AMMONIAQUE
est une source abondante d'ammoniaque qu'on utilise dans l'agriculture. La fiente de chameau renferme, dit-on, du chlorure d'ammonium ; toujours esl-il que c'est la matière première d'où Ton extrayait autrefois ce sel par sublimation. Cette extraction était pratiquée dans les anciens temps en Libye, près dû temple de Jupiter Ammon, d'où est venu le nom de l'ammoniaque. Black établit en 1756 la distinction entre l'ammoniaque et l'ammoniaque carbonalèe, et ce fut Priestley qui, en 1774, découvrit le gaz ammoniac. Sa composition a été établie par BerthoUet en 1785.
212. La combinaison directe des gaz hydrogène et azote ne peut s'effectuerque très-imparfaitement. La combustion de l'hydrc^ène, dans une petite quantité d'air atmosphérique, paraît donner naissance à des traces d'azotate d'ammonium ; rétincelle électrique éclatant dans un mélange d'hydrogène et d'azote, en présence d'un acide quelconque en vapeur, provoque aussi, dit-on, leur combinaison et la formation de sels anunoniacaux. Il est hors de doute que l'hydrogène naissant possède la propriété de s'unir à l'azote pour former de l'ammoniaque. C'est pourquoi, dans l'électrolyse de l'eau renfermant de Tair atmosphérique, il se produit toujours des traces d'ammoniaque au pôle négatif. Presque toutes les oxydations qui se produisent à l'air humide sont accompagnées de laformati^i d'ammoniaque ou de sels ammoniacaux; lorsque, par exemple, on expose à l'air de la limaille de fer humectée d'eau, elle s'oxyde, en partie par l'action de l'oxygène de l'air, en partie par suite de la décomposition de l'eau, dont l'hydrogène s'unit alors partiellement àTazote de l'air pour former de l'ammoniaque. L'action du zinc sur Teau en présence de l'air produit un i ésultat analogue; et, en général, toute production d'hydrogène résultant de l'action de Tair et de l'eau sur un mélange de différents corps, est accompagnée d'une formation plus ou moins abondante d'ammoniaque libre ou combinée. L'ammo* ttiaque est également un produit fréquent de réduction des composés otygénés de l'aiote. Ainsi, elle se forme par l'action du bioxyde d'azote surl^hydrogène sulfuré; par le passage d'un mélange de gaz hydrogène et biotyde d'azote à travers un tube chauffé au rouge et contenant des substances poreuses ; par l'addition d'un azotite ou d'un azotate à un mélange qui dégage de l'hydrogène ; en chauffant un azotite ou un azotate aveti une solution acide de chlorure stanneux, etc., etc. L'ammoniaque se forme en rutre par l'action de l'eau ou de certains hydrates Sur un grand nombre de combinaisons azotées du chlore, du soufre, du phosphore, du carbone, du bore, etc. Les cyanures ou carbazotures, tlotamment, produisent de l'ammoniaque lorsqu'ils sont soumis à l'action de la vapeur d'eau, à une température élevée. Mais la source la plus
abondante de l'ammoniaque, ou de ses combinaisons, est la décomposition des matières organiques azotées par la putréfaction ou par la distillation sèche ; c'est ainsi que Raymond Lulle obtenait primitivement la solution d'ammoniaque, qu'il désignait sous le nom de Spirilusanimails, par la putréfaction de l'urine. La putréfaction des matières or- ^'aniques non azotées, par exemple de l'amidon, au contact de l'air, produit également des traces d'ammoniaque. Le calcination des os en vase clos, dans le but de préparer le charbon animal ou charbon d'os^ donne un liquide distillé très-ammoniacal, et c'était là autrefois la principale source des sels ammoniacaux; ce liquide, soumis à une nouvelle distillation, constituait ce que l'on appelait l'esprit de corne de cerf. Aujourd'hui la presque totalité de l'ammoniaque et de ses sels qui est employée dans le commerce provient de la distillation de la houille dans la fabrication du gaz. On redistille les eaux de condensation, on les sature par de Tacide sulfurique et l'on sépare, par cristallisation, le sulfate d'ammonium ainsi formé. L'azote de la plupart des combinaisons organiques peut être converti complètement en ammoniaque par l'action d'un excès d'alcali caustique, à une température élevée ; on emploie généralement à cet effet un mélange d'hydrates de sodium et de calcium, connu sous le nom de chaux sodée.
