‹ Manuel de chimie, ou précis élémentaire de cette science dans l'état actuel de nos connaissancesChapitre 20 sur 69 · partie de la surface B qui est la plus éloignée du · texte numérisé non relu

partie de la surface B qui est la plus éloignée du

corps À, et la première, sur celle qui en est la plus voisine. Ces deux électricités agissent à leur tour sur l'électricité libre de A, et même sur ses deux électricités combinées, dont une partie se décompose par cette réaction, et se sépare, si le corps À est aussi conducteur. Cette nouvelle sé- Paration entraîne une décomposition de l’électricité combinée de B, et ainsi de suite, jusqu’à ce que les quantités de chaque principe deviennent libres, ou que les deux corps arrivent à l'équilibre Par le balancement de toutes les forces attractives et répulsives que leurs électricités exercent mutuellement les unes sur les autres , en vertu de leur nature différente onu semblable.

Si lélectricité qui a été dennée au corps électrisé À est vitrée, et si le corps B est un cylindre, l'extrémité de ce corps la plus voisine de A sera à l'état résineux; celle la plus éloignée, à l’état. vitré, et la partie du milieu sera à l’état neutre.

+ Si, dans cet état de choses, l’on touche l’ex- trémité la plus éloignée avec un troisième conducteur C, également isolé et dans l’état naturel, et qu’on le retire alors, on le trouvera chargé d’électricité vitrée ; ou si l’on touche avec le doigt l’extrémité éloignée du second conducteur, et qu'après l'en avoir retiré, on sépare les premier et second conducteurs isolés à une très grande distance, on trouvera que B a acquis de l'électricité, indépendamment de la présence de A ; si cependant , sans avoir touché B, on les sépare, alors B n’étant plus exposé à l'influence de À, retournerait aussitôt à son état naturel; dans ce cas, les deux électricités décomposées, s’écoulant des extrémités, rétabliraient, en se recombinant, l’équilibre. Si l’électricité de A était vitrée, le contact d’un doigt non électrisé ferait passer B à l’état d'électricité résineuse, en ouvrant, pour parler ainsi, un canal par lequel puisse s’écouler électricité résineuse repoussée. On voit aussi combien cette succession d’actions et de réactions peut augmenter prodigieusement l'intensité d’une électricité originairement très faible. On peut, sur ce principe, communiquer à volonté à un conducteur isolé l’une ou l’autre des électricités d’un corps électrisé, ou source.

Si nous excitons, en le frottant sur la manche de notre habit, un bâton de cire à cacheter, nous rendons cette électricité résineuse susceptible de

roduire ou l’état résineux, ou l’état vitré dans la feuille d’or d’un électroscope. Si nous tenons le bâton à une petite distance au-dessus de la calotte ou couvercle de l’électroscope, les feuilles divergeront aussitôt, et dès que nous le retirerons, elles se joindront. Si nous touchons alors le couvercle

our un instant avec le bâton de cire à cacheter, les feuilles acquerront le même état électrique. Elles continueront de diverger avec électricité résineuse. Rétablissons l’état naturel, en touchant le

couvercle avec le doigt, en tenant de nouveau le bâton de cire à cacheter un peu au-dessus de l’électroscope ; touchons alors un moment son couvercle avec le doigt, et, en le retirant, éloignons en même temps le bâton de cire à cacheter, nous verrons les feuilles continuer à diverger; et en essayant l’espèce d’électricité, nous reconnaîtrons que c’est l'électricité vitrée ; car l’approche du bâton de cire excité fera diminuer la divergence, tandis que celle du verre excité l’augmentera.

Ces attractions et répulsions réciproques, ainsi que ces décompositions du fluide électrique composé, expliquent parfaitement l’action du condensateur d'électricité tel qu’il a été imaginé par OEpinus ou Volta, et perfectionné par Cuthbertson; de l’électrophore, de la bouteille de Leyde, et jusqu'à un certain point, de l’appareil mystérieux de la batterie voltaïque. À ce sujet, toutes nos recherches électriques précédentes peuvent être considérées comme de simples introductions ; car cet appareil constitue la grande chaîne d’union entre l’électricité et la chimie, dérivant probablement de suites non interrompues de décharges impulsives, et tirant par conséquent son merveilleux pouvoir d’analyse chimique des effets réunis d'électricité et d’attraction élective.

IV. De l'électricité voltaïque. — Le célèbre Galvani, professeur de physique à Bologne, qui s’occupait alors d’expériences sur l’excitabilité des organes musculaires par l’électricité, ayant par hasard suspendu au moyen de crochets de cuivre, des grenouilles récemment tuées et écorchées qu’il employait à ces épreuves, aux palissades de fer de son jardin, il obserya dans les pieds et les jambes de ces animaux , certains mouvemens convulsifs. Cet effet, qui ne pouvait s’expliquer par aucun principe connu, ouvrit dès-lors un vaste champ de recherche à la science physique. |

La nature et l’objet de cet ouvrage ne nous per-

mettant pas d'entrer dans des détails historiques, . nous traiterons ici tout à la fois de l'électricité vol. taique dans son état actuel, et de la chimie électrique. Galvani avait attribué les mouvemens musculaires à une suite de décharges d’une électricité parti- culière inhérente et naturelle aux corps vivans, à laquelle on donna pendant quelque temps le nom d'électricité animale, ou qu’on désigna par le terme plus mystérieux de galvanisme. Mais Volta ayant répété les expériences de Galvani, reconnut et prouva que les phénomènes résultaient du contact des deux métaux hétérogènes , le cuivre et le fer, produisant dans Péquilibre électrique un dérangement qui, quoique très faible, pouvait cependant suffire pour affecter le plus sensible de tous les électroscopes, l’irritabilité des organes musculaires d’une grenouille récemment tuée, quoiqu’elle ne püt se manifester à aucun électroscope de construction humaine. Volta confirma pleinement cette belle théorie, que le contact de deux métaux différens, zinc et argent, sous la forme de disques tenus au moyen de manches ou tiges isolantes partant de leur centre, était capable d’affecter le condensateur ordinaire d’électricité.

