COPIES
Les copies de cette espèce {copia, Iranscriptum, Iranslatuniy trans- $umptum) furent peu à peu employées dans tous les cas où la loi ne prescrivait pas, dans un intérêt fiscal, la forme du vidimus, dans tous les cas aussi où la reproduction d*un acte no devait pas avoir valeur ronfirmative ; elles finirent même par se substituer complètement aux vidinius au coure du xvi« siècle.
11 est inutile d'énumérer ici les formules diverses usitées autrefois par les notaires et les ofGciers publics pour donner aux copies le caractère authentique qui devait leur assurer une valeur juridique, car, au point de vue de la critique, qui seul peut nous préoccuper aujourd'hui, ce caractère d'authenticité ne saurait plus avoir aucun intérêt; il ne garantit en effet ni l'authenticité du document transcrit, ni même la fidélité de la copie.
Aux yeux des historiens, les copies dépourvues de tout caractère légal d'authenticité peuvent avoir autant et plus d'autorité que des copies authentiques; elles en acquièrent même bien davantage lorequ'il est possible de les attribuer à un érudit, et à proportion du renom d'exactitude et de probité scientifiques qu*il s'est acquis. En pareil cas, ce n'est pas d'après la date qu'il y a lieu de classer les copies d'un document, mais d'après le degré d'autorité que leur donne le plus ou moins de soin avec lequel elles ont été exécutées. Une copie de Mabillon ou de Baluze, par exemple, devra toujours être présumée plus correcte qu'une copie authentique et lui être préférée pour rétablissement d'un texte, quelle que soit du reste la date de la copie authentique. Il en serait autrement d'une copie qui serait l'œuvre d'un de ces généalogistes suspects comme il y en a eu toujoure en si grand nombre. Les copies non authentiques ne portent que très exceptionnellement l'indication du nom de leur .tuteur; il importe cependant de savoir reconnaître à l'écriture celles qui émanent des érudits de renom, mais c'est là une habitude qu'on ne peut actuellement acquérir qu'en compulsant les grands recueils manuscrits d'érudition réunis dans les bibliothèques publiques et qui se trouvent particulièrement en grand nombre à la Bibliothèque nationale. L'étude de la diplomatique fournit du reste les moyens de s'assurer, même en l'absence des originaux, du degré de confiance que peuvent mériter les copies.
Copie d'un mandement du bailli de Vennandois : « Donné par copie scur ie seci Robert « des lluriaus, sergant le roi nostra sii*e en le prcvostc de S. Quentin, le mardi devant « le s. Manin d'îvefr] l'an [UCCCXXUII] [Wid , iv 514). — Copie d'une charte d'un arcbeTéquc de Besançon pour le prieuré de Courtcfontaine : « Datum per copiani sub * sigiUo curie archidiaconi Bisuntini a vero originali in haec verba o^ et après l'acte de Tarchevéque : c Datura presenti copie die fcsti beati Marce ewangeliste anno Domini « V.CCCC.II. Facta est coUatio per nos P. de Lioffe.n, J. Guidert. o (J. GACTHisn, L'église yrintraie de tourte font aine ^ Bulletin de l'Académie de Besançon^ 21 mai 1885.) I^es notaires publics continuèrent à rédiger les copies qu'ils délivraient sous la forme qui a été indiquée ci-<lessus : l'annonce de la copie et, à la fin, un ceilificat suivi de leur seing manuel. Yoy. par ex. une copie de i4(H) délivrée par un notaire de Perpignan .Hecueil de fac-êhnilés de l'École de* Chartes^ n* i iO).
28 CARTULAIRES. [Liv. i, Chap. i
Ce qui vient d*étrc dit des copies doit s'appliquer aux éditions. Ce sont elles qui mettent en général les sources diplomatiques à la portée des historiens qui ne peuvent que dans des cas exceptionnels vérifier sur les originaux leur fidélité. Elles empruntent leur autorité à la science, à Tcxactitude, à la méthode des éditeurs, et leur valeur peut toujours étn^ appréciée dans une certaine mesure, grâce à la connaissance des règles de la diplomatique.
