EXPLORATION DE LA CONTRACTILITÉ ÉLECTRIQUE
Quand on se propose d'explorer l'excitabilité électrique des nôifa .et des muscles, on doit déterminer
aussi exactement que possible l'intensité du courant électrique nécessaire pour produire l'excitation. D'une façon générale, l'intensité du courant est en raison directe de la force électromotrice et en raison inverse de la résistance subie par le courant.
L'unité dlntensité employée en médecine est le 1/1000 de l'ampère et a reçu le nom de milliampère (m. A.) ; le galvanomètre interposé dans le circuit, en même temps que le nerf ou le muscle, sert à apprécier l'intensité du courant qui traverse ce nerf ou ce muscle.
Chez l'homme normal, l'intensité efficace du courant est de l'ordre du m. A.
Les explorations se font en plaçant deux électrodes sur le sujet. L'une, petite, mobile, avec laquelle on provoquera les phénomènes de contraction par excitation des nerfs et des muscles, est dite électrode active. L'autre grande, fixe, placée en une région quelconque du sujet, autant que possible éloignée du point exploré, se nomme électrode indifférente.
Si, comme dans les expériences de physiologie, une électrode était appliquée directement sur un nerf isolé, l'indication du galvanomètre interposé dans le circuit donnerait la mesure du courant dont la fermeture ou l'ouverture déterminerait l'excitation. Pratiquement il n'en est pas ainsi, car une couche de tissu étant toujours interposée entre le nerf et l'électrode, une partie seule du courant mesuré agira sur le nerf, l'autre portion étant dérivée par les autres tissus.
Le courant nécessaire pour exciter un nerf ou un muscle varie donc avec la position de l'électrode active, position qui, de ce fait, doit être déterminée.
Quand on examine les réactions électriques des nerfs et des muscles d'un malade, on place toujours l'électrode active en des points tels qu'avec une intensité égale on obtienne la plus forte contraction en excitant seulement le nerf ou le muscle étudié. Ces points sont dits points d'élection ou points moteurs.
Pour les nerfs, il correspondent généralement aux
points les plus superficiels de leur trajet, et pour tea
muscles, ils sont souvent placés aux points de pénétration des principaux filets intramusculaires.
L'électrode indifférente , qui sert exclusivement à fermer le circuit (placée sur le sternum ou les premières apophyses épineuses dorsales ou sur le tendon du triceps), doit demeurer ûxe; aussi, pour atténuer Faction chimique du courant en ce point, on peut donner à rélectrode indififérente une surface de 60 ou iOO centimètres carrés.
Exploration des nerfs et des muscles par le courant faradique ou courant induit. — Le courant faradique prend naissance à chaque fermeture et à chaque ouverture du courant; chacun des courants, courant d'ouverture et courant de fermeture, a une direction contraire.
Gomme électrode exploratrice^ on prend Télectrodo dont le pôle serait négatif à Vouvei'ture du courant de la pile. L'évaluation de Texcitabilité faradique se fait généralement en notant par rapport à la bobine fixe la position de la bobine mobile pour laquelle on observe la contraction minimale. L'excitabilité faradique du muscle et du nerf fournit généralement les mêmes renseignements.
A rétat pathologique, le degré d'excitabilité d'un muscle au courant faradique s'apprécie par la comparaison avec le degré d'excitabilité du même muscle chez un sujet sain, mesurée par l'écartement des deux bobines. 11 faut savoir qu'entre des sujets sains et entre les deux côtés d'un même sujet, il peut normalement exister des différences dont la valeur maxima a été étudiée avec soin pour les dififérents nerfs et les dififérents muscles et peut atteindre le 1/10 du degré d'excitabilité. Il importe donc de procéder avec beaucoup de soin quand on veut tirer des déductions d'aussi faibles différences.
L'excitabilité faradique des nerfs et des muscles ne subit que des modifications quantitatives. L'excitabilité faradique peut être accrue, ce qui est
alors fréquemment du à l'hypereicitabilité des centn
nerveux correspondants. On Tobserve dans les paralysies cérébrales récentes et parmi les premières manifestation des tumeurs cérébrales, de la paralysie générale progressive ainsi qu'au début d'afifections spinales diverses, et en particulier dans les myélites. Cette hyperexcitabilité se montre parfois au début de Tatrophie musculaire progressive, mais elle ne dure pas longtemps pour chaque muscle et fait bientôt place à la réaction de dégénérescence dont il va être question. La même remarque s'applique à Thyperexcitabilité observée au début de névrites aiguës et de paralysies périphériques (paralysie radiale par compression, paralysie faciale dite afrigore).