Cependant Galvani cherchant à défendre lhypotkèse qui attachait son nom à la science, présenta, pour l’appuyer, quelques faits curieux, prouvant qu’on pouvait produire dans les membres de cadavres de grenouilles, des convulsions musculaires entièrement indépendantes de l’action de métaux. Ce fut d’après ces objections que Volta fut amené à la découverte qu’il fit depuis, que des corps hétérogènes, autres que des métaux, pouvaient, par contact, troubler l'équilibre électrique. Il considéra que puisqu’une baguette déliée d’argent et une de zinc se touchant entre elles par l’une de leurs extrémités, et mises par l’autre eu contact avec le nerf et le muscle, ou avec la colonne dorsale et les pieds d’une gre-

nouille morte, étaient capables d’exciter des convulsions énergiques, une répétition sur une surface plus étendue de cette simple suite de deux métaux et d'humidité, pouvait produire un effet combiné se faisant sentir au toucher de la main. En s’attachant avec la persévérance la plus philosophique à suivre cette idée qui lui était propre, 1] parvint à construire avec le plus heureux succès, par une alternation régulière de disques d’argent, de zinc et de drap ou de coton mouillé, établis en forme de colonne, la pile électro-chimique et la batterie devant associer dans les âges futurs le nom de Volta à celui de Galvani. Les arcs métalliques composés de cuivre et de zinc avec lesquels Volta réunissait un circuit de coupes contenant de l’eau salée, pour former ce qu’il appelait sa couronne des tasses, peuvent être considérés comme présentant le même appareil dans un arrangement horizontal au lieu de celui en colonne. M. Cruickshanks substitua avec avantage à la première construction, une auge ou cuve voltaïque, et la seconde a suggéré l’idée de l’arrangement de cellules de porcelaine parallèles formées par des diaphragmes de la même substance, dans lesquelles on établit convenablement une suite de plaques métalliques composées.

Parmi les physiciens qui, après Galvani et Volta, entrèrent dans la lice, il s’en est présenté deux d’une réputation illustrée par leur génie et les succès de leurs recherches : le docteur Wollaston et sir H. Davy. Le premier eut le mérite particulier d'établir et de tracer l’analogie qui existe entre les effets mystérieux du galvanisme et l’électricité ordinaire; et il a depuis inventé un appareil, au moyen duquel cet agent peut exciter une vive ignition dans presque tout circuit microscepique. Quant à sir H. Davy, l’importance de ses découvertes dans l'électricité voltaique et en chimie est

telle, qu’il est difficile de trouver des expressions propres à la mettre dans tout son jour.

… Cest en me guidant d’après les recherches de ces savans , dit le docteur Üre, que je vais essayer de présenter un exposé succinet des phénomènes yYoltaïques.

On peut distinguer, dans la science électro-chimique, six grandes époques : 1°. la première découverte par Galvani; 2°. la découverte par Volta, du contact de métaux hétérogènes dérangeant l’équilibre électrique; 3°. l’invention de la pile par Volta; 4°. la puissance chimique de ce moyen comme agent, observée pour la première fois par MM. Carlisle et Nicholson, dans la décomposition de l’eau ; 5°. l’identité de ces effets chimiques avec ceux qui peuvent être produits par l'électricité ordinaire, découverte d’abord par le docteur Wollaston et démontrée par lui dans son admirable traité, Æxperiments on the chemical production and agency of Electricity; et enfin, par sir H. Davy dans ume suite de Mémoires également remarquables sous le double rapport du génie et de l’adresse. Ce n’est qu'être juste envers ce savant que de faire observer que l’origine et le développement manifestement connu de ses plus brillantes découvertes, datent de l’époque qui suivit immédiatement celle où la construction de la pile de Volta fut annoncée. La lettre du célèbre Volta, dans laquelle il décrit son invention, est datée de Côme, le 20 mars 1800; elle fut publiée dans l’automne de cette année, Philosophical Transactions ; et dans Wicholson’'s Journal, pour septembre de la même année; sir Humphry Davy, alors surintendant de l’Institution pneumatique à Bristol, en donna une communication importante.

M. Carlisle, à qui sir Joseph Banks avait particulièrement donné lecture d’une lettre de Volta, construisit une pile; et, au commencement de mai, il fit, assisté de M. Nicholson, plusieurs

expériences sur la décomposition de l’eau, et ja! coloration en rouge du tournesol par ce moyen; ; mais ces expériences ne furent pas publiées avant: le mois de juillet. M. Nicholson, dans un exposé fait en maître de la découverte de Volta , de celle de M. Carlisle, et de la sienne propre, s’exprime ainsi :

« Nous avions été porté, en raisonnant sur la première apparence d'hydrogène , à nous attendre à une décomposition de l’eau ; mais nous ne fûmes Pas peu surpris de trouver que l'hydrogène se dégageait au contact avec un fil, tandis que l’oxigène se fixait en combinaison avec l’autre fil, à la distance de 5 à 6 centimètres. Ce fait nouveau , qui reste encore à expliquer, semble indiquer quelque loi générale de l’action de l'électricité dans des opérations chimiques. »

« Frappé, dit sir H. Davy, du phénomène curieux remarqué par MM. Nicholson et Carlisle, savoir, la production apparente séparée d’oxigène et d'hydrogène de différens fils ou de différentes parties de l’eau complétant le circuit galvanique, Je dirigeaimes premières recherches sur les moyens de reconnaître si l’oxigène et l'hydrogène ne pourraient pas être séparément produits de quantités d’eau non immédiatement en contact entre elles. ».

Sir H. Davy rend compte alors d'expériences très ingénieuses et décisives dans lesquelles il produisait le dégagement distinct d’oxigène et d'hydrogène, d’eau contenue dans deux verres séparés, lors même que la communication était établie entre eux, au moyen de fibre musculaire morte, à travers son propre corps ou même à travers {rOIS personnes, Il soumit ensuite à l’action de la pile voltaïque , de l’eau dépouillée par l’ébullition de Son oxigène peu intimement combiné, et il obtint ses deux constituans à l’état de pureté.

«Réfléchissant , dit-il, sur cette production séparée d'oxigène et d'hydrogène de quantités dif-

férentes d’eau, et sur les expériences de M. Henry jeune, relativement à l’action de l'électricité gai. yanique sur différens corps composés > je fus porté à supposer que les parties constituantes de corps tels (en les considérant comme immédiatement décomposables par l'influence galvanique) pouvaient être dégagées séparément des fils, et en conséquence obtenues distinctes l’une de l’autre. »

Ayant soumis ensuite une dissolution de potasse à la puissance voltaïque de 100 paires de petites plaques, sans obtenir la décomposition à la-

uelleïl s’attendait, sir H. Davy observe : « Surpris L ces résultats , qui prouvaient qu’il n’y avait pas eu décomposition de potasse, et que, dans cette manière d'opérer, cette substance ne produit d’autre effet que de rendre l’influence galvanique capable de dégager plus rapidement de l’eau l’oxigène et lhydrogène, je me décidai à faire agir cette influence galvanique sur la potasse par voie de communication directe.» Il n’y eut encore que décomposition d’eau , comme il y avait lieu de s’y attendre. Enfin sir Davy décrit la décomposition de l’ammoniaque liquide , ainsi que des acides sulfurique et nitrique, et termine en rectifant une erreur dans laquelle le docteur Henry était tombé relativement à une décomposition supposée de potasse. «Si, dit-il, le rapport entre les quantités d’oxigène et d'hydrogène produites par les différens fils est toujours le même, quelles que soient les substances tenues en dissolution par l’eau avec laquelle ils sont réunis, cet hydrogène naissant deviendra un instrument puissant et exact d’analyse. »

Le docteur Wollaston enduisit le milieu d’un fil d'argent très fin, sur 6 à 8 centimètres, de cire à cacheter; et, en coupant ensuite ce fil par le milieu de la partie enduite de cire > il mit à découvert une section du fil. Les deux extrémités enduites du fil ainsi partagé, ayant été plongées.

dans une dissolution de sulfate de cuivre, furent. placées, dans le circuit électrique, entre les deux! conducteurs d’une machine cylindrique, et l’on fit passer à travers la dissolution, au moyen de ces fils, des étincelles tirées à environ 2,5 millimètres de distance. Après cent tours de la machine, il s'était formé sur la surface du fil qui communiquait avec ce qu'on appelle /e conducteur négatif, un précipité qu’en le brunissant on reconnut être évidemment du cuivre; mais un semblable précipité n’avait pas été produit sur le fil opposé.

