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II. — Éléments org^aniques des urines normales

l» Urée. — L'urée constitue à peu près à elle seule la moitié des matériaux solides de l'urine ((ig.21 ). A l'état normal, un adulte du poids de 60 à 80 kilogrammes excrète dans les vingt- quatre heures 21 à 35 grammes d'urée, soit en moyenne 28 grammes. Le chiffre de 34 grammes correspondrait théoriquement aux 16 grammes d'azote contenus dans les 100 grammes d'albumine alimentaire du régime mixte en vingt-quatre heures.

On doit admettre qu'un homme sain, qui n'engraisse ni ne maigrit, élimine autant d'azole par ses urines qu'il en ingère quotidiennement dans ses aliments ; or l'azote de l'urée représente environ les 80 centièmes

Diagnostic, 4« édit. 6

8S PROCÈDES D'IMVBSTIGATIOH BT D'EXPLORATION.

de l'azote total des urines. L'nrée est donc l'élément essentiel auquel on doit r&ttacher l'élimination de l'aiote de notre économie ; et si, dans un cas quelconque, on veut juger de l'augmentation ou de la di^ minution dans les pertes en azote (ou en ui-ée), il faut toujours comparer les entrées et les sorties de cet élément, et ne dire qu'il y a diminution d'urée que quand il entre plus d'azote avec les aliments qu'il n'en sort

Fig.ïl. - Urée.

SOUS Corme d'urée, qu'il y a au contraire augmentatimé d'urée dans le cas inverse. Il faut enfin bien se gardélP de conclure quoi que soit du résultat de la simple comparaison du chiffre d'urée excrétée avec celui que l'on trouve dans l'urine normale. C'est de cette façoa que l'on voit la quantité d'urée augmentée dans toutes les affections fébriles aiguës, bien que la quantité d'aliments introduits soit moindre, la proportion (l'urine éliminée plus petite, et que le poids brut de l'urée paraisse inférieur à celui d'une urine normale. En règle générale, la proportion de l'urée est en raison directe de la température : l'augmentation d'urée continue tant que la fièvre s'élève ; plus tard au contraire, aumomentde la réinissiOB,U quantité d'urée est moins

considérable qu'à Tétat normal. Cependant on constate une augmentation de Turée au moment où la température diminue dans le cancer, le diabète, la goutte, le rhumatisme.

Dans un certain nombre de maladies, la quantité d'urée éliminée dans les vingt-quatre heures peut atteindre 50, 60 et même 80 grammes. Nous citerons entre autres la fièvre typhoïde, la variole, l'érysipèle de la face, la pneumonie, la pleurésie, le rhumatisme articulaire aigu, l'intoxication par le phosphore, Tazoturie post-hémorragique. Dans razoturie simple, ou symptomatique du diabète sucré, la proportion d'urée peut atteindre au début 80, 100 et môme 140 par jour; elle baisse ensuite tout en restant supérieure à la normale, au-dessous de laquelle elle tombe cependant dans la dernière période de la maladie ; une augmentation notable se produit encore dans les accès do fièvre intermittente, et débute avant Tapparition de la période du froid.

Dans le régime lacté, la sécrétion de l'urée augmente notablement et quelquefois de 60 pour 100.

La diminution dans la proportion de l'urée éliminée peut tenir à l'absence ou à l'insuffisance de nutrition de l'organisme. A l'état pathologique, l'urée diminue dans tous les cas où les oxydations organiques se font incomplètement, dans l'emphysème pulmonaire notamment, et dans toutes les affections cardiaques accompagnées de troubles circulatoires profonds. Il en est de même de tumeurs malignes intra-abdominales, dans lesquelles la proportion d'urée éliminée dans les vingt-quatre heures descend à 10-15 grammes. Il est d'autres cas où la quantité d'urée produite est normale, mais où l'excrétion est diminuée par suite d'une rétention dans l'organisme, chez les hydropiques notamment, où la sérosité est chargée d'une forte proportion d'urée, que l'hydropisie soit consécutive à une lésion des reins ou du foie (fig. 21). Dans le choléra, l'élimination de l'urée est pour ainsi dire nulle dans le stade algide ;

mais dès que la sécrétion uriaaire se rétablit, la proportion d'urée devient telle qu'elle peut atteindre 60 et môme 80 grammes dans les vingt-quatre heures. Un phénomène analogue se produit chez les malades atteints de sueurs critiques, dont la peau se recouvre dans ce cas d'une véritable couche de cristaux d'urée. Les affections chroniques, dans lesquelles les oxydations sont ralenties, sont caractérisées par une diminution d'urée qui redevient plus abondante dans les exacerbâtions intercurrentes. L'excrétion de l'urée estminima à la fin des maladies mortelles.

