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LA COURSE A PIED

Une des principales vertus physicpies qu’il faut plus que jamais exiger du soldat moderne, c’est d’être un coureur. L’avantage, avant l’action, appartiendra aux armées qui seront les plus viles et le gain des batailles futures sera intimement lié à la promptitude des mouvements exécutés sur le terrain par les unités combattantes. De la vitesse de jambes des soldats, des fantassins principalement, éparpillés dans une plaine, se précipitant tous, à un ordre, pour occuper une position stratégique importante avant l’ennemi, dépendra fréquemment le résultat de la journée.

Il faut donc habituer le soldat à courir. Etre un bon marcheur, un bon tireur et un bon coureur, voilà trois attributs physiques primordiaux chez le soldat moderne.

Mais la course à pied exige un entraînement extrêmement rationnel. C’est une arme à deux tranchants : elle peut blesser qui s’en sert d’une façon maladroite. Courir à pied ne veut pas dire courir jusqu’à

l’épuisement, comme la bête forcée ou le cheval affolé. Rien n’est plus loin du véritable entraînement à la course que ces performances absurdes qui consistent à accomplir à pied, d’une seule traite, des centaines de kilomètres et à arriver au but, quand on ne tombe pas dans le fossé de la route, hâve, exténué, comme une sorte de cadavre ambulant que pousse et achève de brûler une volonté interne. Pour les hommes comme pour les animaux, ces randonnées sont stupides et criminelles.

« Pratiquée avec raison, au contraire, dit le docteur Rouhet, la course à pied est un excellent moyen de régénération physique ; elle régularise le cours du sang, active les sécrétions et les éliminations, donne une impulsion nouvelle aux fonctions vitales et fait collaborer toutes les cellules pulmonaires à l’acte de la respiration. Elle détruit les tissus adipeux, favorise le rôle, éliminateur de la peau, qu on appelle le « poumon cutané », développe la capacité pulmonaire et permet d’amener dans les alvéoles pulmonaires une plus grande quantité d’oxygène, augmentant ainsi la richesse du sari g par une augmentation des globules rouges.

» Mais tous ces bienfaits sont annulés par les inconvénients de la course à pied pratiquée avec excès. En effet, le travail occasionné par les groupes importants de muscles qui entrent en action dans la course produit une grande quantité d’acide carbonique, qui doit être éliminé immédiatement sous peine d’intoxication. Les inspirations incomplètes et peu profondes exécutées par les sujets non entraînés font que la respiration devient plus fréquente pour suppléer au manque d’amplitude de ces inspirations. Le défaut d’amplitude ne permet pas à l’acide carbonique de s’éliminer rapidement, d’où essoufflement, intoxication et tous les troubles organiques qui en résultent.

» On reconnaît donc à l’essoufflement que la dose d’exercice bienfaisante a été dépassée ou tout au moins que l’effort est sur la limite extrême qui sépare l’entraînement de l’éreintement.

» Il faut alors arrêter l’exercice, respirer plusieurs fois longuement et profondément pour éliminer l’acide carbonique accumulé dans le poumon. Tout sujet qui continue, malgré l’avertissement de l’es-

soufflemcnl, s’empoisonne de gaîté de cœur.

» La course à pied doit donc être appliquée à tous, mais d’une façon différente selon les tempéraments des sujets. »

Ainsi s’exprime sur la course à pied le Dr Georges Rouhet, dont l’autorité fait loi en la matière, dans son beau livre L’Art de créer le jnir sang humain.

Revenons donc à nos trois pelotons :

A) Les hommes forts ;

B) Les moyens ;

C) Les malingres.

En principe, pour la course à pied, les hommes devraient être divisés en deux catégories — les maigres et les gras et la longueur de la course graduée selon la quantité respective du tissu adipeux des sujets. Car c’est un des effets sûrs de la course à pied : elle fait maigrir. >

Mais, au régiment, cette nouvelle classification ferait perdre un temps précieux. Au reste, à l’âge qu’ont nos soldats de l’armée active, il en est heureusement peu qui soient surchargés de ce fardeau inutile qui

s’appelle la graisse. Et, dun autre côté, l’idéal, au régiment, c’est de composer une moyenne où les moins vigoureux eux-mêmes sont en mesure d’accomplir tous les efforts qu’on peut être appelé à leur demander. Le peloton des malingres, nous le répétons, si l’éducation physique que nous préconisons a été efficace — et elle le sera - — - doit disparaître à la fin du premier trimestre d’incorporation, et nos trois sections se fondre en une seule à laquelle on fera exécuter les mêmes exercices.

Dans les débuts, il faudra cependant s’en tenir à notre sélection. Après avoir exécuté cinq des exercices que nous avons indiqués précédemment, l’instructeur-chef ordonnera le pas gymnastique :

Les hommes du peloton A ( les forts ) courront pendant deux minutes ;

Les hommes du peloton B ( les moyens ) courront pendant une minute et demie ;

Les hommes du peloton C (les malingres) courront pendant une minute.

Le sous-officier instructeur accompagnera ses hommes et les surveillera de près. Dès qu’il s’apercevra que quelquesuns d’entre eux sont essoufflés et conges-

Culturephys. ii

tionnés, il commandera : Marquez le pas ! ■ en ralentissant légèrement la cadence dévia course et en faisant effectuer des inspi-'v rations et des expirations profondes. Poulies malingres, il faudra parfois môme ■ marquer un arrêt.

Au fur et à mesure des progrès de l’en- ; traînement, il faudra accélérer l’allure pour conduire tout doucement au sprint, course de vitesse, qui est au pas gymnas-1 tique ce que les poids lourds en athlétisme sont aux poids légers. La dernière course | de la leçon devra être la plus rapide et se terminer par un sprint :

De 100 mètres pour les hommes du peloton A ;

De SO mètres pour les hommes du peloton B ;

De 60 mètres pour les hommes du pe- 1 lolon C.

Cette distance sera allongée au fur et à J mesure des progrès réalisés.

Cette dernière course sera celle qui devra précéder immédiatement la douche.

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