I. L'expérience ayant prouvé bien souvent que les
(I) Les pujens regardaient la direction de la foudre comme Tapanage de Jupiter, le maître des dieux. Yoyez dans Virgile ce qu'il dit sur les orages et la foudre : Gcorgiq. liv. !•% vers 316, et VEneid.Wv. \*% vers 94 et suir., liv. VI, vers 580 et suiv»
49^ Notions sur te tonnerre
^ands arbres attirent le tonnerre , snrtoat quasai ils sont mouilles^ c'est une grande impriideDce de se mettre sous un arbre lorsqu'il fait un orage accompagné de tonnerre; il vaut mieux rester en plaine campagne et recevoir toute la pluie.
II. C'est une imprudence également de se tenir dans un courant d'air quand il tonne > elle est plus grande encore lorsqu'on court et surtout hwOr qu'on galope à cheval pour éviter l'orage. Par la même raison y il serait prudent de ne pas se tenir près d'une cheminée en laissant la porte de h chambre ouverte; dans tous ces cas, on peut craindre que le courant d'air n'attire la foodie qui serait peu éloignée.
III. L'électricité jouant le plus g^and tôle dans les effets du tonnerre, quelques personnes ont pensé que les habits et les robes de soie ou de toile cirée les mettraient à l'abri de son action fi). La soie et la toile cirée n'étant pas électrisables par communication , ce raisonnement est fondé; mais le tonnerre peut toujours s' attacher au visage qui ne serait pas couvert de soie y pénétrer dans le corps par la bouche , s'attacher aux loucles des souliers 9 aux boucles d'oreille: on en cite des exemples.... Le parapluie en soie pourrait aussi
(I) On assure que Voltaire se pliait dans un minteaa de soie quand W \.ouua\\»
et le -paratonnerre. 499
être un préservatif, mais il cesse de l'être quand il est mouillé 9 parce que l'eau s'électi'ise facilement par communication ( i ) . Sous ce rapport, un . parapluie de toile cirée , comme on les faisait autrefois, serait préférable.
IV. Le quatrième moyen employé, pour se préserver de la foudre est l'explosion d'un coup de canon. Cette explosion , dit-on , éloigne les^ nuages en excitant une commotion dans l'air. Il nous paraît douteux que la commotion soit assez forte pour éloigner les nuages qui sont ordinairement à la distance de deux ou trois cents toises... La' commotion excitée dans l'air par ce coup de canon se fdit sentir tout au plus à quelques toises de distance ; elle ébranle la terre et les maisons voisines du lieu où elle se fait , mais elle ne s'étend pas à un demi- quart de lieue . Quant auLruit que fait l'explosion , nous ne croyons pas que ce genre d'agitation de l'air, appelé mouvement de trémoussement et qui se fait sans translation de parties de l'air, piyisse produire aucun effet sur les nuages. Si cependant les jnilitairesct les marins en ont fait l'expépence, nous n'avons rien de plyis à objecter. Nous savons seulement qu'on donne le conseil de ne pas tirer
(I) Nous tenons d'ùo témoin ocnlaire que , dans une occasion, le tonnerre mit en lambeau la soie d'un paraplaie et laissa intacte la garniture en cuivre et en fer»
5ao Notions sur te tonnerre
le canon quand les nuag^es sont au-dessus de l'endroit qu'on veut préserver , et ce conseil parait sage.
V. Le cinquième moyen indiqué pour éloigner la foudre est le son des cloches; et ici 5 eomme il s'agit de religion y les incrédules du 18* siècle n'ont pas mranqué de prendre parti et de s'élever fortement contre cette pratique 5 en assurant qu'elle est propre à faire tomber la foudre sur le ciocher et sur l'église. D'abord, est- il vrai que le son d'une cloche , et surtout d'une cloche de viUagé» puisse se propager jusques aux nuages et eonser* ver assez de force pour les diviser, pour mlettre en jeu leur électricité et attirer la foudre. Il noos semble que cette assertion n'est fondée sur aucun principe de physique; d'ailleurs, si elle était fondée , il s'ensuivrait qu'on peut sonner les cloches comme on peut tirer le canon pour éloigner le nudge avant qu'il soit vis à vis le clocher , et qu'on devrait diriger ces deux moyens afin d'éloigner la foudre et ne pas plus défendre l'un que l'autre.