En donnant une direction inverse au courant d'électricité , l’ordre des phénomènes fut renversé par suite de ce changement; le cuivre fut promptement redissous à l’aide du pouvoir oxidant de l’électricité positive, et il se forma , comme dans le cas ci-dessus, un précipité de cuivre sur le fil opposé.

Une expérience semblable, faite avec un fil d’or de 0,25 millimètres de diamètre, dans une dissolution de sublimé corrosif, eut la même réussite.

Si un morceau de zinc et un morceau d’argent ont chacun une extrémité plongée dans le même vaisseau contenant de l’acide sulfurique étendu d’une grande quantité d’eau, le zinc est dissous, et fournit du gaz hydrogène par décomposition de l’eau : l’argent, n'étant pas attaqué, n’a aucun pouvoir de décomposer l’eau; mais, toutes les fois qu’on fait toucher le zinc et l'argent, ou que l’on établit une communication métallique quelconque entre eux, il se forme aussi du gaz hydrogène sur la surface de l’argent. Tout autre métal quelconque que le zinc, pouvant, à l’aide de l’acide employé, décomposer l’eau, réussira également si le ‘fil consiste dans un métal sur lequel l'acide n’a pas d’action.

Des expériences analogues à la première, et

également simples, peuvent aussi être faites avec un grand nombre de dissolutions métalliques. Si, par exemple, la dissolution contient du cuivre, il sera précipité par un morceau de fer, et paraîtra sur sa surface. Îl ne se produit aucun effet sur l'argent plongé simplement dans la même dissolution; mais, dès que les métaux sont mis en contact, l'argent recoit un enduit de cuivre.

Dans l’explication de ces expériences, dit le docteur Wollaston, il est nécessaire de faire attention à un fait établi par le moyen de la pile électrique. Il est connu que, de leau étant placée dans un circuit de conducteurs d’électricité, entre les deux extrémités d’une pile, si le pouvoir est suffisant pour oxider l’un des fils de communication , le fil en contact avec l’extrémité opposée fournit du gaz hydrogène. Puisque, dans ce cas, on voit que le dégagement d'hydrogène dépend de l'électricité, il est probable que, dans d’autres cas, l’électricité peut être aussi nécessaire pour sa conversion en gaz. Îl paraîtrait done que, dans la dissolution d’un métal, il y a de Le. tricité développée pendant Paction de l’acide sur ce métal, et que la formation de gaz hydrogène, même dans ce cas, dépend d’un passage d’électricité entre le fluide et le métal.

On voit en outre, dans les expériences avec le zinc, que ce métal a, sans le contact d’aucun auire, le pouvoir de décomposer l’eau; et comme il n’y a pas de raison pour supposer que le contact de l’argent produise aucun pouvoir nouveau, ce métal ne peut servir que comme conducteur d'électricité, et c’est par cette fonction qu’il occasionne la formation de gaz hydrogène. Dans l’expérience avec le fer, le métal à par lui-même le pouvoir de précipiter le cuivre, au moyen, il est à présumer, de l'électricité qui se développe pendant sa dissolution; et ici également l'argent acquiert, comme conducteur de lélectricité, le

pouvoir de précipiter le cuivre à l’état métallique.

L’explication qu’on donne ici, relativement à ces combinaisons voltaïques de simples paires, reçoit une confirmation additionnelle des expé= riences comparatives ci-devant avec l'électricité ordinaire. Elles font voir que le même transport de pouvoir chimique et le même renversement apparent de l’ordre habituel d’affinités chimiques, dans la précipitation du cuivre par l'argent, peuvent être effectués par une machine électrique ordinaire. Il est ainsi prouvé que l’action chimique de l'électricité ordinaire est la même que le pouvoir excité par des moyens chimiques ; mais, depuis, on avait remarqué une différence dans la facilité comparative avec laquelle la pile de Volta décompose l’eau et produit d’autres effets d’oxidation et de désoxidation des corps exposés à son action ; et c’est en cherchant à écarter cette difficulté, que le docteur Wollaston réussit à produire, par l'électricité ordinaire, une imitation très rapprochée de la réalité des phénomènes galvaniques.

On avait pensé que, pour opérer la décomposition de l’eau , il était nécessaire de recourir à l'emploi de machines puissantes et de grandes jarres de Leyde; mais lorsque le docteur Wollaston considéra que la décomposition doit dépendre de la force de la charge d’électricité, convenablement proportionnée à la quantité d’eau, Et que la quantité exposée à son action à la surface

© Communication est en raison de l’étendue de cette surface, il parvint, en la réduisant, à effectuer la décomposition de l’eau avec une machine beaucoup plus petite. À cet effet, il se procura un petit fil d’or fin, qu’il tira en une pointe le plus déliée Possible, et l’introduisit ensuite dans un tube capillaire de verre. Après avoir alors chauffé le tube de manière à le faire adhérer à la pointe et à Ja recouvrir de toute part , il le broya

DE CHIMIE. 127 par degrés, à. commencer par le bas, jusqu’à ve qu'avec une loupe il pût apercevoir la pointe de l’or à découvert,

Le succès de cette méthode surpassant ses espérances , le docteur Wollaston revétit de la même manière plusieurs fils, et il trouva qu’en faisant passer à travers l’eau des étincelles tirées des conducteurs ci-dessus mentionnés, à l’aide d’une pointe ainsi garnie, une étincelle passant à la distance de 32 dix - millimètres, décomposerait Veau , lorsque la pointe exposée n’excéderait pas 15 millionièmes de mètre de diamètre. Avec une autre pointe, dont il estimait le diamètre à 17 millionièmes de mètre, une suite d’étincelles, de 21 cent-millimètres de long , fournissait un courant de petites bulles d’air. Mais, de quelque manière qu’il fit ses essais à ce sujet, il remarqua que dans tous chaque fil donnait l’un et l’autre gaz oxigène et hydrogène, au lieu de la production de ces gaz séparément » ainsi qu’elle a lieu dans la pile électrique.

