Silicium
$. TI. — ox1GÈNE, CHLORE , IODE , FLUOR.
1. Oxigène. — Ce gaz fut découvert pour la première fois en 1774, par Priestley, qui lui reconnut les propriétés de rendre la combustion plus active et d’être le soutien de la vie. Ce même gaz fut obtenu en 1775, par Schèele, et presque à la même époque par Lavoisier, qui le nomma oxigène.
Préparation. — On met de l’oxide noir {peroxide) de manganèse dans une cornue de terre ; et après avoir ajusté et luté à son col un tube dont le bout puisse plonger dans la cuve hydropneumatique et se relever sous un flacon plein d’eau, on place la cornue dans un fourneau et on la chauffe au rouge-blanc. À cette température, le peroxide de manganèse est décomposé et abandonne une partie de son oxigène. L'air contenu dans la cornue se dégage d’abord ; puis l’oxigène, que l’on obtient très pur en ayant soin de ne placer au-dessus du tube dont il se dégage, le flacon plein d’eau destiné à le recueillir, que lorsque le dégagement des bulles mélées d’air a déja eu lieu pendant quelque temps.
Le gaz, spécifiquement plus léger que l’eau,
DE CHIMIE. 1b1
s'élève à la partie supérieure du. flacon , et y remplace successivement l’eau qui en sort par sa partie inférieure.
. Propriétés. — Le gaz oxigène est incolore et invisible comme l'air, dont il forme environ la quatrième partie. Il n’a aucune saveur sensible, et; lorsqu'il est pur, il n’a pas d’odeur. |
L’oxigène est essentiel au soutien de la vie; un animal y vit considérablement plus long -temps que dans l’air atmosphérique ; mais la respiration devient génée et laborieuse avant que tout l’oxigène soit consumé , et il meurt, quoiqu'un nouvel animal de la même espèce puisse encore se maintenir en vie, pendant un certain temps, dans l’air résidu.
La combustion est puissamment entretenue par le gaz oxigène. Toute substance inflammable quelconque, préalablement allumée, introduite dans ce gaz, y brûle rapidement et avec vivacité, Si l’on introduit, dans une cloche remplie de gaz OX1gène , un fil de fer ou de cuivre, ayant un morceau d’amadou allumé fixé à son extrémité, ce fil brülera avec une vive lumière, en lançant et laissant tomber un grand nombre d’étincelles.
2. Chlore.— Ce gaz fut découvert en 1774 par Schèele qui le considéra comme un composé. Ce ne fut qu’en 1811 que les savantes recherches de MM. Gay-Lussac et Thenard , établirent que. ce gaz était un corps simple; et les travaux de sir H. Davy ne laissèrent plus aucun doute sur cet élément, qui fut alors nommé chlore.
Préparation. — On met du peroxide de manganèse dans une petite cornue de verre, on y ajoute de l'acide hydrochlorique, en quantité suffisante pour qu'il en puisse résulter un mélange à l’état de pâte; et après avoir ajusté et luté au col de la cornue un tube dont le bout puisse plonger dans la; cuve hydropneumatique et se relever sous un
flacon plein d’eau, on chauffe très doucement la
cornue à l’aide d’une lampe. A cette faible température, l’acide hyÿdrochlorique est décomposé, et il laisse dégager du chlore.
L’air contenu dans la cornue se dégage d’abord; puis le chlore, que l’on obtient très pur en ayant soin
de ne commencer à le recueillir que lorsque le
dégagement des bulles mélées d’air a déjà eu lieu pendant quelque temps.
Propriétés. — Lie chlore est d’une couleur jaune verdâtre qui se reconnaît aisément à la lumière du jour, quoiqu’on puisse à peine le distinguer à la lumière des bougies. Il a une odeur et une saveur fortes, et tellement caractérisées, qu’il est impossible de ne pas les distinguer de l’adeur et de la saveur de tout autre gaz.
Lorsqu'on respire du chlore , quoique beaucoup
étendu dans l'air, il cause un sentiment de strangulation, resserre la poitrine et produit un véri-
table rhume de cerveau. Respiré en plus grande
quantité , il excite une toux violente avec crachement de sang, et il détruit promptement la vie au milieu de douleurs très vives.
