‹ Manuel de chimie, ou précis élémentaire de cette science dans l'état actuel de nos connaissancesChapitre 37 sur 69 · COMPOSÉS SELS · texte numérisé non relu

COMPOSÉS SELS

La dissolubilité des sels dans l’eau est leur propriété générale habituelle la plus importante. Dans ce liquide, ils sont ordinairement cristallisés; et c’est par son moyen qu’ils sont purifés et séparés les uns des autres dans l’ordre inverse de leur faculté de dissolution.

M. Gay - Lussac a récemment publié, dans les Annales de Chimie et de Physique, t. XI, pag. 206, un Mémoire important sur la dissolubilité des sels.

On est étonné , est-il dit dans ce Mémoire, en parcourant les différens ouvrages de chimie, du vague de nos connaissances sur la dissolubilité des sels; elles se bornent à l'observation commune, que les sels sont plus solubles à chaud qu’à froid, et à la solubilité de quelques uns d’entre eux, à une température ordinairement très incertaine ; cependant c’est de cette propriété des sels que dépendent leur décomposition mutuelle, leur séparation et les différens procédés de leur analyse. Comme opération chimique, la dissolution des sels mérite une attention particulière; car quoique les causes auxquelles elle est due soient les mêmes que celles qui produisent les autres combinaisons, Ccependant leurs effets ne se ressemblent pas.

La tlermination de la quantité d’un sel que l’eau peut dissoudre n’est pas une opération très difficile : elle consiste à saturer l’eauvexactement du sel dont on veut connaître la solubilité à une

température déterminée ; à peser une certaine quantité de cette dissolution, à la faire évaporer, ét à peser le résidu salin.

On obtient une dissolution saline parfaitement saturée des deux manières qui suivent : en faisant chauffer l’eau avec le sel, et en la laissant refroidir jusqu’à la température pour laquelle on cherche la solubilité ; ou bien, en mettant dans l’eau froide un grand excès de sel, et en élevant graduellement la température. Dans chaque cas, il faut maintenir constante la température finale pendant deux heures au moins, et remuer fréquemment la dissolution saline pour être assuré qu’elle est complétement saturée. Par des expériences directes faites avec beaucoup de soin, M. Gay-Lussac reconnut que les deux procédés donnent absolument les mêmes résultats, et qu’on peut en conséquence les employer indifféremment.

Il arrive souvent que la dissolution d’un sel qui ne cristallise pas, et que par cette raison on regarde comme saturée, cède des molécules salines aux cristaux de la même nature qu’on y plonge; et l’on a conclu de cela que les cristaux d’un sel appauvrissent sa dissolution , et la font descendre au-dessous de son véritable point de saturation. M. Gay-Lussac pense que ce fait, qu’il regarde comme certain, et même comme très général, a été mal expliqué.

La saturation d’une dissolution saline d’une température invariable est le terme où le dissolvant , toujours en contact avec le sel, ne peut plus en prendre davantage ni en abandonner aucune partie. D’après cette définition , toute dissolution saline qui peut abandonner du sel sans que la température change, est nécessairement sursaturée. On peut voir que, en général, la saturation n’est point un terme fixe, et que la cause qui la produit est la même que celle qui rend l’eau liquide au-dessous de la température à laquelle elle se congèle.

Pour reconnaître la solubilité d’un sel, M. Gay- Lussac indique d’opérér ainsi qu’il suit :

Ayant saturé de l’eau d’un sel à une température déterminée, on prerd un matras de la capacité de 150 à 200 grammes d’eau, et dont le col à de 15 à 18 centimètres de longueur. Après l’avoir pesé vide, on le remplit au quart environ, de la dissolution saline, et on le pèse de nouveau ; pour évaporer l’eau, on saisit le matras par son col avec. des pinces, et on le tient sur un brasier ardent sous un angle d'environ 45 degrés, en ayant l’attention de le remuer continuellement, et de donner au liquide un mouvement vibratoire, afin de favoriser l’ébullition et de prévenir les soubresauts , qui sont très fréquens avec quelques dissolutions salines, dès que, en conséquence de l’évaporation, il commence à se déposer des cristaux. Lorsque la masse saline est desséchée, et qu’il ne s’en dégage plus de vapeur d’eau à une chaleur presque rouge, on souffle dans le matras avec un tube de verre adapté à l’extrémité d’un soufflet, afin d’en chasser la vapeur aqueuse qui en remplit la capacité; on laisse ensuite refroidir le matras, et on le pèse. On connait alors la proportion d’eau au sel qu'elle tenait en dissolution, et l’on exprime cette proportion en représentant le poids de l’eau par 100.

