I. Affections médullaires à début brusque ou à marche aiguë
Méningite cérébro-spinale épidémique ou sporadique. — Début par céphalée, raideur de la nuque, prostration, vomissements, fièvre ; puis douleurs de la nuque, vertiges, délire, sensibilité à la pression de la colonne vertébrale, vomissements, troubles variés dans le domaine des nerfs crâniens, moteurs ou sensoriaux ; hyperesthésie cutanée, soubresauts musculaires, convulsions ou contractures partielles, paraplégies, gonflements articulaires, troubles de Texcrétion urinaire, accélération du pouls, fièvre rémittente irrégulière ; symptômes généraux.
Marche suraiguë foudroyante y aiguë ou traînante ; mort habituelle ; guérison cependant possible avec ou sans résidus.
Méningite spinale aiguë (secondaire aux septicopyohémies, pneumonie, grippe, etc.). — Douleurs rachialgiques, rigidité musculaire, hyperesthésie cutanée, spasmes toniques des muscles, contracture, avec prédominance dans les bras (région cervicale) ou dans les jambes (région lombaire), phénomènes pupillaires, respiratoires ou circulatoires (partie inférieure de la moelle allongée) ; symptômes généraux, fièvre rémittente à oscillations plus ou moins élevées. Symptômes en somme analogues à ceux de la méningite cérébrospinale épidémique, et résultant de l'excitation des
racines nerveuses ou de la périphérie de la moelle par l'exsudat purulent.
A côté de la méningite cérébro-spinale épidémique ou sporadique se place le syndrome décoré du nom de méningisme ou de pseudo-méningite; dans ce syndrome se groupent un certain nombre de symptômes de la méningite ; il se distingue de celle-ci par l'atténuation ou l'absence de certains phénomènes morbides et par la guérison habituelle. Le méningisme qui peut, dans certains cas, être rapporté à Tirritation méningée par des toxines microbiennes, n'est souvent qu'une forme légère, séreuse ou séro-fîbrineuse de la méningite due au pneumocoque ou au méningocoque.
Hématomyélie, hémorragie spinale. — Début brusque, apoplectiforme ; paralysie plus ou moins complète des membres inférieurs, avec anesthésie, paralysie de la vessie; marche analogue à celle de certaines myélites aiguës. L'hématomyélie est fort rare et difficile à distinguer de la myélite diffuse aiguë.
Myélite diffuse aiguë. — Elle est caractérisée par l'apparition des symptômes médullaires se développant rapidement, avec fièvre, et de symptômes généraux plus ou moins marqués ; elle peut, après avoir afîecté une marche suraiguë ou aiguë, aboutir à la mort, ou bien elle peut, au bout de quelques jours ou de quelques semaines, se terminer, ou par une guérison plus ou moins complète, ou par le passage à l'état chronique avec ou sans rechutes aiguës. Les symptômes varient avec le siège, l'étendue et la distribution de la lésion ; on peut distinguer :
a. La myélite aiguè dorso-lombaire. — Douleurs, fourmillements dans les membres inférieurs ; puis para* plégie avec contractui*es au début, exagération des réflexes, spasme tonique des sphincters ; puis quelquefois, plus tard, paralysie et anesthésie ; paralysie de la vessie, du rectum et des sphincters; altérations de l'urine ; troubles trophiques, escarres à formation rapide, surtout à la région sacrée.
b. La myélite aigUë cervicale, — Douleur à la nuque, raideur et contracture musculaire dans le cou et les membres supérieurs, puis paralysie, engourdissement ; le segment inférieur du corps est atteint ordinairement après les bras ; il peut ne présenter aucun symptôme. On observe quelquefois des troubles pupillaires, des troubles dans les muscles respiratoires, de la toux, de la dyspnée, de la gène de déglutition, du hoquet, du ralentissement du pouls, etc.
c. La myélite aiguë à type hémilatëral. — Dans ce type, il y a paralysie du mouvement du côté de la lésion, anestbésie de l'autre côté.
