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TKANSPORTABILITE DES MALADES ET DES BLESSÉS

Tous les chirurgiens qui ont l'expérience de la guerre sont d'accord pour reconnaître que certaines catégories de malades et de blessés ne se prêtent jamais au transport ou ne s'y prêtent qu'à certains moments; que le transport, pour ces individus, est dangereux et peut devenir mortel ; enfin que les indications de l'évacuation peuvent être modifiées selon la nature de la lésion ou selon la période où se trouve le blessé. Pour nous, nous distinguons, parmi les malades ou blessés, les catégories suivantes :

1° Blessés dont le transport est absolument contreindiqué ;

2" Blessés dont le transport est contre-indiqué pendant la première période ;

3° Blessés dont le, transport n'est pas avantageux;

4° Blessés dont le transport est opportun ; 50 — — commandé.

1° Le transport est absolument contre-indiquê :

a) Dans toutes les blessures tranchantes, contondantes ou par coup de feu de la tête avec lésion du crâne. Mais comme la lésion du crâne peut être méconnue au début, et que les troubles sympathiques du cerveau et de ses enveloppes ne peuvent qu'être exaspérés par le transport, il est rationnel d'exclure de l'évacuation tous les blessés atteints à la tête 1 ;

b) Dans toutes les fractures de vertèbres et dans tous les coups de feu de la colonne vertébrale, en vertu des préceptes généraux de la chirurgie ;

c) Dans les fractures du bassin et les coups de feu des organes pelviens. Vu la difficulté qu'on éprouve à fixer le bassin fracturé, le transport pourrait donner lieu au déplacement des fragments, à une inflammation et à une suppuration mortelles de la vessie et du tissu cellulaire rétro-vésical. Un soldat décédé à Ems, à l'ambulance du Panorama, à la suite d'un coup de feu ayant fracturé le bassin en lésant le rectum, aurait pu être guéri, grâce à la vigueur de sa constitution, s'il n'avait eu à subir un trop long transport ;

d) Le transport est encore contre-indiqué à la suite de grandes opérations : résections articulaires, trachéotomie, amputation et désarticulation de grands segments de membres ;

e) Le transport est très-nuisible et peut devenir

t. Le fait d'un militaire français célèbre qui, atteint devant Metz d'un simple coup de sabre à la tête, souffrait encore des suites de sa blessure en 1874, pour être remonté à cheval trop tôt, est un argument significatif à l'appui de cette règle.

mortel chez les typhiques, dans une période avancée du mal. Tout au début, le transport sur un point trèséloigné de celui de l'invasion peut exercer une action favorable sur le cours de la maladie ;

/) Les varioleux, pendant le paroxysme du cours de la maladie, doivent être exclus du transport dans leur intérêt privé; à toute autre période, ils doivent l'être dans l'intérêt public.

2° Le transport est contre-indiquê pendant la première période :

a) Dans les lésions des vaisseaux et dans les cas d'hémorrhagies consécutives. Au bout de huit ou quinze jours, quand le thrombus est formé et la plaie artérielle bouchée, quand la fièvre traumatique est passée, ces blessés sont en état de voyager. Mon expérience et celle des autres chirurgiens m'ont appris que, chez un assez grand nombre de petits blessés, paraissant, en raison du peu d'importance de leur blessure, se prêter à un transport éloigné, alors que cependant un vaisseau était lésé, on voit, sous l'influence des secousses et de l'agitation du voyage, les caillots se ramollir et se détacher, les hémorrhagies se produire et déterminer l'issue fatale de la blessure;

b) Dans les coups de feu pénétrants de la poitrine. Les blessés qui ont la poitrine traversée paraissent aussi, au premier abord, n'être atteints que légèrement, et, il faut le dire, par le repos et des conditions générales favorables, ils se tirent habituellement d'affaire sans grands dangers consécutifs. L'hémorrhagie est faible, la plaie pulmonaire se ferme et se guérit^ la pleurite est modérée et circonscrite, les corps étrangers s'enkystent et les fractures de côtes se cicatrisent

