‹ Manuel de chirurgie de guerre [electronic resource]Chapitre 12 sur 35 · Pansement · texte numérisé non relu

Pansement

Pansement protecteur. — Pansement de soutien. — Pansement, eompressif. — Pansement contentif, à attelles. — Pansement contentif, plâtré.

ô. Opérations.

1° Légères : Sutures. — Extraction de balles. — Extraction d'esquilles. — Réductions.

> Importantes : Occlusion d'artères. — Ligature d'artères. — Transfusion. — Trachéotomie. — Résection. — Amputation et desarticulation.

TRANSPORT DEPUIS LÀ STATION DE PANSEMENT JUSQUE DANS LES AMBULANCES DE SECONDE LIGNE.

Voitures de transport de blessés. ' De la station de pansement, les blessés sont dirigés sur les ambulances installées à proximité, ou sur les hôpitaux des environs, ou, enfin, au chemin de fer ou au bateau destiné à les tranporter en arrière dans les hôpitaux situés en dehors de la zone des opérations. En général, avant ou pendant la bataille, on organise dans les localités voisines des locaux destinés à recevoir les malades et les blessés, ou bien on dresse des tentes ou on élève des baraques ; aussitôt que les blessés sortent d'entre les mains des médecins qui leur ont donné les premiers secours et appliqué le premier pansement, il s'agit de les y transporter d'une manière sûre et inoffensive. Heureux les blessés qui peuvent, sur des ^canots ou dans des bateaux, descendre une rivière voisine qui les conduise jusqu'à leur destination définitive ! Point n'est besoin, là, d'installation difficile, de transport douloureux, de personnel nombreux. Une couche de paille, un manteau, une couverture, un oreiller improvisé avec le sac, la musette ou la capote roulée font du plus mauvais canot une fort bonne couchette pour les malades. Quand il ne s'agit pas de transporter les blessés bien loin, à plus d'une lieue, par exemple, quand on dispose d'un nombre suffisant de porteurs, le transport peut se

faire par brancard ou avec les brancards à roue. Quand la distance est plus grande, quand les bras manquent, quand les blessés sont nombreux, on emploie avec avantage ces voitures de transport de malades, construites sur le modèle américain plus ou moins modifié et qu'ont adoptées les compagnies de santé de toutes les armées et les sociétés de secours de tous les pays. On en trouve la description et la représentation dans tous les auteurs qui ont traité ce sujet : Gurlt, Esmarch, Gori, et dans la circulaire n° 6 du chirurgien-général de l'armée des Etats- Unis. Ces voitures sont construites ou pour petits blessés assis ou pour grands blessés couchés, ou peuvent servir simultanément ou alternativement aux uns et aux autres. Il est fort à désirer que les litières ou les brancards sur lesquels les blessés sont apportés puissent être conservés dans la voiture ; on évite ainsi un long, douloureux et dangereux transbordement du blessé d'une couchette à l'autre. Le personnel doit naturellement être spécialement exercé au chargement des blessés. Les voitures de blessés à un cheval servent principalement au Iransport du champ de bataille à la station de pansement. Pour le transport de la station de pansement aux ambulances, on emploie plutôt des voitures à 2 et 4 chevaux, pouvant contenir 2, 6, 8 et même un plus grand nombre de blessés. Les Belges arrivèrent pendant la dernière guerre, à Metz, avec une voiture à quatre chevaux sur laquelle on pouvait commodément charger 12 blessés. Comme attelage on prend des chevaux, des mulets, au besoin des bêtes à cornes. Les voitures de transport de malades sont suspendues sur des res-

sorts; elles sont distribuées, aménagées et rembourrées de manière à réunir autant que possible la légèreté à la résistance , le petit volume au grand espace.

Fig. 29.

La voiture américaine de Rosenkranz (fig, 29), celle de Gori et celle de Munclv sont de vrais modèles.

Voitures de malades improvisées. — Tapissières.