Un très grand nombre des documents du moyen âge nous sont parvenus transcrits dans des recueils de date plus ou moins reculée. Ceux de ces recueils où Ton trouve copiées des séries de documents provenant des aiThives d*un établissement, d'une corporation , d'une famille, d'un individu, sont appelés Cartulaires (Cartularium ^ ^ parfois Vancarla^y et, dans le latin des érudits. Codex diplomaticus) . La plupart des cartulaires qui nous sont parvenus proviennent des établissements ecclésiastiques (évôchés, églises, abbayes, prieurés, etc.), mais il s'est conservé aussi en grand nombre des cartulaires municipaux, des cartulaires d'hôpitaux, de seigneuries, quelques cartulaires d'univei'sités, de collèges, de confréries, de corporations marchandes ou industrielles et de familles.
Si l'on voyait des cartulaires dans les Chartarum tomi dont parle Grégoire de Toui*s {Hist, Fr., 1. X, c. 19), au vi« siècle', il en faudrait conclure que l'existence de recueils de ce genre est fort ancienne, ce qui n'a rien que de vraisemblable ; mais les plus anciens qui nous sont panenus sont du x« siècle; ils sont déjà plus nombreux au xi* siècle, plus nombreux encore au xn*" et abondent à partir du xhi«. Toutes les églises, tous les monastères, la plupart des villes, pour mettre ordre à leurs afliûres, pour assurer la conservation de leurs privilèges, de leurs droits, de leurs titres de propriétés et pour éviter de recourir sans cesse aux originaux, les firent copier dans des cartulaires et les multiplièrent à l'envi*.
Certaines cours souveraines ou seigneuriales, et en particulier les
1 . Il faut observer, toutefois, que le mot cartularium ou chartulariwn se i*eiiconlr(* parfois dans les auteurs du moyen âge pour charlarium avec le sens de cliartiier, d'archives. Il est arrivé aussi que les érudits ont employé mal à prapos chartarium pour rharlularhtm. — On a dit aussi charlologium.
2. Il semble que c'est seulement dans l'abbaye de Saint-Manin de Tours que les cartulaires ont été désignés par ce mot. — Le terme communément usité en Espagne poui* désigner les cartulaires était becerro, parce que ces recueils étaient souvent i-ecouverls en veau ; en Galice et en Portugal on les nommait iumbo.
3. II semble toutefois plus probable que cette expression désigne dos nianusa'its de papyrus.
4. Quoi((ue le nombre des cartulaires conservés soit considérable, nous ne possédons cependant que la moindre partie de ceux que les églises avaient fait exécuter. Kous savons, par les mentions ou les citations qui en ont été faites, que certaines abbayes n'en possédaient pas moins de quarante à cinquante; il est vrai que la plupart de ces i-ecucib contenaient les mêmes documents et que d'autres étaient des cartulaires spéciaux ^ certains droits ou à certains domaines.
g y CUlTULilKKS. 29
fhambres des comptes, qui avaient dans leurs attributions Tadministralion des domaines, firent recueillir dans des séries de cartulaires tous les documents qui pouvaient servir à maintenir ou à revendiquer les privilèges et les droits domaniaux.
