‹ Manuel de chimie, ou précis élémentaire de cette science dans l'état actuel de nos connaissancesChapitre 36 sur 69 · III. — ACIDES DE NATURE INORGANIQUE, FORMÉS PAR L'HYDROGÈNE · texte numérisé non relu

III. — ACIDES DE NATURE INORGANIQUE, FORMÉS PAR L'HYDROGÈNE

2. Acide fluorique (hydrogène et fluor). — Nous admettons ici, suivant sir H. Davy et le docteur Thomson, cette composition de l’acide fluorique, quoiqu’elle ne soit pas encore démontrée positivement. L’acide fluorique n’ayant pas été décomposé jusqu’à présent, quelques chimistes le regardent comme une combinaison d’oxigène et de fluor. On le prépare de la manière suivante: on introduit dans une cornue de plomb ou d'argent, à laquelle est adapté un récipient du même métal, du fluate de chaux pur réduit en poudre fine et qu’on mêle bien avec deux fois son poids d’acide sulfurique concentré. On lute alors avec de l'argile la cornue à ses jointures, et on chauffe ensuite très doucement, en entourant le récipient d’un mélange de neige et de sel marin; l’acide fluorique est dégagé, et il se condense dans le récipient à l’état liquide. | |

Cet acide , à zéro centigrade, et même à 16° audessus, est liquide et incolore comme l’eau ; il ne se congèle pas lorsqu'il est refroidi à 20° centigrades au-dessous de zéro ; on n’a pas encore déterminé son terme d’ébullition, mais il n’est pas élevé ; exposé à l’air, il répand des fumées très

‘abondantes, d’une odeur plus âcre que celle du chlore et extrémement délétères. À vaisseaux ouverts 1l se dissipe très promptement, et on ne peut le conserver que dans des vaisseaux métalliques. Ceux qui conviennent le mieux à cet effet sont des vaisseaux faits d'argent pur avec des bouchons du même métal, qui ne laissent aucun accès à l'air.

Lorsqu’on laisse tomber une goutte de cet acide dans l’eau , il se produit un sifflement semblable à celui qui a lieu lorsqu’on plonge un fer rouge dans ce liquide. Lorsqu’on fait tomber quelques gouttes d’eau dans l’acide, il entre en ébullition. On peut ajouter une grande quantité d’eau à cet acide sans détruire la propriété qu’il a d’être fumant.

Lorsqu'une goutte d’acide fluorique tombe sur la peau, elle occasionne une escarre difficile à guérir et accompagnée de tumeur et de douleurs très intenses.

Dès que l’acide fluorique a le contact du verre, il le corrode immédiatement et se convertit en acide fluosilicique. .

3. Acide hydriodique (hydrogène et iode). — On peut obtenir cet acide en chauffant dans une petite cornue de verre 8 parties d’iode et une de phosphore humecté avec un peu d’eau; l’eau se décompose, son oxigène s’unit au phosphore, et son hydrogène à Piode; il en résulte de l’acide phos- phoreux et du gaz hydriodique, que l’on recueille, par le moyen d’un tube, dans un flacon long, étroit et plein d’air. Le gaz acide hydriodique mis en contact avec le mercure est promptement décomposé, et c’est pour cette raison qu’il ne faut pas recueillir ce gaz acide sur le mercure.

L’acide hydriodique , à l’état de gaz , est incolore et élastique comme lair; son odeur ressemble à celle du gaz acide hydrochlorique, et sa saveur est très acide.

L’acide hydriodique est rapidement absorbé par l’eau, et par une douce chaleur on peut le con-

centrer. On obtient l’acide hydriodique liquide en mettant de l’iode dans de l’eau, et en faisant passer dans le liquide un courant de gaz hydro-sulfurique; lhydrogène du gaz s’unit avec l’iode, et le soufre se précipite. Lorsque l’iode est dissous en totalité, on laisse la liqueur en repos pendant quelque temps, jusqu’à ce que le soufre se soit déposé, et alors on la décante claire, En la chauffant ensuite, on en dégage l'excès d’acide hydro-sulfurique. L'on peut réduire l’acide hydriodique à un grand état de condensation, en l’évaporant doucement.

4. Acide hydrochlorique (hydrogène et chlore). — On peut produire le gaz acide hydrochlorique directement de la manière suivante : après avoir préparé deux vaisseaux de verre d’une égale capacité, de manière qu'ils s’adaptent parfaitement l’un à l’autre, on remplit l’un de gaz chlore sec, et l’autre de gaz hydrogène ; on les ajuste l’un dans l'autre, et on les expose ainsi, non pas au soleil, mais à la lumière du jour; la couleur du chlore disparaît peu à peu, et au bout de quelques jours le mélange gazeux devient incolore ; c’est alors du gaz hydrochlorique pur, et son volume est égal à celui des deux gaz qui le composent. On obtient le plus ordinairement l’acide hydrochlorique en traitant le sel marin ordinaire par l’acide sulfurique. On introduit 80 grammes environ de sel marin dans une petite cornue, et on y verse ensuite une quantité égale d’acide sulfurique; il se produit une vive effervescence, et après avoir laissé dégager l’air contenu dans l'appareil, on recueille le gaz acide hydrochlorique sur le mercure.