Il est souvent nécessaire d'improviser de ces voitures de transport de malades. Le matériel qui les remplace le plus avantageusement sont les voitures pour meubles, dites tapissières, qui sont spacieuses, couvertes, légères, et permettent d'y placer et au besoin d'y suspendre facilement un certain nombre de brancards de toutes formes et de toutes dimensions. Naturellement, ces véhicules ne se trouvent que dans les villes. Les équipages et calèches, surtout quand ils sont à quatre places, peuvent facilement être aménagés pour le transport de deux à quatre blessés; il suffit de réunir les deux banquettes au moyen de planches, de matelas ou d'autres pièces de literie. A la campagne, ce sont des voitures à échelles, des voitures de charretier et des véhicules de tout genre qu'il s'agit de transformer en voitures de transport de blessés. Il existe divers moyens d'organiser une voiture à échelles pour le transport des malades.

Adaptation des voitures à échelles pour le transport des petits blessés au moyen de sièges longitudinaux.

Ce qu'il y a de plus simple, c'est naturellement de disposer ces véhicules pour le transport des petits blessés. On peut y arriver par plusieurs procédés :

a) Des deux côtés, dans le sens de la longueur, on attache des planches ainsi que cela se fait partout à la campagne, quand la voiture à échelles est installée pour le transport de personnes assises. Les planches sont fixées au moyen de chaînes ou de fourragères contre les hampes des échelles et soutenues au be-

soin, en deux ou trois points, par des perches transversales passées sous les planches, ce qui donne à la suspension à la fois la solidité et l'élasticité. En même temps, une certaine élasticité propre aux planches contribue, dans une certaine mesure, à paralyser les secousses de la voiture.

b) Sièges transversaux. Un second système est celui où les banquettes sont transversales. On fixe transversalement d'une échelle à l'autre de véritables sièges de chars-à-bancs ou de simples planches; ces sièges, échelonnés les uns derrière les autres avec un intervalle suffisant pour placer les membres inférieurs, sont, autant que possible, attachés au moyen de boucles, ce qui détermine encore une certaine suspension et amortit également les cahots.

c) On peut remplacer ces sièges transversaux par des cordes (et même au besoin avec des chaînes). Il suffit, pour cela, de tendre, d'une échelle à l'autre,

Fig. 30.

deux cordes parallèles distantes d'un demi ou de trois quarts de pied et réunies l'une à l'autre au moyen de trois ou quatre cordes perpendiculaires aux premières. Une capote, une couverture, une botte de paille appliquée sur ce châssis complète le siège. (Fig. 30.)

d) Sièges de paille. Enfin, les sièges transversaux peuvent, quoique assez imparfaitement, être remplacés par des bottes de paille fixées transversalement et plus ou moins consolidées par l'interposition de sacs, de fusils, etc.

Transport des grands blessés.

Pour les grands blessés, les véhicules improvisés sont toujours très-insuffisants. On devra donc, autant 1 que possible, leur épargner ce mode de transport ou, I du moins, en atténuer les difficultés, le mieux qu'on peut, à l'aide d'appareils protecteurs appliqués dès la station de pansement.

On peut, en cas de nécessité, aménager les voitures à échelles pour le transport des grands blessés, au moyen des systèmes suivants :

a) Planches longitudinales. Sur trois perches transversalement fixées, on attache des planches longi- j tudinales de manière à combler tout l'intervalle j des deux échelles. Ces planches sont matelassées j à l'aide de paille, de paillasses, de matelas, de manteaux, de couvertures ; les sacs sont disposés pour servir de soutien à la tête. Selon la longueur et la largeur des voitures, on peut y coucher de deux à quatre grands blessés. Pour en loger quatre, on les place deux de front et deux en longueur. Comme les traverses qui supportent les planches sont suspendues par des boucles, tout le système possède un certain degré d'élasticité qui contre-balance les chocs trop violents de la voiture pendant la marche. La compagnie de santé de l'ex-armée hanovrienne

était exercée à aménager ainsi une voiture à échelles et ces manœuvres étaient réglementées.

b) Treillage de cordes. Une longue corde est passée et repassée par-dessus l'intervalle qui sépare les deux échelles, de manière à y constituer comme un pont composé d'une série d'anses allant d'une échelle à l'autre et s'entre-croisant entre elles. Ce treillage est recouvert d'une couche de paille qui sert de lit au malade, Un aide assis sur le bord de la voiture soutient

Fig. 31.

le blessé et l'empêche de tomber. Une corde passée par-dessus le corps remplit le même office. (Fig. 31.)

