‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 20 sur 554 · CARTULAIRES · texte numérisé non relu

CARTULAIRES

combien de semblables altérations sont susceptibles de dérouter la critique.

Quoi qu'il en soit, nous devons à ces recueils la conser^'ation de nombre de documents dont les originaux sont aujourd'hui perdus. L'école historique moderne en a tiré un grand parti pour l'histoire du droit» des institutions, des usages, des mœurs, de la condition des personnes et des terres, etc. Depuis les beaux travaux de Benjamin Guérard particu-» liérement, les érudits ont mis au jour un grand nombre de cartulaires. 11 faut regretter toutefois que l'espèce d'engouement dont ils ont été l'objet ait été quelque peu pn'^judiciable à la recherche, à l'étude et à la publication des pièces originales, plus difllciles à bien publier que les recueils tout faits, mais aussi beaucoup plus intéressantes.

H n'a été question jusqu'ici que des compilations qui méritent vraiment le nom de carlulaires. Il convient d'ajouter quelques mots sur les recueils auxquels ce nom a été attribué abusivement.

On a formé parfois, dans le midi de la France particulièrement, des recueils de pièces originales, réunies ensemble sous une reliure ; il est arrivé aussi que l'on a i*ecueilli et rassemblé de même d'anciennes copies de chartes, authentiques ou non, extraites pour la plupart de dossiers de procédure. Les recueils factices de ce genre, lorsqu'ils sont formés de pièces pro'venant d'un même fonds, sont souvent désignés sous le nom de cartulaires, mais improprement.

C'est aussi par abus que l'on a fréquemment donné ce nom â des registres ou à des copies de registres officiels dont il sera question plus loin. Les documents connus par exemple sous le nom de Cartulaires de Philippe Auguste sont des registres de chancellerie et non pas des cartulaires. II est vrai qu'un long usage a ici en quelque sorte consacré cette appellation .

p. 46« deux rédactions d'une donation de sur le cartulaire do xii* siècle.

Cop. de D. Fonteneau d'apr. l'original.

Nundi tcrmiiium adpropinquante.... Igitar in Dei nominc Goddefredus, sacerdos, de tanta misericordia et pictate Domini, pfT banc epistolaui donavit donatunique ad basilica Sancti Maxentii pro remedium aniniac meae, boc est aliquid de salina met, que est situm in pago Alieninse, 5ub TilJa que vocatur Uonciacus ; et abet lateraciones de uno latus terra Sancti Martini «aliolat us terra Sancti llauricii, tercio latere alodus Kadeioni, quarta parte stagno publtco. Sunt areas L. cum omni mioisteria vel marattone tantuin, ut post hune diem habeas, teneas, possidcas et facias quicquid Toluerilis, neniinein contradicentem. Si quis vero.... Signum *{■ Godderredus sacerdos.... Data mense juHi régnante Lotherio rege.

juillet 964, l'une copiée sur l'original, l'autre

Copie de D. Chazal d'après le Cartulaire du xii* siècle.

Ego in Dei nomine Goderredus sacerdos, de Dei misericordia confidcnst pro rcmedio animae meae dono ad basilicam Sancti Maxentii de salina mea L. areas cum orani maratione vcl ministeria; et est ipsa salina in pago Alnisiense sub villa que vocatur Runtiacus, rt habet latéral iones ex una parte terram Sanctii Mariini, alia vero terram Mauricii, tercio latere alodum Cadelonis, quarto stagnum publicum. Si quis vero..., S. Goddefredi.... Data mense julio, anno decimo régnante Lothario rege.

M CARTIUIRES: REGISTIIKS. [Liv. i, Ch*p. i

Bfîiiucoup dVnidits ont. par analogio, nommé cai-tulaircs dos recueils de chartes fflniii's par cu\ ol publiés, d'après di<R onginaux ou des copies, r/nsl ainsi que. nous avons un Cartulaire général de l'¥on«e', un Carlulaire rouuitlonnait*, uu Cartulaire lyonnait*. un Cartulaire général de l*ari**, Ole. <:ett(> dénomination est d'autant moins justiliép, particulièri>m(>nt dans les exemples cilés ici, que ces publications se composent de documents nux([uels manque l'unité de provenance, caractère essentiel des anciens cartulaires. Il vaut mieux nommer Recueils de chartes les compilations de cette espèce.