Mais il est à propos de rappeler que ce n'est pas comme agent physique qu'on sonne les cloches, c'est comme agent moral et religieux, conune moyen de réveiller la foi , d'exciter à la prière, de rendre plus effîcace la bénédiction qui en a été faite et dans laquelle on demande à Dieu de préserver le pays où la cloche est placée des calamités
et ie paratonnerre* , ' Soi
que cause l'intempérie des saisons. Dans un siècle où l'irréligion et même le matérialisme ont trouvé tant de défenseurs ^ on se moque de ces actes religieux , parce qu'on ne croit qu'aux lois du mouvement et des machinés; dans un «siècle où 5 sans être matérialiste 9 on ne croit que bien superficiellement à l'action de la Providence et à l'efficacité des prières qu'on lui adresse, on attache peu d'importance au commerce qu'il est-permis d'avoir avec le ciel. On est matérialiste de fait. On ne < consulte que la physique , la chimie , les mathématiques; les raisons les plus faibles , les expériences les plus mystérieuses 9 les opinions les plus hasardées et les plus contradictoires , absorbent toute l'attention ; on prend parti pour ou contre sans trop savoir pourquoi ; on déclame contre le son des cloches sans examen 9 peut-être uniquement parce qu'on craint tout ce qui nous rappeUe nos devoirs envers Dieu (i). Quand on suit les
(I) Pour îiostifier la défense de lonDerlei cloches pendant le maavaîf temps , on cite une lettre écrite il j a plus ' de cent ans (I7I8) par M. Deslandea qui assure qu^en IKormandie le tonnerre tomba sar 24 clochers où, l'on sonnait, et qoe les antres forent épargnés. Cette lettre MSi citée par tontes les académies et les aateurs de liTres sur la physique. 11 ~ nous semble que pour établir une opinion aussi grave , |1 faudrait un plus grand noonbre
5o2 « Notions sur ie tonnerre
règles de l'Évangile et même celles de la conscience et du bon sens, qui nous montrent la Divinité présente partout et toujours attentive à nos demandes et à nos besoins , on ne craint pas ce qui nous rappelle ces pieuses consolations : on fait le signe de la croix pour invoquer J.-C. , le Sanveiv des hommes; on lui demande pardon des fautes qu'on a commises ; on promet de mieiix remplir ses devoirs; on allume un cierge bénit qui est l'image 4e la ferveur avec laquelle on doit prier. On s'adresse à la sainte Vierge 9 aux anges c.t aa\ saints ; on est plus tranquille sous leur protection *, et s'il arrivait un accident fâcheux 9 on aurait pris des précautions qui n'augmentent pas le mai présent et qai préviennent le mal avenir. On peut donc 9 dans les momens d'orage, donner quelques coups de cloche pour inviter les (idèles
d*observations bien constatées. Que le tonnerre tombe plus souvent sur les clochers que sur les antres bâtimens, rien n'est plus conforme aui principes à caosf de leur élévation et de leur terminaison en pointe, mais qu'il choisisse ceux où l'on sonne , non sealement cela n'est pas assez prouvé , mais cela parait invraisemblable, parce que le son d'une petit* cloche de village ne s'élève pas jusques aux liuages, ou du moins ne conserve pas assez de force pour les diviser et que , d'ailleors, aucune expérience n'a prouvé que le -son fAt condurtenr de l'électricité.
et ie paratonnerre, 5o3
à prier chez eux ou à venir à rég;Use9 ainsi que nous l'avons dit dans notre Rituel (tom. II , prières pour les temps d'orage) ; mais il ne faut pas prolonger cette sonnerie ; il faut surtout éviter de sonner les grosses cloches à la volée.