Cet acide est invisible comme l'air, et comme lui susceptible de contraction et d'expansion. Il a une odeur particulière, et lorsqu'il se trouve en contact avec l’air de l’atmosphère, il devient vi-

sible par la fumée blanche qu’il forme à raison de

l’avidité avec laquelle il en absorbe l'humidité. Sa saveur est acide et corrosive; les animaux n€

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peuvent le respirer, et lorsqu'ils sont plongés dans une cloche qui en est remplie, ils y périssent très promptement dans des convulsions. Aucun corps combustible quelconque ne peut y brüler. Il est remarquable cependant qu’il produit un très grand effet sur la flamme des corps combustibles, car en plongeant une bougie allumée dans ce gaz, on peut observer que la flamme prend une couleur verte un moment avant qu’elle s’éteigne, et la même teinte se manifeste aussitôt après que la bougie a été allumée.

L'eau a tant d’affinité pour le gaz acide hydrochlorique, qu’à la température de 16° centigrades, et sous la pression de 75 centimètres de mercure, 6 centimètres cubes d’eau absorbent 8 décimètres cubes de gaz acide hydrochlorique ; l’eau s’échauffe dans cette absorption. La glace absorbe aussi le gaz acide hydrochlorique , et en même temps elle se liquéfie. En chauffant l’eau imprégnée du gaz, il en est chassé, sans éprouver d’altération.

L’acide hydrochlorique du commerce est à l’état de dissolution dans l’eau, et presque toujours d’un jaune pâle, ce qui est dû à une petite portion de fer qu’il tient en dissolution.

5. Acide hydrocyanique (hydrogène, azote et carbone). — On obuent cet acide en traitant par l’acide hydrochlorique le cyanure de mercure.

Après avoir délayé dans de l’eau bouillante une certaine quantité de bleu de Prusse en poudre, on y ajoute du peroxide de mercure, par portions successives, jusqu'à ce que la couleur bleue soit détruite. La liqueur étant alors filtrée, on la coucentre par évaporation jusqu’à pellicule; il s’y forme, par refroidissement, des cristaux de cyanure de mercure. Ces cristaux étant desséchés, on les introduit dans une petite cornue de verre tubulée, au bec de laquelle est adapté un tube horizontal d’environ six décimètres de longueur et un centimètre et demi de diamètre intérieur. Le

premier tiers du tube, tenant au bec de la cornue, est rempli de petits morceaux de marbre blanc, et les deux autres tiers contiennent également des petits morceaux de chlorure de calcium. À l’extrémité de ce tube est adapté un petit récipient, qu’il faut tenir entouré d’un mélange frigorifique ou de glace. Versez alors sur les cristaux de l’acide hydrochlorique en quantité inférieure à celle qui serait suffisante pour saturer le peroxide de mercure dont ils sont formés; chauffez ensuite doucement la cornue ; l'acide hydrocyanique, élevé en vapeurs, se condensera dans le tube ; s’il passait avec ces vapeurs du gaz acide hydrochlorique, cet acide serait attiré et retenu par le marbre; tandis que l’eau qui aurait pu être mélée avec la vapeur hydrocyanique, Serait absorbée et condensée par le chlorure de calcium. On peut, au moyen d’une chaleur modérée, faire parcourir successivement à l’acide hydrocyanique toute la longueur du tube; et, après l'avoir laissé pendant quelque temps en contact avec le chlorure de calcium , le faire passer enfin dans le récipient. Comme l'acide carbonique, dégagé du marbre par l’acide hydrochlorique, pourrait entrainer avec lui de l’acide hydrocyanique, il faut avoir soin de conduire la chaleur de manière à l’éviter.

L’acide hydrocyanique ainsi préparé est un liquide incolore, très odorant; et la vapeur, si on la respire sans précaution , peut produire le malaise où la défaillance; sa saveur, fraiche d’abord, puis brûlante asthénique à un haut degré, est un véritable poison. Il bout à environ 26 degrés centigrades , et se congèle à 16 degrés centigrades audessous de zéro. Le froid qu’il produit en se rédui- Sant en vapeur suffit accidentellement pour , le congeler.