Li plupart des cartulaires se présentent à nous sous forme de registres, composés de cahiers de parchemin à Tcpoque ancienne et, jusqu'au ivn« siècle, souvent aussi de cahiei's de papier depuis le xv* siècle. Il en 4^t cependant qui consistent en rôles ou rouleaux (rotuli) formés de feuilles de parchemin cousues bout à bout^
Dans quelques cartulaires anciens , les copies ont été intercalées dans un récit, ou accompagnées de notes historiques qui constituent en quelque sorte une chronique ou des annales de rétablissement. C'est le cas, par exemple, pour le plus ancien cartulaire de Tabbaye de Saint-Bertin de Saint-Omer, écrit vers 962 par le moine Folquin et intitulé par lui Gesta abbatutn Silhien$ium*, Il faut ranger dans la même catégorie le cartulaire de Tabbaye de Saint-Chaffre du Monastier (Liber de reparalione ckarlarum)f formé à la fin du xi« siècle', et celui de Saint-Vaast d'Arras, formé par le moine Guimann au xu^ siècle (Tractatv* de privilégia et imtnunitatibui ac de hoslagiis Sancti Vedasli et de diversitale districto- ^lan*). On en peut rapprocher les cartulaires de l'église de Grenoble, recueils d'actes et de notes diverses rassemblés au xi® siècle par l'évêque saint Hugues en vue de reconstituer le patrimoine de son église °. Il en est encore ainsi dans une certaine mesure du cartulaire de Savigny, rédigé dans la première moitié du mi* siècle par ordre de l'abbé Ponce*, et des
i. Parmi les cartulaires de ce genre, je citerai : les deux Cartulaireê de Vnumônerie de Saint- Martial, des xi* et xu* siècles, aux arch. hospitalières de Limoges. Ce sont de grandes feuilles de parchemin d'environ 0 m. 80 sur 0 m. 60, divisées en 4 colonnes, écrites au recto et au verso, et contenant chacune une cinquantaine d'actes (Leroux, Documents hist.j t. If, p. 17); — le caitulaire en rouleau des Templiei's du Puy-en- Telay, du xii* siècle, aux archives du Rhône, composé d'étroites bandes de parchemin cousues bout à bout (A. Ghassaixg, Cartulaire deê Templiers du Puy-en-Velay^ Pans, i882, in-8) ; — les Cartulaires du prieuré du Vieux- Belléme, aux arch. de l'Orne, écrits au xiti* siècle, longs, l'un de 8 mètres, l'autre de 4 m. 87.
2. Voyez sur ce cartul. l'édition de B. Go^^rard, Cartulaire de Vabbaye de .Saintliertin^ Paris, 1840, in-4 (Coll. des Doc. inédits), le supplément de F. Morakd, Appendice au cartulaire de Saint-Bertin^ Paris, 1867, in-4 (même coll.) et la préface des (Juirtes de Saint-Bertin, publ. par M. l'abbé Haig^ier^, Saint-Omer, 1886, in-U. Une édition de la partie de l'œuvin» de Folquin qui constitue la chronique proprement dite a été donnée pai* N. 0. Holder-Egger dans les Monumenta Germanix At«/., SS. t. XUl • 1881), p. 600^75.
3. Cartul. de Vahb. de Saint-Chaffre du Monastier, publ. par le chanoine Ulysse CiEfALicji, 1888, in-8.
4. On n'a malheureusement de ce cartulaire qu'une édition fort médiocre : Cartulaire de Vabbaye de Saint-Vaast d'Arras rédigé au xn* siècle par Guimann, publ. par le chanoine Var-Drival, Arras, 1875, in-8.
5. Cartulaires de Véglise cathédrale de Grenoble dits Cartulaires de Saint-Hugues, publ. par J. Habio!!, Paris, 1869, in-4 (Coll. des Doc. inéd.).
6. Cartulaire de Vabbaye de Savigny, publ. par Aug. Bernard, Paris, 1853, in-4 iCoU. des Doc. inéd.).
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cartulaires de GelloneS de Landevenec', de Pescara* (Casauriense monasterium)^ etc.
Certains de ces recueils participent à la fois des caractères des chroniques et de ceux des cartulaires, à ce point qu*il est difficile de savoir dans laquelle de ces deux catégories de documents il faut les ranger.
Ce sont là tout(>fois des œuvres exceptionnelles ; la plupart des cartulaires se composent exclusivement de chartes, qui ne sont séparées les unes des autres que par des titres ou des analyses plus ou moins développées. Parfois seulement ils débutent par une espèce de préface, exposant dans quelles circonstances et par les soins de quel persoimage ils ont été entrepris. H en est ainsi du moins jusqu*à la fin du xni' siècle; mais à partir de cette époque il arriva parfois que, pour donner aux transcriptions un canictére légal d authenticitt' et leur assurer une valeur juridique, afin de pouvoir pmduire le cartulaire en justice au lieu et place des originaux, on prit la pivcaution de le faire vérifier par des notaires publics et d'accompagner chaque acte de certificats analogues à ceux dont il a été question plus haut. Dans certains cartulaires on s'est contenté d'un seul procès-verbal de collationnement placé en lète ou à la fin du volume. Les cartulaires ainsi dressés sont nombreux à partir du milieu du xiii« siècle*; et à la fin du xvui* siècle encore l'archiviste de Sfiint-Bertin, dom Ch. Dewitte, faisait parapher à chaque page et authentiquer par deux notaires royaux le Grand Cartulaire de Vabbaye de Saint'Bertin qu'il avait composé*.