On l'observe dans les intoxications par la strychnine, la vératrine, mais la contraction musculaire change de forme, n en est de même dans la tétanie.
Elle peut être diminuée : la conclusion à en tirer, c'est que le muscle est malade (myopathies progressives, atrophies réflexes d'origine articulaire, atrophies musculaires.
On l'observe aussi à une période très avancée des paralysies d'origine cérébrale, dans des altérations plus ou moins anciennes portant sur des faisceaux de substances blanches; myélites aiguës, compression de la moelle, paralysie spinale spasmodique.
On l'observe souvent dans les paralysies toxiques ou infectieuses (diphtéritiques, arsenicales, alcooliques) et dans les paralysies dites a frigore et dans celles par compression.
Dans les paralysies spinales antérieures des enfants et des adultes, on note souvent cette diminution à une période peu éloignée du début sur des muscles dont la réparation sera à peu près complète. Ou bien encore c'est la seule modification que l'on constate beaucoup plus tard, pendant la période de réparation.
Elle peut être aboliey lorsque le cylindreaxe a subi une solution de continuité, soit par traumatisme, soit par névrite, soit par le fait d'une lésion profonde des cornes antérieures de la moelle (intoxications, myélites
aiguës diSuses, paralysie infantile); dans certain«$| affections nerveuses à marche lente (atrophie n laire progressive inyopathique, sclérose latérale amjstrophique), la contractilité Taradique persiste lanl qs'il reste des fibres nerveuses intactes.
On ne recUerche généralement pas les modillcaliiiii^ qualitatives de l'excitabilité faradique observées m employant l'un ou l'autre pôle, mais il convient de n gor sous ce nom les modilications qui peuveot se ftnduire dans les différentes phases de la secousse m laire : période d'excitation latente, période d'ascensioD et période de retour. Ainsi s'observent le retard à li contraction et la lenteur de la contraction dans cerlains cas de réaction de dégénérescence, la persistance dsli contraction musculaire dans la maladie de Thoinsen (réaction m y otonique).
Exploration des nerfs et des muscles par k courani ji'vaiiiqueou eonlinu.
A. Nerfs. — L'excitabilité galvanique des nerfs pfltil subir des modifications quantitatives et ijuatitatitie:i.
a. Les modilications quantitatives de l'excitabilil^ galvanique des nerfs sont les mêmes que celles qM l'on découvre par le courant faradique.
b. A l'état physiologique, l'excilabilité ga/uaniîi" des nerfs subit des modiQcations gualitalives Eui*iu)l les pûles et les phases du courant.
L'électrode exploratrice, placée sur le point d'électioOi est reliée au pôle négatif ; d'une façon générale, c'est tu pôle négatif, à la fermeture du courant, que se moatre la première contraction, ce que l'on exprime par la formule suivante :
N, F. C. (Négatif, fermeture, contraction), ouK. F. S. (Cathode, fermeture, secousse) ou K. S. Z. [Kathoii, Schlicssung.Zuckung, d'après la notation allemande).
D'aprésleur inlensiW, les efl'ets du courant galvanique peuvent se rapporter à trois types :
<" Courants faibles : contraction au pôle négatif, à 11 fermeture : N. F. C.
Courants d'intensité moyenne ; conlraction au pdlc
iiégatir à la fermeture, N. F, C; contracliOD au p61s ■positif (anode) à la fermeture P. F. C. [ou A n F S dans
Tautre notation) ; contraction au pôle positif à l'ouverture, P. 0. C.
3<^ Courants de forte intensité : contraction tétanique au pôle négatif à la fermeture, N. F. C. (Te) ; contraction au pôle positif à la fermeture, P. F. C ; contraction au pôle positif à Touverture, P. 0. G. ; contraction au pôle négatif à Touverture.
B. Muscles, — La différence d'action constatée aux deux pôles à la fermeture, est moins marquée dans l'excitation directe du muscle que dans celle, du nerf; l'action des deux pôles sur le muscle à l'ouverture du courant est très faible.
A l'état pathologique, l'excitabilité galvanique directe du muscle peut être modifiée.
