V. Les peptones apparaissent dans les urines dans
le cas de foyers purulents (abcès profonds, exsudais pleurétiques et péritonéaux purulents, cavernes, pneumonie croupale, méningite, etc.), surtout quand les collections purulentes se font brusquement une issue au dehors. C'est la peptonurie pyogène ;les peptones passent encore dans les urines dans l'empoisonnement aigu par le phosphore, le carcinome stomacal, l'anémie pernicieuse, le scorbut, le diabète sucré {peptonurie hématogène), dans la pneumonie, le cancer de ^ l'estomac, la fièvre typhoïde {peptonurie entérogène), dans l'état puerpéral et dans les ruptures de kystes de l'ovaire.
A côté de la peptone, les urines peuvent renfermer d'autres matières albuminoïdes ; mais l'urine albumineuse n'est qu'exceptionnellement peptonique.
Le procédé exact de recherche des peptones, très délicat, est encore une œuvre de laboratoire qui ne peut trouver place ici.
Vn peut cependant présumer la présence des peptones, en l'absence d'autres matières albuminoïdes, quand l'urine donne un trouble sous l'influence du réactif citro-picrique, alors que les trois procédés de recherche de l'albumine ont fourni un résultat négatif.
Dosage de l'albumine par le réactif citro-picrique d'Esbach«
Appareil : tube de verre de 50 centimètres cubes environ, fermé d'un bout et divisé en deux parties par des lignes marquées U et R ; la partie inférieure porte une graduation spéciale.
Réactif: Solution aqueuse de 10 grammes d'acide picrique et 20 grammes d'acide citrique pur, étendue au litre.
EXAMEN DES URINES. iI3
Manuel opératoire : Verser Turine jusqu'au trait U, le réactif jusqu'au trait R ; boucher aves le pouce^ et retourner dix ou douze fois sans agiter ; laisser ensuite reposer vingt-quatre heures; lire à ce moment le chiffre de la graduation qui correspond au niveau supérieur du coagulum albumineux et qui donne immédiatement, en grammes, la quantité d'albumine contenue dans i litre d'urine.
L'urine en expérience doit être acide, sinon on Tacidule par l'acide acétique ; elle ne doit pas être trop chargée d'albumine, sinon on étend de 1 ou 2 volumes d'eau, de façon que la lecture se fasse avec un maximum de 4 à 5 grammes et l'on tient compte de la dilution en doublant ou triplant le résultat.
2° Mucus. — Toute urine normale, surtout celle de femme; renferme un peu de mucus sous forme d'un léger nuage qui descend peu à peu au fond du vase, et qui provient de la sécrétion des muqueuses vésicale et vaginale (femme).
La m ucine augmente dans toutes les inflammations du système uropoïétique, et en o.;ire, chez la femme, dans celle de la muqueuse génitale. Elle augmente aussi dans les affections fébriles, fièvre typhoïde, pneumonie, etc. La présence d'une grande quantité de mucus prédispose l'urine à la fermentation acide ou ammoniacale.
L'acide acétique donne à froid, avec la mucine, un précipité insoluble dans un excès ; il se produit un trouble uniforme qui, rarement, se résout en flocons tombant au fond du vase, à moins qu'on n'ait étendu fortement l'urine.
3" Sucre. — On peut trouver, dans l'urine, de la glu- Diagnostic, 3® édit. 8
li4 PROCÉDÉS D'INVESTIGATION ET D'EXPLORATION.
cose ou sucre de raisin, de la lévulose, de la lactose, de la maltose, enfin de l'inosite; on y a aussi signalé Tapparition de la dextrine après la disparition de la glucose chez certains diabétiques.
Des recherches récentes paraissent démontrer qu'à l'état normal l'urine ne renferme pas la moindre trace de sucre; ou croyait auparavant qu'elle pouvait en renfermer OK'',iO dans les vingt-quatre heures. Quand la glucose apparaît dans Turine, et surtout en quantité considérable, il y a diabète. Cependant on peut observer passagèrement du sucre dans les urines de malades atteints d'aliénation mentale, d'altérations graves du système nerveux (piqûre du plancher du 4« ventricule, sciatique, lésions du crâne et de la colonne verte* brale, sclérose cérébrale difîuse, commotion et apoplexie cérébrale), à la suite d'opérations douloureuses, de remploi à l'intérieur de Tessence de térébenthine et d'injections sous-cutanées de nitrite d'amyle, de nitrobenzine et de nitrotoluène, de sel marin, dans l'empoisonnement par Tarsenic, Toxyde de carbone, le curare, la morphine, le chloral, Tacide prussique,* l'alcool, dans certains cas de catarrhe stomacal, de cirrhose du foie et de thrombose de la veine porte, enfin pendant Talimentation lactée des albuminuriques et des scarlatineux. Quand l'émission du sucre devient considérable, il ne tarde pas à se produire des troubles graves et profonds de l'organisme, et l'on retrouve alors du sucre, non seulement dans l'urine, mais encore dans la salive, la sueur et dans tous les liquides de l'économie.
