‹ Manuel de connaissances utiles aux ecclésiastiques sur divers objets d'artChapitre 23 sur 51 · III. Pour la hauteur et la hardle«ie ^ Vi «^\i\scl · texte numérisé non relu

III. Pour la hauteur et la hardle«ie ^ Vi «^\i\scl

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possible de jetçr les yeux sur les tours de Chartres et les flèches de Rouen et de Strasbourg sans concevoir une grande idée du génie et du talent des architectes qui en ont conçu le plan et des ouvriers qui Tout exécuté, La grande pyramide d'£gyptc est élevée d'environ 4oo pieds comme la tour de Strasbourg ; mais quelle difTérence entre Tune et Tautre ? La pyramide se compose de pierres énormes que leur poids tout seul tient liées , qui Tont toujours en faisant retraite de quelques pouces toujours carrément ^ tandis que la flèche de Strasbourg ^ d'abord carrée , devient octogone et ensuite tourne en colimaçon , comme si l'architecte avait voulu , par cette variété de formes, se jouer des difllcultés , ce qui parait surtout en voyant la légèreté du travail.

IV. Le quatrième caractère de l'architecture gothique est la légèreté des constructions. Les flèches de Rouen, de Chartres , de Strasbourg , de Saint-Denis, d'Anvers, etc., paraissent percées à jour. Dans un moment d'orage , il semble qu'on va les voir se balancer dans les airs comme ces antiques sapins qui se sont accoutumés k braver la tempête, qui ont même poussé des racines phis profondes à mesure qu'ils sont plus agités par les vents. Cette légèreté se manifeste en tout : les premièreséglises étaient rarement voûtées, comme nous l'avons dit, et quand elles le furent dans

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les 8% 9' et lo' siècles , les voûtes étaient basses, pesantes 9 soutenues par de grosses colonnes ou par des pilliers massifs. Le style gothique ^ dans le i5* siècle et les suivans y exécuta des voûtes si élevées et si légères qu'elles paraissent aériennes. Il en est qui n'ont que cinq ou six pouces d'épaisseur ; les piliers sur lesquels elles reposent sont aussi d'une légèreté et d'une hauteur surprenantes'y les cannelures forment un faisceau qui s'élance comme des fusées volantes et va former ces nervures élégantes qui se dispersent en cornpartimens.

Si la légèreté du gothique paratt dans les masses et dans l'ensemble des édifices , elle parait bien davantage encore dans les ornemens et les objets de détail : les corniches , les chapiteaux, les frises, les rinceaux sont sculptés avec une délicatesse dont il semblait que la pierre et le marbre ne fussent pas susceptibles. Ce sont des feuilles , des fleurs, des rubans, des dentelles que l'air va, ce semble , agiter, et dont l'œil le plus exercé n'a* perçoit les détails et la grâce que successivement et après des observations réitérées. Les églises de Brou , de Chartres, etc., etc., en fournissent mille preuves.

V. Le cinquième caractère de l'architecture gothique est pris dans cette variété de formes et de plans généraux des édifices , qui £ait qu'aucun ne

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•0 fenemble et qae tous ont leur genre de beauté et leur manière d'exciter l'étonnemcnt et l'admiration. Quand on sait qu'un édifice est d'ordre dorique 9 ionique on corintliien , on se fait aussitôt unei dëe de l'ensemble ; il n'y a que les distributions accidentelles et quelques ornemens de détail qui peuvent varier; aussi , les personnes qui ne sont pas architectes ne voient presque pas de ditrérence entre les bourses , les salles de spectacles et les palais de justice bâtis dans le goût moderne. Les églises en style grec ont quelques caractères extérieurs qui les distinguent nn peu ; mai» & mesure que ces signes extérieurs diminuent ou qu'on n'ose pas les produire ^ la diiTércnce qu'il y a entre ces églises et des bâtimens profanes disparaît aussi. On nous fait de» temples grecs , et comme les Grecs n'avaient ni croix ni cloeliers ^ on ne sait plus oix mettre ces signes distinctifs du cliristianisme. Or^ c'est ici un nouveau caractère du style ogival ou gotliique ; il a quelque chose do religieux et d'approprié au catholicisme. VI. La religion des paycns étant toute extérieure f toute dans les sens ^ leurs temples devaient être analogues. La grâce et la symétrie devaient y dominer et parler à l'imagination et aux passions; comme le peuple n'y entrait jamais ^ ils étaient très -petits et l'on était plus occupé & les orner extérieurement que dans l'intérieur. Les église»