Elle peut être augmentée d'une façon permanente dans les mêmes circonstances que l'excitabilité faradique; elle peut être augmentée d'une façon tran^toire, dans les cas où d'habitude l'excitabilité faradique est diminuée ou abolie. (Voy. plus loin Réaction de dégénérescence,)
Elle peut être diminuée, dans les cas où existe de l'atrophie musculaire avec intégrité des nerfs moteurs périphériques (amyotrophie primitive progressive, atrophie consécutive aux lésions articulaires et osseuses, quelques atrophies d'origine médullaire) ; pour constater la diminution, il faut déterminer en milliampères l'intensité du courant nécessaire pour produire la première contraction, et comparer le chiffre obtenu à celui fourni par le même muscle chez un sujet normal.
Rt^action électrique de dégénérescence, — Après exploration électrique des nerfs et des muscles, on conclut à la réaction complète de dégénérescence lorsqu'on observeen même temps les faits suivants : 1° absence de l'excitabilité faradique et galvanique du nerf et de l'excitabUiié faradique du muscle. — On peut étudier expérimentalement ces réactions ou cliniquemont à la suite de traumatisme grave des nerfs : section, constriction, écrasa-
ment. On constate immédiatement après ta li augmentation de l'excitabi- 4ité faradique et galvanique jdu nerf, mais elle n'est que 'transitoire, carelledimiaue du premier au deuxième jour aprèa la lésioa pour aboutir h l'abnlition du tfïiême au douzième jour ■BU vant les nerfs et les lésions. Cette abolition est définitive dans les cas incu- Tables. Dans les cas curables, elle re parait après ■plusieurs semaines ou pluflleurs mois.
L'excitabilité faradique du muscle diminue rapidement et arrive à l'abolition douzaine de jours aprï"; ime lésion complète Dan^ les e&'i curables 1 excita bilité faradique reparaît lorsque la régénération B'ayance et son retour est parallèle k 1 amélioration dfi la paralysie
2° Augmentation de i exti labitilê gahanijue du mu, — Dans la premifrt semaine guivantunelp''i~)n complète, on Lonstate une diminution graduelle ie Vexcitabitité galvanique qui, vers le dixième ou doucëme jour, est remplacée par une hjperexcitabilité quipeutélre très accentuée.
Diagnostic, 4' édit.
A ce moment Texcitabilité mécanique est en général augmentée. Après quelques semaines ou quelques mois, l'excitabilité diminue graduellement pour aboutir à Tabolition dans les cas incurables. Dans les autres, le retour à la contractilité normale du muscle se fait en même temps que la régénération et suit le retour de l'excitabilité normale du nerf. 11 précède le retour de l'excitabilité faradique normale du muscle.
30 Modifications qualitatives consistant en action égale ou plus ou moins prépondérante du pôle positif ou anode à la fermeture du courant {AnFS > KFS) et en des modifications dans les phénomènes de contraction musculaire.
Les modifications dans l'ordre normal des secousses manquent rarement et servent même à déceler la réaction de dégénérescence à un moment très éloigné de la lésion après la disparition de l'hyperexcitabilité galya* nique. La modification de la forme de la contraction est un caractère constant. La secousse est lente, traînante et se présente avec un retard pouvant être très manifeste.
Les remarques faites précédemment montrent que la formule : abolition de l'excitabilité faradique du nerf et du muscle, abolition de l'excitabilité galvanique du nerf et hyperexcitabilité galvanique du muscle, schématise la réaction de dégénérescence sans en représenter les différentes phases.
En somme, ce qui caractérise cette modification, c'est que le nerf et le muscle ne présentent plus les mêmes réactions sous Vinfluence de V excitation électrique.
Dans la réaction de dégénérescence, la diminution et la disparition de l'excitabilité faradique des muscles correspondent à la dégénérescence des filets nerveux intramusculaires et l'augmentation de l'excitabilité galvanique à une destruction de la fibre musculaire avec disparition de la striation transversale, augmentation de nombre des noyaux de sarcolemme et extension du protoplasma qui les entoure.