On complique, mais en l'améliorant considérablement, ce mode d'aménagement, quand on réunit la hampe supérieure de l'une des échelles avec la hampe inférieure de l'autre, au moyen d'un premier treillage de cordes, puis la hampe inférieure de la première échelle avec la hampe supérieure de la seconde au moyen d'un second treillage. De l'entrecroisement des deux treillages il résulte une dépression en forme de berceau. Or, quand au moyen d'une longue corde on fixe tous les points d'entrecroisement, on peut placer sur la gouttière en ques-

tion une planche longitudinale recouverte d'une couche de paille et susceptible de recevoir un ou deux malades placés en long ou en large.

Un perfectionnement fort avantageux, surtout pour les longs voyages, consiste à recouvrir ces véhicules au moyen d'une bâche (toile fixée sur des cerceaux) qui mette les malades à l'abri du soleil, de la poussière, du vent et de la pluie. Mais cet agencement ne peut être appliqué qu'une fois que la voiture a reçu ses hôtes, ce qui détermine des retards fâcheux.

Chargement des blessés sur les voitures.

Le chargement des blessés sur les voitures improvisées ou spéciales au transport des malades, s'effectue en vertu des règles générales avec lesquelles le personnel de santé, celui des sociétés de secours aussi bien que celui de l'armée, doit être familiarisé par l'exercice. Il serait très-avantageux que cette manœuvre fît partie intégrante des exercices généraux pratiqués au gymnase. Il est en effet très-difficile d'enseigner par des paroles ce qui s'apprend si facilement par la démonstration pratique des mouvements et des tours de main. Cela ne doit pas nous empêcher, cependant, d'établir les principes en vertu desquels on doit opérer.

On doit autant que possible charger le blessé sur la voiture, avec la couchette sur laquelle il est étendu. Ceci est très-facilement réalisable quand le blessé est amené sur les couchettes mêmes du fourgon de transport, ou quand il a été apporté sur une paillasse ou sur une couverture avec laquelle il puisse être hissé sur ces couchettes.

Transbordement. Quand il est nécessaire d'opérer un transbordement, le conducteur de la voiture amène au blessé un brancard à roulettes quand il s'agit d'un fourgon sanitaire, ou une paillasse quand il s'agit d'un véhicule improvisé, en présentant la tête de la couchette aux pieds du malade, et les pieds de la couchette à la face postérieure de la voiture. Le malade est soulevé et porté en place au commandement, comme pour le relèvement sur le champ de bataille ou pour le changement de lit à l'hôpital.

Chargement. Le chargement sur la voiture se fait toujours les pieds en avant et par le derrière de la voiture (1). « Pour cela, quatre hommes au moins sont nécessaires. Ils prennent place autour du brancard de manière à ce que le premier porteur soit prêt à saisir, en arrière, les deux poignées des hampes du côté de la tête, et deux autres porteurs les poignées du côté des pieds, celui de gauche saisissant la hampe gauche de sa main droite, celui de droite la hampe droite de sa main gauche. La voiture est alors ouverte de manière à recevoir le blessé, et le porteur le plus éloigné prend le commandement. Au commandement : « attention ! » chacun, se baissant, saisit le brancard à l'endroit désigné ; au commandement : « debout ! » le brancard est soulevé, et au commandement : « marche ! » on le porte en avant dans la direction de la voiture. A un pas de celle-ci,

1. Je m'honore d'emprunter textuellement ce qui suit à l'excellent opuscule de G. Schiller, un des élèves distingués démon père; je le fais d'autant plus volontiers qu'il est très-désirable que ces manœuvres et ces commandements soient adoptés partout d'une manière aussi uniforme que possible.

on fait halte. Les deux porteurs les plus avancés, ceux de l'extrémité inférieure du brancard, changent alors de main en exécutant un quart de conversion le front contre le brancard, puis passent l'autre main sous la hampe du brancard, vers le côté de la tête, aussi loin qu'ils peuvent. Quand le brancard est ainsi solidement tenu, ils en placent les roulettes de devant sur le plancher de la voiture, à droite ou à gauche. Cela fait, celui des deux porteurs de devant qui est placé en dehors, passe en arrière vers le porteur du côté de la tête ; il lui prend la poignée extérieure, puis tous deux, élevant les poignées assez haut pour que les roulettes des pieds ne viennent pas à buter contre le plancher, poussent doucement le brancard dans la voiture. Celui des deux porteurs de devant qui est placé en dedans reste à sa place et concourt à donner au brancard la direction voulue dans sa marche à l'intérieur de la voiture, tandis que le conducteur, placé au fond de la voiture, a pour mission d'empêcher que les poignées de devant ne viennent heurter la paroi. Enfin, la portière de la voiture est fermée. Quand le brancard doit être retiré, deux hommes se placent aux poignées de la tête, et le troisième se place en dedans, à côté d'eux. Les deux premiers retirent le brancard, avec les précautions prescrites pour le glisser à l'intérieur, c'est-à-dire en élevant les poignées; ils cessent de tirer quand le troisième porteur, celui qui est placé en dedans, s'aperçoit que les roulettes des pieds de devant rie sont plus éloignées que de quelques pouces du bord de la voiture, et commande de faire halte. »