Paralysie spinale ascendante aiguë. — Début par malaise général, fièvre, céphalée, douleurs dans les membres, puis paraplégie flasque progressive des membres inférieurs ; réflexes tendineux et cutanés atténués, sensibilité peu atteinte, pas de troubles de la vessie et du rectum ; parésie des bras, puis des muscles du tronc et de la nuque ; troubles de la respiration, phénomènes bulbaires, flèvre ; mort habituelle (10-15 jours), quelquefois guérison.
Poliomyélite aignê infantile (paralysie spinale infantile). — Début brusque, fièvre, céphalée, abattement, quelquefois convulsions ; ces symptômes (qui quelquefois manquent en partie) durent habituellement quelques jours ; puis paralysie plus ou moins étendue, à marche rapide, s'amendant bientôt pour se réduire à une zone musculaire qu'elle ne quitte plus. Atrophie ultérieure des muscles atteints, arrêt de développement d'un membre ou d'un segment de membre, déformation (pied bot, main bote, cul-de-jatte, etc.) .
Poliomyélite aiguë des adultes (paralysie spinale atrophique aiguë). — Au début, fièvre, céphalée, somnolence, délire, puis paralysie à étendue et localisations variables; abolition des réflexes tendineux, atrophie rapide des muscles ; paralysie avec réaction électrique de dégénérescence ; pas de troubles de sensibilité ou des fonctions génito-urinaires ; passage des paralysies
atrophiques à Tétat chronique ou guérison plus ou moins complète.
Avec les myélites aiguës nous placerons la polynévrite aiguë généralisée, qui présente avec elles une foule de symptômes communs et peut, si Ton n'y prête attention^ être confondue avec elles.
Polynévrite aignê (maladies infectueuses, intoxications). — Début fréquent par symptômes généraux, fièvre ; paresthésies ou douleurslancinantes ; quelquefois tuméfactions articulaires ou éruptions. Puis paralysie flasque débutant en général par Textrémité des membres inférieurs, envahissant par une marche ascendante en quelques jours ou quelques semaines les autres muscles, les bras, le tronc, parfois des nerfs crâniens. Atrophie musculaire diffuse consécutive à la para* lysie, troubles des réactions électriques, douleurs à la pression des troncs nerveux, hyperesthésie on anesthésie cutanée. Extrême rareté des troubles sphinctériens et des escarres. Mort rapide (pneumogastrique, phrénique, etc) ; ou durée de quelques semaines à plusieurs mois avec guérison ordinairement complète, ou passage à Tétat chronique (paralysies atrophiques étendues, troubles sensitifs, pas de troubles sphinctériens). Suivant la prédominance possible des symptômes, on distingue des formes motrices, sensitives, mixtes, dont la séparation n'a rien d'absolu.
La polynévrite aiguë se distingue des poliomyélites aiguës par l'existence constante, au moins au début, de symptômes sensitifs, l'absence ordinaire de troubles de la vessie ou du rectum, la possibilité de l'atteinte des nerfs crâniens.
Suivant la prédominance des symptômes on distingue des formes sensitives, mixtes, dont la séparation n'a rien d'absolu.
A côté des polynévrites généralisées, on reconnaît aussi des polynévrites (ordinairement moins graves), limitées aux deux membres inférieurs ou supérieurs ou même à leurs segments terminaux, ou encore à plusieurs nerfs
quelconques (paralysies saturnines, alcooliques, sulfocarbonées, diphtériques, etc.).
Quelquefois, aux symptômes de la polynévrite s'ajoutent des phénomènes mentaux caractérisés par de Tamnésie, des idées délirantes, de la démence : dans ces cas, l'affection a recule nom de psychose polynévritique ; elle se termine par la guérison au bout d'un temps plus ou moins longs ou par la mort.