Dans la plupart des cartulaires les actes sont disposés en ordi'e méthodique : tout d'abord les privilèges généraux des papes, des souverains
1. Cartulaire de l'abbaye de Saint -GuîUeiii-du-Désert {Gelionense eoenobium), xii* siècle, aux arch. du dop. de l'Ilérault. Cf. P. Alais, Élude sur le cartulaire de Gellone, dan? PosUiong des thèses des élèves de r École des Chartes, promotion de 1885. Paris, 1885, in-8, pp. 3-14.
2. Cartul. du xi* siècle conservé à la Bibl. de Quimper, publ. par A. de la Borderie, Quiinper, 1888, in 8. Auparavant on en avait publié les chartes au t. V (1886) des Mélanges historiques de la Collect. des Documents inédits. Cf. sur ce cartulaire un rapport de M. A. Ramé au Comité des travaux historiques [Bulletin du Comité, 1882, pp. 419-448).
5. Dibl. nat., ms. lat. 5411, publ. en partie par d'AciiKRT, Spicitegium, t. II, pp- 929 et suiv., sous le titre suivant : Chronicon Casauriensis sire Piacariensis monasterii. Le moine Uérard, auteur de cetle composition, l'avait intitulée : FAber instrumentorum ée postcssioHibu9, rébus, sive dignitatibus qtias Casauriense monasterium habuil, habet, vel halfere débet.
4 On peut citer comme exemple de cartulaire ainsi composé celui de l'abbaye de Leial (fiibl. nat., ms. lat. 9189), écrit de 1247 A 1249, par un notaire qui a ajouté à chaque acte un certificat de transcription, accompajrné de son seinp manuel et attesté par deux autres notaires publics On en peut voir un spécimen dans les Fac-similés à Fusage de VÉrole des Chartes, n* 231.
5. Cette vaste compilation, commencée en 1775 et poursuivie jusqu'en 1790, se compose de 11 vol. în-fol. (Ms. de la Ribl de Saint-Omer, n» 803). — Vov. Us chartes de Saint-Bertin d'après te grand Cartulaire de D. Ch.-Jos, Dewitte 'oar M. l'abbé Haigkrré, SaintOmer, 1886, in-4. *
CAUTliLAIRES. 51
(empereurs ou rois), des archevêques ou êvéques, des seigneurs, etc.; puis vienuent les titres des propriétés, généralement classées topographiquement. Très souvent les premiers compilateurs avaient ménagé, à la fin de chaque division, des feuillets blancs destinés à recevoir les actes postérieurs. Leurs successeurs les y ajoutéi'ent en respectant d'abord l'ordre primitif, puis sans ordre et au hasard de la place restée libre, lorsque quelques-uns des espaces laissés vides furent comblés. On rencontre aussi quelques cartulaires où les pièces sont classées chronologiquement, mais c'est l'exception et ce sont en général des recueils ou bien antérieurs à la seconde moitié du xii^ siècle, ou postérieurs au xiv*'.
Li plupart des abbayes, en dehoi's de leurs cartulaires généraux, en formaient qui étaient relatifs <\ certaines catégories d'actes. Nous possédons, par exemple, le cartulaire des serfs* et le cartulaire pour le Dunois*, de l'abbaye de Marmoutiers, le cartulaire des acquisitions de l'abbaye de Wissembourg', le cartulaire censier de l'église de Metz*, etc.
Fréquemment les cartulaires étaient désignés soit par des noms qui rappelaient quelque particularité de leur aspect, le nom de leur auteur ou de celui qui avait présidé à leur exécution, soit plus simplement par les lettifs de l'alphabet. C'est ainsi que la commune de Boi*deaux avait le Livre des bouillons, celle de Saint-Quentin, le Livre rouge; l'abbaye de Saint-Martin de Tours, la Pancarte noire, la Pancarte rouge, la Pancarte blanche. Nous avons déjà cité les cailulaires de Folquin (Saint-Bertin), de Guimann (Arras), de Saint-Hugues (Grenoble).