Le docteur Wollaston est disposé à attribuer cette différence d’effet à ce qu’il est nécessaire d'employer l’électricité ordinaire avec une plus grande intensité ; car, que les électricités positive et négative, ainsi excitées, aient chacune le même pouvoir chimique, commeil a été remarqué qu'elles l'ont ainsi dans la pile électrique, c’est ce qu’on peut reconnaitre par d’autres moyens.

I! a été fait mention, dans la précipitation du cuivre par l’argent, d’un cas de désoxidation par l'électricité négative; on peut aussi démontrer le pouvoir oxidant de l'électricité positive par ses effets sur les couleurs végétales.

Ayant coloré une carte avec une forte infusion de tournesol, il fit passer le long de cette carte un courant d’étincelles électriques, au moyen de deux pointes d’or fin, touchant la carte, à 2 millimètres de distance l’une de l’autre. L'effet , comme dans

d’autres cas, dépendant de la moindre quantité d’eau, était le plus apercevable, la carte étant presque sèche. Dans cet état, il devint suffisant d’un très petit nombre de tours de la machine pour produire au fil positif une couleur rouge très manifeste à l’œil nu. Le fil négatif étant ensuite placé sur la partie colorée en rouge, sa couleur bleue originale fut aussitôt rétablie. Les mêmes effets sont produits dans beaucoup moins de temps par la pile voltaïque.

Le docteur Wollaston conclut que toutes les différences que l’on découvre entre les effets galvaniques et ceux de l’électricité ordinaire, peuvent être dues à ce que la première de ces électricités est moins intense, mais produite en beaucoup plus grande quantité.

En faisant toucher un fil joint à l’extrémité zinc d’une pile voltaique de bo ou 100 paires, à la calotte de laiton de l’électroscope, il fera diverger à l'instant les feuilles d’or avec électricité vitrée. Un fil joint à l’extrémité cuivre, les fera diverger avec l'électricité résineuse; mais un fil du milieu de la pile n’aura aucun effet sur l’électroscope.

Si l’on introduit, des extrémités opposées de la pile, des fils de platine dans la dissolution quelconque d’un sel neutre, consistant dans un acide uni à une substance alcaline terreuse ou métallique ordinaire , l’acide se réunira autour de la surface électrisée vitreusement ou positive ; et l’alcali, la terre ou l’oxide, autour de la surface électrisée résineusement ou négative. Si l’on se sert, Pour contenir la dissolution, de deux vases séparés, réunis par un filament d’asbeste humide, on trouve que l’acide rassemblé dans un vase contenant le fi] électrisé positivement, sera en proportion définie, relativement à la inatière recueillie dans l’autre vase; c'est-à-dire que l’acide formera avec cette malière un composé neutro-salin. Sic’est

de l'acide hydrochlorique étendu d’eau qui agit sur les fils, il se séparera de l'hydrogène à la surface négative, et du chlore à la surface positive.

Les faits qui précèdent , constatés relativement à l’électricité voltaïque, peuvent être considérés comme élémentaires et fondamentaux, en ce qui | concerne cette électricité. Avant de décrire ses effets plus grands et plus compliqués, nous allons présenter ici un exposé des diverses modifications de Pappareil.

Dans la cuve, ou auge originale de Cruickshanks, on assurait le contact parfait de chaque paire de plaques de cuivre et zinc, en soudant ensemble leurs surfaces. Chaque plaque métallique composée, et de forme carrée, était solidement fixée, au moyen d’un ciment, dans des rainures entaillées sur les côtés et le fond d’une caisse oblongue de bois d’acajou , pouvant tenir l’eau. Les interstices entre chaque paire de plaque, ou les cellules qu’elles formaient par leur séparation, étaient remplies avec le liquide excitant, neutrosalin ou acidulé. La difficulté de nettoyer les surfaces des plaques dans cette construction, et l’idée que la quantité d'électricité était proportionnelle à la surface zinc exposée à l’oxidation , portèrent à revenir à l’arrangement ou appareil des fasses à couronnes. Dans cet appareil , les plaques carrées zinc et cuivre dans chaque paire étaient placées parallèlement entre elles à une distance d'environ 12 à 13 millimètres , et soudées ensemble au milieu d’un bord par un arc étroit, rectangulaire, de cuivre. Chaque paire était fixée parallèlement à celle qui la précédait, et à unc distance correspondante à la largeur des cellules dans la cuve ou auge de porcelaine, leurs arcs rectangulaires étant fixés par une vis à une baguette de bois chauffée au four et bien vernie. Dix ou douze paires de plaques, de 9 à 15 centimètres de diamètre chacune, ainsi disposées, peuvent être con-

venablement plongées toutes à la fois dans le liquide excitant, ou en être retirées de même. Par la réunion d’une suite de ces cuves ou auges, on se procurait une batterie très énergique. Plus récemment , le docteur Wollaston a rendu probable que l’influence de l'appareil voitaïque pour faire brüler, est augmentée en placant à l’une et à l’autre des surfaces opposées du zinc, à la distance de 3 à 6 millimètres, une plaque de cuivre. Le pouvoir étonnant d’ignition de ses petites paires de plaques semble au moins justifier cette conclusion.

Pour la solidité de construction et la commodité dans l’emploi, je préfère la caisse ou boîte d’acajou et les paires de plaques soudées de Cruickshanks. On peut enlever aisément des surfaces du zinc, au moyen d’un grattoir ou racloir d’acier de forme convenable , l’oxide qui y est adhérent. Je ne pense pas non plus que cette forme d'appareil soit notablement inférieure, en effet chimique, aux plaques séparées, de même dimension, dans des cellules de porcelaine. Le docteur Hare, de Philadelphie, a dernièrement imaginé une modification ingénieuse à l’appareil de la seule paire, produisant ignition, du docteur Wollaston; et d'après le grand pouvoir d’exciter la chaleur qui résulte de cette modification, ainsi que de sa faible intensité élecirique, le docteur Hare à cru devoir donner au nouvel appareil auquel elle donne lieu, le nom de catorimoteur. Lorsque les pp sont très larges, elles doivent étre éta-

lies sur le plan de la cuve ou auge à porcelaine.

