II. Affections traumatiques de la moelle
Compression brusque de la moelle (ouverture d'un abcès, d'un anévrysme dans le canal rachidien, luxation des vertèbres). — Symptômes à apparition brusque : phénomènes d'irritation, douleurs du rachis, paresthésie et douleurs généralisées dans les membres, tremblement et contracture dans les musoies *; troubles vésicaux ; lorsque la compression est oonsidérable, apparaissent des paralysies, de l'anest.bésie. Passage habituel à Tétat chronique.
Le diagnostic se pose par la connaissance de la cause étiologique.
Lésions traumatiques de la moelle (plaies par armes è. feu, piqûre, etc.). — Symptômes analogues aux précédents, avec prédominance des symptômes paralytiques et anesthésie ; dans les plaies de la moelle cervicale, hyperthermie généralisée (42°-43°).
Commotion de la moelle (commotions ébranlant le corps entier, chute, saut, etc.). — Quelquefois, perte de connaissance, puis atTaiblissement de la motilité, généralisé ou limité aux membres inférieurs seulement ; engourdissements et fourmillements dans les membres, diminution de la sensibilité ; miction ordinairement intacte ; disparition possible des symptômes ; ou aggravation progressive et établissemeut des signes de myélite chronique.
378 DIAGiNOSTIC DES MALADIES.
m. Affections chroniques de la moelle,
Âtaxie locomotrice progressive, tabès dorsal (myélite des cordons postérieurs). — Le tabès dorsal présente dans son évolution trois stades marqués par des symptômes qui ne sont pas toujours constants :
l®*" stade. — Douleurs lancinantes f fulgurantes, engourdissement dans les extrémités, douleurs en ceinture. Disparition du réflexe rotulien (signe de Westphal) ; fixité réflexe de la 'pupille qui ne réagit plus à la lumière, mais réagit à l'accommodation (signe d'Argyll- Robertson) ; diplopie et parésie des muscles oculaires; diminution de l'acuité visuelle ; analgésie partielle ; troubles de la miction, crises gastriques, vésicales ou rectales. Durée de ce stade, un à vingt ans.
2« stade. — Incoordination dans les mouvements (ataxie des membres inférieurs, puis des membres supérieurs) avec conservation de la force musculaire ; vacillement du corps à l'occlusion des yeux (signe de Romberg). Recrudescence des troubles de la sensibilité (sensations de duvet à la plante des pieds, sensation d'effondrement) ; zones d'anesthésie, d'hyperesthésie, de polyesthésie ; retard de la perception sensitive. Troubles de la miction, de la défécation. Arthropathies, troubles trophiques.
Durée de ce stade : plusieurs années.
3*" stade. — Aggravation des symptômes des stades précédents ; paralysie des membres inférieurs ; symptômes vésaniques ; complications viscérales (cystite, phtisie, etc.), marasme.
Ataxie héréditaire de Friedreich. — Affection familiale et ordinairement héréditaire, assez rare, débutant dans le jeune âge (dix à vingt ans). Absence de douleurs, ataxie dans les membres, disparition des réflexes tendineux; sensibilité intacte. Troubles de la parole, scansion des mots, nystagmus. Paralysies, contractures, atrophies musculaires terminales. Durée fort longue.
A côté du tabès dorsal, il faut placer une affection nerveuse qui peut être confondue avec lui, et dont elle ^oit être distinguée ; c'est la
Polynévrite chronique (alcoolisme, saturnisme, dia iète, etc.). — Début par douleurs lancinantes dans les membres, surtout les membres inférieurs ; plus tard (quelques années quelquefois), parésie des membres inférieurs avec ataxie et incoordination des mouvements (pseudo-tabes, nervo-tabes) ; atrophie fréquente des muscles de la jamKe, surtout des péroniers, avec réaction électrique de dégénérescence ; abolition du réflexe rotulien ; anesthésie plus ou moins accentuée ; état stationnaire ou marche progressive et établissement d'une paralysie irrémédiable.
L'atrophie, la paralysie ou l'incoordination peuvent, suivant les cas, tenir le premer rang. Lorsque l'incoordination domine, le diagnostic avec le tabès dorsal se fait par l'absence des signes pupillaires (signe de Robertson), l'absence de troubles urinaires, de douleurs en ceinture, l'existence d'atrophies musculaires précoces et localisées à certains groupes de muscles avec réaction de dégénérescence, et quelquefois par la démarche spéciale du steppage.
Myélite chronique diffuse. — Les symptômes des myélites chroniques présentent les combinaisons les plus variées, suivant le siège et l'étendue de la lésion. Début lent et progressif, ou apparition assez rapide des symptômes ; évolution chronique ; quelquefois marche envahissante des symptômes à forme ascendante ou descendante ; durée de plusieurs années, mort par complications (escarres, cystite), ou par marasme.