Si un animal est plongé dans une atmosphère de chlore, de manière à être forcé de respirer ce gaz à l’état de pureté, il périt instantanément.
Lorsqu'on expose à l’action du chlore une couleur bleue végétale quelconque, cette couleur est immédiatement détruite et elle ne peut plus être rétablie par aucun moyen que ce soit. Le chlore a la propriété de blanchir les corps colorés ; Schèele observa le premier cette propriété de blanchir, Berthollet en fit l'application à l’art du blanchiment en France, et d’après lui, M. Watt introduisit ce mode de blanchiment en Angleterre.
* Le chlore est l’agent le plus puissant à employer
pour la destruction des miasmes pestilentiels. C’est
ce gaz qui se dégage des appareils désinfecteurs de Guyton Morveau.
La flâmme de bougies qu’on introduit dans le
DE CHIMIE. 153 chlore, pâlit d’abord, rougit et ensuite disparaît. |
Le chlore soumis à une excessive chaleur n’éprouve aucune altération. On connaît quatre combinaisons définies du chlore et de l’oxigène; deux oxides et deux acides.
3. 1ode. —L’iode n’a encore été trouvé que dans les eaux mères de la soude de varec. Cette substance fut découverte en 1813 par M. Courtois, salpêtrier à Paris; mais c’est à M. Gay-Lussac qu’on doit la connaissance de la plupart de ses propriétés. Il en a en effet écrit, d'après ses expériences , l’histoire presque complète; et c’est lui qui a prouvé le premier que ce nouveau corps avait une grande analogie avec le chlore , et pouvait être regardé comme simple.
Préparation. — On peut se procurer l’iode par le procédé suivant, qui est celui que proposa le premier le docteur Wollaston. On met en digestion dans l’eau de la soude de varec réduite en poudre, et on l’y laisse jusqu’à ce que l’eau se soit chargée de tout ce qu’elle contenait de soluble; on filtre ensuite la dissolution, et on l’évapore jusqu’à ce que tous les cristaux d’hydrochlorate de soude qu’elle peut fournir en aient été séparés. On mêle alors l’eau mère avec de l’acide sulfurique ; et après avoir fait bouillir pendant quelque temps ce mélange, on l’introduit dans une cornue de verre, en ÿ ajoutant autant de peroxide de manganèse qu'on avait mis d’acide sulfurique dans le mélange ; on chauffe ensuite doucement la cornue, à laquelle aura été adaptée une allonge, et à celle-ci un ballon ; il s’élève aussitôt une vapeur d’une belle couleur violette, qui se condense dans l’allonge et dans le récipient en une matière noire brillante : cette substance est l’iode. Au lieu d’une dissolution de soude de varec, on peut employer des résidus de lessive des savonniers, lorsqu’on s’est servi de cette espèce de soude pour la fabrication du savon.
Propriétés. — L’iode à l’état solide est, suivant M. Gay-Lussac, d’un gris noir; mais sa vapeur est d’un très beau violet, couleur qui a fait proposer à M. Gay-Lussac de lui donner le nom qu'il porte. Son odeur est exactement celle du chlore affaiblie ; il se présente souvent en paillettes semblables à celles du fer micacé, quelquefois en lames rhomboïdales très larges et très brillantes. M. Gayÿ-Lussac dit l'avoir obtenu en octaëdres allongés d’environ un centimètre de longueur. Sa cassure, quand il est en masse, est lamelleuse et a un aspect gras; il est très tendre et très friable, et on ne peut le porphyriser : sa saveur est très âcre, quoique sa solubilité soit extrémement faible; il tache profondément la peau en un jaune brun très foncé ; mais cette couleur se dissipe peu à peu. Comme le chlore, il détruit les couleurs bleues végétales, quoique avec beaucoup moins d'intensité; l’eau en dissout environ un septmilllème de son poids, et se colore en jauneorange. L’iode se fond à 107 degrés centigrades, et se volatilise sous la pression de 96 centimètres de mercure à 195 ou 180 degrés centigrades , d’après le résultat de deux expériences faites à cet effet dans deux circonstances différentes. A la chaleur de 100°, la vapeur de l’iode se mêle à la vapeur de l’eau en quantité aussi considérable dans des espaces égaux que dans le vide, et elle est entraînée dans les récipiens , où elle se condense. On pourrait même distiller l’iode à une température plus basse, L’iode ne paraît pas conduire le fluide électrique. M. Gay-Lussac annonce en avoir mis un très petit fragment dans une chaîne galvanique, et la décomposition de l’eau s’est arrêtée à l’instant.