La réaction de dégénérescence manque quand les al-
SYSTÈME NERVEUX. 2il
térations portent sur les neurones centraux (hémorragie cérébrale, tumeurs, etc.), mais apparaît quand les neurones moteurs périphériques sont atteints, et dans la zone de ces derniers (anciennes hémiplégies, paralysies labio-glosso-laryngées).Elle manque quand les altérations portent sur les faisceaux de substance blanche de la moelle sans intéresser les racines antérieures et sur la substance grise autre que celle des cornes antérieures (beaucoup de myélites, tabès, sclérose des cordons antéro-latéraux), mais apparaît quand il y a lésion des cornes antérieures (paralysie infantile , paralysie spinale aiguë de Vadulte^ atrophie musculaire progressive myélopathique, sclérose latérale amyotrophiquèy paralysie spinale antérieure aiguë ou chronique y etc.).
La persistance de Uexcitabilité faradique et galvanique du nerf et de Texcitabilité faradique du muscley coïncidant avec les autres phénomènes cités, constitue la réaction partielle de dégénérescence,
La réaction de dégénérescence correspond à un état du muscle caractérisé par une destruction de la fibre musculaire, une augmentation de nombi^e des noyaux de sarcolemme, et une extension du protoplasma qui les entoure ; cet état résulte ordinairement d'une lésion du nerf moteur ou de son centre trophique.
On Tobserve souvent dans les névrites consécutives à des traumatismes, dans les cas graves de névrite a frigore, dans quelques paralysies toxiques, mais elle peut manquer souvent, sauf dans la paralysie saturnine où elle est la règle. Elle existe dans les paralysies infectieuses giaves, mais n'apparaît pas dans les formes légères. Elle manque dans Tatrophie musculaire progressive myopathique.
L'étude de la réaction de dégénérescence peut, dans certains cas, être utile au diagnostic et au pronostic.
. Suivant les muscles donnant la réaction de dégénérescence, on peut préciser le territoire nerveux lésé ; névrite périphérique : tous les muscles innervés au-dessous de la lésion présentent des altérations ; paralysie
radiculaire : altération des muscles sous la dépendance des racines lésées. Lésions de la substance grise arUérieure : il n'y a plus de systématisation dans les groupes musculaires atteints.
Quant au pronostic, il dépend essentiellement des réactions, mais à égalité de réaction, il faut tenir compte du diagnostic étiologique de la lésion. Le pronostic s'établira par la variation des réactions électriques au cours de la maladie.
EXPLORATION DES SPHINXTERS.
On terminera Tétude de la motilité par Texamen des muscles lisses et des sphincters : y a-t-il rétention des matières fécales et des urines par paralysie de la vessie et du rectum ; incontinence par paralysie des sphincters ou de certains muscles, tel que ceux de l'œsophage?
Les troubles de la miction et de la défécation résultant de troubles des muscles lisses ou des sphincters seront distingués avec soin de ceux qui résultent d'une altération du besoin de la miction ou de la défécation ; le besoin de la miction peut être diminué (tabès), ou exalté et répété (affections diffuses de la moelle).
Dans certains cas, l'étude devra se porter sur le besoin sexuel ; il peut être exalté (tabès au début), ou diminué (neurasthénie, tabès confirmé).
40 Troubles de la sensibilité. — L'étude de la sensibilité doit porter sur la sensibilité générale et sur les organes des sens.
A. Exploration de la sensibilité générale, — Le malade a-t-il des douleurs : quel est le caractère de ces douleurs (douleurs sourdes, lancinantes, térébrantes, fulgurantes, etc.)? quel est leur mode d'apparition, leur durée, leur siège exact? sont-elles bien localisées (points névralgiques), ou diffuses, mobiles; augmententelles par la marche, le mouvement, le repos, la chaleur du lit, par la pression de la région douloureuse?
Après avoir déterminé le siège et les caractères de la douleur, le médecin s'enquiert si le malade éprouve des sensations subjectives anormales {paresthésie) telles que fourmillement, sensation de constriction, sensation de duvet à la plante des pieds pendant la marche, sensations de chaud ou de froid.
Le malade éprouve-t-il de V hyper esthésie, c'est-à-dire les impressions extérieures sont-elles perçues plus vivement; ou bien de Vanesthésie, c'est-à-dire les impressions sont-elles perçues moins vivement ou ne le sont-elles pas du tout ?
Ces renseignements acquis, le médecin explore directement la sensibilité sous différentes formes, et constate si elle est altérée totatement ou partiellement.