Myélite transverse cervicale. — Paralysie des membres supérieurs avec ou sans troubles de raotilité dans les membres inférieurs ; quelquefois, exagération des réflexes tendineux, symptômes spastiques (contracture tremblements) ; troubles de la sensibilité (douleur analgésie ou hyperesthésie) ; troubles de la vessie et d rectum; troubles trophiques de la peau ou des mut
clés, pâleur ou congestion de la face, troubles pupillaires (lésions du centre cilio-spinal).
Myélite transverse dorso- lombaire, — Extrémités supérieures libres. Paraplégie des membres inférieurs, avec ou sans phénomènes spastiques et exagération des réflexes ; troubles de la sensibilité dans les membres inférieurs; troubles de la vessie et du rectum ; troubles trophiques de la peau ou des muscles.
Myélite chronique transverse hémilatérale (dorso-lombaire ou cervicale). — Du côté de la lésion : paralysie des membres avec ou sans phénomènes spastiques, sensibilité intacte, zone d'anesthésie dans la partie du corps correspondant au niveau de la lésion médullaire, quelquefois zone dliyp ères thé sie au-dessus de la zone d'anesthésie . Du côté opposé à la lésion : intégrité du mouvement, anesthésie avec zone d'hyperesthésie au niveau de la lésion.
Sclérose cérébro-spinale à foyers disséminés (sclérose en plaques). — (Voy. plus haut le résumé des symptômes dans les maladies à tremblements . )
Tabès dorsal spasmodique, paralysie spinale spastique (Myélite primitive ou prédominante des cordons latéraux). — Parésie des membres inférieurs; contractions spasmodiques spontanées ; à chaque tentative faite pour mouvoir la jambe, raideur et contracture musculaire ; exagération considérable des réflexes tendineux ; production de tonisme musculaire par la percussion des tendons. Marche spéciale, soudée, à petits pas, les pieds semblant collés au sol ; tendance à marcher sur la pointe des pieds (marche spastico-paré tique).
Ces symptômes spastico-parétiques peuvent exister seuls (sclérose des cordons latéraux), ou être dominants ot s accompagner de troubles de sensibilité ou d'atrophies musculaires dans les membres inférieurs (myélite dilfuse transverse dorso-lombaire à forme spastique), ou de symptômes céphaliques, tels que nystagmus, tremblements de la parole, vertiges {forme fruste de sclérose en plaques).
Ces symptômes du tabès spasmodique ne peuvent être confondus avec la forme fruste de la paralysie agi> tante (Voy. plus haut).
Sclérose latérale amyotrophique. — Début par affaiblissement et amaigrissement de Tun des bras ou des deux bras ; quelque temps après, troubles dans les membres inférieurs.
Symptômes constitués : atrophie et parésie des muscles tbénar et hypothénar, des interosseux, des muscles de la face postérieure de Tavant-bras, du triceps et du deltoïde, avec intégrité relative des autres muscles, au moins au début ; conservation de la contractilité électrique ; plus tard, contracture dans les bras et les mains. Aux extrémités inférieures, parésie et raideur dans les muscles ; apparition de phénomènes spastiques (marche parético-spastique), exagération des réflexes tendineux, atrophie des muscles, sensibilité intacte ; pas de troubles urinaires.
Phénomènes bulbaires terminaux ; syndrome de la paralysie labio-glosso-laryngée (Voy. plus haut), et phénomènes dyspnéiques.
Syringomyélie (hydromyélie, myélite cavitaire périépendymaire, cavités gliomateùses de la moelle). — Scoliose vertébrale ; atrophie musculaire du type Aran- Duchenne, intégrité de la sensibilité du tact avec thermoanesthésie et analgésie (dissociation de la sensibilité) ; troubles trophiques de la peau, des doigts, etc. ; troubles vaso-moteurs. La syringomyélie est quelquefois difficile à distinguer de la maladie de Morvan (panaris analgésiques avec atrophies musculaires et troubles de la sensibilité) et de la lèpre anesthésique ; dans Thystérie, on peut observer quelquefois la dissociation syringomyélique de la sensibilité.
Compression lente de la moelle (tumeurs, affections vertébrales, méningite chronique, etc.). — Au début, au niveau de la compression, sensations douloureuses irradiées, fourjnillements, sensations anormales dans les membres ; faiblesse et raideur dans les membres au-
dessous de la lésion, paralysie progressive, exagération des réflexes tendineux, quelquefois phénomènes spastiques, secousses, tremblements épileptoïdes, rétractions; diminution ou abolition de la sensibilité; troubles vésicaux et rectaux; troubles trophiques (herpès, altération des ongles, de Tépiderme, atrophie des muscles).
