DE LA POTASSE
Si, après avoir réduit en cendres une quantité suffisante de bois, on les lessive jusqu’à ce que l’eau qui en sort n’ait plus aucune espèce de saveur, et qu’ensuite on évapore jusqu’à siccité la liqueur du lavage préalablement filtrée, on aura pour résidu de ceite évaporation de la potasse ; dans cet état elle est, à la vérité, mêlée avec plusieurs autres substances qui l’accompagnent ordinairement , mais dont on la débarrassera en majeure partie en la chauffant au rouge. On peut l’obtenir
arfaitement pure de la manière suivante :
Mélez cette potasse, déjà préalablement purifiée, en la chauffant au rouge, avec deux fois son poids de chaux vive et dix fois son poids d’eau pure, faites bouillir ce mélange pendant quelques heures dans un vaisseau de fer propre , ou bien ; abandonnez-le pendant quarante-huit heures dans un vasede verre, en le remuant au besoin; filtrez alors, et faites évaporer très promptement la Hqueur dans un vaisseau d'argent , jusqu’à,ce qu’elle soit assez concentrée pour prendre par le refroidissement la
consistance du miel. Ajoutez-y alors de l’alcool en quantité égale au tiers de la potasse émployée, agitez bien le mélange ; mettez-le sur le feu ; faites bouillir pendant une minute on deux; et alors versez-le dans un vaisseau de verre fermé avec un bouchon de liége. La liqueur se seéparera peu à peu d'elle-même en deux couches. Celle inférieure contient les matières étrangères, en partie dissoutes dans l’eau , et en partie à l’état solide, et la couche supérieure est une dissolution d’un brun rougeâtre , de potasse pure dans l’alcoo!; décantez cette dissolution alcoolique dans une bassine d’argent , et faites-la évaporer, jusqu’à ce qu'il se forme une croûte à sa surface, et que la liqueur au-dessous ait acquis une consistance à devenir solide par le refroidissement. Versez alors la liqueur dans un vase de porcelaine ; elle se solidifiera, en se refroidissant, en une belle substance blanche, qui est la potasse pure; on la brise pour la renfermer aussitôt dans une fiole bouchée bien exactement.
Ce procédé est dû à Berthollet; celui proposé d’abord par Lowitz, de Pétersbourg, est moins dispendieux ; il consiste à faire bouillir ensemble, comme dans le procédé ci-dessus décrit, de la potasse et de la chaux vive. On filtre la liqueur ; on l’évapore jusqu’à ce qu’il se forme une pellicule à sa surface ; on la laisse ensuite refroidir, et on en sépare tous les cristaux qui sy sont formés, et qui sont tous des sels étrangers; on continue alors l’évaporation dans un vaisseau de fer, en enlevant soigneusement avec une écumoire du même métal la pellicule à mesure qu’elle paraît à la sur-. face; lorsqu'il ne s’y en forme plus et que la matière a cessé de bouillir, on la retire du feu, et on la remue continuellement avec une spatule de fer pendant qu’elle refroidit. On la dissout alors dans le double de son poids d’eau ; on filtre
la dissolution et on l’évapore dans un vaisseau de fer, jusqu’à ce qu’on s’apercoive qu’il s’y dépose des cristaux réguliers : si la masse se consolide en se refroidissant, on y ajoute un peu d’eau , et on la chauffe de nouveau ; lorsqu'il y a une quantité suffisante de cristaux formés, on décante la liqueur, devenue d’une couleur très brune, quilessurnagt; on la garde dans une bouteille bien bouchée, jusqu’à ce que la matière brune se soit déposée, qu’on puisse l’évaporer de nouveau, et en obitenir encore des cristaux. Dans les manipulations chimiques, ou la potasse, obtenue par ce dernier procédé, s'appelle potasse traitée à la chaux, ou rendue caustique. Dans le premier procédé de Berthollet, le produit obtenu est de la potasse purifiée à l’alcool.
La potasse, obtenue pure, est une substance cassante de couleur blanche. Son odeur est analogue à celle qui se répand lorsqu'on éteint la chaux vive ; sa saveur est singulièremeut âcre, et elle est si excessivement corrosive, qu’à quelque partie du corps qu’elle soit appliquée, elle la détruit presque instantanément. C’est à raison de cette propriété qu’on l’a appelée caustique; sa pesanteur spécifique est de 1,7085.