Sensibilité tactile. — Pour l'étudier, après avoir couvert les yeux du malade, le médecin touche doucement différentes régions de la surface cutanée avec la pulpe du doigt, avec un pinceau, un poil, etc., et s'enquiert si cette impression est perçue et comment elle l'est.
En même temps, on constate si le malade est capable de localiser la sensation ; pour cela on lui eflleure doucement la peau, et on lui demande de désigner exactement avec le doigt le point touché : les individus sains indiquent ce point d'une façon précise ou se trompent à peine de 2 centimètres. Ou bien, touchant la peau avec les deux pointes d'un compas, on note quel est récartement minimum des deux branches auquel correspond encore la sensation de deux pointes : cet écartement varie à l'état normal, suivant les régions, de quantités qu'il est utile d'indiquer :
A la pointe de la langue il est de 1 millimètre.
A la pulpe da doigt 2 —
A la face dorsale du doigt 6 —
Aux joues 12 —
An cou 35 —
A la jambe et i Tavant-bras 40 —
Au bras et & la cuisse 80 —
Sensibilité à la pression. — Pour explorer la sensibilité à la pression, on fait placer la main du malade à plat sur un plan résistant, puis on la recouvre d'une planchette que Ton charge de plusieurs poids, dont on peut augmenter ou diminuer le nombre : un individu sain perçoit les différences de 1/10 portant sur le poids primitif. La pression minimum que peut percevoir un individu sain est de O^^OS à 1 gramme.
Sensibilité à la température. — Pour l'explorer, on touche la peau avec des petits cylindres métalliques remplis d'eau à différentes températures : entre 2i5 et 35° un individu sain perçoit une différence detempé-rature d'un demi degré. Ou bien on s'enquiert de la diffé^ rence de sensation produite par un corps chaud et un corps froid ; dans certains cas morbides, un corps froid, glacé, donne une sensation de chaleur (perversion de sensil3ilité) : en tout cas, on note la sensation perçue par l'impression du corps froid ou chaud.
Sensibilité électrique. — Pour l'explorer, on applique sur la peau le pinceau métallique d'une pile à courant induit, et on note quelle est la force minimà de courant capable de provoquer une sensation.
Sensibilité à la douleur. — Pour l'explorer, on pince la peau, on la pique avec une épingle, on tire une mèche de cheveux, on applique un courant électrique énergique. La sensibilité à la douleur peut être altérée de plusieurs façons : a. la piqûre, le pincement ne sont pas perçus du tout, c'est Vanalgésie : noter bien exactement les régions analgésiques et leur distribution; b, la sensation douloureuse retarde sur la piqûre : de combien retarde-t-elle ? c. la piqûre étant unique, le malade a plusieurs sensations douloureuses successives; d. la sensation de douleur est très vive, et nullement en rapport avec l'impression.
Sensibilité profonde, sensibilité musculaire. — Pour l'explorer, on prie le malade de soulever avec la main et d'évaluer des poids enveloppés dans un linge ; on note en même temps s'il apprécie des différences de
poids. Ou bien, après avoir couvert les yeux du malade, on lui demande d'indiquer la situation de ses membres, auxquels on imprime diverses positions ; ou bien, les yeux du malade étant toujours bandés, on lui dit de toucher son pied avec une main, de saisir son bras gauche, par exemple, avec sa main droite : dans certains cas morbides les malades, lorsqu'ils ont les yeux fermés, n'ont plus notion de la situation de leurs membres ; la nuit ils se perdent dans leur lit.
Une bonne méthode consiste à reproduire sur un schéma la topographie des différents troubles de la sensibilité observés.
B. Exploration des organes des sens, — Pour examiner les organes des sens, on doit toujours comparer les deux côtés entre eux.
L^examen de l'audition doit porter sur Vacuité auditive et sur la faculté de localiser les sons dans Vespace ; la comparaison des distance auxquelles le son est entendu par l'oreille du malade et une oreille saine suffit à apprécier l'acuité auditive.
Pour explorer le sens du goût, on promène sur la langue un pinceau imbibé de sulfate de quinine, de se), cle sucre, et on s'enquiert de la sensation éprouvée.
Pour explorer Vodoraty on fait sentir au malade des Substances odorantes (non caustiques), telles que le musc, Vasa fœtida.
