I, — ANALYSE DU SOL
Sous le rapport de l'analyse minérale, aucun sujet ne présente plus d'importance que l’examen chimique des sols, dans la vue d'améliorer ceux qui sont le moins productifs, en ÿ ajoutant dans des proportions convenables, les ingrédiens qui leur manquent pour augmenter leur fertilité. On doit beaucoup aux travaux de lord Dundonald et de Kirwan, dans ce nouveau champ de recherches; mais c’est surtout sir H. Davy qui a fait connaître pour atteindre le but, une méthode facile, à la portée des agriculteurs, et que nous allons exposer ici avec quelque détail.
Les substances qui constituent les sols sont de certains mélanges ou combinaisons de quelques unes des terres primitives, de matières animales ou végétales en état de décomposition , de certains composés salins et d’oxide de fer. Ces substances retiennent toujours de l'eau: elles existent en
proportions très diverses dans différens terroirs, et c’est pour en déterminer les quantités et découvrir leur mode d’union, qu’on soumet ces terres aux épreuves de l’analyse.
Les terres qui se rencontrent le plus ordinairement dans les sols sont principalement la silice ou terre des cailloux; l’alumine ou la matière pure de l'argile, et la magnésie. Le silex forme une partie considérable des sols durs graveleux, des sols durs sablonneux et des terrains pierreux. L’alumine abonde dans les sols argileux et les terres marneuses, et même on la trouve généralement dans les parties du sol le plus divisées, unie avec la silice et l’oxide de fer. La chaux se rencontre toujours dans les sols à l'état de combinaison, et principalement avec l’acide carbonique. Le carbonate de chaux forme, dans son plus grand état de dureté, le marbre; et dans son état le moins serré, la craie. La chaux, unie avec l'acide sulfurique, constitue le sulfate de chaux, gypse ou plâtre ; avec l’acide phosphorique, le phosphate de chaux ou terre des os. Le carbonate de chaux , mélé avec d’autres substances, compose les sols crayeux et les marnières, et il se trouve dans les sols mous sablonneux. La magnésie ne se rencontre que ra-
rement dans les sols, et elle y est combinée avec l’acide carbonique ou avec la silice et l’alumine. La matière animale en décomposition existe sous différens états, contient beaucoup de substance tarbonacée, de l’ammoniaque, des produits gazeux inflammables, et de l'acide carbonique; elle se trouve principalement dans les terrains récemment labourés. La matière végétale en décomposition contient pour l’ordinaire encore plus de substance carbonacée, et diffère surtout de la matière animale, en ce qu’ellene produit point d’ammoniaque : elle forme une grande proportion de toutes les tourbes, abonde dans les sols fertiles, et se trouve en plus ou moins grande quantité dans tous les
terrains. Les composés salins sont peu nombreux, et en petite proportion; ce sont principalement Phydrochlorate de $oude ou sel marin, le sulfate de magnésie, Phydrochlorate et le sulfate de potasse; le nitrate de chaux et quelques substances alcalines peu caustiques. L’oxide de fer, qui est le même que la rouille dont le métal se recouvre par son exposition à l’air et à l’eau, fait partie de tous les sols, mais il est surtout abondant dans les argiles jaunes et rouges, ainsi que dans les sables siliceux de ces mêmes couleurs.
Les instrumens qu’exige l’analyse des sols sont en petit nombre. Une paire de balances capables de peser cent grammes et trébuchant à un demi. décigramme quand les deux plateaux sont chargés; une boîte de poids divisés; un tamis métallique d’une perce assez grosse pour laisser passer un grain de poivre ; une lampe d’Argand avec son support ; quelques fioles de verre, creusets de hesse et capsules en porcelaine à évaporer; un mortier de porcelaine avec son pilon ; quelques filtres faits avec une demi-feuille de papier non collé, et pliés de manière à contenir un demi-litre de liquide, et graissés à leur extrémité, un couteau d’os et une cuve hydro-pneumatique.
Les réactifs nécessaires sont l’acide hyÿdrochlorique, l’acide sulfurique, l’ammoniaque liquide, une dissolution d’hydrocyanate de potasse, de l’eau de savon , des dissolutions de carbonate d’ammoniaque, d’hydrochlorate d’ammoniaque , de carbonate neutre de potasse, et de nitrate d’ammoniaque.
