CHLORE
cause de la grande différence de densité qui existe entre ces gaz ; on ne peut pas le recueillir sur le mercure, parce que ce métal est rapidement attaqué, et on ne le recueille que difficilement sur l'eau, parce qu'il y est soluble. On peut pourtant tourner cette difficulté en employant un courant rapide de ce gaz et faisant arriver le tube de dégagement jusqu'au haut du vase dans lequel on le recueille, ou bien en se servant d'eau chaude, ou, mieux encore, d'une solution con-, centrée de sel marin qui ne dissout que fort peu de chlore. Au lieu de peroxyde de manganèse, on peut se servir de chromate de potassium, ou bien, mais sans aucun avantage, d'oxyde rouge ou d'oxyde puce de plomb, de chlorate de potassium, d'hypochlorite de calcium, d'acide azotique, etc. On emploie aussi fréquemment, au lieu d'acide chlorhydrique, un mélange d'acide sulfurique et de chlorure de sodium, mélange qui donne de l'acide chlorhydrique
2NaCl ■+- MnO* 4- 2H*S0* = Na'SO* -+- MnSO* -+-2^0 + Cl«.
Cet acide chlorhydrique agit alors sur le peroxyde de manganèse, au moment de sa formation.
6. On peut également obtenir du chlore par l'action de la chaleur seule sur certains chlorures, notamment les chlorures de palladium, de platine et d'or : PtCl^ = Pt 4- Cl*. Le pentachlorure d'antimoine SbCl* chauffé doucement, se dédouble en trichlorure SbCP et chlore Cl' ; le trichlorure d'or AuCl* se dédouble de môme en protochlorure AuCl, et en chlore Cl*. Enfin le chlore est souvent mis en liberté par la décomposition de ses composés oxygénés.
49. Le gaz chlore a une couleur jaune verdâtre, d'où son nom (de /lupàç). Il ne peut être respiré que lorsqu'il est très-dilué; il a une odeur très-irritante. C'est un des corps gazeux les plus denses ; à la température ordinaire, il est 35,5 fois plus lourd que l'hydrogène, et 2 i/2 fois plus lourd que l'air. A la température de 15*^,5 et sous une pression de 4 atmosphères, il se condense en un hquide jaune, mobile, d'une densité égale à 1,53. On n'a pas réussi jusqu'à présent à le solidifier. L'eau dissout deux fois son volume de chlore à la température ordinaire; sa solution aqueuse a la même couleur, l'odeur et les propriétés chimiques les plus importantes du chlore gazeux. A une basse température, Teau dissout encore beaucoup plus de chlore, et, en opérant à 0**, on obtient une combinaison cristallisée d'eau et de chlore, dont la composition est exprimée par Cl',10H'O. Lorsqu'on enferme cet hydrate dans un long tube scellé à la lampe, et qu'on le chauffe à 58**, il se décompose en donnant deux couches, dont la plus légère est de l'eau tenant du chlore en dissolution, et la plus dense du
5i MANUEL DE CHIMIK..
chlore liquéfié. Si le tube est coudé, on peut facilement distiller cette couche en refroidissant, par un mélange réfrigérant, Tune des branches du tube. Le chlore, très-différent en cela de Thydrogéne, a des propriétés chimiques trés-énergiques; il produit très-facilement des phé^ noménes de combinaisons ou de substitutions directes, et d'oxydations indirectes. Il n'est pas inflammable et ne se combine directement à l'oxygène dans aucune circonstance. 11 se combine par contre directement, à la température ordinaire, avec tous les métaux et avec beau^ coup de métalloïdes, par exemple, l'hydrogène, le phosphore, l'arsenic, et avec un grand nombre de corps composés, tels que l'anhydride sulfureux SO*, le gaz oléfiant C*H*, la benzine CW, l'oxyde de carbone CO, etc. Sa combinaison avec le phosphore, l'arsenic, l'antimoine, l'étain, le cuivre, a lieu avec incandescence, A une température élevée, il se combine aussi directement au soufre, au sélénium, au bore et au silicium. On ne peut pas l'unir directement au carbone. Lorsqu'on plonge dans une atmosphère de chlore un corps combustible renfermant du carbone et de l'hydrogène, comme du bois, du papier, une bougie qu'on a allumée, la combustion continue pendant quelque temps, et elle se fait aux dépens de l'hydrogène qui forme des fumées d'acide chlorhydrique, tandis que du charbon est mis en liberté et se dépose sous forme de noir de fumée. 11 n'est pas toujours nécessaire d'enflammer préalablement le corps que l'on veut faire brûler dans du chlore : ainsi du papier imprégné d'essence de térébenthine C*^H'' s'y enflamme spontanément en donnant beaucoup d'acide chlorhydrique et de noir de fumée.
50. Le chlore a la propriété de déplacer le brome et l'iode de leurs combinaisons, en s'y substituant atome pour atome. L'iode libre donne avec l'amidon une coloration bleue intense, et lorsque l'on plonge du papier amidonné dans une solution d'iodure de potassium et qu'on le présente ensuite à du chlore, l'iode se trouve mis en liberté et colore aussitôt l'amidon