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catholiques , au contraire , sont des écoles publi« ques de morale et do vertu , tout s'y rapporte aux mouvemens de l'ûmc , tout doit contribuer & réveiller la foi 9 à rappeler la grandeur et la puissance du maître que nous y adorons. Ori voilà l'effet que produit rarchitccture gothique : elle frappe par l'élévation et les vastes dimensions de ses églises où elle ménage une mystérieuse obscurité qui dis-' pose h la méditation ; les ornemens y sont trop multipliés , trop entassés pour que les fidèles s'a* musent ù les parcourir des yeux. Bon pour ceux qui n'y vont que par curiosité. Dieu veuille qu'ils ne se contentent pas de déposer leurs préventions contre le moyen-âge et de vanter les monumens qu'il a produits , mais qu'ils remontent un jour à la source et à Tesprit du catholicisme qui les a inspires et qui est plus admirable encore et plus digne d'attention que les édifices matériels.

VIL Une preuve que ce n'est pas sans réflexion et sans intention que nos pères avaient ménagé une mystérieuse obscurité dans nos églises » ce sont les vitraux peints qu'ils avaient inventés et employés avec tant d'art. Cette idée de ne faire arriver le jour qu'en le faisant passer à travers des images de saints, de martyrs et des représentations des principaux mystères , avait quelque chose de profondément religieux; c'était une espèce do catéchisme où l'on se passait de l'arrangement

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des motH pour ne s'attacher qu'aux choses et aux applications pratiques qu'on devait en faire. On a dit trop souvent que les fidèles du moyen-âge étaient des ignoransi qu'ils ne connaissaient pas la religion ; ils la rabonnaicnt moins peut-Étre ^ mais ils la connaissaient et la pratiquaient mieux que nous.

VIII. Ce n'étaient pas seulement les vitraux qui rappelaient aux fidèles le souvenir des vérités importantes de la religion ; mais les statues et les bas-reliefs dont les autels^ les tombeaux , les niches^ les murs et surtout la façade des édifices étaient garnis^ remplissaient le même objet. Nous conviendrons sans peine que ce n'est pas dans l'exécution des statues et de ces bas-reliefs que le moyen-âge doit exciter notre admiration. Mais i" pourquoi ferions-nous un crime aux ouvriers qui bâtissaient des églises de n'en pas savoir davantage en fait de sculpture que ceux qui faisaient d'autres constructions. 2** Leurs bas-reliefs se rapportent à des objets religieux : c'est la naissance de J.-C, l'adoration des rois, les miracles du Sauveur, sa vie , sa mort, le jugement des iimes, la punition des méchans, la récompense des justes , le courage dos martyrs^ etc. ; ces sujets n(^ sont-ils pas plus sensés ^ plus utiles, plus analogues à la religion , plus propres & inspirer la vertu ({ue l<îs bas-relicb qui ornaient les temples de la

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Grèce et de Rome et qui ne rappelaient souvent que les vices honteux de Jupiter et des autres prétendues divinités?

Les Egyptiens 9 dont il est de mode aujourd'hui do vanter la science et la sagesse , et dont les anciens monumcns sont reproduits par la gravure avec tant de luxe 9 représentaient aussi très-souvent dans leurs bas-relicis des choses propres & inspirer la vertu et à rappeler le souvenir des idées religieuses. M. ChampolHun le jeune écrivait de Biban et MolviclL^ en Egypte^ le S19 mai 1829, qu'il avait trouvé^ près de la porte d'un temple 9 les 24 heures du jour astronomique figurées sous forme humaine et rappelant à chaque heure les divers états des âmes dans l'autre vie^ le jugement qu'elles subissent au moment d^ la mort 9 la balance oii elles sont pesées ^ la récompense qu'elles reçoivent de leurs vertus et la punition que leur attirent leurs crimes. Dans le musée égyptien ^ à Paris ^ on voit aussi sur des papyrus des desseins coloriés qui représentent le pèscment des âmes après la mort. Ces sculptures et ces peintures égyptiennes ne valent pas^ sous le rapport de l'art et du dessin ^ celles de nos vieilles églises comme on peut s'en assurer en comparant le grand ouvrage sur l'Egypte avec les monumcns de la monarchie française du P. de Montfaucon.

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