4. Fluor.— On n’a pu obtenir encore cet élément qui semble avoir la propriété de se combiner avec tous les corps qu’on peut employer comme vaisseaux. Son existence cependant repose sur plu-
sieurs faits parmi lesquels nous citerons le sui- ‘yant : ds Lorsqu'on soumet l’acide fluorique à l’action du galvanisme, cet acide est décomposé, le gar, hydrogène se dégage au fil négatif, et le fil positif, s’il est de platine, se recouvre d’une poussière couleur chocolat. L’acide hydrochlorique traité de cette manière, est décomposé; son hydrogène se porte au fil négatif et son chlore au fil positif, Nest-il pas probable alors que la poussière chocolat est un composé de fluor de platine ?
. II. — nHyYDROGÈNE , AZOTE.
5. Hydrogène. — Ce gaz, qui se dégage quelquefois en quantité considérable de la surface de la terre dans les mines, avait accidentellement attiré l’attention et la curiosité de plusieurs savans, vers le commencement du dix-huitième siècle ; mais c’est bien réellement à Cavendish, qui l’examina le premier et qui S’assura, en 1777, du plus grand nombre de ses propriétés, qu’on doit attribuer la découverte de cet élément , le plus léger jusqu’à présent, de tous les corps pondérables connus.
Préparation. — Après avoir mis dans une fiole à laquelle est adapté un tube recourbé et muni d’un bouchon de liége, ou dans une cornue, du zinc en grenaille, on verse dessus de l’acide sulfurique étendu de cinq fois son volume d’eau ; il se manifeste une vive effervescence, produite par la décomposition de l’eau et le dégagement d’hydrogène, qui peut être recueilli dans la cuve hydropneumatique. Lorsque ce gaz doit servir à des recherches qui exigent une très grande exactitude, il doit être reçu dans des cloches sur le mercure, et soumis à l’action du chlorure de chaux et à une basse température ; il est ainsi dépouillé d’eau hygrométrique. On peut aussi se procurer le gaz hydrogène en grande quantité et très pur, en
faisant passer de l’eau en vapeur à travers un tube de fer rougi au feu.
Propriétés. — Le gaz hydrogène est incolore et jouissant de toutes les propriétés physiques de l'air. Ta ordinairement, lorsqu'il est obtenu au moyen du zinc, une légère odeur d’ail, due probablement à des particules arsénicales de ce métal ; il est dépourvu d’odeur lorsqu'il est produit par de l’eau transmise sur du fer pur à l’état d’ignition.
Le gaz hydrogène étant un corps simple ne peut être dilaté que par le calorique. C’est de tous les gaz celui qui réfracte le plus la lumière. I! ne se combine point avec le gaz oxigène à la température ordinaire ; il paraît même qu’à cette température les deux gaz peuvent rester mêlés pendant un temps indéfini sans agir l’un sur lautre; ce n’est qu’à une chaleur rouge ou presque rouge qu’ils s'unissent. Leur combinaison a toujours lieu dans le rapport de deux d’hydrogène et de un d’oxigène, en volume, ou, ce qui est la même chose , d’après leur pesanteur spécifique, dans le rapport de 11,71 d'hydrogène à 88,29 d’oxigène, en poids.
Le gaz hydrogène est éminemment combustible; il brüle , s’il est pur, avec une flamme d’un blanc jaunâtre ; mais s’il est accidentellement avec quelque mélange, sa flamme a souvent une teinte rougeâtre. Si, en tenant dans une position perpendiculaire , le fond en haut, une cloche étroite remplie d'hydrogène, on y introduit subitement une bougie allumée, cette bougie s’éteindra ; mais le gaz brûlera à la surface de la cloche en contact avec Pair. Ce gaz fait aussi promptement mourir les animaux qui le respirent; et cette mort .de l’animal n’est occasionnée que parce qu'il est privé d’oxigène.