TRANSPORT DEPUIS LE THEATRE DE LA GUERRE JUSQU'A DE GRANDES DISTANCES. - ÉVACUATION.

Comme nous l'avons déjà dit, certaines blessures n'excluent pas le transport immédiat depuis le théâtre de la guerre jusqu'en arrière, dans des pays éloignés, ce qui permet de disposer, au voisinage de la zone des opérations, en faveur des blessés non transportables, des abris et des secours qui s'y trouvent. Dans la dernière guerre entre l'Allemagne et la France, les blessés de Wœrth et de Wissembourg furent immédiatement dirigés, soit en voiture, soit en chemin de fer, sur Mannheim, Coblentz, Ems, Neuwied, etc.; les hommes blessés devant Metz arrivèrent à Trêves et, de là, par bateaux à vapeur et par transports fluviaux, le long de la Moselle et du Rhin, à Bonn, à ! Cologne, à Biberich, à Mayence et ainsi de suite.

Dans la guerre de sécession, en Amérique, les trains i' sanitaires et les vaisseaux -hôpitaux avançaient, comme on sait, presque sur le champ de bataille, y I opéraient leur chargement, puis amenaient les blessés dans les hôpitaux en leur dispensant pendant la route les soins et les secours chirurgicaux. Tout autre fut le tableau en 1812 où, jour par jour, et le jour comme la nuit, les Français durent traîner leurs blessés avec eux, pendant la retraite, sur des charrettes et des bateaux.

Voitures.

Malgré les progrès réalisés en matière d'organisation sanitaire, malgré la sympathie générale et fructueuse dont sont l'objet les victimes de la guerre, malgré le développement des moyens de communication,, il arrivera toujours, après de grandes batailles, qu'il n'y aura ni assez de médecins, ni assez de moyens de transport. On verra donc toujours se renouveler ce qui ne put pas être empêché dans la dernière guerre, même sur un territoire essentiellement civilisé, savoir que les blessés rouleront des journées entières sur des voitures et des charrettes avant de parvenir à leur abri définitif ou de gagner un moyen de transport plus approprié à leur état. Heureux si pendant ces pérégrinations ils sont accompagnés d'un personnel médical, quand ils reçoivent les secours et la subsistance nécessaires, quand la marche des événements ne les oblige pas impitoyablement à une faite précipitée ! C'est là un objectif digne de fixer l'attention des sociétés de secours. Elles devraient s'attacher à diriger sur le théâtre , de la guerre tous les fourgons, tous les attelages disponibles, sans accaparer pour leur propre personnel et détourner ainsi de leur destination véritable une importante partie des ressources acquises.

A défaut de moyens de transport spéciaux, on se servira ici des véhicules improvisés dont nous avons parlé plus haut, et, en pays montagneux, des cacolets et litières. Les fourgons de blessés, à deux ou quatre chevaux, permettent déjà, à la suite de grandes batailles, de transporter les blessés pen-

dant quelques jours sans trop leur faire courir de danger.

Chemins de fer.

Le moyen de transport qui répond le mieux aux besoins pour les grandes distances et qu'on peut d'ailleurs utiliser presque partout dans les pays civilisés, est le chemin de fer. Le premier train de chemin de fer venu peut être utilisé pour le transport des blessés; les wagons des classes les plus élevées sont affectés aux petits blessés, assis ou couchés, et les wagons de 4e classe (*) ainsi que les wagons de marchandises aux grands blessés. Ces derniers sont couchés sur de la paille étendue ou sur des brancards placés ou suspendus dans les voitures. Quand les wagons ont leur portière en avant et en arrière, comme en Suisse, dans le Wurtemberg, en Russie, il est possible aux médecins et aux servants de circuler pendant la marche et d'aller d'une voiture de malades à l'autre. Presque tous les pays civilisés (2) possèdent aujourd'hui des trains sanitaires spécialement construits en vue du transport des blessés.