SU ainsi que M. Children construisit sa batterie Bigantesque , le plus magnifique appareil vol- TIQUE Qui ait jamais été vu. Cet appareil consiste dans vingt Paires de plaques de cuivre et zine, chaque plaque ayant 1M,829 de long, sur om,913 de large, Chaque paire est jointe à chaque bout par des James ou rubans de plomb, et est placée dans une

DE CHIMIE. 131 cellule en bois séparée. Ces vingt paires de plaques sont suspendues à une poutre ou solive de bois, faisant les fonctions de fléau de balance, ayant des contre-poids, au moÿen de quoi on peut facilement enlever les paires de plaques de leurs cellules, ou les y laisser descendre. Le pouvoir de cette batterie fut essayé pour la première fois le 2 juillet 1813. Les cellules furent remplies

avec soixante parties d’eau et une partie d’un mélange d’acides nitrique et sulfurique, qui fut par degrés augmenté jusqu’au double de cette quantité d’acide. Des conducteurs de plomb charriaient l'électricité dans un lieu obscur contigu, où se faisaient les expériences. Le pouvoir de la batterie fut prodigieux ; il enflamma et fit brüler un fil épais de platine, sur une longueur de 1,829; mais un fil de platine plus petit ne pouvait être brûlé sur une longueur égale. Cette différence fut ingénieusement attribuée par le docteur Wollaston à l'influence refroïdissante de l’air, agissant plus efficacement sur la masse plus déliée de métal. Du platine, dans des longueurs moindres , était fondu avec grande facilité. De l’iridium fut fondu en un globule, et se faisait aisément reconnaître comme étant un métal cassant. De la mine composée d’iridium et d’osmium, fut également fondue, mais non parfaitement. Du charbon, maintenu à la température d’une chaleur blanche dans des gaz chlore et chlore - carboneux , ne produisait sur eux aucun changement; et cette énorme batterie ne put, par aucun moyen quelconque, opérer d’effet sur le tungstène ni sur l’urane.

Dès le commencement de son illustre carrière électro-chimique, sir H. Davy inventa diverses constructions voltaiques, dans lesquelles il n’em- ‘ployait, ou qu’un seul métal ou aucun corps métallique. Parmi les Nouvelles scientifiques insérées Philosophical querto Journal, mai 1801, on apprend

que ce savant avait formé des piles consistant dans les métaux simples, argent, cuivre, zinc et plomb, et qu’un des arrangemens était une plaques de métal, un morceau de drap trempé dans de:

lacide nitrique étendu, un autre morceau de»

drap trempé dans une dissolution de sulfure de: potasse ; puis une autre plaque du même métal, , et les trois morceaux de drap comme ci-dessus. On ajoute, dans cet article du journal, que si l’on: se sert d’une cuve ou auge avec cellules, la séparation entre l’acide et la dissolution de sulfure de potasse peut être établie au moyen d’une plaque de corne au lieu du morceau de drap imbibé d’eau, les deux liquides, l’acide et la dissolution de sulfure, pouvant être réunis par une lanière de drap mouillé, tendue sur le bord supérieur de la plaque de corne. La communication sera ainsi complétement établie sans donner lieu à aucun mélange, parce que l’eau est plus légère qu'aucun des autres liquides. Il fut publié un exposé complet de ces nouveaux et très curieux arrangemens dans les Philosophical Transactions , pour l’année ci-dessus 1801, et cet exposé est copié, Vicholson’s Journal, dans le numéro de décembre.

L'argent ou le cuivre forme, dans la construction ci-dessus, un appareil électrique qui, avec une suite de cinquante plaques , donnera des commotions. Lorsque la construction est celle d’une pile, le drap imprégné de la dissolution la plus dense devrait être placé le plus au-dessous dans chaque alternation, et la dissolution de sel com Mmun dans le milieu.

Les tables qui suivent contiennent quelques Suites formant des combinaisons électro-voltaiques, arrangées dans l’ordre de leurs pouvoirs ; les substances les plus actives étant nommées les premières dans chaque colonne.

TABLE dressée par sir H. Davy, de quelques arrange mens électriques, formant, par combinaison, des batteries voltaiques composées de deux conducteurs et d'un conducteur imparfait.

Chacune de ces sub- { Dissolution d’acide nitrique. Fer. slances est le pôle — d'acide hydrochlo- Etain, positif relativement à rique.

Plomb. tous les métaux pla- — d'acide sulfurique. Cuivre. cés au-dessous d’elle — de sel ammoniac. Argent. dans la colonne, et le : — de nitre.

Or. pôle négatif à l'égard — d’autres sels neutres Platine. des métaux placés au-

Charbon, | dessus.

TABLE 11. De quelques arrangemens électriques, consistant dans un conducteur, et deux conducteurs imparfaits.

Dissolution de soufre et potasse, | Cuivre. Acide nitrique. ; — de potasse. Argent. Acide sulfurique.f — de soude. Plomb, Acide hydrochlo-k

Etain. rique.

Zinc. Toute dissolution} Autres metaux. contenant un

Charbon. acide.

Les métaux ayant pour l’oxigène l'attraction la plus forte, sont ceux qui forment le pôle positif dans tous les cas où le liquide menstrue agit chimiquement en fournissant l’oxigène; mais lorsque le liquide menstrue cède du soufre aux métaux, le métal qui a la plus forte attraction pour le soufre, dans les mêmes circonstances d’oxidauon , détermine le pôle positif. Si donc, dans une suite de cuivre et fer, introduite dans une cuve ou auge de porcelaine, les cellules sont remplies avec de l’eau ou avec des dissolutions acides, le

fer est positif et le cuivre négatif; mais lorsque les cellules sont remplies avec des dissolutions de soufre et de potasse, le cuivre est positif et le fer négatif.

Dans toutes combinaisons contenant un métal, la surface opposée à l’acide est négative, tandis que celle en contact avec la dissolution d’alcali et soufre , ou d’alcali, est positive.

Tous ceux qui savent apprécier le mérite de recherches philosophiques, doivent considérer. avec admiration cette loi importante, découverte par sir H. Davy. Elle promet de nous faire pénétrer plus avant dans les mystères de l’action électro-chimique , qu'aucun principe général jusqu’à présent établi. Elle présente une autre belle analogie entre l’électricité et la chaleur ; car comme le dégagement de la chaleur est toujours proportionnel à l’intensité de combinaison chimique, de même aussi, dans le cas présent, on voit que l’action chimique plus intense se lie au dégagement d'électricité positive, tandis que cette action plus faible est associée avec l'électricité négative. L’électricité positive, si l’on en juge par l’apparence de sa lumière , est la plus active des deux, et l’on sait que celte électricité provoque les plus intenses combinaisons de corps ; savoir, celkes avec le chiore, l’iode et l’oxigène.

