PRÉFACE
Mon cher Directeur,
Vous avez bien raison de ne pas douter de tout l’intérêt que je porte aux questions se rattachant à la préparation militaire de la jeunesse française, et, plus particulièrement, à celles qui concernent l’éducation physique.
C’est vous dire tout le plaisir que m’a causé la lecture de votre petit livre, dans lequel, sous la forme la plus heureuse, vous avez su condenser un grand nombre d’observations intéressantes, et formuler, en matière de conclusion pratique, une série de leçons rationnellement composées et méthodiquement graduées.
Je suis de ceux qui pensent, avec vous, que la meilleure préparation à la vie militaire consiste à développer ou à améliorer les qualités physiques de nos futurs soldats.
On ne saurait trop s’engager dans cette voie, alors que notre faible natalité nous oblige à nous montrer moins sévères que nos voisins de l’Est, dans le choix de nos jeunes appelés.
Si le paysan de France a gardé les précieuses qualités de la race, endurance et vigueur, il faut bien reconnaître que le développement industriel du pays a attiré dans les villes de nombreux jeunes gens que la mine ou l’usine étiolent souvent, et qui arrivent à la caserne dans un véritable état d’infériorité physique.
De toutes parts déjà, de nombreuses sociétés de préparation militaire se sont imposé la noble tâche de revivifier ces énergies anémiées, de regénérer notre race, et de fournir à l’armée des hommes souples, vigoureux et forts.
Leur œuvre se poursuit, se complète et se précise à la caserne, sous l’œil vigilant de l’officier, dont la mission grandit en même temps que s’accroissent les exigences de la guerre moderne, et qui, tout en développant chez ses camarades de demain fapti-
tude à supporter les fatigues, cherche à élever leur moral à hauteur de tous les sacrifices.
Le secret du succès, comme on l’a dit en effet, ne réside pas seulement dans les engins de destruction, mais surtout dans la valeur de l’armée qui constitue, au moment décisif, un facteur d’importance capitale.
Et cette valeur est avant tout fonction de l’énergie morale, faite de volonté et de courage.
Ces hautes facultés morales, indices des âmes bien trempées, ne trouveront, en général, leur plein épanouissement que chez le soldat robuste et vigoureux :
Mens sana in corpore sano I
Donner à l’armée des corps sains et des âmes viriles doit donc être le but de ceux qui se proposent le maintien de la grandeur du pays!
Vous avez apporté une pierre à l’édifice ; à tous ceux qu’intéresse ce grave problème, vous faites part des résultats de vos recherches et de voire expérience.
Votre œuvre, j’en suis sûr, ne sera pas inutile.
Veuillez agréer, mon cher Directeur, avec tous les vœux que je forme pour le succès de votre petit livre, ' l’expression de mes sentiments bien cordialement dévoués.
Général G. Toutée,
chel de cabinet des généraux Picquarl et Brun, ministres de la guerre.