L. Lipurie, -— Dans la lipurie, la graisse, au lieu de
se trouver à Fétat de véritable émulsion, comme dans ]a chylurie, surnage Turine, sous forme de grosses gouttes analogues aux yeux du bouillon. Cl. Bernard a rencontré cet état particulier de l'urine chez des chiens soumis à une alimentation grasse forcée. On a prétendu à tort que la lipurie constituait un signe dia- ^ostique des altérations du pancréas ou du rein.
A côté des corps gras, les urines chyleuses peuvent contenir de Talbumine capable de les maintenir en émulsion, et souvent aussi de la fibrine qui s'agglomère en caillots ou reste dans le dépôt à Tétat de fibres dissociées.
E. Mélanurie. — Chez les malades atteints de tumeurs mélaniques, Furine prend parfois une coloration noire spéciale. Ce signe peut devenir important dans les cas où il est impossible de faire directement le diagnostic par Texamen des tumeurs. Quand on laisse reposer l'urine d'un malade atteint de tumeurs mélaniques, elle prend, au bout de quelques heures d'exposition à Tair, une teinte foncée presque noire; celle-ci se développe plus rapidement sous Tinfluence de Tacide azotique.
fr\ Pyrocatéchine. — La pyrocatéchine communique à Furine la propriété de prendre à Fair une teinte rouge foncée rappelant celle du bourgogne et qu'elle doit à un phénomène d'oxydation. Elle apparaît dans les urines après Fingestion de phénol de benzol ou d'acide protocatéchique, et s'y Irouve, comme le phénol, à. Fétat de dérivé sulfoconjugué.
■G. Matières alcaptoniques — Ces matières, qui paraissent constituées par Vacide komogentisique donnent encore à Furine la propriété de brunir par simple abandon Diagnostic, S^" édit. 6
aa contact de Tair, mais le mieux après addition d'an peu d'alcali ; elle se rattacheraient directement à la tyrosine, produite dans la troisième phase de la digestion pancréatique des matières albuminoîdes: et quand elles apparaissent dans les urines, ce qui est d'ailleurs fort rare, leur quantité augmente à la suite de l'ingestion de la tyrosine et en proportion directe du poids de cette dernière.
Deuxième groupe,
A. Parmi les médicaments dont l'absorption amène des modifications dans la coloration des urines, il faut citer avant tout Y acide phéniquCy qui existe en minime quantité dans l'urine normale, surtout à la suite de l'alimentation végétale. Quand l'acide phénique a été absorbé en assez grande quantité, l'urine prend une teinte plus ou moins brune, quelquefois noire ou d'un noir verdàtre ; c'est là le premier signe de l'intoxication phénique. Les autres préparations de goudron peuvent produire des colorations analogues quand elles sont absorbées en très forte quantité. Nous avons vu que es affections qui provoquent une augmentation dans la proportion de Tindican urinaire, telles que étranglement interne, péritonite, etc., agissent de même à l'égard des dérivés phéniqués. Le phénol se trouve dans les urines à l'état de phénylsulfates alcalins soiubles ; pour le retrouver, on traite 200 à 250 centi^ mètres cubes de liquide par l'azotate de baryum, qui précipite les sulfates ; on filtre, et le produit limpide, traité par l'acide chlorhydrique et chauffé à 80^, donne un nouveau précipité s'il y a des phénylsulfates que
les acides minéraux décomposent en acide phénique et sulfates.
B. Après Vingeslion de préparations de boi$ de Cam" pêche, de feuilles de séné ou de rhubarbe, on observe également des colorations semblables à celles que cause la présence du sang ou des matières colorantes biliaires. L*urinequi renferme Thématoxyline du campèche, alcalinisée par la potasse ou l'ammoniaque, prend une teinte d'un bleu violet. L'acide chrysophanique du séné et de la rhubarbe colore Turine, dans les mêmes conditions, en carmin foncé. De plus,racide nitrique décolore partiellement ces urines, tandis qu'il fonce les urines sanguinolentes ou biliaires.
G. Des phénomènes analogues se produisent après l'absorption de la santonine, sous Tinfluence de laquelle les urines sont excrétées en plus grande abondance, et présentent une coloration variant du jaune au vert; cette coloration passe au rouge cèdre ou au pourpre par Taddition d'un alcali.
30 Odeur dosorinos. — Elle ne présente pas un grand intérêt pour le médecin.
L'odeur de T urine normale est généralement fade ou légèrement aromatique, par suite de la présence d'acides volatils de la série aromatique. L'urine exposée à l'air pendant un certain temps devient d'abord de plus en plus acide, puis alcaline, et prend une odeur ammoniacale. Dans la décomposition putride, l'odeur devient repoussante (odeur urineuse).