La divergence des feuilles dans l’électroscope à feuilles d’or, et, plus exactement, la séparation de la balle et du disque dans l’électromètre de Coulomb, sont proportionnelles à la force qui re- Pousse, ou à l'intensité de l'agent électrique. Il Sensuit que la répétition ou l’augmentation du nombre dans une suite de plaques voltaïques d’une dimension médiocre , indique la même énergie de répulsion dans les piles composées de ces plaques, . que dans celles formées d’une suite de plaques de beaucoup plus grande dimension. Quant aux conducteurs hnparfaits , tels que le corps humain, ou

les dissolutions neutro-salines, les effets, savoir, la commotion ou le transport des élémens, sont aussi proportionnels à l'intensité électrique ou aux indications électroscopiques. Pour obtenir ces effets il n’est pas nécessaire d’agrandir les plaques au-delà d’une certaine dimension, qui est relative au pouvoir conducteur des substances à travers lesquelles on a à transmettre l’énergie électrique, mais avec d’excellens conducteurs, tels que le charbon et les métaux, c’est la quantité d’électricité, et non son état de condensation qu'il faut considérer. L’intensité est essentielle pour donner le pouvoir de communiquer les polarités électriques à une suite de molécules liquides matérielles, ou pour les forcer à se frayer une route, s’il est possible de s'exprimer ainsi, à travers la structure animale ; mais la même intensité est tout-à-fait superflue relativement aux objets métalliques. Pour opérer des changemens sur ces corps , il s’agit de favoriser le dégagement d’une grande masse de puissance électrique, en faisant usage de plaques d’une surface étendue.

Pour offrir la preuve de la justesse de cette manière de voir, soient deux batteries mises en action par le même liquide excitant , l’une formée de 20 paires de plaques nettes de 25 millimètres, et l’autre de 20 paires de plaques de 25 centimètres. En exposant une petite colonne d’eau dans un tube de verre, d’abord à l’une des batteries, et ensuite à l’autre, ou en réunissant avec les deux mains , d’abord les deux extrémités de une, et ensuite celles de l’autre, on éprouvera que le dégagement de gaz ou la commotion est à peu près égale. Si, pendant que la plus grande batterie est en ac- Uon sur leau ou sur le corps humain, on fait toucher entre eux deux petits cylindres de charbon , joints aux extrémités de la cuve ou auge au moyen de fils métalliques, l'excès électrique suffra pour produire une vive ignition aux points

de contact. On peut substituer une feuille d’argent au charbon, et un effet semblable aura lieu. La petite batterie cependant épuise son énergie sur la colonne d’eau. Etant ainsi employée , elle fera à peine éprouver quelque sensation aux doigts, et elle ne produit aucun effet sur le charbon ou la feuille d'argent. La batterie même de M. Children, qui, après avoir fait brüler de grandes longueurs de fil de platine avec un éclat de blancheur insupportable à l’œil, le fondait en globales, et : qui faisait émettre du charbon une lumière plus éblouissante que le rayon solaire, ne produisait pas plus d’effet sur l’eau ou sur le corps vivant qu’une suite égale de petites plaques.

Comme la batterie de M. Children, composée de 2000 paires d'environ 81 centimètres chaque, établie par souscription d’un petit nombre de protecteurs de la science, qui se sont réunis à l’Insüitution Royale de Londres, est la plus puissante du monde en effet calorifique, e’est encore la plus puissante en intensité électro-chimique qui ait été construite, Sa surface totale est d'environ 83 mètres carrés.

Cette batterie, lorsque les cellules étaient remplies avec 60 parties d'eau mélée avec une partie d'acide nitrique et une partie d’acide sulfurique, fournissait une suite d'effets brillans et causant la plus grande impression. Lorsque deux morceaux de charbon, d’environ 25 millimètres de long et 4 à 5 millimètres de diamètre, étaient placés à une distance de 6.à 8 dix - millimètres l’un de l’autre, 1l se produisait une étincelle brillante, et le charbon était mis à l’état d’igni- Uon au blanc sur plus de la moitié de son vo- Jume ; et en éloignant un peu les pointes l’une de lautre, il s’établissait une décharge continuelle au travers de l'air échauffé dans un espace égal à au moins x décimètre, produisant un arc ascendant de ]lumière des plus brillans,

substance quelconque é arc, elle était à l'instant rendue rouge de feu.

Le platine se fondait dans cet arc comme la cire . dans la flamme d’une bougie ordinaire. Le quartz, le saphtæ; la magnésie, la chaux, tous ces corps entraient er fusion. Des fragmens de diamant et des pointes de charbon et de plombagine dispa- | raissaient promptement, et semblaient s’ÿ évapo- . rer, lors même que la communication était établie dans un récipient de la machine pueumatique vidé d’air; mais il n’y avait pas évidence qu'ils eussent préalablement éprouvé la fusion.

Lorsque la communication entre les pointes positivement et négativement électrisées était établiè dans l'air raréfié dans le récipient de la machine pneumatique, la distance à laquelle la décharge avait lieu augmentait en raison de ce que le vide s’opérait ; et lorsque l'atmosphère, dans le vaisseau, ne supportait plus que 25 millimètres de mercure dans la jauge barométrique, les étincelles traversaient un espace de près de 13 millimètres. En éloignant les pointes l’une de Pautre, la décharge avait lieu à travers une distance de 15 à 18 centimètres, en produisant la plus belle ruscation de lumière pourpre; le charbon devenait d’une ignition intense, et du fil de platine attaché à ce charbon se fondait avec scintillations brillantes , ét tombait en gros globules sur le plateau de la machine. Tous les phénomènes de décomposition chimique se produisaient ainsi avec une très grande rapidité. Lorsque les pointes de charbon étaient rapprochées l’une de l’autre dans des liquides non conducteurs ; tels que des huiles, des éthers, et des composés de chlore, il se manifestait des étincelles brillantes, et il se produisait un dégagement de matière élastique. L’intensité électrique était en effet telle, qu'il y avait production d’étincelles, même dans de bons con-

se

ducteurs imparfaits, tels que les acides nitrique et sulfurique. Û

Lorsque les deux conducteurs , partant des extrémités de la combinaison , étaient mis en communication avec une bouteille de Leyde, l’un avec sa garniture intérieure , l’autre avec sa garniture extérieure, la batterie devenait à l’instant chargée ; et en retirant le fil, et formant les jonctions convenables, on pouvait apercevoir une étincelle ou éprouver une commotion. Il suffisait du moindre temps possible de contact pour renouveler la charge dans toute son intensité,

Les faits généraux de la connexité de jl’augmentation des différens pouvoirs de la batterie électrique avec l'augmentation du nombre et de la surface des suites, sont très distincts ; mais déterminer le rapport exact de la connexité, c’est un problème dont la solution n’est pas facile.

MM. Gaÿ-Lussac et Thenard annonçaient que le pouvoir de décomposition chimique augmente seulement comme la racine cube du nombre de plaques ; mais leurs expériences avaient lieu avec des parties de piles, ce qui, dit sir H. Davy, les rendait très défavorables pour obtenir desrésultats exacts. Dans les divers essais qu’il fit avec beaucoup de soin dans le laboratoire de l’Institution royale, les résultats furent tout-à-fait différens.