1. Wagons sans banquettes existant sur quelques réseaux .. allemands pour les voyageurs transportés debout. (Note du traducteur.)

2. Pendant la dernière guprre, la Bavière et le Wurtemberg, à eux seuls, ont transporté, la première 10,800 blessés et malades en 39 voyages, le second, 4,313 en 22 voyages au moyen de trains sanitaires. (Rapport du Comité central des associations allemandes de secours aux blessés* etc., pendant la guerre 1870-1871. Berlin, 1872.)

Consultez aussi la description du train sanitaire exposé en 1873, à Vienne, par la Société française de secours aux blessés, et construit par M. C. Bonnefond sur les données de MM. Mundy (de Vienne] et Léon (de Paris).

Ce sont de véritables hôpitaux roulants et qui sont pourvus, en personnel, en matériel et en approvisionnements, de tout ce qui est nécessaire pour soigner et traiter les malades, comme si le monde extérieur n'existait pas. Au lieu d'indiquer ici une composition théorique de ces trains, nous avons préféré donner la description d'un train sanitaire prussien, tel qu'il fonctionnait dans la réalité. Il se compose de 28 voitures, dont 20 voitures de blessés, une pour les médecins, une pour les diaconesses, sœurs ou autres infirmiers, une pour la cuisine, une pour l'administration, une pour l'approvisionnement, deux pour le matériel, une pour le bois et le charbon. Les voitures de cuisine, d'administration et d'approvisionnement se trouvent au centre du train; celle des médecins est en tête, celle des infirmières en queue. Entre chacune de ces deux voitures et le centre se trouve une rangée de dix voitures de malades. Quant aux voitures de matériel et de chauffage, elles marchent immédiatement après la locomotive ou derrière la voiture des infirmiers. D'un bout à l'autre du train, un long couloir central relie toutes les voitures entre elles. Une toile cirée est étendue par terre sur toute la longueur du couloir; enfin celui-ci est complété, à chaque portière, par un paravent et, à chacun des ponts qui réunissent un wagon à l'autre, par un garde-fou. En Amérique, un fil télégraphique et une conduite d'eau régnent dans toute la longueur du train. La voiture de cuisine renferme entre autres objets, un grand fourneau, un réservoir d'eau et deux réservoirs à glace en zinc. La voiture d'administration contient le bu-

reau, la pharmacie, l'arsenal chirurgical et le magasin du matériel d'exploitation, des appareils, des machines et des denrées pour le pansement. Les voitures de malades sont pourvues, à droite et à gauche du passage central, de six couchettes fixées, par étages de deux seulement, à la manière des couchettes des paquebots, sur quatre poteaux en bois allant du plancher au plafond. Ces couchettes sont des brancards dont les hampes sont attachées

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Coupe d'un wagon sanitaire.

contre les poteaux au moyen de courroies en cuir ou d'anneaux en caoutchouc ou de crochets à ressorts.

Au-dessus de chaque malade, à la hauteur convenable, se trouve un filet destiné à recevoir ses effets. Chaque wagon a sa latrine et porte, sur un tableau affiché, l'inventaire de tous les objets qui en font partie. Plusieurs médecins, vingt infirmiers, quelques agents administratifs et servants sont réglementairement attachés à chaque train. {Fig. 32.)

Inconvénients des chemins de fer.

Cependant, malgré la perfection de cette installation, on ne doit pas charger, les yeux fermés, le premier malade Tenu et. pendant le voyage, on doit marcher avec la plus grande prudence.

Une marche trop rapide est aussi désagréable que nuisible. Les secousses deviennent insupportables ; pendant que le train franchit une courbe les blessés suspendus à l'étage supérieur éprouvent la sensation de gens projetés au dehors par la force centrifuge. Pour ces raisons, un officier pourvu pourtant de tout le nécessaire, accompagné d'un médecin et déjà en voie de convalescence d'une blessure grave, au lieu de faire le voyage de Neuwied à Berlin, dans le train express qu'il avait commencé à prendre, fit décrocher son brancard et le fit déposer à terre, préférant rester en route deux jours de plus pour échapper à ces pénibles impressions.