L'urine saccharine présente des caractères particuliers : sa quantité est notablement augmentée; elle
peut aller jusqu'à 20 litres dans tes vingt-quatre heures. Elle est pâle, d'une teinte jaune paille avec reflets verdâtres (teinte 1 et 2 de l'échelle de Vogel), parfaitement limpide, ne donne pas de sédiment même après un repos prolongé. Bien que très abondante, Furine a un poids spécifique très élevé 1,028 au minimum, ordinairement 1 ,030 à 1 ,040, et dans quelques cas rares i ,050 à i,060. La proportion d'urée est toujours plus considérable qu'à l'état normal. On peut encore rencontrer dans l'urine quelques sédiments d'acide urique ou d'oxalate de chaux. L'urine saccharine fermente très rapidement, el l'on ne tarde pas à j observer de nombreuses cellules de levure.
Pour déceler la présence du sucre dans l'urine, on peut se servir de difîérents procédés dont nous n'indiquerons que deux, recommandables, l'un par son extrême simplicité, l'autre par la certitude absolue que donnent ses indications quand on l'emploie convenablement.
Dans certains cas l'urine renferme à la fois du sucre et de l'albumine, et d'autres fois des pigments qui peuvent entraver les réactions; on doit toujours se débarrasser de ces corps éti:angers, mais surtout de l'albumine ; pour cela il suffit de précipiter l'urine par l'acétale de plomb, et le liquide filtré par le sulfate de soude; une nouvelle filtration donne une solution limpide et généralement incolore ; c'est cette solution qu'on devra employer à la recherche de la glucose dans les urines.
4<» Béaction de Maore-Heller. — L'urine sucrée, cHauffée dans un tube avec de la potasse en excès, pr^d une coloration jaune brun plus ou moins pro^
noncée ; déterminée par l'excès de Pair elle commence toujours à se montrer dans la partie superficielle du liquide.
Cette réaction n'a pas une valeur absolue ; car elle se produit encore avec d'autres substances (pyrocatéchine, rbubarbe, etc.) qui peuvent se trouver dans l'urine.
2® Réaction par la liqueur cupro-polassique, — Nous donnons la préférence à la liqueur de Barreswill; mais pour prévenir l'altération spontanée du réactif, nous recommandons de conserver dans deux flacons séparés, d'une part la solution aqueuse de sulfate de cuivre, d'autre part la solution potassique de sel de Seignette. Pour opérer, on verse dans un tube 1 centimètre cube de sulfate de cuivre, puis autant de solution tartro-potassique ; on obtient ainsi un liquide bleu foncé qu'on étend de 5 à 6 centimètres cubes d'eau; d'autre part, on alcalinise à froid un peu d'urine avec de la potasse. On porte ensuite le liquide bleu à 70 ou 80 degrés, et on y introduit deux à quatre gouttes de l'urine rendue alcaline; on chauffe encore un peu et on attend ; s'il y a 4a moindre trace de glucose, il se produit un précipité plus ou moins abondant, d'abord jaune, puis rouge d'oxyde cuivreux qui, seul, est caractéristique de la glucose; une coloration verdàtre ou jaunâtre n'indiquerait que des urates en abondance. Les principes normaux de l'urine gênant la réaction, il est absolument nécessaire, pour arriver à un résultat certain, d'opérer comme il vient d'être dit, c'est-à-dire d'employer un excès de réactif et quelques gouttes seulement d'urine rendue alcaline. Les sels ammoniacaux, la peptone maintiennent en dissolution l'oxyde cui-
vreux qui ne se précipite qu'après refroidissemeet et un repos prolongé. D'après l'abondance du dépôt rouge qui s'est formée au fond du lube, on peut, jusqu'à un certain point, juger approximativemnt de l'abondance du sucre dans l'urine examinée.
Si l'urine était albumineuse, on devrait au préalable éliminer l'albumine par la coction avec l'acide acétique et le chlorure de sodium.
Suivant Bouchardat, on peut approximativement apprécier la quantité de sucre contenue dans une urine, en multipliant les deux derniers chiffres de la densité par 2 ; on multiplie le résultat obtenu par le nombre de litres émis, et on retranche du produit 60 grammes représentant les autres éléments constituants de l'urine ^
Réactif portatif du suct^e, — Gomme pour l'albumine, le médecin peut avoir intérêt à caractériser la glucose dans l'urine, au lit même du malade. On utilise alors la décoloration que subit l'indigo bleu en solution alcaline au contact de la glucose, à chaud.
On prépare des bandelettes de papier qu'on imprègne, les unes de carmin d'indigo, les autres de bicarbonate de soude concentré; on introduit une bandelette de chaque sorte dans l'urine sucrée qui se colore en bleu, mais se décolore rapidement quand on la chauffe.
La lévulose a été signalée, mais rarement, à côté de la glucose dans l'urine des diabétiques ; elle est caractérisée par les mêmes réactions.
La lactose a été trouvée dans l'urine de la femme