Les symptômes de compression sont souvent unila téraux. L'étiologie seule, avec les symptômes douloureux du début, permet, au point de vue symptomatique, de distinguer la compression de la moelle dorso-lombaire de la myélite transverse primitive. La compression de la moelle cervicale offre une physionomie un peu spéciale.
Compression de la moelle cervicale (pachyméningite hypertrophique,etc.). — Début par douleurs à la nuque et aux bras ; puis pareslhésie et engourdissement dans les bras ; paralysie atrophique affectant de préférence la sphère du nerf cubital et du nerf médian (main en griffe) ; anesthésie dans les membres supérieurs ; finalement paralysie spastique des membres inférieurs, sans atrophie musculaire, plus tard anesthésie et troubles vésicaux.
Les phénomènes douloureux et Tétiologie distinguent la compression de la moelle cervicale de la sclérose latérale amyotrophique.
Neurofibromatose (maladie de Recklinghausen). — Complexus caractérisé par le développement de fibromes sessiles ou pédicules de la peau, par des taches pigmentaires, la formation de tumeurs fibromateuses le long des nerfs, quelquefois dans la moelle ou l'encéphale. Douleurs irradiées dans les membres, contractures passagères; quelquefois troubles myélopathiques ou cérébraux et troubles trophiques des os (fractures, déformation de la colonne vertébrale) ; altérations de l'intelligence, vertiges. Début quelquefois congénital; évolution chronique, ou parfois très rapyie.
H. — États morbides chroniques caractérisés par des symptômes nerveux multiples, variables ou mobiles, pouvant être rapportés à des troubles dynamiques de toutes les sphères du système nerveux.
Hystérie. — Elle est caractérisée cliniquement par des manifestations de divet^s ordres, éminemment mobiles et variables.
1« Phénomènes psychiques. — Mobilité du caractère, des sentiments affectifs, état moral mal équilibré (irritabilité, entêtement, simulation, exaltation, etc.).
2« Troubles moteurs.
Convulsions généralisées. — Crises de mouvements convulsifs gesticulatoires (Voy. plus haut), ou crises de convulsions toniques, courtes, avec spasmes de la glotte et des muscles respiratoires.
Mouvements spasmodiques passionnels. — Rire, pleurs, toux, cris convulsifs; spasme de la glotte, hoquet, spasme de l'œsophage (boule hystérique), etc.
Contractures partielles souvent opiniâtres. — Cou, nuque, bras ou cuisse (coxalgie hystérique).
Paralysies. — Ordinairement à formes paraplégiques, uni ou bilatérales, quelquefois à forme hémiplégique ; paralysie des cordes vocales (aphonie).
3" Troubles de ia sensibilité. — Diminution partielle ou généralisée de la sensibilité à la douleur ou de la sensibilité sous toutes ses formes, quelquefois sous forme d'hémianesthésie sensitive et sensorielle (amblyopie unilatérale, ou achromatopsie). Hyperesthésie, douleurs de toute nature : névralgies, arthralgies, douleurs spinales, crâniennes, ovariennes, thoraciques, etc.
4" Symptômes fournis par d'autres organes. — Palpitations, dyspepsie, météorisme, ischurie ou polyurie, etc.
Le diagnostic de Thystérie se fonde sur l'apparition
successive ou simultanée de manifestations nerveuses de divers ordres, et sur Tétude de chaque symptôme qui, pris en particulier, ne peut, en général, être rapporté à aucune affection déterminée du système nerveux.
Neurasthénie. — Sensation d'obnubilation intellectuelle, de constriction cérébrale, inaptitude au travail; dépression morale, mélancolie, hypocondrie, état vertigineux;affaiblissement physique prononcé, paresthésies variées (fourmillement, engourdissement, etc.) ; sensations subjectives multiples, rachialgie, douleur à la pression des apophyses épineuses; troubles vaso-moteurs (lividité, froid des mains, raie méningitique), palpitations, dyspepsie, quelquefois troubles sexuels (impuissance).
Suivant la prépondérance des symptômes, on peut diagnostiquer des formes générale, cérébrale, spinale, sympathique ou des formes locales, quelquefois viscérales de la neurasthénie,
Marche chronique, durée longue.
Le diagnostic de la neurasthénie se pose surtout par l'exclusion de toute affection cérébrale (néoplasme, paralysie générale) ou spinale (tabès au début), par la multiplicité des symptômes subjectifs, par Fétatstationnaire ou l'amélioration des manifestations morbides.