D'un autre côté, il est nuisible de soumettre les blessés à une marche ininterrompue trop longue. Une personne bien portante déjà, éprouve souvent, à la suite d'un voyage prolongé en chemin de fer, une sensation de malaise , presque de maladie. Cela s'observe à un degré bien plus accentué chez un blessé. Tantôt il survient des phénomènes d'excitation avec face ardente, pouls accéléré, malaise général, tantôt on constate un épuisement complet avec pâleur, pouls faible, souvent même de la syncope. Aussitôt que le train s'arrête, que le bruit et les secousses rhythmées cessent, la situation s'améliore. Quand l'état du blessé s'est aggravé, quand

TRANSPORT A DE GRANDES DISTANCES. lUo

l'appareil est dérangé, on profite de cet arrêt pour y remédier. On peut même décrocher le brancard de tel ou tel malade et le porter en plein air. Puis on se remet en route en se ménageant ainsi une pause de 15 à 30 minutes chaque fois qu'on a roulé pendant quelques heures. Les* malades et les blessés qui ne supportent plus la marche sont laissés en arrière dans les ambulances des gares; c'est une mesure à laquelle il est bon de se prêter avec assez de facilité. En cas d'héniorrhagie ou de déplacement de fragments, le train doit être imédiatement arrêté et le malade débarqué.

En hiver, des poêles en faïence sont disposés dans les wagons de malades, ainsi que c'est la coutume générale sur les chemins de fer russes ; les parois sont doublées de couvertures, le plancher est tendu de nattes, rhabillement et la literie sont organisés de manière à mieux garantir du froid. Une disposition aussi économique que pratique consiste à utiliser, pour le service de La cuisine et pour la préparation d'eau chaude, la vapeur de la locomotive.

Bateaux.

Quand l'action se passe au bord de la mer ou d'un fleuve, le bateau constitue un excellent moyen de transport. On pourra, comme firent d'abord les Américains, aménager à cet effet les paquebots de voyageurs, ou bien imiter la pratique des Etats du Nord, quand plus tard, d'après Barnes, ils construisirent des vaisseaux-hôpitaux spéciaux, comme, par exemple, ce vapeur de 1 400 tonnes et de 228 pieds de long, dans les trois étages duquel on installa 477 lits.

Les habitations flottantes qui figurèrent en 1873 à 1 exposition de Vienne, sont construites dans ce genre.

L'expérience a appris que le transport par eau est bien moins fatigant et bien plus inoffensif que celui par chemin de fer; il permet une plus grande liberté d allures et de circulation, mais devient difficile et dangereux par les mauvais temps.

L évacuation comme principe.

L {évacuation n'a pas seulement sa raison d'être immédiatement après la bataille, mais encore à titre de pratique sans cesse renouvelée, de principe général. Elle est l'un des agents les plus importants et les plus radicaux du service de santé; elle constitue ce grand mouvement rétrograde qui s'effectue depuis le champ de bataille jusque vers la mère -patrie, soit directement, soit par l'intermédiaire des ambulances de seconde ligne, et qui, agissant sans relâche, détermine à la fois la dispersion des malades et la décentralisation du travail. L'évacuation préserve le théâtre de la guerre des dangers des épidémies, de l'encombrement et de l'épuisement, et elle permet en même temps de répartir uniformément les charges sur de grands espaces. Dans la dernière guerre, cette décentralisation s'est opérée sur une échelle inouïe. L'Europe centrale tout entière, depuis les Pyrénées jusqu'à l'Oder et à la Vistule, depuis la Baltique et la mer du Xord jusqu'aux Alpes, a été littéralement couverte de malades et de blessés. Pour la grande niasse des malades, pour les armées et pour les Etats belligérants, l'évacuation est

un énorme avantage ; bien petit est le nombre des malades ou blessés qui en souffrent ou y succombent.

Pour éviter autant que possible toute faute d'exécution, il est nécessaire de réaliser deux points :

1° Organiser de la manière la plus parfaite le service des évacuations;

2° Etablir la nomenclature détaillée des catégories de blessés et malades qui se prêtent, à différents degrés, au transport ultérieur.

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