L’hydrogène est le plus léger des corps gazeux
. 74 z ou 13 connus jusqu à présent; un décimètre cube de ce
gaz à zéro, et sous la pression barométrique de 76 centimètres de mercure, pèse 0,07321, ainsi que
l'ont établi MM. Biot et Arago.
Le gaz hydrogène n’est pas sensiblement ab.
sorbé par l’eau , lors même qu’on le laisse pendant quelque temps en contact avec ce liquide. Lorsque l’eau a été dépouillée par l’ébullition de tout l’air qu’elle contenait, un décimètre cube
de cette eau, à la température de 16 degrés cen-
tigrades, absorbe 16 centimètres cubes de gaz hydrogène. |
Si l’on mêle ensemble dans leur état de pureté du gaz oxigène et du gaz hydrogène, les gaz ne sont point altérés par leur mélange ; mais si on les met en contact avec une bougie allumée, ou qu’on les fasse traverser par l’étincelle électrique, ils brûülent avec une étonnante rapidité, et il se produit une explosion violente. Cavendish s’assura qu'après la combustion , il se déposait toujours, dans les vaisseaux où elle avait eu lieu > Une quantité d’eau égale en poids aux deux gaz qui avaient disparu ; les expériences de Cavendish furent répétées depuis et amplement confirmées par Lavoisier et ses collaborateurs, et il fut alors ainsi reconnu que l’eau est un composé d’oxigène et d'hydrogène réunis dans la proportion d’un volume d’oxigène et de deux volumes d’hydrogène.
Combiné avec l’oxigène et le carbone > lhydrogène constitue la plupart des matières végétales ; combiné avec l’oxigène, le carbone et l'azote, il forme la plupart des matières animales.
6. Azote.—Ce gaz fut découvert , en 1772, par le docteur Runtherfold, professeur de botanique à l’université d'Édimbourg ; Lavoisier, dont les expériences sur ce gaz furent publiées en 1773, nous le fit connaître le premier, comme une des parties constituantes de l’air atmosphérique. Schèele l’obint en 1777, par le mélange de la limaille de fer
et du soufre, et le reconnut; dès cette époque, pour être un gaz distinct.
Préparation. —T/azote peut s’obtenir en mettant de la limaille de fer et du soufre mélés et pétris ensemble avec de l’eau, dans un ballon de verre rempli d’air. Tout l’oxigène de cet air est absorbé dans peu de jours par le mélange; mais il en réste encore une portion considérable, qui n’est plus susceptible d’éprouver de diminution; c’est à ce résidu de Pair entièrement dépouillé de son. oxigène, qu’on a donné le nom de gaz azote. On. peut se le procurer d’une manière plus prompte par d’autres moyens. Si, parexemple, au lieu de la limaille de fer et du soufre, on met du phosphore dans le vaisseau rempli d’air, l’oxigène est complétement absorbé en moins de vingt-quatre heures, à la température d’environ 16 degrés centigradés. Berthollet à indiqué le premier le moyen d’obtenir du gaz azote très pur, en soumettant un morceau de chair musculaire à l’action de lacide nitrique étendu d’eau , à une chaleur d’environ 38 degrés centigrades, et en recevant dans des vaisseaux convenables le gaz qui s’en dégage en abondance. En mélant ensemble, dans un vaisseau sur l’eau, 100 mesurés d’air ordinaire, et 80 mesures de gaz nitreux, le mélange acquerra une couleur rouge brunâtre; il en sera absorbé une partie par l’eau, et il restera 79 mesures de gaz azote pur. Cette méthode est la plus facile, lorsqu'on veut se procurer du gaze azote pour des expériences.
Propriétés. — Le gaz azote est invisible et élastique comme Pair, dont il a les propriétés méca- Niques. Il est contenu pour environ les 0,79 en volume dans l'air atmosphérique. Il n’a ni saveur ni odeur.
Le gaz azote ne peut étre respiré par les animaux sans qu'ils soient suffoqués; ceux qu’on y plonge périssent très prompteméent : c’est par
SDE CHIMIE. 159
cette raison qu'on à donné à cette substance le nom d'azote , qui signifie « destructif de la vie. » Aucun combustible ne peut brüler dans ce gaz; c’est pourquoi la bougie qu’on allume dans une ortion renfermée d’air atmosphérique s’y éteint a que l’oxigène que cet air contient est consumé.
