POUR LA FRANCE
Nous ne voudrions pas non plus fermer ce modeste ouvrage sans dire que nous n’avons été guidé, pour le présenter à l’armée, par aucune autre considération que celle de lui être utile en mettant à son service de longues années d’expériences et cl observations personnelles, dans l’art si délicat de la culture physique.
Ce faisant, nous croyons, sans fausse modestie, avoir également servi notre pays sous une double forme : d’abord, en lui donnant le moyen de se procurer des déienseurs robustes ; deuxièmement, en donnant à ces mêmes jeunes gens, qui auront apprécie au régiment les bienfaits de la culture physique, le goût et le désir de la continuer dans la vie civile et d’en inspirer le culte à leurs enfants.
Ce n’est pas faire oeuvre belliqueuse que de vouloir nos soldats vigoureux : c’est tout simplement vouloir que notre pays soit
respecté parce qu’on, le saura tort. Et cela, vouloir la France respectée, c’est servir l’humanité tout entière. Si cette patrie, dont on a dit que sa terre portait bonheur à l’esprit humain, était un jour rayée de la carte des nations libres, il y aurait un tel recul de la pensée que mille ans d’histoires ne suffiraient pas à le regagner.
Nous ne rêvons point de conquêtes, mais nous ne voulons point non plus êlie dimi nués. Nous ignorons si le rêve de paix universelle n’est qu une chimère d esprits généreux ou une possibilité des temps futurs ; mais ce que nous savons pertinemment, c’est que ces choses sont d une réalisation si lointaine que nous ne pouvons actuellement y songer qu’à titre de spéculation intellectuelle.
Soyons donc forts, c’est, encore le meilleur moven d’être bons et d être pacifiques. Réagissons contre les sentimentalités déprimantes et, pour être des hommes de cœur, soyons d’abord des Français de
cœur.
Il faut porter en nous la fierté de notre race et l’orgueil des grandes et bonnes ac-
lions qu’elle a accomplies. L’antimilitarisme n'est pas une doctrine politique, c’est une lâcheté psychique et physique. C’est un état d’âme analogue à celui dont est pourvu l’individu qui, dans la rue, se laissera insulter ou laissera outrager sa femme plutôt que de châtier l’insulteur et de risquer des coups. L’antimilitariste n’est pas, comme il s’en targue, l’apôtre d’une idée ni le martyr d’une grande cause : c’est un malade qui puise sa propre exaltation dans son déséquilibre physiologique. Il ne relève que d’une thérapeutique spéciale qui doit consister simplement à retremper ses muscles et ses organes au bain des saines et tonifiantes pratiques de la culture pbysi que.
Il faut soigner l’antimilitariste. C’est un lâche à l’état latent, capable par à-coups de courage impulsif, mais incapable de ce courage froid, sûr et raisonné qui seul fait l’âme réellement impavide et rend possible les glorieuses actions. Il faut soigner le futur antimilitariste à la famille dans l’enfant débile qui grandit au milieu des souffrances ; il faut le soigner à l’école dans l’élève taciturne, isolé, faible et triste ; il iaut soigner l’antimilitariste complète-
ment évolué à lu caserne dans le soldat sans tenue, discoureur, intérieurement révolté et indiscipliné.
C’est à l’instructeur de culture physique qu’il appartient principalement de le guérir. Faites-en un sportsman, vous en ferez ensuite facilement un bon soldat. Le jugement pondéré est le fruit d’un heureux équilibre physiologique et l’assurance de se sentir fort est un puissent cordial poulies cœurs faibles.
Et rien n’assouplit à la discipline comme la pratique du sport. Embrigadez nos sujets difficiles dans des équipes de football et vous verrez comme, d’eux-mêmes, ils se plieront aux ordres des chefs du jeu. Or la discipline volontaire qui s’acquiert ainsi par un entraînement insensible est la seule qui soit désirable parce qu elle n’est ja mais violée. Ce n’est plus une contrainte, c’est une dignité qu’on se confère à soimême, une mainmise de sa propre volonté sur tous les ferments d’insoumission et de révolte qu’on avait en soi.
Ces vertus morales sont des corollaires naturels des vertus physiques que nous voulons donner a nos soldats. Si nos offi-
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ciers veulent essayer de la méthode que nous avons préconisée ici, c’est avec confiance que nous attendons leur critique et leur jugement.
Albert Suricr.