travers un tube de porcelaine ou de verre rouge de feu, il est totalement converti dansses deux parties constituantes, les gaz hydrogène et azote.
Le gaz ammoniac se combine très promptement avec l’eau. Lorsqu'on met un morceau de glace en contact avec ce gaz, la glace se fond, absorbe l’ammoniaque, et la température s’abaisse ; avec l’eau froide, l’absorption est presque instantanée ; 1l y a dégagement de calorique, et la pesanteur spécifique de l’eau est diminuée. L’ean est capable d’absorher, d’après les essais du docteur Thomson, 780 fois son volume de gaz ammoniac; et par cette absorption l’augmentation du volume du liquide est de 8 à 10; la pesanteur spécifique de la disso- Jution est de 0,900. C’est dans cet état que les chimistes emploient ordinairement l’ammoniaque; et par cette dénomination , on entend presque toujours cette dissolution aqueuse de gaz ammoniac. Lorsqu'on la chauffe à la température d’environ 54 degrés centigrades, l’ammoniaque s’en sépare sous forme de gaz; lorsque cette dissolution est rapidement refroidie, à environ 55 degrés centigrades au-dessous de zéro, l’'ammoniaque se prend en une gelée épaisse, et conserve à peine de l’odeur.
DES ACGIDES.
On comprend, sous cette dénomination, des corps qui forment la classe la plus importante des composés chimiques. D’après la généralité des faits présentés par Lavoisier et les chimistes français ses collaborateurs , il fut établi en doctrine que
les acides résultent de l’union d’une base combustible particulière appelée radical, avec un principe commun , qui fut désigné par le terme technique oxigène, où principe acidifiant. Cette doctrine générale était principalement fondée sur les phénomènes qu’offrirent la formation et la décompo-. sition des acides sulfurique, carbonique, phosphorique et nitrique; phénomènes qu’on crut pouvoir étendre, par une analogie plausible, à d’autres acides dont les radicaux étaient inconnus. Après avoir cité quelques exemples de la conversion de plusieurs substances en acides par leur combinaison avec l’oxigène, conversion que Lavoisier. exprimait par le terme oxigénation, 1 ajoutait : « On voit que l’oxigène est un principe commun à tous les acides , et que c’est lui qui constitue ou produit leur acidité , qu’ils sont ensuite différenciés les uns des autres par la nature de la substance oxigénée ou acidifiée. Il faut donc distinuer avec soin, dans tout acide, la base acidifiable à laquelle M. de Morveau a donné le nom de radical et le principe acidifiant, c’est-à-dire l’oxigène. » Cependant Berthollet trouva, et fut porté à soutenir, que Lavoisier avait donné beaucoup trop de latitude à l’idée qu’il avait émise que l’oxigène est leprincipeacidifiant universel : «En effet, dit-il, c’est reculer trop loin les limites de l’analogie que d’inférer, d’après elle, que toute acidité, celle même des acides muriatique, fluorique et boracique, provient de l’oxigène parce que c’est ce principe qui produit l'acidité d’autres substances. L’hydrogène sulfuré, qui jouit bien réellement des propriétés d’un acide, est une preuve directe que lacidité n’est. pas toujours due à l’éxigène. Il n’y a pas plus de fondement à conclure que l'hydrogène est le principe de l’alcalicité, non seulement dans les alcalis proprement dits, mais aussi dans la magnésie, la chaux, la strontiane et la baryte, parce
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que l’ammoniaque parait devoir son alcalinité à hydrogène. A,
Ces considérations prouvent que loxigène peut être regardé comme le principe d’acidité ie plus ordinaire ; mais cette espèce d’affinité pour les alcalis peut appartenir à des substances qui ne contiennent point d’oxigène, quoique ce soit un motif pour y en soupconner l'existence ; encore moins pourrait-on conclure de ce qu’une substance contient de l’oxigène , qu’elle doit avoir des propriétés acides. »
D’après ces observations sur la nature de lacidité, nous étabüirons, ainsi qu'il suit, les propriétés générales des acides.
le Ces corps ont pour la plupart une saveur aigre , ainsi que leur dénomination l'indique.
2. Ils se combinent généralement avec l’eau en toute proportion. Cette combinaison a lieu avec condensation de volume et dégagement de chaleur.
