‹ Manuel de culture physique militaireChapitre 25 sur 32 · POUR TOUTES LES ARMES · texte numérisé non relu

POUR TOUTES LES ARMES

Cette leçon de gymnastique, que nous avons demandée au professeur Desbonnet d’établir et d’exécuter devant nous en vue d’un maximum de rendement dans un minimum de temps, doit s’appliquer à toutes les armes.

Ceux qui, jusqu’à ce jour, se sont occupés de culture physique militaire, paraissent avoir eu en vue l’infanterie d’une manière à peu près exclusive, et le règlement militaire de 1902 n’a pas, au contraire, dérogé à cette façon de voir.

Il y a là une erreur manifeste. La force et la vigueur physiques sont aussi nécessaires à l’artilleur et au cavalier qu’au fantassin.

Pourtant on ne prend pas, à l’égard de l’éducation physique du canonnier et du cavalier, les soins que l’on essaye de prendre pour celle du fantassin. Nous disons « que l’on essaye de prendre », parce que nous sommes intimement convaincu que le simulacre de gymnastique que l’on fait à

l’heure actuelle au régiment et rien, c’est à peu près la môme chose. S’imaginer qu’un jeune paysan quelconque arrivant de son village, dont il a été extirpé de force par le recrutement, mettra à la leçon de ' gymnastique qualifiée de « suédoise » la dose énorme d’exercitalion volontaire nécessaire à son efficacité, c’est être d’une naïveté réellement incommensurable et faire preuve d’une ignorance absolue de la psychologie paysanne. Nous ne cesse- 4 rons de le répéter, il faut obliger le soldat à l’effort, cl toute méthode qui ne s’inspirera pas de ce principe fondamental sera dans l’erreur et sera vouée à l’échec.

Mais c’est un principe qu’il faut appliquer non seulement aux fantassins, mais aux hommes de toutes les armes.

Certes, un fantassin a besoin de bonnes jambes pour marcher, de muscles lombai- . res solides pour porter son sac, d’un esto- ; mac robuste pour être capable de s’assi- j miler les nourritures plus ou moins gros- | sières qui peuvent échoir au soldat en campagne ; mais ce sont là des vertus phy- 3 siques essentielles à tout soldat, qu’il soit à pied ou monté.

Personne n’ignore, parmi ceux qui ont

servi dans l’artillerie de forteresse notamment, ou qui ont simplement assisté à des manœuvres de cette arme, qu une construction de batterie, une construction de chemin de fer Decauville, nécessitant, dans le premier cas, un dur travail de terrassement, dans le second, le transport à bras des rails et des traverses préalablement assemblés, de lourdes plates-formes, exige des hommes une force physique considérable, principalement de la région sacrolombaire et de la région abdominale. Aussi les hommes de l’artillerie à pied doivent-ils être choisis parmi les plus solides du recrutement ; mais il est tout de même bien étrange qu’on ne songe pas à les faire bénéficier des bienfaits de la culture physique.

L’artillerie montée et l’artillerie à cheval sont dans la même situation, ou à peu près, à l’égard des efforts à fournir. De notre temps — et il est probable que les choses n’ont guère changé depuis - — - il y avait une série de manœuvres qui faisaient partie de l’instruction des recrues, et qu’on appelait les « manœuvres de force ». Elles consistaient principalement à changer une roue brisée, manœuvre pendant laquelle les ser-

vants devaient supporter une partie du poids de la pièce appuyée sur la seule roue qui restait. L’exercice était pénible et il présentait certains dangers. Les manœuvres de « à bras en avant », les mises en batterie, parfois en terrain défoncé, le coup d’épaule aux roues quand les chevaux renâclaient à la tâche, n’étaient pas non plus des amusements d’enfants.

La force physique est aussi nécessaire aux cavaliers ; car c’est encore une erreur de croire que, parce qu’il est à cheval, l’homme monté fatigue moins que le fantassin. Quiconque a pratiqué l’équitation sait qu’il n’y a pas de sport plus dur, surtout dans les débuts. Et s’il faut des jambes au fantassin pour marcher, il en faut aussi au cavalier, dont elles constituent l’aide principale. La théorie dit : « Les genoux doivent être adhérents à la selle, le buste droit. » Mais cette adhérence à la selle ne peut être obtenue que par une action constante des trois adducteurs des cuisses et du droit interne, de même que l’altitude rectiligne ne peut être conservée à cheval que par l’action des muscles lombaires : masse commune, transversaire épineux et épi-épineux.

La hernie, si fréquente chez les cavaliers, sera évitée par la culture des obliques et des grands droits de l’abdomen.

En résumé, il ne faut pas faire d exclusivisme en matière de culture physique militaire. Il faut, à toutes les armes, appliquer avec autant de soins la même méthode. Elles retireront toutes un égal, avantage de celle que nous préconisons ici.

Page 1