20 Acide uriqae et urates. — La quantité moyenne d'acide urique éliminée dans les vingt-quatre heures, d'ailleurs très variable avec les sujets même les mieux portants, s'élève de 0tîr,2 à O^^^fi et ne se trouve nullement en relation nette avec celle de l'urée (de 1/28 à 1/80), bien que souvent il y ait augmentation ou diminution simultanée des deux éléments. Une nourriture animale augmente la proportion d'acide urique,

une nourriture végétale la diminue.

La proportion d'acide urique se trouve augmentée ([a.nshesL}icoup de maladies aiguës, fièvre typhoïde, rhumatisme articulaire aigu, l'accès de goutte, variole, fièvres infectieuses, l'anémie infectieuse et les affectieuses diverses de la rate, dans lesquelles la désassimilation des tissus est suractivée, ainsi que dans les affections des voies respiratoires et du système vasculaire dans lesquelles il y aurait au contraire diminution dans des

Fig. 22 . — Acide urique.

oxydations : emphysème, asystolie. Dans la leucocythémie, l'excrétion urique devient relativement énorme, de 48',2 à Sk*",! dans les vingt-quatre heures. Par contre, la proportion d'acide urique se trouve diminuée dans les affections chroniques, à la suite dliémorragies, dans Tanémie, la chlorose, dans les affections de la moelle et des reins, dans la goutte et le rhiunatisme chroniques, où Tacide urique s'accumule dans le corps.

La richesse de l'urine en acide urique peut être augmentée sans que celui-ci soit pour cela éliminé en plus grande quantité ; nous voulons dire par là que l'urine plus concentrée renfermera plus d'acide urique par litre , mais sera en quantité plus faible. C'est ce qui a lieu à la suite de transpiration abondante en été, dans le rhumatisme articulaire aigu lorsqu'il n'y a plus de flèvre, ou bien à la suite de certaines crises sudorales.

Genth, puis Bouchardat et Hanriot ont voulu établir une corrélation inverse entre le volume de l'excrétion urinaire et la quantité d'acide urique qu'elle contient par vingt-quatre heures; les gros buveurs d'eau fabriqueraient moins d'acide urique ; Schondorff a démontré l'inexactitude de cette assertion.

La dissolution de l'acide urique et de ses sels, qui sont peu solubles dans l'eau, est favorisée dans l'urine par la température du corps ; aussi dès que l'urine est refroidie, souvent ils se précipitent sous une forme cristalline, et donnent lieu à un sédiment bnquelé qui sf

Fig. 23. — Acide urique.

redissout dans le liquide, lequel présente une forte réaction acide, dès qu'on le chaulTe à 40°. Ce phénomène se produit dans les urines foncées, jaune ou rouges, et quelquefois avec des urines normales soumises à l'action d'une basse température (hiver).

Tantôt cette séparation s'elTectue presque spontanément et aussitôt l'émission urinaire achevée ; et alors le rapport de la quantité d'acide uri que à celle du phosphate bisodique dépasse sa valeur normale qui est de 0,20 à 0,3S, ce qui détermine la cristallisation de l'acide comme c'estfréquemment le cas dans l'urine des goutteux, bien qu'elle ne contienne pas un excès d'acide urique dans l'intervalle des accès; d'autres fois, plusieurs jours s'écoulent avant que la séparation soit complète. D'ailleurs l'expérience apprend vite à reconnaître, d'après la coloration de l'urine au moment de son émission, s'il se formera ou non undépôtbriqueté. L'acide urique se présente sous forme de lamelles rhomboédriques minces, de prismes à six pans, de cristaux fusiformos très renflés au milieu en forme de pierre à aiguiser, d'haltères, presque toujours colorés en jaune brun par de l'uro-érythrioé de Simon (Hg. 22 et 23).

L'existence de depuis d'urales acides, alcalins ou terreux, dans une urine, peut fait croire, dans cortains cas, h la présence du sang, du Pig. U. — Unie «id« de «rade. pus ; mais il sufdt de

chauder le liquide pour éviter toute erreur. L'urate acide de soude se présente généralement sous forme de petits grains amor-

phes et de petits prismes assemblés en étoiles légèrement colorées en rose (fig. 24). En ajoutant une goutte d'acide acétique à la préparation, on obtient des cristaux d'acide urique. L'acide chlorhydrique employé dans les mêmes conditions donne, après évaporatioaa pontanée, des cristaux d'acide urique et des cubes de chlorure de sodium. L'urate acide de soude se présente dans toutes les urines concentrées, k la suite de sueurs abondantes, dans le rhumatisme articulaire aigu, et dans les urines critiques.

L'urate de soude et l'urate de magnésie se présentent également sous (orme de granulations, amorphes qui se dissolvent par la chaleur, et se décomposent sous l'action de l'acide acétique ou chlorhydrique.

Quaal à l'urate d'ammonium (Hg. 25), il ne M rencontre que dans les urines alcalines, associé aux phosphates terreux; il se montre sous forme de petites sphères brun jaun&tre et opaques, hérissées de pointes fmes et semblables au fruit d'une châtaigne. Il entre souvent dans la composition des calculs vësicaux.

