‹ Manuel de culture physique militaireChapitre 3 sur 32 · EXPOSÉ DE PRINCIPES · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DE PRINCIPES

La meilleure forteresse d’un pays, c’est la poitrine de ses enfants.

La première phase de la vie d’un citoyen français se déroule à l’école. Le but de celle-ci est de préparer un homme apte aux devoirs civiques et sociaux.

L’adolescent est à peine échappé à la tutelle bienfaisante des maîtres de son enfance que le plus sacré de tous ses devoirs s’impose à lui : le service militaire, c’està-dire l’obligation d’acquérir les connaissances nécessaires à une défense efficace de la patrie.

La vie militaire est, dans l’existence nationale, une spécialisation ayant un objectif nettement déterminé. Le rôle des chefs, officiers et sous-officiers, est plus restreint que celui de l’instituteur ou du professeur. Ils ne doivent avoir qu’un seul idéal : former un soldat. Considérer l’officier et le sous-officier comme les continuateurs intellectuels de l’œuvre de l’école, c est commettre une grossière erreur dans laquelle on est tombé lorsqu’on a introduit 'à la caserne des enseignements scolaires qui n’avaient rien à y faire.

Le rôle du chef militaire est plus simple : il doit apprendre à la recrue la technique élémentaire d’un métier ; mais il doit aussi lui donner la conscience de la noblesse du devoir qu’il remplit, grandir son esprit et son cœur jusqu’au sacrifice possible.

Les chefs ne doivent jamais oublier que la meilleure forteresse d’un pays, c’est la poitrine de ses enfants, à condition, naturellement, que cette poitrine soit robuste. Les vieux grognards de la Grande Armée,' parlant de leurs randonnées épiques à tra-

vers l’Europe, disaient : « L’Empereur gagne les batailles avec nos jambes. » La vigueur physique des soldats est, dans une armée, le gage le plus sûr de sa valeur.

Malheureusement, le recrutement en masse, auquel nous oblige la pénurie de notre natalité, déverse chaque année dans nos cadres des milliers de pauvres petits conscrits sans vitalité, sans vigueur pour résister aux dures exigences de l’entraînement intensif, qui sont consécutives à la réduction du temps de l’incorporation.

Ce n’est pas ici le lieu d’examiner si la plus grande partie de la responsabilité de cet état de choses, qui serait si gros de conséquences au jour du danger, ne doit pas retomber sur l’école qui, en négligeant la culture physique de l’enfance, a manqué ainsi à la moitié de sa tâche. L’œuvre scolaire de la République, satisfaisante dans le domaine intellectuel, a complètement échoué dans le domaine physique de l’éducation.

Il en résulte que la lâche des chefs militaires, qui ne devrait que viser à continuer, en la spécialisant, la culture physique des

adolescents envoyés par les conseils de revlsion se trouve considérablement accrue en difficultés.

A vrai dire, la mainmise de l’armée sur a recrue commence le jour du conseil de révision, et il est avéré que les opérations

, CG conse‘1> trop hâtées, ne permettent qu un examen superficiel du conscrit. Le medecin-major devrait pousser plus avant ses investigations, et un premier classement des hommes d’après leurs aptitudes physiques devrait répartir les conscrits dans les différentes armes. Chacun sait que les jambes du cavalier ne doivent pas avoir exactement la même conformation musculaire et ostéologique que celles du fantassin ; que l’artillerie, constituant le service le plus pénible de l’armée, demande des soldats plus vigoureux. Il est tout à lait absurde d’envoyer dans l’infanterie des jeunes, gens qui ne feront jamais que de mauvais marcheurs et dans la cavalerie des jeunes gens qui ne pourront jamais se tenir convenablement à cheval. C’est imposer aux uns et autres, par défaut d’adaptation au service qu’on en exige, une fatigue qui peut être extrêmement préjudiciable à leur état physiologique général.

Si l’on suivait scrupuleusement ces principes, le travail des officiers et des sous-officiers instructeurs se trouverait d’abord considérablement simplifié a 1 arrivée au corps.

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