PHOSPHORE
Lorsqu'on fait digérer du phosphore avec de Tacide chlorhydrique concentré, à la température de 140*», il se transforme en hydrogène phosphore et acide phosphoreux. Il réduit Tacide sulfurique à l'état d'acide sulfureux , et ce dernier à Tétat d'acide sulfhydrique. (Oppenheim.)
Le phosphore se comporte comme un réducteur énergique à l'égard des solutions métalliques. 11 précipite à l'état métallique l'or, le platine, le palladium, l'argent, le mercure et le cuivre de leurs solutions salines. La plupart des métaux se combinent au phosphore, à une température élevée, pour produire des phosphures ; ceux-ci se forment aussi par l'action du phosphore sur les oxydes métalliques, à une haute température.
298. Le phosphore, comme le soufre, est remarquable par la multitude de modifications allotropiques sous lesquelles il peut exister. Lorsqu'on conserve sous l'eau, exposé à la lumière, du phosphore incolore et transparent, sa surface se recouvre d'une croûte opaque, blanche et cassante. Cette transformation paraît due à une structure demi-cristalline affectée spontanément par le phosphore qui se partage en une feule de petites lamelles. La densité du phosphore blanc est égale à 1,5. Chauffé à 50<» et au-dessus, il se transforme dans la modification primitive. Lorsqu'on chauffe du phosphore un peu au-dessus de son point de fusion et qu'on le refroidit brusquement, il se transforme subitement en une masse opaque noire qui, par une nouvelle fusion et un refroidissement graduel, reproduit le phosphore ordinaire. Lorsque, au contraire, on chauffe le phosphore dans le voisinage de son point d'ébuUition et qu'on le refroidit brusquement, il acquiert une consistance visqueuse, comme fait le soufre.
La modification la plus remarquable du phosphore est celle que l'on désigne commimément sous le nom de phosphore amorphe ou de phosphore rouge. Lorsqu'on expose le phosphore ordinaire aux rayons directs du soleil, ou qu'on le chauffe fortement dans le vide ou dans un gaz inerte, il devient peu à peu rouge et acquiert des propriétés toutes nouvelles. On peut, par la méthode de M. Schrœtter, préparer de grandes quantités de ce phosphore amorphe. Pour cela , on chauffe pendant plusieurs heures à 230-250*», du phosphore ordinaire, dans un appareil rempli d'azote ou d'acide carbonique et dont l'extrémité plonge dans du mercure. Une petite quantité de phosphore échappe à la tranformation et distille ; mais la plus grande partie se transforme en phosphore qu'on débarrasse du phosphore ordinaire qu'il retient encore, en le traitant par le sulfure de carbone qui ne dissout pas le phosphore modifié. Généralement, le phosphore amorphe est d'une couleur brun cho-
colat, mais lorsqu'on le prépare à une température plus élevée il est rouge cochenille.
La densité du phosphore amorphe est égale à 2,44(Brodie). Il fond à 250-260° en se transformant de nouveau en phosphore ordinaire. Il est sans odeur et sans saveur et n'est point vénéneux ; il reste complètement inaltéré à Fair, à la température ordinaire ; il ne répand de lueurs qu'à la température de 200** et ne s'enflamme que lorsqu'on le chauffe à 260°. Le chlore l'attaque facilement, mais sans l'enflanamer. 11 est insoluble dans le pétrole, le trichlorure de phosphore, etc., aussi bien que dans le sulfure de carbone. On peut l'obtenir en masses compactes, en maintenant pendant plusieurs jours le phosphore à une température peu inférieure à 260°. C'est alors une masse rouge brun à cassure conchoïde et brillante, et donnant une poudre brun chocolat.
M. Brodie a fait voir qu'une petite quantité d'iode peut provoquer la transformation d'une quantité presque indéfinie de phosphore ordinaire en phosphore rouge. A cet effet, on fond du phosphore dans un ballon rempli de gaz carbonique et on y laisse tomber quelques fragments d'iode par un tube arrivant prés de la surface du phosphore, puis on chauffe légèrement; la réaction qui s'établit est trés-énergique et accompagnée d'un dégagement subit de chaleur ; le produit qu'on obtient est une masse dure, noire, d'un aspect semi-métallique, qui, pulvérisée, est rouge. On l'obtient également en ajoutant de l'iode à du phosphore fondu sous une couche d'acide chlorhydrique. Le phosphore amorphe préparé par la méthode de M. Brodie peut être distillé sans altération ; il se volatilise sans fondre, comme le fait l'arsenic, et se condense en une masse dure et noire qui ne renferme que des traces d'iode. La potasse caustique attaque plus facilement ce phosphore que celui préparé par la méthode de M. Schrœtter; il précipite, à l'état métallique, les métaux de certaines solutions salines, par exemple, le cuivre du sulfate de cuivre, comme le fait également le phosphore ordinaire. Sa densité est égale à 2,33.
Le procédé de H. Brodie donne d'abord un iodure de phosphore qui contient le phosphore* à l'état amorphe et qui, en se décomposant immédiatement après s'être formé, met en liberté du phosphore amorphe et un iodure de phosphore plus volatil qui réagit ensuite sur une nouvelle portion de phosphore que renferme l'iodure instable, et ainsi de suite, tant qu'il reste du phosphore ordinaire. Lorsque Ton fait cette expérience dans un long tube à combustion, on peut suivre cette transformation d'une extrémité du tube à l'autre. En raison de ce mode de formation, on peut envisager le phosphore amorphe comme constituant