Dans l'examen de la vision , on constate d'abord s'il n'existe point de strabisme, de nystagmus, de paralysie des muscles moteurs de l'œil, d'exophtalmie, de chute de la paupière, de paralysie de Forbiculaire, de déviation conjuguée, etc. ; on note si les pupilles sont égales, dilatées ou rétrécies, si elles réagissent bien à la lumière ; si elles ne réagissent pas à la lumière, mais réagissent à l'accommodation (signe d'Argyl Robertson dans l'ataxie); on recherche enfin si le malade n'est pas atteint de diplopie.
Il reste à examiner l'acuité visuelle et l'étendue du champ visuel.
Pour apprécier Tacuité visuelle, le degré de la sensibilité rétinienne, on se sert de Téchelle typographique de Snellen ou de toute autre analogue. On détermine le numéro des lettres que le malade peut lire à une distance donnée ; appréciant cette distance en pieds ou en mètres, on aura l'acuité visuelle par une fraction qui a pour numérateur cette distance et pour dénominateur le numéro lu. Par exemple, si le malade lit i une distance de 20 pieds le numéro 20 avec Tœil sain, et le numéro 50 seulement, à la même distance, avec l'œil du côté malade, Tacuité visuelle de ce côté sera 2/5 de celle du côté sain.
Vamblyopie est l'affaiblissement de la vue; la perte totale est ïamaurose.
Quant à Vétendue du champ visuel^ on le mesure à l'aide du campimètre ou bien on peut l'apprécier cliniquement de la façon suivante : on place le malade à un pied de distance d'un tableau noir situé bien en face de lui; on trace à la craie, sur ce tableau, une croix blanche que le malade doit constamment fixer avec l'œil soumis à Texamen, l'autre œil étant fermé. Puis on porte la craie blanche en bas, en haut, à droite et à gauche, en ayant soin de noter le point où, dans chacune de ces directions, le malade cesse de distinguer nettement la craie. Une fois les quatre points que Ton peut appeler cardinaux établis, on recherche les points intermédiaires et on complète ainsi la circonférence du champ visuel. De cette façon on constate si le champ visuel est rétréci (scotome central ou périphérique, régulier ou irrégulier) ; s'il existe de l'hémiopie, on note exactement sur un schéma le siège de Thémiopie.
Vexamendu fond de Vœil constitue, pour le diagnostic des maladies du système nerveux, un des moyens les plus précieux, sur lequel nous ne pouvons nous étendre
En même temps qu'on appréciera les différents troubles objectifs présentés par les organes des sens, on s'enquerra s'ils ne sont pas le siège de troubles
subjectifs; le malade croit-il voir des flammèches toiantes, des figures irrégulières colorées occupant une partie du champ visuel (scotome scintillant) ; entend-il un bourdonnement continu, des sifflements, des bruits d'eau (maladie de Ménière, etc.) ?
Pour les organes des sens doubles (olfaction, vision, audition), l'examen sera fait comparativement des deux côtés.
50 Troubles trophiques. — Chaque fois qu'il existe des symptômes liés à des lésions dynamiques ou organiques du système nerveux, on devra rechercher l'existence des troubles trophiques qui pourraient en dépendre.
On examine successivement :
1. La nutrition de la peau et du tissu cellulaire. — Existe-i-il des érythèmes chroniques avec épaississement de la peau ; de la sclérose avec atrophie de la peau (sclérodermie) ; un état ichthyosique localisé de la peau (névrites); des plaques pigmentaires ; des affections vésiculeuses sur le trajet d'un nerf (zona); des ulcérations à siège déterminé (mal perforant du tabès); de la gangrène symétrique aux extrémités? Existe-t-il des sphacèles à évolution rapide (décubitus aigu), siégeant sur une fesse (lésion cérébrale du côté opposé, ou myélopathie unilatérale du même côté), ou sur la ligne médiane au niveau du sacrum (lésion spinale) ?
Les ongles sont-ils secs, rayés, fragiles, atrophiés, ou hypertrophiés (tabès) ? Les cheveux et les poils sont-ils décolorés, atrophiés ou hypertrophiés sur le territoire d'un nerf (névralgies) ?
Si Ton vient à frotter les téguments avec l'extrémité mousse d'un crayon, voit-on apparaître des saillies œdémateuses, plus ou moins rouges (dermographie) ?
Ëxiste-t-il sur la partie paralysée ou douloureuse des œdèmes localisés (névralgie du trijumeau) ; des œdèmes fugaces blancs ou bleus (hystérie)?