VI. Le préservatif le plus connu et le plus fortement conseillé par le gouvernement est le paratonnerre, c'est à dire une longue barre de fer qu'on place sur la maison ou sur les clochers 9 à laquelle on ajoute une autre barre de fer qui conduit le tonnerre dans un' puits ou dans la terre. ■ "Ce préservatif est-il aussi sûr qu'on pourrait le croire ^ et -ne sera-ce pas une mode qui passera comme beaucoup d'autres (1) ? C'est la demande que se font quelques personnes et qui donne lieu à des observations, i** Il est certain, d'après ce que nous avons vu dans le § I'% que les barres de fer soutirent l'électricité des nuages; mais la quantité qu'ils en contiennent est si grande, qu'un si petit
(I) A la fin du huitième siècle on plantait de longues perches dans les champs pour arrêter la gréle^ comme nous l'apprend un capitulaire de Gharlemagne de l'an 789 ; il j a quelques années qu'un plantait aussi de« paragréleSf c'est-à-dire des perches surmontées d'un fil .de laiton pour attirer l'électricité et empêcher la formation de la grêle. Quelques années auparavant on avait imaglai, àts paratremblement de terre f etc,
5o4 Notions sur le tonnerre,
moyen doit produire peu d'eflct ; c'est j dit od^toqloir faire passer un fleuve dans un canal de qudqoK pouces de diamètre. Qu'une vaste forêts une poiole de montagne attirent la foudre et afl*aibUs6ent Faction de rélcctricitë; on le croira aisément; qoeb tour de Strasbourg et le dôme de St.-Piene, à Rome, attirent la foudre, on le croira cncorei cause de leur grande élévation , de leur masse (t de la quantité de métaux qui sont entrés daof b construction de ces monumens; mais unetriB||e de fer de 8 pouces en carré , élevée de 4o oqm pieds an-dessus du sol , ne peut pas avoir, ce m» ble , de grands résultats; a^ tons les partisawii paratonnerre conviennent que son action v»itr teud qu'à environ 5o pieds de distance : doDCj^i la foudre tombe à l\o ou 5o pieds, le paratonnem sera inutile ; 3* s'il y a des foudres ascendank! qui sortent du sein de la terre , comme cela p^ rait démontré par des faits anciens et nouveaux* le paratonnerre n'aura sur elles aucune action- 4* en supposant que la pointe du paratonnem attirât la foudre, il en résulterait qu'elle tomberait sur un bâtiment qui , peut-être , n'en aurait pas été frappé; il est vrai qu'on espère pouvoir li> diriger parle moyen du conducteur, maisilfautî: peu de chose pour empêcher l'effet de cette direction ; des chenaux de fer-blanc, des barres de ferqai sont dans la charpente et qui ne communiqucut
et ie paratonnerre, 5o5
pas avec le conducteur, un fil de sonnette 9 suffisent pour changer la direction de la foudre et donner lieu aux malheurs qu'on a voulu éviter. Quoi qu'il en soit 9 nous allons indiquer les pièces qui composent un paratonnerre, avec le prix approximatif.
s IV.
Notions sur la construction des paratonnerres.
Le paratonnerre se compose d'une tige et d'un conducteur.
I. La tige est une barre de fer qui' a 25 ou 5o pieds de longueur, carrée vers la base dont chaque côté a 20 ou 25 ligues 4e largeur. Cette barre de fer 'va en diminuant jusqu'à Tautre exta*émité qui se termine en pointe fort mince (1). Cette tige doit être placée au-dcsçus du toit €t fortement attachée à une ferme et , s'il est possible, au poinçon, afin d'ayoir plus de place pour la boulonner et l'assujétir; au bas de la tige, à
(I) Gomme cette pointe pourrait se iroaillér en partie et perdre sa vertu attractive de i'électricitéi , 00 la remplace par une pièce eu enivre d'environ 15 ou 20 pouces, â laquelle on ajoute une pointe en platine de detix pooees de longueur. On trouve cette pièce de cuivre et' de platine toute dite chez les marchands de baroniètref à Ljrdn ; elle coûte environ 2S ou 30 francs.
tre barre de fei- carrée qui a 7 ou 8 li »|ui; face, qui est attachiîe au pEed t le moyeu d'une foui-chette boulont ductcur est plié de manière à suivr toil sans le toucher, mais placé à 5 de distauce et soutenu par des cran che; à l'extrémité da toit, on lui muraille et ou l'introduit dans un p 1» teiTeliumide,à la profondeur de ic c'est là que l'électricité du nuage 1 L'extrémité du conducteur doit Êtr trois branches d'un mètre de long , 1 à diviser la matière électi-ique; pour partie du conducteur qui est dans ki rouiller, ou l'enveloppe dans une cou bon faite en bois de sapin , ou mieux
dt^ la hrniip nin sVlpiiit sur les lipiiv .
et le paratonnerre, 5oy
paratonnerres donnée en iSaS, indique une maiiiére fort économique d'en construire pour les églises de village, il suffirait d'attacher un conducteur à la croix du clocher, laquelle alors servirait de tige. Par ce moyen, le paratonnerre ne coûterait que loo ou i5o fr. , au lieu de 5 , 4 et même 600 fr. qu'on le fait payer.
; Nous engageons MM. les curés à empêcher que j dans les momens d'orage , les jeunes gens se tiennent près de la barre de fer qui sert de conducteur au paratonnerre. Il y a peu de temps qu'an jeune homme périt subitement pour avoir touché cette barre électrisée pendant qu'il tonnait; d'autres ont éprouvé des commotions électriques trèsdangereuses.
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