215. On prépare presque toujours l'ammoniaque libre par l'action d'un alcali caustique, généralement de la chaux éteinte, sur un sel ammoniacal, notamment le chlorure d'ammonium, ou sel ammoniac.
2 AzH--HCl -h CaH*0* = CaCl* -h 2H*0 + 2 AzH'.
On chauffe dans un ballon ou dans une cornue le mélange de ces substances, soit en poudre, soit en bouillie, et l'on dirige le gaz ammoniac mis en liberté dans un grand flacon de Woulfe, où il se débarrasse de l'eau et des impuretés entraînées mécaniquement ; on peut le recueillir ensuite, soit sur lacuve àmercure, soit par déplacement d'air, dans un flacon dont le col occupe la partie inférieure ; ou bien on le fait passer dans l'eau, dans laquelle il est très-soluble, ou bien encore on lefait absorber par certains sels, comme le chlorure d'argent. Sa solutibn aqueuse et les sels métalliques qui l'ont absorbé l'abandonnent de jiouveau facilement, sous l'influence d'une température peu élevée. Le moyen le plus expéditif pourse procurer le gaz ammoniac est certaine* ment de chauffer doucement sa solution aqueuse très-concentrée, avec ou sans addition de chlorure de calcium solide ; on peut, si cela est nécessaire, dessécher le gaz ammoniac en le faisant passer sur de la putasse solide ou sur de la chaux vive.
AMMONIAQUE. 20i
214. L'ararnoiiiaque est un gaz condensableqù'on peut facilement obtenir à Tétat liquide, par le froid ou par la pressio«. On dirige le gat ammoniac parfaitementdesséché, et préalablement refroidi par un mé* lange de glace et de sel, dans un récipient entouré d un mélange de glace fit de chlorure de calcium, qui produit un froid de— 40^ suffisant pour liquéfier le gaz.
On peut employer un tube en V fermé à la lampe aux deux extrémités j dans Tunë des branches duquel on a placé du chlorure d'argent saturé de gaz ammoniac sec ; en chauflant doucement cette branche jusque vers H2 ou 120*, et en refroidissant la seconde branche avec de la :glace, le gaz quitte le chlorure d'argent et se liquéfie, par sa propre {)ression, dans la partie froide du tube. Le chlorure d'argent, lorsqu'il se refroidit, absorbe de nouveau le gaz ammoniac. On peut solidifier l'ammoniaque liquéfiée en l'exposant au froid intense produit par un mélange d'anhydride carbonique sohde et d'éther placé dans le vide.
L'ammoniaque solide est une substance incolore, transparente et cristalline, fusible à — 75*. L'ammoniaque liquéfiée est un liquide incolore, très-mobile et trés-réfringent ; sa densité est égale à 0,73; elle bouta — 34* et sa tension à 0* est égale à 4,44 atmosphères; à 15* elle est égale à 7 atmosphères. Le gaz ammoniac pèse un peu plus de la moitié du même volume d'air.