Le gaz azote n’est pas sensiblement absorbé par l'eau, et nous ne connaissons aucun liquide qui
ait la propriété de le condenser. Le docteur Henry s’est assuré qu’en dépouillant préalablement l’eau de tout l’air qu’elle peut contenir, un décimètre cube de cette eau ne peut absorber que 14,6 centimètres cubes de gaz azote à la température de 15 à 16 degrés centigrades. |
Le gaz azote est dilaté par la chaleur; le froid le condense , mais sans le faire changer d’état ; son pouvoir réfringent est faible.
$. III. — CARBONE, BoRE,
7. Carbone — Cet élément est la partie pure inflammable du charbon, et l’on a conservé le nom de charbon aux diverses substances qui contiennent une grande proportion de carbone uni avec un peu d'hydrogène et de cendres, où mêlé avec des quantités plus ou moins considérables de matières étrangères.
Préparation, — Si l’on met un morceau de bois dans un creuset bien recouvert de sable et maintenu pendant quelque temps à une chaleur rouge, ce bois est converti en une substance noire, bril- Jante, cassante, inodore, insipide, connue sous le nom de charbon de bois. Les propriétés de cette
substance sont à peu près les mêmes , quelle que soit l’espèce de bois d’où elle Provienne, si, pour obtenir, on a pris les précautions convenables , €n exposant pendant une heure'au moins le creuset bien clos à un feu de forge; en négligeant cette
précaution, les propriétés du charbon diffèrent considérablement. À
Le charbon est insoluble dans l’eau. Lorsqu'il est bien dépouillé d’air et d'humidité, il n’éprouve d’autre changement par la chaleur la plus forte, si ce n’est qu'il devient beaucoup plus dur et plus brillant. C’est un excellent conducteur de l’électricité ; il est beaucoup moins susceptible de se pourrir que le bois, et se conserve, par conséquent, plus long-temps ; c’est à raison de cette propriété que les anciens avaient adopté l’usage de charbonner le contour des pieux qu’on enfoncait dans la terre ou dans l’eau, afin d'empêcher ainsi le bois de se gâter. On se sert efficacement du charbon nouvellement fait pour enlever aux toiles ou aux draps l’odeur désagréable qu’ils auraient pu contracter. On s’est assuré qu’on pouvait em-. ployer avec avantage le charbon réduit en poudre, bour la purification d’un grand nombre de substances.
Le charbon récemment préparé est très avide d'humidité; on a reconnu que lorsqu'il reste pendant un jour exposé à l'air, son poids augmente d'environ 12,50 pour cent. La plus grande partie de cet accroissement de poids est due à l’humidité, qu’il rend en abondance lorsqu'on le plonge, chauffé, à plus de 100 degrés centigrades, sous le mercure. | Eh
Lorsque le charbon a été dépouillé, soit par la chaleur, soit en faisant le vide, de tout l'air qu’il pouvait contenir, il a la propriété d’absorber une certaine quantité de tout corps gazeux dans lequel il peut se trouver placé. Le procédé de Théodore de Saussure, à qui l’on doit la suite la plus satisfaisante et la plus complète d'expériences sur l’absorption des gaz par le charbon, consistait à faire chauffer au rouge le morceau de charbon qu’il soumettait à expérience, à le plonger, dans cet état, sous le mercure, et à l’introduire, lorsqu'il
était froid, dans le gaz à examiner. L’absorption de tous les différens gaz qu’il essaya ainsi avait complétement lieu au bout de vingt-quatre heures, et elle n’augmentait pas lorsqu'on laissait plus long-temps le charbon en contact avec le gaz. |
Lorsque le charbon, déjà saturé d’un gaz, est placé dans un autre gaz, il laisse échapper une portion du gaz précédemment absorbé, et il absorbe une portion du nouveau gaz; les proportions varient en raison de la faculté d'absorption des deux gaz par le charbon.
Le carbone le plus pur, pour les opérations de chimie , s’obtient en calcinant fortement du noir de fumée dans un creuset couvert.