Knrm, il est à propos de noter ici que le ternie cartulaire a eu aussi au moyen âge une acception différente de celle qui n été indiquée plus haut, il a désigné, dans le midi de la France et en Italie, dés le iiii* siècle pour le moins, les registres sur lesquels les notaires devaient écrire les minutes des actes qu'ils étaient chairs de dresser.

Les chroniqueurs ont asseï souvent insj'ré dans leurs ouvrages des chartes qu'ils nous ont ainsi conservées. Il en est de ces documents connue de ceux qui sont transcrits dans les cartulaires. Ils ont fréquemment suhi des attf'ralions de même nature, et souvent une analyse s'est substituée au texte primitif; parfois aussi l'auteur a pu, dans rinlérét de la cause qu'il défendait, leur faire subir d(>s remaniements et des interpolations, sinon même les fabriquer de toutes pièces. Pour en apprécier In valeur, la ciitique diplomatique doit donc ici ajouter aux ressoui-ces qu'elle cherche dans la teneur même des actes, des renseignements, empruntés â l'historiographie, sur le degii} de conliance que méritent l'ensemble de l'œuvre et son auteur.

l'n nombre considérable de documents nous sont parvenus transcrits dans des n^ueils qu'on a parfois confondus avec les cartulaires ou rangés dans la même classe, bien qu'ils s'en distinguent nettement; Je veux parler des RegÎMiret.

I,' usage d'enregistrer certains actes remonte il l'antiquité. Les registres publics Igitta miinicipatia) qui, dans chacun des municipes romains, iwevaient l'insinuation des actes privés, furent tenus jusqu'au début des temps barbai-es. aussi longtemps que vécurent les curies qui en avaient la garde*. Aucun de ces registres ne nous est panenu, et, en dehoi-s dos proscriptions législatives, il n'en a subsisti- la trace que dans les fonnulos d'insinuation qui survivent jusqu'au %• siècle dans certains

• M*rt«l. fturfr mr renrrgiilrfmeHt dn attet de droit priré dam Ui gala municipaliB en dtoil rvmaiti. Paris, 1877, iii-8. " ' I. p-ir JT. Qtuta. Auicit*. IBM. î vol. in-l, avec iin supplémenl : RenuHl de w faire ivite au CM'tulairr g^nfral dt f Yonne. Auienv. 1873, in-8. B. AiLtit, Perpignan, 1880. iii-8.

l. por TA.-f., Cdcrt, Ltoti. 1885, in-i.

g 5] REGISTRES. .15

contrats aux formalités dont elles prescrivaient 1 accomplissement'. U n est rien resté non plus des registres du même gem*e, rétablis au xir siècle dans le midi de la France sous Tinfluence du droit romain*.

Nous avons conservé, en revanche, un grand nombre de registres de chancellej'ie. Les lettres écrites par les papes furent transcrites dans des registres ofGciels dès une époque très reculée; ces premiers recueils sont perdus ou il n*en subsiste que des fragments qui ne reproduisent qu'imparfaitement les registres primitifs; mais à partir du pontificat d'Innocent III, les archives du Saint-Siège ont conservé la série presque complète des registres de la chancellerie pontificale*. Ce fut vei*s le même temps que Tusage de gaixler copie de ceilains des actes expédiés au nom des princes se répandit dans les chancelleries des souverains de FEurope. La plupart du temps des registres furent destinés à cet usage ; en Angleterre, on se servit longtemps, au lieu de registres, de rouleaux ou rôles do parchemin.

Ce n est pas ici le lieu d'étudier la question de savoir comment se faisait cet enregistrement, si c'était d'après la minute ou Texpédition, et quels étaient les actes qui devaient être enregistrés; ce qu'il suffit de noter, c'est que nous devons aux séries de recueils de ce genre, qui se trouvent dans les grandes archives de l'Europe, la conservation d'actes innombrables. Ces transcriptions n'étaient à l'abri ni des omissions, ni do toutes les fautes qui peuvent provenir de la négligence des copistes; mais, à la différence des documents copies dans les cartulaires, ceux que l'on rencontre dans les registres des chancelleries sont d'une authenticité certaine. H en faut excepter, bien entendu, les actes de date antérieure qui peuvent y avoir été insérés exceptionnellement. Ces copies ne sont pas toutefois identiques aux originaux ; les formules en sont oi*dinaireinent abrégées et remplacées par des a etc. », et les dates même présentent parfois avec celles des originaux des dilTérences légères.