En CoseTVant cet acide dans des vases bien fermeés , MÊME Sans qu’il ait le contact de l'air, il se décompose quelquefois en moins d’une heure;

et rarement on le conserve au delà de quinze jours. 1 prend feu sur-le-champ dans l'air par l’aproche d’un corps en combustion.

L’acide hydrocyanique pur est un poison si vio-

lent, que lorsqu'une baguette trempée dans cet

acide ést mise en contact avec la langue d’un ani-

mal, la mort s’ensuit avant que la baguette ait pu

être retirée.

7. Acide hydrosulfurique ( hydrogène et soufre ). — On prépare ordinairement cet acide en traitant, à l’aide de la chaleur, le sulfure de fer ou d’antimoine, par l’acide hydrochlorique liquide. On réduit le sulfure d’antimoine en poudre, et on l’introduit dans un petit matras avec cinq ou six fois son poids d’acide hydrochlorique concentré. On adapte au col du matras, au moyen d’un bouchon de liége , deux tubes, dont l’un à entonnoir et propre à y verser l'acide, et l’autre propre à recueillir le gaz, et plongeant dans la cuve hydropneumaüque. À l’aide d’une chaleur modérée, le gaz acide bydrosulfurique se dégage, et on le recueille à la manière ordinaire.

Ce gaz est incolore et élastique comme l'air; mais, Comprimé et refroidi en même temps , il se liquéfie, Sa saveur est sure, et il rougit les couleurs bleues végétales ; il a une odeur très fétide , particulière, et assez semblable à celle des œufs pourris ; il ne peut entretenir la combustion ; cependant il prend feu lorsqu'il a le contact d’une bougie allumée, et brûle avec une flamme d’un bleu pâle, qui dépose du soufre. Les animaux ne peuvent le respirer sans en être suffoqués ; et de tous les gaz, c'est peut-être le plus délétère.

Le gaz acide hydrosulfurique est rapidement absorbé-par l’eau, qui en prend au-delà d’un volume égal au sien. L’eau qui en est imprégnée est sans couleur, mais elle à lPodeur du gaz, une saveur douceâtre nauséabonde, jouit des propriétés acides,

266 MANUEL et par son exposition à l’air, le gaz s’en dégage par degrés.

Si l’on met à l’état d’ignition, au moyen de l’appareïl voltaïque, un fl de platine dans du gaz kydrosulfurique, ce gaz est rapidement décomposé. Il se dépose du soufre, et il reste un volume égal d'hydrogène. Le même changement est pro

LA

duit plus lentement par l’étincelle électrique.

$. IV. — acines DE NATURE INORGANIQUE, SANS OXIGÈNE ET SANS HYDROCÈNE.

3. Acide fluoborique (fluor et bore). — En chauffant doucement, dans une cornue de plomb, un mélange composé d’une partie d’acide borique pur, vitreux et réduit en poudre, de deux parties de flüate de chaux très pur, et de douze parties d’acide sulfurique, le gaz acide fluoborique se dégage, et il faut le recueillir sur le mercure.

Ce gaz incolore ne se décompose point à une très haute température, et se condense par le froid sans changer d'état. Son odeur est Piquante et ressemble à celle de l'acide hydrochlorique ; on ne peut le respirer sans éprouver la suffocation : il éteint la combustion et rougit fortement la teinture de tournesol; il n’a point d’action sur le verre, mais il en exerce une très énergique sur les sub! stances végétales et animales; il les attaque avec autant de force que Pacide sulfurique concentré, et paraît agir sur ces Corps par la production d’eau, car lorsqu'il les charbonne, ou qu’il en sépare du Carbone, on peut les toucher sans courir le risque de se brûler,

is en contact avec l’oxigène ou avec l’air, à une température basse ou élevée, il n’éprouve au- cun changement, si ce n’est qu’à la température ordinaire, il s'empare de l’humidité que ces gaz contiennent; il est transformé dans ce cas en un liquide émettant des Vapeurs extrêmement denses: il agit de la même manière sur tous les gaz qui

contiennent de l’eau hygrométrique ; quelque peu qu’il puisse y en exister, il donne lieu à des vapeurs très sensibles , d’où il résulte que le gaz acide fluoborique peut être employé pour reconnaître si un gaz contient ou non de l'humidité,

Le gaz acide fluoborique est très soluble dans l'eau, qui peut absorber, suivant le docteur John Davy, 700 fois son volume de ce gaz ou deux fois son poids, à la température et à la pression ordinaire de l’atmosphère. Si l’on débouche sous l’eau ‘un flacon contenant du gaz acide fluoborique, le liquide s’y introduira précipitamment et avec bruit, et il le remplira. L'eau saturée de ce gaz est limpide, fumante et très caustique. Elle abandonne par la chaleur environ la cinquième partie du gaz qu’elle contient, mais il est impossible de lui en enlever davantage.