Propriétés. — Le carbone est toujours solide, sans odeur et sans saveur ; le plus souvent, il est noir, sans forme régulière, facile à réduire en
oudre : tel est celui qui provient du bois. Alors il est difficile d’en déterminer exactement la pesanteur spécifique , parce qu’il est rempli de petites cavités, dont on ne peut pas aisément chasser l'air.
Quelquefois le carbone est compacte, friable, luisant , ressemblant à la houille, noir et aussi sans forme régulière ; dans cet état , les minéralogistes lappellent anthracite. L’anthracite d’Allemont, département de l’fsère , contient 0,97 de carbone ; sa pesanteur spécifique est de 1,8.
Plus rarement le carbone est cristallisé, et si dur qu’il raye tous les corps, et n’est rayé par aucun. Dans cet état, il constitue le damant , autre substance qui a beaucoup des propriétés du carbone, quoique dans d’autres elle en diffère : c’est la plus dure, la plus belle de toutes les pierres précieuses.
Ce fut Lavoisier qui, guidé par les expériences de Newton et des académiciens de Florence, aperçut le premier le carbone dans le diamant.
Newton avait eu l’occasion de remarquer que les corps réfractaient d’autant plus la lumière qu'ils étaient plus combustibles, et ayant reconnu que le diamant était doué d’une grandé force réfringente, il soupconna qu'il était combustible. Les académiciens de Florence avaient rendu , dès 1694, cette conjecture très vraisemblable, en exposant des diamans au foyer d’un miroir ardent, et en observant qu’ils s’y consumaient.
Plusieurs chimistes français l'avaient mise, ainsi que le rapporte Macquer dans le détail qu’il donne à cet égard, hors de doute, en prouvant que les diamans ne perdaient rien de leur poids lorsqu’on les calcinait sans le contact dé l'air, et se dissipaient, au contraire, lorsqu'on les calcinait avec le contact de ce fluide; ce fait fut amplement établi et confirmé par les expériences de Darcet 6 Rouelle, Macquer et Cadet. Cependant Lavoisier, ayant continué ses recherches, s’assura, en brûlant par le moyen de fortes lentilles des diamans, dans des vaisseaux fermés, que, pendant leur combustion, il se formait du gaz acide carbonique, et que, sous ce rapport et sous celui de l’affinité , il existait une analogie frappante entre le diamant et le carbone, lorsqu'ils étaient chauffés l’un et Vautre dans des vaisseaux fermés. Ces expériences sur la combustion du diamant furent répétées depuis par Lavoisier lui-même, et par plusieurs autres savans français et étrangers ; et tous leurs résultats ayant été à peu près les mêmes, il semble aujourd’hui bien démontré que, quoiqu'il existe une si grande différence entre le diamant et le charbon, ces deux corps sont identiquement de même nature ; Car, soit que l’on combine 72,62 d’oxi- DÉNE AVEC 27,38 de diamant ou de charbon pur, il en résulte 100 Parties d’acide carbonique; or le gaz acide carbonique est un corps constamment formé des mêmes élémens, et dans les mêmes proportions: donc le diamant est du charbon pur, et
De
DE CHIMIE, 163 ne diffère de celui-ci que par l’arrangement de ses
. molécules.
Lorsque sir H. Davy exposa du charbon à une chaleur intense dans le vide et dans l’azote condensé à l’aide de la magnifique batterie voltaique de M. Children, ce charbon fut lentement volatilisé et il abandonna un peu d'hydrogène. La partie restante était toujours plus dure qu'avant l’expérience, et, dans un cas, d’une assez grande dureté pour rayer le verre; et l'éclat du charbon était augmenté. Cette belle expérience peut être considérée comme se rapprochant de la production du diamant.
8. Bore. — MM. Gay-Lussac et Thenard réussirent, en 1808, à décomposer l’acide borique en le chauffant avec du potassium dans un tube de cuivre chauffé au rouge obscur. Ces savans examinèrent les propriétés de sa base, à laquelle ils ont donné le nom de bore, et ils les décrivirent en détail dans un mémoire qu’ils publièrent sur ce sujet. Sir Humphry Davy décomposa, en 1809, l’acide borique par le même procédé que les chimistes français, et il publia aussi l'exposé des propriétés du bore.