Les batteries dont se servait sir H. Davy pour ces expériences , faisaient partie de la grande combinaïison dont il a été ci-devant parlé; elles étaient complétement isolées et chargées d’une manière semblable. Il y faisait aussi emploi d’ares de zinc et d'argent présentant des surfaces égales, arrangés dans des verres égaux, et remplis de la même espèce de liquide ; et il remplissait des tubes ahsolument semblables avec la même dissolution de potasse. Dans ces expériences, 10 paires de plaques produisaient 15 mesures de gaz; et 20 paires en fournissaient dans le même temps 49; dans

DE CHIMIE. 13g d’autres, 10 paires produisaient 5 mesures, 40. paires en donnaient dans le même temps 78. Dans des expériences faites avec des arcs et qui ne paraissaient susceptibles d'aucune objection,

4 paires produisaient 1 mesure de gaz, 12 paires dans le

même temps. :. .. 9 2.

Lorsque 6 produisaient. T 30 produisaient. . . . 24,5.

Or, ces quantités sont à peu près comme les carrés du nombre de paires.

Dans les batteries dont les plaques avaient des aires égales, le pouvoir calorifique était, ainsi qu’il a été dit, comme le nombre de ces plaques. Cependant sir H. Davy trouva que la surface de chaque plaque étant de 6 décimètres carrés,

10 paires mettaient en ignition 5 centimètres environ de fil de platine de 3 dix-millimètres de diamètre.

20 paires produisaient le même effet sur 25 centimètres du même fil.

40 paires, sur 55 centimètres idem.

Les résultats d'expériences sur des nombres plus élevés ne furent pas Satisfaisans ; car 100 paires, chacune de 2 décimètres carrés de surface, mirent à l’état d’ignition 7 centimètres d’un fil de platine de 4 dix-millimètres de diamètre ; et 1000 paires ne produisirent cet effet que sur 3 décimètres seulement. Les charges de l’acide excitant furent semblables dans l’un ét l’autre de ces cas.

Le rapport entre laugmentation de pouvoir calorifique et l’augmentation de surface de plaques est probablement plus grand même que le carré; car 20 paires de plaques, ayant chacune près de 19 décimètres carrés de surface , n’enflammérent pas unseizième autant de fils que 20 paires Coutenant chacune 74 décimètres carrés, l’acide employé étant de la même force dans les deux cas;

mais, mis dans des expériences sur des batteries - d’une grande étendue et d’un pouvoir énergique, il se présente de grandes difficultés pour en assurer lPexactitude.

Dans la grande lecon bakérienne de sir H. Davy, sur les actions de l'électricité, publiée Phil, Trans. pour 1807, et qui lui mérita le prix institué sur ce sujet par Bonaparte, que lui décerna l’Institut national de France, ce savant démontra amplement que les acides, qui sont négativement élec- : triques relativement aux alcalis, aux métaux et aux terres, sont séparés de ces corps dans le circuit voltaïque au pôle positif, et que les alealis, les métaux et les terres sont séparés des acides à la surface négative. Il fit voir en outre que les pouvoirs attractifs de ces surfaces sont tels, que les acides sont transportés à travers des dissolutions alcalines, et les alcalis, à travers des dissolutions acides , aux pôles où ils ont leurs points de repos. Ce phénomène était rendu sensible au moyen de trois coupes d’agate, contenant, l’une du sulfate de potasse, l’autre de l’acide nitrique faible, et la troisième de l’eau distillée. Ces trois coupes, réunies par de l’ashbeste humectée d’eau pure, étaient disposées, dans leur arrangement respectif, de manière que la surface de l'acide était plus basse que celle du liquide dans les deux autres coupes. Lorsqu’on introduisit deux fils de platine, tenant à un appareil voltaïque puissant, dans les deux coupes extrêmes , la dissolution du sulfate de potasse étant électrisée positivement, une décomposition eut leu ; et, au bout d’un certain temps, une portion de potasse fut trouvée dissoute dans la coupe en Contact avec le fil négatif, quoique la liqueur, dans le milieu de la coupe, füt encore sensiblement acide.

Telle est la puissance chimico-analytique d’électricité, que même les composés insolubles ne sont pas capables de résister à son énergie; car,

DE CHIMIE. 141 méme le verre, le sulfate de baryte, lespath fluor, le gypse , le marbre, etc., étant humectés et placés en contact avec les surfaces rendues électriques par un appareil voltaïque, en éprouvent une action sensible ; et la matière alcaline, terreuse ou acide , est lentement transportée aux pôles dans Pordre ordinaire. L’agrégation la plus solide, les corps dont la composition est la plus ferme, sont forcés de céder à ce mode d’attaque. Cette puissance agit lentement; mais les résultats sont certains, et son effet est de résoudre plus tôt ou plus tardivement les corps en formes plus simples de matière.

Jusqu'à l’époque où sir H. Davy eut établi la grande loi de décomposition électro-chimique , que les métaux, les corps inflammabies, les terres et les oxides sont déterminés à se porter à la surface négative ou pôle négatif, et l’oxigène, le chiore, l’iode et les acides au pôle positif, on s'était imaginé que l’eau pure pouvait donner naissance, par le moyen de Pélectricité, à diverses substances , telles que la potasse, la soude et l’acide hydrochlorique. Une investigation rigoureuse des circonstances sous linfluence desquelles ces substances manifestaient leur présence, le porta à découvrir qu’elles étaient toujours fournies par les vaisseaux ou par les impuretés dans l’eau , et cette recherche le mit en état de déterminer les principes généraux de décomposition électrique, et d'appliquer cette puissance à la résolution en leurs élémens de plusieurs espèces de corps dont la nature était inconnue, savoir, les alcalis, les terres, les acides borique et hydrochlorique , etc.

La relation intime entre les changemens électriques et chimiques est évidemment la même dans les phénomènes généraux de la batterie. Les combinaisons voltaiques les plus puissantes sont formées par des substances qui agissent chimiquement et avec le plus d'énergie les unes sur les

autres. Celles de ces substances qui n’éprouvent! pas de changemens chimiques dans ces combinaisons, ne manifestent point de pouvoirs électriques.

C’est ainsi que le zinc, le cuivre et l’acide nitrique forment une batterie puissante ; tandis que

Pargent, l’or et l’eau, corps qui n’ont point d’ac-

tion chimique l’un sur l’autre, ne produisent pas

d’effet sensible dans des suites du même nombre.

Ces circonstances induisirent à croire, dans l’en-

fance de la recherche galvanique, que les phénomènes électriques étaient entièrement les résultats de changemens chimiques; et que de même que la chaleur était produite par action chimique dans des circonstances ordinaires , de même aussi l'électricité résuitait de la chaleur dans d’autres circonstances.

