‹ Manuel de connaissances utiles aux ecclésiastiques sur divers objets d'artChapitre 22 sur 51 · I. Nous disons que le style ogival a pu nous être · texte numérisé non relu

I. Nous disons que le style ogival a pu nous être

(I) Noos citons lord Aberdeen et M, ht Normand , d'après i'oairrage de M* de Caamon » Coiàrs ^aniiquiâ^s monutnenioUf , IV* partie , çhap* VIIL

9^ Notions sur V architecture

transmis en partie par les Sarrazins. Omar^ dont nous venons de parler^ s'empara de la Perse vers Tan 657 , et il établit le siège de son empire à Bagdad. L'architecture ogivale étant indigène dans cette contrée > les Sarrazins durent naturellement l'adopter^ et c'-est ce qui explique pourquoi leurs mosquées en Egypte , en Syrie , eu Sicile ( i) , en Espagne^ participaient au style ogival. Les Sarrazins inondèrent la France dans le 8' siècle , et durent y porter leur manière de construire qui présentait plus da^solidité (a)« Aussi voyons-nous

(1) Le palais de la Ziza , en Sicile , est en style ogival; il fat construit dans le lO^' siècle après la conquête que les Sarrazins eurent faite de ce pays , où ils ont régné jusqu'en 1072 qu'ils furent chassés par le comte Roger, après y avoir régné pendant deux siècles et demi.

(2) Noas voyons dans l'Histoire de France que les Sarrazins faits prisonniers par €harles-Martel > faisaient des tapis et enseignaient la manière d'en faire. On doit présumer qu'ils ont aussi pratiqué et enseigné leur manière de bâtir. Nous trouvons dans le Danphiné et ailleurs des briques appelées sarrazines , des tombeaux appelés sarrazins. Leur séjour dans nos pays est constaté par d'autres faits. Nous lisons dans la chronologie des évêques de Grenoble , que vers Tan 830 les Sarrazins chassèrent l'évéque de cette ville appelé Hebo, lequel se retira à Saiot-Donat, dans le diocèse actuel de Valence; qu'environ cent ans après i l'^véqae Isarus se réunit aux sei-

gothique ou ogivale, etc. aSg

que dans les pays qui ont été occupés par eux , même avant les croisades ^ on rencontrait des monumens dont les arcs étaient en pointe vers le milieu. Nous avons cité l'église d'Ambronay , celles de Nantua , de Romans , de Cluny , de Saint-Vulbas , etc. On pourrait citer les cathédrales de Grenoble , de Saint- Paul-Trois-Châteaux, du Puy (i), et beaucoup d'autres.

gneurs des enviroDS pour faire le siège de Grenoble dont les SarraziDS furent chassés , et que , par reconnaissance, le prélat fît construire sa cathédrale en Thonnear de la sainte Vierge, telle qu'on la voit aujoard'hui. C'est Ters le même temps que les Sarrazins détrmsîreot la chapelle d'Ambronay, (Voyez page 209.) Il y a près de la même paroisse un petit tertre appelé le Fort des Sarrazins, A Longchamp , près de Bourg , il y a un reste de fortifications sarrazioes. Une des portes de 6er s'appelle Sarrazine, (Voy. la Statistique du département de VAin.)

(I) Il y a sur cette église une particularité assez piqnante ; elle fut construite sur une pointe de rocher qui ne présentait pas assez de surface : l'architecte s'en créa une en jetant des arcs sur le penchant de lanioutagne, en sorte que Le chœur seul repose sur le rocher; le reste de l'église est pour ainsi dire en l'air, et repose sur une terrasse factice et creuse en dessons. Un grand escalier est pratiqué sous l'église ; Il aboutissait au miHeà de l'église ou ^tait la porte d'eptrée. On a dopoé mainte*

«5o Kolions sur C avckitce.turc

II. Nous ajoutons que le stjle ogival a dû se répandre aussi par If «loycu des pélcrins^iui allaienl en grand nombre à Jérusalem dans la 7' sîÊcle et les soi vans. Il élait dillicilc qu'ayant sous les yeui celte manière de construire en Orient , et surtout llans l'église du Saint-Sépulcre , on n'ait pas cherché à l'imiter. Cette conjecture est appuyée sur 4juelqueâ faits, et pourrait l'Être sur beaucoup d'autres. On cite plusieurs églises ou chapelles, appelées églises du Saint-Sépulcre , dont quelques-unes n'avaient pas seulement le nonti mais la forme ronde qu'avait l'église du Saint- Sépulcre de Jérusalem (1).