Le bore ne se rencontre point à l’état de pureté dans la nature ; il est toujours engagé dans quelques combinaisons. Les composés naturels dont il fait partie sont l'acide borique, le sous-borate de soude et le sous-borate de magnésie.
| Préparation. — On met dans un tube de cuivre ou de verre un mélange, à parties égales, d’acide borique bien pur, préalablement fondu et réduit en poudre, et de potassium, et on chauffe par degrés le tube contenant le mélange jusqu’à le faire rougir légèrement ; on le tient dans cet état pendant quelques minutes; à la température de 190 degrés centigrades, la décomposition commence, et le mélange chauffé devient d’un rouge intense, ainsi qu’on
peut le reconnaitre en faisant l'expérience dans un
tube de verre. Lorsque le tube avec lequel on a
opéré est refroidi, on verse de l’eau sur la matière
qu’il contient pour la laver; on neutralise la po-. tasse qui s’est formée, avec de l’acide hydrochlo-
rique, et l’on met le tout sur un filtre, On le lave,
et on le fait sécher à une douce chaleur.
Propriétés. — Le bore est une poudre d’un brun verdâtre, sans odeur ni saveur. Il peut étre exposé, en vaisseaux clos, à la plus violente chaleur qu’il. soit possible de produire, sans qu’il éprouve d’autre changement qu’une augmentation de densité. fl est tout-à-fait insoluble dans l’eau, l’alcool, l’éther, et dans les huiles, soit à chaud, soit à froid. Il ne décompose pas l’eau, lors même qu’il est chauffé dans ce liquide à la température de 80 degrés centigrades; mais il est probable qu’à une chaleur rouge la décomposition aurait lieu.
Le bore n’a point d’action sur l’air ni sur le gaz oxigène à la température ordinaire de l’atmosphère ; mais si on le chauffe au rouge obscur dans le gaz oxigène, il prend feu et brüle avec beaucoup d'éclat, en absorbant en même temps du gaz oxigène. Par cette combustion, une portion du bore est convertie en acide borique, et cet acide, en se fondant, forme sur le bore une couche qui prive la portion non encore brülée du contact de l’oxigène, et alors la combustion cesse; si on lave l'acide borique , la combustion reprend ; mais elle exige une température plus élevée. MM. Gaÿ- Lussac et Thenard acidifièrent une portion de bore €n'le chauffant dans l'acide nitrique ; ils parvinrent ainsi à Convertir cinq parties de bore en 7,5 parties d acide borique. |
L'oxigène et le fluor sont , pour ainsi dire, les seuls Corps simples avec lesquels le bore ait été combiné jusqu’à présent.
La pesanteur spécifique du bore n’est pas connut;
on sait seulement qu’elle est plus grande que celle -de l’eau. |
$. IV. — sourre, PHosPuorr.
ol
quantités dans la nature et particulièrement dans le voisinage des volcans; on le retire aussi par la distillation du minéral appelé pyrite : la connaissance de ce corps date des temps les plus reculés. Les anciens en faisaient usage en médecine ,etils en employaient les vapeurs au blanchiment de la laine,
Préparation. — Le soufre le plus pur, pour les opérations de chimie, s’obtient en le sublimant au moyen d’une cornue de verre exposée à la douce chaleur d’un bain de sable, qu’on élevera graduellement jusqu’à 200° centigrades environ , dans un récipient maintenu à une très basse température.
Propriétés. — Le soufre est une substance dure, cassante, de couleur ordinairement Jaune, inodore, ayant une saveur très faible, quoique pouvant se distinguer.
Le soufre n’est pas conducteur de l'électricité ; il devient, par conséquent, électrique par frottement; Sa pesanteur spécifique est de 1,990; le pesanteur spécifique du soufre natif est de 2,033. I n’éprouve aucun changement par son exposition à l’air ; lorsqu'on le met dans l’eau , il tombe au fond de ce liquide, et il y reste sans être en aucune manière altéré; le soufre est donc insoluble dans Veau. Si l’on fait éprouver à un rouleau ou bâton de soufre une douce chaleur, mais subite, comme en le pressant dans la main > 1l produit un craquement particulier et éclate quelquefois en morceaux ; cet effet est dû à l’action inégale de la chaleur sur un corps qui la conduit lentement et qui a peu de cohésion. Si, après qu’une masse de soufre a été fondue dans un creuset, et que sa sur-