Cette généralisation cependant semble être inexacte. Le zinc et le cuivre, différens métaux et l’acide oxalique, différens métaux et le soufre ou charbon, manifestent des effets électriques après un simple contact, et cela dans des cas où Je plus léger changement chimique ne se fait pas observer. À la vérité si, dans ces expériences, les phénomènes chimiques sont produits par l’action de menstrues, tous les effets électriques cessent aussitôt.

La source d’action de l'appareil voltaïque semble avoir une origine semblable aux causes qui produisent l'accumulation dans la bouteille de Leyde, c’est-à-dire l'influence à distance ou induction électrique, dont il a été amplement traité au commeéncement de cet article ; mais son action continue comme dans l'appareil électromoteur, se lie à la décomposition des menstrues chimiques entre les plaques. Dansla première place, chaque plaque

€, Z1nC est rendue positive, et chaque plaque de cuIvre Neégalive par contact; et toutes les plaques sont arrangées entre elles dans un ordre relatif tel, qu’elles ont leurs électricités exaltées par in-

duction, de manière que chaque arrangement polaire simple rehausse l’électricité de chaque autre arrangement polaire; et il s’ensuit que l’accunulation de pouvoir ou l'intensité doit s’accroître avec le nombre des suites. Lorsque la batterie est réunie dans un circuit, les effets sont démontrés par sa continuelle manifestation d’actions chimiques , et les pouvoirs existent pendant aussi longtemps qu’il ya une menstrue quelconque à décomposer. Mais, lorsque la batterie est isolée , et que -les pôles extrêmes de zinc et de cuivre ne sont pas réunis, on n’aperçoit plus aucun effet quelconqué se produire, aucun changement chimique avoir lieu , et la batterie ne manifeste plus son inflaence qu’en communiquant de très faibles charges à l’électromètre, le zinc qui termine le pôle donnant une charge positive, et le cuivre terminant l’autre pôle une charge négative.

Une belle expérience de sir H. Davy prouve que chaque plaque du métal le plus oxidable dans lappareil est dans le rapport de l’électricité positive, et chaque plaque du métal le moins oxidable dans le rapport de l'électricité négative, tandis que chaque suite jouit d’une polarité semblable et égale. Quarante verges ou baguettes de zinc, de la même dimension, réunies avec quarante fils d’argent exactement semblables, furent introduites , Suivant ordre régulier, dans quarante verres également semblables, remplis avec une dissolution d’hydrochlorate d’ammoniaque rendue légèrement acidulée par de l’acide hydrochiorique. Pendant tout aussi long-temps que les parties extrêmes restaient sans être réunies, il ne se dégageait pas de gaz de l'argent, et le zinc était à peine attaqué. Lorsque les extrémités étaient réunies, les plaques de zinc étaient toutes beaucoup plus rapidement dissoutes , étoil se dégageait du gaz hydrogène de chaque plaque d'argent. Dans une autre expérience où plusieurs «le ces fils, à égales distances, furent introduits

dans de petits tubes de verre, on reconnut qu’il se produisait des quantités égales de gaz hydrogène.

Il n’y a d’autres liquides connus que ceux contenant de l’eau, qui puissent servir de milieu de connexion entre les métaux, ou un métal de l’appareil voltaïique ; et il est probable que le pouvoir de l’eau pour recevoir de doubles polarités, et pour dégager l’oxigène et l’hydrogène, est nécessaire à l’action constante de l’appareil réuni. On peut supposer aussi que des acides ou des corps salins augmentent l’action en fournissant des élémens qui ont des électricités opposées entre elles, lorsqu'elles sont réciproquement excitées. L'action des menstrues chimiques expose continuellement de nouvelles surfaces de métal ; et l’on peut concevoir que l’équilibre électrique a lieu en consé-

uence de ce qu’il est alternativement détruit et rétabli; les changemens s'effectuent dans des portions imperceptibles de temps.

On peut faire voir, par une expérience très simple, de quelle manière les fluides aqueux propagent la polarité électrique. Après avoir coupé des filamens étroits d’étain en feuille en longueurs de près d’un centimètre, placez-les en ligne sur la surface d’une cuve oblongue d’eau. En plongeant dans l’eau, à chaque extrémité, des fils réunis avec les deux extrémités d’une batterie voltaique active, les filamens métalliques acquerront aussitôt de la polarité , leurs pôles positif et négatif deviendront régulièrement opposés l’un à l’autre, le premier déposant de l’oxide, et l’autre dégageant de hydrogène. Ici, l’analogie avec les actions magnétiques est complète.

La relation entre la décomposition des agens chimiques et les énergies de la pileest évidente, d’après. toutes les expériences qui ont été faites à ce sujet. Il n’a point été formé d’objection solide à la théorie, que le contact des métaux détruit l’équilibre électrique, et que les changemens chimiques

‘ DE CHIMIE. 145 le rétablissent, et que, par conséquent, l’action existe aussi long-temps que les décompesitions continuent.

Volta donna le nom d'appareil électromoteur à son admirable invention, en établissant sa théorie de l’action de cet appareil d’après les idées de Franklin sur le fluide électrique , pour lequel certains corps ont des attractions plus fortes que d’autres. Il concevait que, dans sa pile, la plaque supérieure de zinc attire l'électricité du cuivre , et le cuivre, de l'eau. L’eau l’attirait à son tour de la plaque de Zinc venant immédiatement après, cette plaque de zinc de la plaque de cuivre voisine > et ainsi de suite.

Cette hypothèse s'applique heureusement à la plupart des phénomènes de l’action de la pile isolée et de la pile réunie, soit par ses extrémités, soit avec le sol : maïs elle n’explique pas avec la même

facilité les pouvoirs de l'appareil réuni en un circuit, dans lequel on peut supposer que chaque | plaque de zinc a la même quantité d'électricité que chaque plaque de cuivre; car le zinc ne peut recevoir, ainsi que sir H. Davy l’observe avec raison k qu’autant que le cuivre peut donner, à moins, en effet, que l’on ne considère les phénomènes de l’ap- | pareil circulaire comme dépendans de la circulation continuelle et rapide de la quantité naturelle d'électricité dans les différentes suites; ce qui exige la preuve qu’il existe un pouvoir constant d'attirer l’électricité d’un Corps, en même temps qu’elle est transmise à un autre. Mais les recheriches de Coulomb et de M. Poisson , dont on à déjà présenté le détail, démontrent pleinement que Vélectricité n’est pas distribuée, parmi les différentes espèces de matière, en vertu d’aucune sorte quelconque d’attraction élective.

Le platine se fond avec plus de facilité au pôle ositif qu’au pôle négatif, lorsqu'il est réuni avee du charbon; mais, avec l’acide sulfurique, il de-

vient seulement rouge de feu, lorsqu'il est négatif et l’acide positif. Dans l'effet calorifique en géné: ral, c’est le charbon qui est le plus facilement mis à l’état d’ignition; viennent ensuite le fer, le platine, l'or, puis le cuivre, et finalement le zinc.

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