III. Cependant . il faut en convenir, les notions données par les Sarrazins et les pèlerins n'oat pu prf»duire que des constructions isolées et même timides, qui étaient comme des essais. Pour expliquer le mouvement général vers les grandes constructions ogivales qui eut lieu dans le la' siècle et les suivans, il faut chercher une cause

nanl nue antre direelion 1 cet escalier et i cette eotrée qui était unique Ato% son genre.

(I) Oa peut citer celle de Cbarroai, département de h Vieaoe, abbaye fundùe par Charlemague , où Van coiifervaititoepetitepordaD de la vraie croix. Les églises rondes qui eiiatent 1 Cambridge el Hortiumpton en Angleterre, l'appellciU fjliie* du SaiDt-Sipiilcie.

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plus puissante et plus unfverselle ; or cette cause se trouve dans les croisades qui mirent en mouvement toute l'Europe. Les croisés de toutes les classes, les seigneurs, les architectes, les ouvriers, avaient la tête pleine de tout ce qu'ils avaient vu dans la Palestine, et tournèrent toute leur activité et toutes leurs richesses vers la construction des églises, dont plusieurs avaient été ruinées, comme nous l'avons dit, par les Yisigoths et les Sarrazins dans le midi et le milieu de la France, par les Normands dans le nord et l'ouest, par les Bourguignons dans l'est, et par les guerres que se faisaient les seigneurs dans toutes les provinces.

En réfléchissant sur ce fait important et si connu, on s'explique aisément pourquoi la France , l'Allemagne , la Belgique et l'Angleterre , comme de concert, adoptèrent le style ogival à peu près dans le même temps, c'est-à-dire dans le i5* siècle, et le portèrent rapidement au plus haut degré de perfection. On s'explique également pourquoi il y a peu d'églises en style gothique proprement dit en Espagne et en Italie (1), ces deux contrées ayant pris peu de part aux croisades^

(I) On tronve en Italie et en Espagne dea portea , des fenêtres et des voûtes en petites ogives qni appartiennent au style sarrazin , mais on j voit peu dft c«i ^xvn^^^ n

«4* Notiong sur f architecture

llT. III.

CaraçtèresdeF architecture gothiqueou ogivale,

I. Le premier et le principal caractère de Tar* ehitecture gothique ou ogivale est l'arc très- allongé et pqintu vers le milieu. L'allongement des arcs est regardé comme une irrégularité et un défaut d'après les principes de l'architecture grecque qui n'admet que des figures régulières et même le plus souvent rectilignes ; mais les effets merveilleux que produit la grande ogive, et les chefsd'œuvre qu'elle a créés commencent à la justifier des reproches qu'on lui a faits pendant long-temps en lui donnant le nom de style barbare. Il est certain que ce genre d'arc se prête beaucoup au grandiose et à des illusions d'optique (i) dont on ne sait pas toujours se rendre compte , précisément

ogires qui foot uo des caractères des beauK monumeus gothiques.

(I) Tout le inonde sait que plus une allée d'aiiires est allongée , plus les arbres qui sont vis-à-vis paraissent rapprochés, d*où il suit que si l'on rapprochait réeV-

Icment les arbres qui sont vis-à-vis les uns des autres , l'allée paraîtrait plus longue qu'elle n'est. C'est ce qui arrive dans les arcs en ogiye ; comme les lignes qui les forment se rapprochent ea s'élevant» oq croit l'^rc plu* élevé qu'il n'est.

gothique ou ogivale, ete. t^

parce qu'elles font des impressions vives et absorbent le sentiment , ce qui est l'eifet ordinaire du sublime qui cesse de Fêtre ou s'affaiblit quand on veut le raisonner ou l'assujétir à des règles.

IL Le second caractëi^e de l'architecture ogivale est la solidité des édifices qu'elle a produits. Il nous semble qu'on peut en indiquer une cause physique : l'arc à plein-cintre a beaucoup moins de poussée que l'arc surbaissé ^ et l'arc en ogive en a moins que l'arc à plein-cintre , parce qu'il se rapproche plus de la ligne perpendiculaire qui ne pousse pas sur les côtés. Il est certain que dans les édiiices qui tombent en ruines la naissance des arcs se soutient quoique l'arc s'écroule. Quelques architectes prétendent que c'est en voyant que la naissance des arcs à plein-cintre se soutenait toute seule , même après que la clef et le cintre étaient tombés , qu'on a eu l'idée de prolonger cette naissance du cintre en ne formant que peu à peu la courbure des arcs. Quoi qu'il en soit de cette conjecture sur l'origine de l'arc en ogive , il est de fait que les édifices gothiques ont résisté d'une manière étonnante à l'action du temps* Peu de monumens grecs et romains ont eu une durée aussi longue y et eeux qui ont échappé n'ont rien de comparable à nos moilumens gothiques pour la hauteur^ la hardiesse et la légèreté.

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