[L'ammoniaque liquéfiée absorbe une grande quantité de chaleur -pour passer de l'état liquide à l'état de gaz, c'est-à-dire qu'elle produit ainsi un froid très-intense. On a utilisé ce principe pour construire des appareils susceptibles de produire artificiellement des quantités considérables de glace ; le générateur d'ammoniaque est une chaudière contenant une solution aqueuse concentrée d'ammoniaque, dont on élève la température Jusqu'au delà de 100*; cette chaudière communique avec un récipient hermétiquement clos, dans lequel vient se condenser le gaz ammoniac qui se liquéfie sous sa propre pression. Lorsqu'on supprime la source de chaleur, l'eau de la chaudière se trouvant dans une atmosphère de gaz ammoniac s'en sature de nouveau, et provoque ainsi la volatilisation de toute l'ammoniaque liquéfiée ; or le récipient plongeant Klaris une masse d'eau, celle-ci est obligée de céder son calorique à l'ammoniaque qui se volatilise, et elle se congèle. (Carré.)]
Le gaz ammoniac possède une odeur caractéristique très-pénétranté. Si on essaye de le respirer, on-éprouve un resserrement de la glotte, en même temps qu'il se produit une vive inflammation des membranes muqueuses des voies respiratoires. Les animaux que Ton plonge dans une atmosphère d'ammoniaque y périssent rapidement. Fortement mé-
langé d-air, oû peut le respirer sans inconvénient sérieux. Sa saveur est très-alcàline e4 il colore, môme lorsqu'il est parfaitement sec, le papier de curcuma on brun, le sirop de violettes en vert, la teinture de bois dé Brésil en rouge et le papier rouge de tournesol en bleu.
L'annnoniaqne se combine avec un grand nombre de corps composés ou est simplement absorbé par eux : tels sont Teau, les alcools, les éthers, les anhydrides, le$ chlorures de beaucoup de radicaux, et un grand nombre de sels métalliques. En présence d'un adde volatil, comme Tacide chlorhydrique ou Tacide azotique, il répand d'épaisses fumées blanches produites par la formation d'un sel ammoniacal. L'hydrogène de l'ammoniaque peut être remplacé, par substitution, par un grand nombre de radicaux simples ou composés, électro-positifs ou électro-négatifs. Les dérivés basiques ou électro-positifs possèdent, comme l'ammoniaque elle-même, la propriété de s'unir directement aux acides pour former des sels.
Du gaz ammoniac dans lequel on fait éclater une série d'étincelles électriques se décompose peu à peu en ses éléments, de telle sorte que 2 volumes de ce gaz produisent 5 volumes de gaz hydrogène et 1 volume d'azote. La même décx)mposition a lieu lorsque l'on fait passer ce gaz dans un tube chauffé au rouge et rempli de fragments d'un corps solide destiné à augmenter les surfaces chauffées.
Le gaz ammoniac est difficilement combustible ; néanmoins un- jet de ce gaz s'enflamme lorsqu'on le présente à la flamme du gaz, ou à la flamme d'une lampe à alcool, ou même d'une lampe ordinaire; seulement la combustion ne s'entretient pas d'elle-même, à moins que le jet ne soit dirigé dans une atmosphère d'oxygène ou de chlore. Un mélange de gaz ammoniac et d'oxygène, obtenu en faisant passer un courant rapide d'oxygène dans une solution bouillante d'ammoniaque, brûle facilement avec une flamme jaune verdâtre caractéristique. Le même mélange, soumis à l'action de l'étincelle électrique, détone, et les produits de la combustion varient suivant les proportions des gaz mélangés. L'ammoniaque s'oxyde rapidement dans certaines circonstances, pour produire de l'acide azotique. Lorsqu'on dirige un jet de gaz ammoniac dans un flacon rempli de gaz chlore, il s'y enflamme spontanément et brûle avec une flamme jaune verdâtre; il se forme de l'azote et de l'acide chlorhydrique qui se combine partiellement à de Tammoniaque non décomposée. De même, lorsqu'on fait arriver du chlore dans une atmosphère de gaz ammoniac, il y brûle en produisant du sel ammoniac et de l'azote, dont une partie s'unit quelquefois à du chlore pour former du chlorure d'azote AzCl*. Le brome se comporte à peu prés comme le chlore ; l'iode produit de l'iodure d'ammo-