rapidement, de sorte que souvent, le premier septénaire passé, on peut tenter le transport. Mais pour obtenir ces conditions favorables, et jusqu'au moment où elles sont réalisées, le repos absolu est la condition capitale de tout traitement efficace ;

c) Coups de feu pénétrants de V abdomen. Par le repos absolu et de fortes doses d'opium, on arrive, dans les cas favorables, au bout de quinze jours déjà, à la soudure de la plaie intestinale et à la cicatrisation de la boutonnière extérieure ; dans tous les cas, la période des grands dangers est passée, de sorte qu'on peut, sans crainte, entreprendre des voyages même assez lointains. C'est du moins ce que la pratique m'a enseigné, contrairement aux vues théoriques. Sur cinq blessés atteints de coups de feu dans l'abdomen et que j'eus à soigner dans la dernière guerre, l'estomac avait été perforé dans deux cas, l'intestin grêle dans deux autres, le gros intestin dans le cinquième. Chez tous, il y avait eu épanchement de matières fécales ou alimentaires. Or tous, au bout de deux ou trois semaines, il est vrai, avaient parcouru de grandes distances et, chez un seul de mes blessés, la plaie intestinale, après quinze heures de voyage en chemin de fer, s'était rouverte et avait donné lieu à un épanchement de matières fécales au dehors avant de se refermer définitivement. Tous furent guéris et complètement rétablis.

3° Le transport n'est pas avantageux :

a) Dans les coups de feu de la hanche et du genou, La contre-indication est d'autant plus formelle que la lésion est plus étendue. Du reste, toutes les plaies articulaires ne peuvent être que fâcheusement in-

fluencées par la locomotion. Seulement, pour les autres articulations, il est plus facile, en vertu de leur disposition anatomique, de les isoler, de les mettre en bonne position et de les plâtrer. Aussi les coups de feu des articulations, autres que la hanche et le genou, constituent-ils une contre-indication moins absolue pour des voyages lointains ; et c'est précisément pendant les premiers jours que ces voyages sont le mieux supportés ;

b) Dans les fractures comminutives du fémur et du tibia. Malgré le meilleur appareil contentif, les fragments sont déplacés et enfoncés dans les parties molles, les esquilles sont détachées du périoste, en un mot, le pronostic est aggravé et les chances de conservation sont compromises.

4° Se prêtent immédiatement au transport lointain:

a) Les coups de feu ou plaies des parties molles, les abcès, ulcérations, excoriations et autres maladies dues à la marche ;

b) Les fractures simples ou compliquées seulement par une plaie simple, naturellement dans l'hypothèse d'un bon appareil contentif ;

c) Certaines catégories d'opérés : résections dans la continuité avec un appareil plâtré, ablation de petits segments de membres, extraction et excision de balles et autres menues opérations, notamment celles pratiquées sur le membre supérieur ;

d) Affections cutanées;

e) Rhumatisants et arthritiques ;

f) Maladies pulmonaires.

5° Doivent cire nécessairement évacués :

a) Les ophthalmiques, surtout ceux atteints d'oph-

thalmie purulente ou catarrhale, dans le but d'éviter la propagation de ces affections dans l'armée ;

h) Les diarrhéiques , les dysentériques , dans le double but de procurer aux malades le traitement hospitalier de l'intérieur, plus facile à pratiquer que le traitement du théâtre de la guerre, et de prévenir la production d'un foyer de contagion parmi les combattants ;

c) Les syphilitiques et en général les hommes atteints d'affections des organes génitaux ;

d) Tous les malades ou blessés atteints de nostalgie pathologique caractérisée, attendu que le mal du pays ne peut être guéri que par le rapatriement. Mais ces cas seront tout à fait exceptionnels et admissibles seulement quand la guerre dure longtemps. Cependant il est du devoir du médecin de les prendre en considération.

Le climat, la saison, les circonstances locales et individuelles, la nature et le nombre des moyens de transport sont autant d'agents susceptibles de modifier ces règles.

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