1. Lorsqu'il s’agit de reconnaître la nature générale du sol d’un champ, il faut en prendre des échantillons en différens endroits, à six ou huit centimètres de profondeur, et en examiner comparativement les propriétés. Il arrive quelquefois que, dans les plaines, tout le sol supérieur, c’està-dire la couche supérieure du terrain, est de Ja même espèce, et daris ce cas, une seule ana-
lyse suffira. Mais dans les vallées et dans le voi-!
sinage des rivières , il y a de grandes différences ; il se trouve parfois qu’une partie du champ est calcaire, et qu’une autre partie est siliceuse. Dans ce cas, et ceux analogues, il faut prendre des portions différentes de chaque espèce de ierre, et les soumettre séparément à l’expérience. Lorsqu’on ne peut pas examiner immédiatement les
portions des sols recueillies pour en.faire l’ana-.
lÿse, on les conservera, sans qu’ils éprouvent de changement, en les mettant dans des fioles, qu’on a soin d’en remplir tout-à-fait, et de fermer
ensuite avec des bouchons de verre. La quantité -
de sol la plus convenable pour une analyse parfaite, est celle de douze à vingt-quatre grammes. Cet échantillon doit être pris par ur temps sec, et il faut l’exposer à l’air, jusqu’à ce qu’il ne manifeste plus d'humidité au toucher. On peut constater la pesanteur spécifique d’un sol, en introduisant dans une fiole, qui contiendra un poids connu d’eau, des volumes égaux d’eau et du sol;
mélange qui peut aisément se faire, en versant.
d’abord de l’eau pure dans la fole jusqu’à moitié de sa contenance , et en y ajoutant ensuite la terre.
du sol, jusqu’à ce que le liquide se soit élevé à.
son orifice. La différénce entre le poids de l’eau et
celui du sol donnera le résultat. S1, par exemple, la fiole contient vingt-quatre grammes d’eau, et
que ce poids augmente de douze grammes lorsqu’elle contient moitié seulement de sa capacité d’eau, et l’autre moitié de la terre du sol, la pesanteur spécifique de ce sol sera deux, c’està-dire qu'il sera deux fois plus pesant que l’eau ; et si l'augmentation de poids n’avait été que de dix grammes , la pesanteur spécifique du sol serait
de mille huit cent trente-trois , celle de l’eau étant
mille. H est important de connaître la pesanteur spécifique d’un sol, parce qu’elle fournit une In* dication de la quantité de matière végétale et ani-
La DE CHIMIE. 297 male. que le sol contient, ces substances étant toujours les plus abondantes dans les sols plus’ légers. Il convient également d’examiner les autres propriétés physiques des sols, avant d’en faire l’analyse, parce qu’elles dénotent, jusqu’à un certain point, leur composition, et servent de guides pour se diriger dans les expériences. Ainsi, les sols siliceux sont généralement rudes au toucher, et ils rayent le verre lorsqu'on les frotte dessus; les sols argileux adhèrent fortement à la langue ; et lorsqu'on souffle dessus, ils émettent très sensiblement une odeur terreuse; les sols calcaires sont doux au toucher, et ils adhèrent beaucoup moins que les sols argileux.
2. Les sols, lorsqu'ils sont aussi secs qu’ils puissent le devenir par leur simple exposition à l’air, retiennent encore une quantité d’eau considérable, qui y adhère avec une grande force, et n’en peut être chassée que par un très haut degré de chaleur. La première opération de l’analyse est de dépouiller autant que possible de cette eau un poids donné du sol, en prenant garde toutefois de ne pas affecter, sous d’autres rapports, sa composition; et cela peut se faire, en chauffant un échantillon du sol pendant dix à douze minutes sur une lampe d’Argand, dans une capsule de porcelaine, à une température d'environ cent cinquante degrés centigrades ; et dans le cas où l’on ne ferait pas emploi d’un thermomètre, on s’assurera aisément du degré convenable de chaleur, en tenant un morceau de bois en contact avec le fond de la capsule. Tant que la couleur du bois n’est point altérée, la chaleur n’est point trop forte; mais lorsqu’il commence à se charbonner, il faut arrêter Flopération. Sir Humphry Davy recueillit, dans plusieurs expériences, l’eau qui fut dégagée par cette température; il la trouva constamment pure, et il ne s’était produit sensiblement aucune autre matière volatile. Il faut
noter avec soin la perte de poids qui résulte de la dessiccation; et si sur quatre cents parties du sol elle s’élève à cinquante, on peut considérer ce sol comme étant absorbant au plus haut degré, comme retenant l’eau ; et l’on trouvera généralement qu’il contient une grande proportion d’alumine. Si la perte de poids n’est que de 20 à 10 parties, on en conclura que le sol n’est que légèrement a&bsorbant, qu’il retient peu l’eau, et que la terre sihceuse y prédomine.