Avec le temps les registres de chancellerie ne furent pas seuls i\ recevoir la transcription des actes des souverains : les cours souveraines ouvrirent des registres destinés à enregistrer certains actes de l'autorité maie. Bientôt toutes les autorités, toutes les juridictions, contentieuses ou gracieuses, tous les corps constitués en vinrent à consigner dans dos registres, leurs actes, leurs jugements, leurs décisions, leurs délibérations. Les registres de justice et de délibération, ceux des notariats et des tabellionnages, se sont conservés pour ainsi dire innombrables dans

* Rtnand, Recherches hisloriqueê sur la formalilé de VenregisiremeiU en France au mmfen âge, 1872, p. Ï53 et suiv., p. 390 et suiv.

1. Les débris à peu pi'ès îndécbifTrables de prétendu papier d'écoix^e autrefois conservés à Saint-Germain-des-Prés, décrits par D. Toustain {Nouveau Traité de dipL, t. I, I*. 515-515), et qu'il croyait avoir appartenu a des gestes municipaux, étaient très probablement des fragments très altérés de papyrus, analogues à ceux de Ilavennc dont les fK-sîmilés ont été publiés par Cbampollion (Chartes et manuscrits, 2* fasc., 1837).

2. Sur les registres de la cbaucellerie pontificale, voy. plus loin. liv. V, chap. i.

36 REGISTRES; FORMULAIRES; INVENTAIRES. [Liv. i, Chap.i. g 3]

toute rEuix)pe; los plus, anciens l'emontent au xiii« siècle; ils sont déjà extrêmement nombreux au xi\''; ce sont des mines inépuisables de renseignements que les ai*chives mettent à la disposition des historiens.

Une deniière catégorie de recueils nous a conservé bon nombre d anciens documents; co sont les anciens Formulaires. Il y aura lieu d*en reparler plus loin ; je me bonierai à observer ici que si les compilateurs de ces recueils ont presque toujours réuni pour les proposer comme modèles dos actes véritables, ils en ont presque toujours aussi retranché une partie de ce qui pouvait leur donner une valeur historique : noms propres, énonciations pailiculières, dates, etc. Nous verrons cependant qu'il est souvent possible de les utiliser en vue de Thistoire et de la critique.

La trace de beaucoup de documents perdus ou déliniits se peut retrouver dans des invenUiires antérieurs à Tépoque où ils ont disparu. Les anciens inventaires d'archives sont donc une source d'infoimation qu'il ne faut pas négliger, et d'autant moins que les mentions mêmes de chartes qui se sont conservées peuvent apporter à la critique un utile secoure. Les dépôts d'archives n'ont guère cessé d'être l'objet de travaux de ce genre, et il subsiste de très anciens inventaires de certains d'entre eux*. Les documents y sont parfois l'objet d'analyses assez détaillées, mais tous, les plus anciens comme ceux qui ne remontent qu'aux dernières années de l'ancien régime, ont été faits au point de vue exclusif des droits utiles; ils ont en conséquence relégué souvent au second plan ou même omis des documents que les historiens auraient eu le plus grand intérêt à connaître. Il suit de là qu'il ne serait pas légitime de conclure de l'absence de mention d'un document dans un inventaire ancien à la non-existence de ce document à la date où l'inventaire a été exécuté.

1. Voy., pai* ex., des fragments d'un très bel inventant des archives do Téglise de I^on exécuté au xiii* siècle (Bibl. nat., nouv. acq. lat., 1640); l'inventaire des titres de l'abbaye de Charroux (Labdk, Nova bibliolheca. H, p. 755), et les inventaires de l'église de Cantorbéry dans 1c Monaslicon angiicanum, t. I, p. 05. On connaît les travaux de classement et d'inventab'e dont a été l'objet le Trésor des chartes des i*ois de France depuis le xiir siècle et particulièrement les très remai^juables inventaires de Gérard de Montai gu au xiv* siècle.

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