Certains aliments, oignons, choux et surtout asperges, communiquent aux urines une odeur d'une fétidité spéciale.
L'ingestion ou l'inhalation de la térébenthine com-
TTiunique à l'urine une odeur de violettes; le copahu, le cubèbe, le tolu, le safran lui communiquent leur odeur spéciale; il en est de même de la valériane, du castoréum, du musc, de Tassa fœtida.
4"* Réaction des urines. — A Fétat normal, Turine est légèrement acide, et rougît le papier bleu de tournesol. On ne sait à quel composé (phosphate acide de soude, acides lactique, urique, hippurique) attribuer cette acidité, dont le degré n*est du reste pas constant. L'urine de la nuit est plus acide que celle du jour; après un repas riche en éléments herbacés, elle devient neutre et même alcaline. L'exercice musculaire violent augmente beaucoup l'acidité de Turine.
L*urîne normale, abandonnée à Pair, subit d'abord la fermentation acide, sous Tintluence de laquelle la couleur du liquide se fonce, tandis que, par suite de Vaugmentation de Facidité, des cristaux d'acide urique se déposent au fond du vase.
Cet état peut persister pendant des semaines; puis Turine subit la fermentation ammoniacale^ qui se montre d*autant plus rapidement que la température extérieure est plus élevée et l'urine plus diluée. La couj-ig. 20 ~ Garbonaie leur du liquide redevient claire,
de chaux. . •
moins foncée ; Tacide urique se redissout, et il se dépose un sédiment blanc grisâtre, d'aspect cristallin au microscope; ce sédiment est formé de phosphates calcique et ammoniaco-magné • sien et de carbonates terreux (fig. 20), souvent mélangés à de rurale animonique. L'urine possède alors une odeur fétide, l'odeur urineuse, et communique au
EXAMEN DË& URINES. 85
papier rouge de tournesol une coloration bleue qui disparaît par la dessiccation à moins que des alcalis fixes ne soient mélangés à Turine. Quelquefois l'addition d'un acide en dégage des bulles d'acide carbonique. La fermentation ammoniacale de Turine est caractérisée par la transformation de l'urée en carbonate d'ammoniaque sous rinfluence simultanée d'un ferment figuré, le Micrococeus ureœ, qu'il est facile de recueillir sur un filtre, et d'une diastase soluble sécrétée par ce micrococeus.
Les urines sont acides dans une série de maladies accompagnées de fièvre, telles que la fièvre typhoïde, le rhumatisme articulaire aigu, la pneumonie, la pleurésie, etc. D'ailleurs les sédiments de ces urines sont formés d'urates, puisque les phosphates sont facilement solubles dans un milieu acide.
Les urines peuvent devenir a/ca/in^s, à la suite d'une médication alcaline, ou bien après l'ingestion de sels alcalins d'acides végétaux qui se transforment dans l'organisme en carbonates.
Chez les malades atteints de dilatation de l'estomac, les urines restent souvent alcalines, surtout dans les cas où le contenu acide de l'estomac est rejeté par des vomissements ou éliminé par la sonde (lavage de l'estomac).
Les urines deviennent également alcalines après l'usage de bains chauds ou même de bains froids. Dans tous ces cas, le papier de tournesol rouge plongé dans l'urine prend une teinle bleue.
Dans les cas auxquels on vient de faire allusion, l'alcalinité de l'urine dépend en grande partie de la quantité d'alcalins qui ont pénétré dans l'organisme.
Mais r urine peut également devenir alcaline par snite d'une transformation de Turée en carbonate d'ammonium ; cette hydratation se produit dans la vessie sous riniluence de la torulacée qui se trouve dans le mucus vésical. Le papier rouge de tournesol, bleui par une telle urine, redevient rouge par la dessiccation, par suite de la volatilisation de Talcali ; un tube de verre humecté d'acide chlorhydrique, approché de Turine, s'entoure immédiatement de vapeurs blanches de chlorure d'ammonium. Les réactions précédentes ont une certaine importance diagnostique ; elles ne se produisent guère que dans les cas de catarrhes vésicaux.
Ajoutons, pour terminer ce qui a trait à la réaction de Turine, que quelquefois, très rarement il est vrai, elle rougit et bleuit à la fois le papier de tournesol (réaction amphotère).
5<> Poids spécifique de l'urine. — La densité d'une urine dépend de la quantité du liquide et de la proportion des sels ou des éléments qui y sont dissous ou tenus en suspension.