4. Acide fluosilicique ( fluor et silicium). — En mettant dans une cornue un mélange à quantités égales de fluate de chaux et de verre, réduits en poudre fine , et en ajoutant au mélange une quantité d’acide sulfurique suffisante pour le mettre à l’état pâteux; par une chaleur modérée, le gaz acide fluosilicique se dégage en abondance, et on peut le

, recueillir dans une cloche de verre, sur le mercure.

Ce gaz est incolore et élastique comme Pair, mais environ trois fois plus dense ; il ne se décompose point à une très haute température, Son odeur ressemble à celle de l’acide hydrochlorique, et sa saveur est très acide. Il répand des fumées blanches dans l’atmosphère, et rougit les couleurs bleues végétales. Aucun animal ne peut y vivre, et aucun combustible ne peut y brüler.

Ce gaz est rapidement absorbé par l’eau, qui peut en prendre 263 fois son volume, et qui le décompose en en précipitant la silice en partie.

$. V. — Acipes D’orIGINE ORGANIQUE.

2. Acide acétique (oxigène, hydrogène et carbone ). — Cet acide, auquel on donne le nom de vinaigre lorsqu'il est très étendu et un peu impur, se trouve dans la sève de presque toutes les plantes, libre ou uni à la potasse. La sueur, l’uriné de l’homme, le lait même le plus récent, en contiennent d’une manière très sensible. 1] se développe dans l’estomac à la suite de mauvaises digestions. C’est l’un des produits constans de la fermentation putride. Presque toutes les substances végétales sèches et quelques substances animales » étant exposées, en vaisseaux clos, à une chaleur rouge, fournissent de cet acide en grande quantité. On connaît dans le commerce quatre Variétés d'acide acétique, savoir * 1°. le vinaigre de vin; 2°. le vinaigre de malt ; 3. le vinaigre de sucre; 4e. le vinaigre de bois; et de chacune de ces variétés, convenablement distillée ; on peut obtenir l’acide acétique pur; mais dans les laboratoires de chimie, on le prépare le plus ordinairement en distillant lentement, dans une cornue de verre, à un feu très modéré, un mélange de deux parties d’acétate de potasse fondue et d’une partie de l’acide sulfurique le plus concentré. L’acide acétique se dégage à l’état de vapeur, et on le recueille dans un récipient refroidi avec de la glace ou avec un mélange frigorifique. On peut le débarrasser d’une petite portion d’acide sulfureux qui en altère la pureté, en le redistillant avec un peu d’acétate de plomb à L’acide acétique le plus pur qu’on ait pu obtenir JUSqu’à présent se prend en masse cristallisée, à la température de 13° centigrades; il est incolore; con odeur Piquante affecte les narines et les yeux, même douloureusement » lorsqu'on le respire sans PAÉMAUUON; sa saveur estémineminent ice âcre ; il excorie et brûle la peau; il est éminem-

ment volatil. Chauffé à l’air , ii s’enflamme rapidement.

L’acide acétique s’unit avec l’eau en toute pro- portion. En faisant passer cet acide à travers un tube de porcelaine rempli de charbon et rouge de feu, il est décomposé; mais la chaleur rouge, sans laide du charbon, ne suffit pas toujours pour sa décomposition.

11. Acide gallique ( oxigène, hydrogène et carbone ). — Cet acide existe dans différentes substances végétales, qui jouissent de propriétés astringentes , mais en plus grande proportion dans les excroissances appelées galles ou noix de galle. On peut l’obtenir en faisant macérer des noix de galle dans l’eau , en filtrant la liqueur, et la laissant ainsi ex-

osée à l'air. Elle s’y moisit , et se recouvre d’une pellicule gélatineuse épaisse; elle laisse déposer en abondance des flocons gélatineux ; et dans l’espace de temps de deux ou trois mois, on verra les parois du vaisseau tapissés de petits cristaux jaunâtres d’acide gallique impur. En plaçant ces cristaux dans une petite capsule de verre, à la chaleur d’un bain de sable, on les fait sublimer dans une autre capsule renversée sur la première et qu’on maintient froide, et on obtient ainsi l’acide gallique pur, cristallisé en petites lames transparentes. Sa saveur est acide et astringente; il rougit la teinture de tournesol, et n’altère pas l’humidité de l'air. Placé sur un fer chauffé au rouge, il brüle avec flamme, en répandant une odeur aromatique

articulière , mais désagréable.

L’acide gallique est soluble dans 20 parties d’eau froide et dans 3 parties de ce liquide bouillant. Cette dissolution, exposée à l’air, acquiert par degré une couleur brune, et l’acide est détruit. La surface du liquide se couvre de moisissure.

Lorsqu’on fait passer l’acide gallique à travers un tube incaudescent , cet acide est entièrement décomposé.

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