Fourcroy a établi une classification des sels, en divisant ces corps chimiques en onze genres, disposés en raison de l’attraction générale des acides. Pour les bases, dans l’ordre suivant :

Sulfates , de baryte, ammoniaco- magnésier, de potasse, de glucine, acide de potasse, d’alumine, de soude, acide d’alumine et de de strontiane, potasse saturé d’alude chaux , mine triple , d’ammoniaque, de zircone,

de magnésie,

de baryte, de chaux, de potasse, de soude, de strontiane, d’ammoniaque,

de baryte,

de potasse, de soude ;

de magnésie,

Sulfites,

de magnésie, ammoniaco- magnésien, de glucine,

d’alumine,

de zircone,

Nitrates ,

strontiane de stront 4 de chaux, d’ammoniaque , d’alumine,

ammonjaco-magnésien, de zircone.

de glucine,

de baryte,

de potasse,

de soude,

de strontiane, de chaux, d’ammoniaque,

de baryte,

de potasse,

de soude,

de strontiane, de chaux, d’ammoniaque ,

de baryÿte,

de potasse,

de soude,

de strontiane, de chaux,

Nitrites ,

de magnésie, ammoniaco-magnésien , de glucine,

d’alumine,

de zircone.

Hydroclorates ,

de magnésie k ammoniaco-magnésien , de glucine, d’alumine,

de zircone,

de silice.

Chlorates ,

de magnésie, de glucine, d’alumine, de zircone.

Phosphates , de baryte, de soude et d’ammon., :

de strontiane, de magnésie, de chaux, ammoniaco - magnésien, acide de chaux, de glucine, de potasse, d’alumine, de soude, de zircone, d’ammoniaque , de silice.

Phosphites,

de chaux, d’ammoniaque, de baryte, ammoniaco-magnésien , de strontiane, de glucine, de magnésie, d’alumine, de potasse, de zircone, de soude,

Fluates, de chaux, d’ammoniaque, de baryte, ammoniaco - magnésien, de strontiane, ammoniaco-silicé , de magnésie, de glucine, de potasse, d’alumine, de potasse silicée, de zircone, de soude, de silice.

de soude silicée,

Borates , de chaux, de magnésie, de baryte, ... magnésio-calcaire, de strontiane, de potasse, de soude, de glucine, sursaturé de soude, d’alumine, d’ammoniaque, de zircone,

2MmMmoniaco-magnésien, de silice.

Carbonates ,

de baryte,

de strontiane, de chaux,

de potasse,

de soude,

de magnésie, d’ammoniaque ; ammoniaco-magnésien ;

de glucine, ammoniaco-zirconien , d’alumine, ammoniaco-glucinien.

de zircone,

La classe des sels étant beaucoup trop nombreuse pour qu’il nous soit possible d’étudier ici chacun d’eux en particulier, nous nous bornerons à indiquer leurs propriétés générales ; et pour faciliter les recherches, nous suivrons l’ordre alphabétique des bases.

À. Sels d’alumine.

1. Solubles dans l’eau ; il en est peu qui soient susceptibles de cristalliser. Î

2. Ils ont une saveur sucrée et astringente, et, sous ce rapport, ils ont de la ressemblance avec les sels d’yttria et de glucine.

3. Ils ne sont point précipités par l’oxalate d’ammoniaque , ce qui les distingue suffisamment des sels d’yttria.

4. Is ne sont point précipités par le ferrocyanate de potasse , ni par la teinture de noix de galle; et en cela ils diffèrent également et des sels d’yttria, et des sels de glucine.

5. Le phosphate d’ammoniaque, versé dans la dissolution d’un sel d’alumine, y produit un précipité blanc.

6. L’hydriodate de potasse occasionne, dans une dissolution d’alumine , un précipité blanc floconneux , qui devient promptement jaune et reste permanent. Cet effet n’est pas dû à l'excès d’acide que les sels d’alumine contiennent ordinairement ; car la couleur jaune ne disparaît pas par une addition de carbonate d’ammoniaque.

7. Si, après avoir ajouté de l’acide sulfurique, et ensuite du sulfate de potasse à ün sel d’alamine, on abandonne le mélange à lui-même, il s’y manifeste promptement des cristaux octaèdres d’alun.

276 MANUEL À. Sels d'ammoniaque.

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