La densité de l'urine varie en moyenne entre 1,017 et 1,020. A la suite d'une absorption considérable de liquide, le poids spécifique peut tomber à 1,002 et s'élever à 1 ,040 dans le cas opposé. Gomme la coloration des urines est généralement en rapport avec la densité, on peut dire que les urines claires ont une densité faible, les urines fortement colorées une densité élevée ; cette conséquence, vraie pour le diabète insipide, est complètement fausse dans le cas de diabète sucré, où l'urine, abondante et très peu colorée, peut avoir une densité composée entre i,020 et 4,045, par suite de la présence du sucre.
Dans toutes les maladies aiguës, surtout dans leur premier stade, les urines sont concentrées, lourdes, et leur poids spécifique peut s'élever jusqu'à l,03.ï. €e fait tient à une élimination plus considérable de Purée, des sulfates et des phosphates alcalins. Dans un certain nombre de maladies où les échanges nutritifs sont entravés, par exemple dans la goutte, dans la néphrite parenchymateuse aiguë .ou chronique, dans le diabète, dans Toxalurie, le poids spécifique peut s'élever jusqu'à 1,040. Les urines, par contre, sont légèreSy c'esf^à-dire que leur poids spécifique est beaucoup moindre, dans certains états nerveux, chez les hystériques, dans certaines albuminuries, dans la dégénérescence amyloïde des reins, dans le diabète insipide; mais, dans ce dernier cas, et en raison du volume d'urine plus considérable excrété, le poids absolu du résidu solide des 24 heures est augmenté.
Pour déterminer le poids spécifique d'une urine, on se sert d'un urodensimètre qu'on plonge dans le liquide versé dans une éprouvette assez large pour qu'il y puisse flotter librement. Le densimètre porte des divisions allant de 1000 (densité de l'eau à 15*^) jusqu'à 1040. On attend que l'instrument soit au repos, et le chiffre qui correspond au niveau inférieur du ménisque superficiel indique le poids spécifique de Turine. On peut tirer de ce poids spécifique, avec une exactitude souvent suffisante pour les besoins cliniques, le poids du résidu solide du litre d'urine, en multipliant par 2,31 les deux derniers chiffres de la densité exprimée avec trois décimales. Le résultat ainsi calculé n'est assez rapproché de la vérité qu'au cas où le volume de rémission de vingt>qua-
tre heures se rapproche lui-même de la normale.
6» Fluidité et viscosité des urines. — A Tétat normal, la consistance de Turine ressemble à celle de Teau ; quand Furine se trouve mélangée à des éléments pathologiques (pus), il se produit une fermentation alcaline, et Ton voit apparaître dans le liquide une masse filante, qui donne à Furine une consistance visqueuse. Dans le cas d'hématurie, la consistance du liquide se trouve augmentée.
1^ Sédiments urinaires. — Quand une urine est restée au repos pendant un certain temps, on observe un dépôt tantôt nuageux, tantôt plus consistant et plus dense, formé de mucosités ou bien d'une masse pulvérulente de teinte tantôt rouge (sédiments briquetés d'urates et d'acide urique), tantôt blanc grisâtre (phosphates). La valeur diagnostique du sédiment urinaire résulte de son étude physique et chimique.
On doit toujours commencer par Texamen microscopique du dépôt qui s'est produit au fond de l'urine versée dans un vase conique et abandonnée au repos. On observe ainsi des éléments organisés ou non organisés, c'est-à-dire des éléments cellulaires ou bien des sels d'aspect cristallin ou non. Ces éléments peuvent être normaux, et alors constitués par des produits de régression dont l'élimination est nécessaire et qui^ s'ils étaient retenus dans l'organisme, pourraient provoquer des désordres. Tantôt, au contraire, ce sont des produits pathologiques, tels que laleucine,la tyrosine^ des cylindres épithéiiaux, du pus, etc., et il est évident que la présence de l'une ou de l'autre variété de ces substances aura, pour le clinicien, une valeur diagnostique] considérable.
Quand on rencontre dans une urine des sédiments organisés, on songe immédiatement à Texistence d'une affection locale, c'est-à-dire qu'ils font présager une affection des reins ou des organes chargés de Télimination de Turine. Quand il s'agit, par contre, de sédiments non organisés, la recherche devient beaucoup plus difficile ; caries modifications apportées à la quantité et à la nature des sédiments tiennent presque toujours à un état général de l'organisme.
Nous renvoyons l'étude des sédiments urinaires à celle de chacun des corps qui existent normalement dans l'urine ou s'y trouvent dans des cas pathologiques pouvant donner naissance à des dépôts.