3. Ils sont, à quelques exceptions près, volatilisés ou décomposés à une chaleur médiocre.
4. 1ls changent ordinairement les couleurs pourpres des végétaux en celle d’un rouge vif.
5. Les acides s'unissent, en proportions définies , avec les alcalis , les terres et les oxides métalliques; et cette union, qui forme la classe importante des sels, peut être considérée comme étant leur propriété caractéristique et indispensable. La force d’énergie des différens acides fut estimée , dans le principe, d’après leur causticité ét leur saveur aigre relatives. Cette force fut, depuis, établie d’après celle d'attraction qu’ils Manifestaient particulièrement pour telle ou telle autre base; et elle fut déterminée ensuite par la quantité de la base que les acides pouvaient res+. pectivement neutraliser. Mais Berthollet proposa de substituer à ce dernier moyen d'indication
de la mesure de la force d’énergie des acides ; celui de la faculté avec laquelle ils exercent leur acidité, en estimant cette faculté, par la quantité de chacun d’eux, reconnue nécessaire pour pro: duire lé même effet, c’est-à-dire pour saturer une quantité donnée du même alcali. C’est donc là capacité de saturation de chaque acide qui, en faisant reconnaître son degré d’acidité, donne, suivant Berthollet, la force comparative d’affinité à laquelle est due cette capacité de saturation: Ce savant en induit que l’affinité des différens 1 acides, pour une base alcaline, est en raison in- : verse de la quantité pondérable de chacun d’eux , nécessaire pour neutraliser une quantité égale de : la même base aicaline. Il s’ensuit donc qu’un acide : sera le plus puissant lorsqu'il pourra, à poids # égal, saturer une plus grande quantité d’un alcali. : Dans cette manière de voir, toute substance ‘ca- | pable de saturer les alcalis, et de faire disparaître ! leurs propriétés , devrait être classée parmi less acides; et de même aussi, on devrait mettre au nombre des alcalis toute substance qui, par son action, peut saturer l'acidité; et la capacité dek saturation étant la mesure de cette propriété , il faudrait la faire servir à former une échelle de lai puissance comparative des alcalis aussi-bien quér de celle des acides.
Quelque plausible que puisse être, à priori, cettés opinion de Berthollet, que moins il faut d’un acide ou d’un alcali pour saturer une quantite connue de son principe antagoniste, plus le rani de cet acide ou alcali serait élevé dans l’échelle dd: la puissance et de l’affinité, elle ne se trouver” cependant pas d'accord avec les phénomènes ch miques. 100 parties d’acide nitrique sont saturéet par environ 36,5 parties de magnésie, et pan 52,5 parties de chaux, d’où il résulterait , d’aprét la règle établie par Berthollet, que ces terrer
devraient être comme la raison inverse de leurs quantités, savoir : 535 et 55. Cependant l’effet très opposé a lieu, car la chaux sépare la magnésie de V’acide nitrique ; et, dans cet exemple, la différence d'effet ne peut être imputée à la différence de force avec laquelle les substances tendent à prendre la forme solide. à Nous n’avons donc à présent ni un seul principe acidifiant ni un caractère absolu indiquant le degré de puissance parmi les acides ; ét il n’est pas besoin de cela, quoique Pobjet soit de grande importance. L’expérience nous fournit l’ordre de décomposition d’un composé acide-alcalin par un autre acide, soit par sa seule action, soit avec l’aide de la température, et c’est tout ce que la chimie pratique semble exiger.
Quant aux différentes classes dans lesquelles on a rangé les acides, nous ferons observer que le principal avantage d’une. classification est de présenter à ceux qui commencent l'étude de la science des vues générales , en groupant ensemble celles des substances qui offrent de l’analogie dans leurs propriétés ou dans leur composition. Il y à lieu d'espérer que le but sera passablement atteint au moyen des divisions et subdivisions suivantes : re Division. Acides de nature inorganique, ou qu'on peut former sans avoir recours aux produits animaux ou végétaux.
, 2e Division. Acides auxquels l’organisation donne naissance. , à Le premier groupe est subdivisé en trois familles, savoir : 1'°, acides formés par loxigène, \E GE acides formés par l'hydrogène ; 3e, acides dépourvus de lun et de l’autre de ces principes considérés comme acidifians.
252 MANUEL Fanizze PREMIÈRE. — Acides formés par l'oxigène. PREMIÈRE SECTION. — /Von métalliques.