3. On ne doit point séparer du sol, dans l’état où il se trouve, les pierres, le gravier ôu les fibres végétales, jusqu’à ce que l’eau en ait été expulsée; car ces corps sont souvent eux-mêmes très abondans, et susceptibles de retenir l’eau; ils influent par conséquent sur la fertilité du terroir. Cependant cette opération devra se faire immédiatement après l'opération du desséchement , et on l’effectuera aisément au moyen d’un tamis, le sol ayant été modérément broyé dans un mortier. [l faudra noter séparément les poids des fibres végétales, ou bois, du gravier et des pierres, et s’assurer de la nature siliceuse de celles-ci. Si ces pierres sont calcaires, elles feront effervescençce avec les acides; si elles sont de nature siliceuse, elles seront assez dures pour rayer.le verre; et si ce sont des pierres de la classe ordinaire de celles argileuses , elles seront douces au toucher, susceptibles d’être aisément coupées au couteau , et incapables de faire effervescence avec les acides.
4. Les sols contiennent, pour le plus grand nombre, outre le gravier et les pierres, de plus ou moins grandes proportions de sable de différens degrés de finesse ; et la première opération qui doit suivre dans le procédé de lanalyse, est de séparer ces substances des parties à l’état de plus petite division , telles que l'argile, la glaise, la marne et la matière végétale ou animale. On!
peut y parvenir d’une manièresuffisamment exacte, en agitant le sol dans l’eau. Le sable grossier se séparera généralement alors dans une minute, et le plus fin, dans deux ou trois minutes, tandis que les parties terreuses très ténues, la matière animale ou végétale, resteront pendant beaucoup plus long-temps en état de suspension mécanique ; . de sorte qu’en décantant l’eau avec précaution, au bout d’une, de deux ou trois minutes, le sable sera principalement séparé des autres substances; l’eau qui les tient en suspension étant mise sur un filtre, elles s’y trouveront déposées après que l’eau l’aura traversé; on pourra alors rassembler ces. substances, lés sécher et les peser; le sable sera également pesé, et il sera pris note du poids des quantités respectives. L'eau qui a filtré doit être conservée, parce qu’elle se trouvera contenir la matière saline et les matières animales et végétales solubles, s’il en existe dans le sol.
5. Une analyse particulière du sable ainsi séparé n'est jamais, où que très rarement nécessaire; on en peut reconnaître la nature de la même manière que celle des pierres ou du gravier. C’est toujours où du sable siliceux, ou du sable ealcaire, ou un mélange de J’un «et de l’autre. S’it consiste entièrement en carbonate de chaux ;,ise dissoudra rapidement ,.et avec effervescence, dans l’acide hydrochlorique; mais s’il est composé'en partie de cette substance .et en partie de matière siliceuse, on en peut déterminer les quantités res-
ectivés, en pesant le résidu après l’action de l'acide, dont il faut augmenter la dose jusqu’à ce que toute effervescence ait cessé, et que la liqueur ait acquis une saveur acide. Ce résidu est la partie sihceuse. Il faut, après l’avoir lavé et fait sécher, l’exposer à une forte chaleur € ins un creuset. La différence entre le poids de ce résidn tet le poids total du sable, indiquerala portion du sable calcaire.
G. La matière très divisée du sol est -ordinaire-
ment de nature très composée ; elle contient quelquefois les quatre terres primitives des sols, ainsi que de la matière animale et végétale; et ce qu’il y a de plus difficile dans cet examen, c’est de déterminer les proportions des substances d’une manière suffisamment exacte. La première opération à faire dans cette partie de l’analyse, est de soumettre la matière très divisée du sol à l’action de acide hydrochlorique. Il faut verser de cet acide sur la matière terreuse dans un bassin propre à l’éva- . poration, en quantité égale à deux fois le poids de la terre, mais l’acide doit être étendu d’un volume d’eau qui soit double du sien. Après avoir remué souvent le mélange, on le laissera reposer pendant une heure et demie avant de l’examiner. S'il existe dans le sol du carbonate de chaux ou de magnésie, il aura été dissous par l'acide, qui se charge également quelquefois d’un peu d’oxide de fer, mais très rarement d'aucune portion d’alumine. Après avoir filtré la liqueur, la matière solide restée sur le filtre sera lavée avec de l’eau de pluie, puis séchée à une douce chaleur, et ensuite pesée. Ce qu’elle aura perdu de son poids indiquera la matière solide enlevée. On réunira l’eau de lavage à la dissolution, et si la liqueur n’a pas de saveur acide, elle sera rendue telle en
y ajoutant une nouvelle quantité de l’acide. On. méêlera alors le tout avec un peu de dissolution.
Vhydrocyanate de potasse. S’il se manifeste un précipité bleu, ce sera une indication de la présence d’oxide de fer; et dans ce cas, il faut ajouter, Soutte à goutte, de la dissolution d’hydrocyanate;, Jusqu'à ce qu’elle cesse de produire aucun effet. our reconnaître ensuite la quantité du précipité , après lavoir recueilli comme d’autres précipités solides , on le chauffera au rouge ; le résultat sera de l’oxide de fer. Dans le liquide , ainsi débarrassé,
de l’oxide de fer, on versera de la dissolution del.
carbonate de potasse neutre » jusqu’à ce que toute,