Chauffés doucement dans une capsule avec quelques gouttes d'acide azotique, jusqu'à évaporation, les sédiments uriques donnent un résidu jaune brun, que tes vapeurs ammoniacales colorent en pourpre [réaction de la murexide).

3" Acide hippurique. — Cet acide contenu dans l'nrine normale du régime alimentaire mixte, mais en quantité très faible {Of',2 à i gramme par jour),

88 PROCÉDÉS d'investigation ET D'EXPLORATION.

ne se rencontre que très rarement, et toujours à Tétat cristallin, dans les sédiments urinaires. Il augmente dans Turine :

1» A la suite d'absorption d'acides aromatiques : acide benzoîque, acide quini^ue, acide salicylique» acide cinnamique, libres, salins, ou sous forme de baumes;

2° A la suite de l'ingestion de certains légumes ou de fruits qui renferment ces acides, tels que les prunes,

les mûres, les baies de myrtilles, etc. (jusqu'à 2 grammes d'acide dans les urines des vingt-quatre heures) *

30 Enfin l'acide hippurique exista en plus grande quantité dans les urines fébriles et dans le diabète sucré, dans certaines affections du foie et notamment dans l'ictère.

L'acide hippurique se présente sous forme de prismes rhomboïdaux incolores à quatre pans, avec modification des extrémités par deux ou quatre facettes, et souvent d'aiguilles groupées en étoiles (fîg. 26).

40 Gréatinine. — A l'état normal, un adulte élimine de 0,6 à 1 8^, 3 de créatine dans les vingt-quatre heures. La proportion de créatinine augmentée la suite d'un régime azoté, diminue dans le cas contraire, et augmente encore sous l'influence de l'activité musculaire et diminue par le repos.

La créatinine augmente dans les maladies fébriles aiguës, dans la fièvre typhoïde (premier septénaire), dans la pneumonie, dans la fièvre intermittente ; elle

Pig. 26. — Acide hippurique.

diminue chez les anémiques, les chlorotiques, les tuberculeux, les malades plongés dans le marasme.

5» Xanthine. — Ce corps se rencontre en très petite quantité dans Turine normale; mais il a de Tintérêt, parce qu'on l'observe dans certains calculs, d'ailleurs très rares, de la vessie, et dans certaines concrétions des reins et des canaux urinaires. Les calculs de xanthine sont formés de couches brillantes, alternativement blanches et roses, qui se laissent facilement séparer. La coloration rouge est due à l'urobiline entraînée par la xanthine, qui est blanche à l'état de pureté; soumise à la réaction de la murexide, elle donne un résidu d'un beau jaune d'or qui devient rouge par la potasse et violet à chaud.

6» Hypoxanthine. — On a constaté la présence de la sarcine ou hypoxanthine, à côte de la xanthine, dans des urines de leucémie splénique.

70 Ozalate de chaux. — Fait partie constituante de l'urine normale qui en renferme environ 0^^,02 pour les vingt-quatre heures, et tenu en dissolution par le phosphate acide de sodium. On rencontre l'acide oxalique, toujours sous forme de sei de chaux, mais cette fois à l'état sédimentaire, dans tous les cas où il y a absorption ou production et élimination abondante d'acide oxalique. Ainsi, après l'ingestion de certaines plantes qui le contiennent (oseille, tomate, rhubarbe, gentiane, etc.), de certaines boissons riches en acide carbonique (eau de Seltz, bière, vins mousseux, Champagne), de médicaments alcalins (carbonates et sels à acides végétaux), d'aliments fortement sucrés, il y a élimination notable d'acide oxalique. Cependant la réalité dé l'oxalurie d'origine alimentaire a été niée par Abeles. De même on a signalé la présence de l'oxalate de chaux dans l'urine des malades atteints d'ictère catarrhal, de diabète, de troubles respiratoires, dans l'urine des rachitiques, des convalescents de maladies graves et particulièrement du typhus, des rhumatisants et des goutteux. L'oxalate de chaux s'observe également

dans la spcrmatorrhée, dans la dyspepsie, dans certaines affections nerveuses, notamment après les attaques d'épilepsie.

L'oxalate de chaux accompagne fréquemment les

sédiments d'acide urique et d'urates.

Ce sel est facile à reconnaître à la forme octaédrique de ses cristaux qui sont très réfringents et marqués d'une croix formée par deux diagonales, d*où Tapparence d'une enveloppe de lettre (fig. 27). Il se dissout dans une goutte d'acide azotique, et reparaît à l'état cristallin par addition d'une quantité suffisante d'acétate de soude qui substitue de l'acide acétique à l'acide minéral* Nous mentionnerons encore, comme principes constituants de l'urine normale, mais ne s'y trouvant qu'en quantité très faible : la paraxanthine, la neurine, les acides oxalurique, sulfocyanique, phosphoglycérique, succinique, chrysophanique, etc..

Fig. 27. — Oxalate de chaux.

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