On a longuement disserté, aux derniers siècles, sur l'autorité et la valeur des actes transcrits dans les cartulaires. Ces discussions, aujourd'hui que ces documents n'ont plus pour nous d'autre intérêt qu'un intérêt historique, n'auraient plus de raison d'être. Il en est des actes transcrits dans les cartulaires comme de ceux qui sont rapportés dans des vidimus ou conser\'és par des copies isolées; le fîiit qu'un acte a été transcrit dans uu cartulaire ne saurait en aucune manière en garantir ou même en faii-e présumer l'authenticité. 11 incombe à la critique de les apprécier et de porter un jugement sur chacun d'eux. Toutefois les irrégularités qu'on rencontre dans la teneur des actes transcrits dans les cartulaires ne sont pas nécessairement une présomption de falsification. Plus encore que les scribes des vidimus, les rédacteurs des cartulaires ont pris avec les actes qu'ils copiaient, et surtout avec les actes anciens, les plus grandes libertés*.
Il y a eu sans doute des copistes de cartulaires consciencieux et exacts;
* A. Bmal, Note sur la transcription des actes privés dans les cartulaires antérteurcment au xif siècle, dans Bibliothèque de C École des CJiartes, t. XXWI, 1875.
1. Liber de servis Majoris Monasterii, publ. par A. Salxo.x, t. XVI des Mém. de la Soc. archéol. de Touraine, 1864.
%. Bibl. nat., ms. lat. 13874, publ. par E. Mabillk, Paris, 1874, in-8. .'. Traditiones possesnonesque Wiienburgenses, publ. par C. Zeuss, Spire, 1842, in-4. 4. Cartul. du xui* Mècle. Bibl. nat., ms. fr., n* 11 84G.
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quelques-uns ont pris soin de respecter dans leurs transcriptions toutes les particularités du style, de la langue et même de roilhographc des ai'tes anciens*; certains d'entre eux se sont même appliqués avec plus ou moins de succès à reproduire par le dessin les sceaux dont étaient revêtus les originaux; mais ce sont là des exceptions. Sans parler des fautes d*inadvertance, nombreuses dans beaucoup de cartulaires de toutes les époques, on peut constater dans nombre de ces compilations, et particulièrement dans celles qui sont antérieures au xin"^ siècle, que leurs rédacteurs ont souvent fait subir aux actes des modifications profondes. Presque toujours ils en ont rajeuni lortliographe et le style, n'hésitant jamais à substituer aux formes barbares, si intéressantes pour l'histoire de la langue, des formes plus correctes*, défigurant les noms propres, quelquefois avec l'intention de les rapprocher des formes de leur temps*, modifiant les tournures de phrases lorsqu'elles leur paraissaient fautives*.
Ce qui est plus grave encore, c'est qu'ils se sont souvent permis d'allonger ou d'abréger les actes, de transformer les chartes en notices en les résumant et en les faisant passer du style direct au style indirect. Il y a des cartulaires entiers dont les actes ont subi ce remaniement; on les appelle quelquefois des Cartulaires-notices. Réciproquement, les l'édacteui's des cartulaires ont parfois transformé une notice en charte solennelle, en y ajoutant un préambule et en substituant le style direct au style indirect. A certaines fommles qu'ils trouvaient vieillies et passées de mode, ils en substituaient de nouvelles; d'autres fois, ils développaient le texte même des actes en en précisant les énonciations ; ils trouvaient bon d'y insérer des clauses de réserve ou de garantie, y ajoutaient mention des confirmations postérieures, intervertissaient l'ordre des témoins, en supprimaient ou même en ajoutaient de nouveaux; souvent enfin ils modifiaient les dates, en interprétaient les éléments chronologiques et y substituaient des formules de datation nouvelles*. On peut concevoir
i. Parmi les cartulaires les plus soignés, il faut citer celui de l'abbaye de I^zat, écrit de 1247 à 1249 par ordre de l'abbé PieiTe de Dalbs (Bibl. nat., ms. lat. 9189) d'après les originaux et un plus ancien cartulaire. Le copiste reproduit exactement les moindres particularités des originaux et prend soin de donner à la suite de chaque acte l'indi» cation de la source qu'il a employée.
2. Ils écriront, par ei^mplc^ canibium alors que l'original porle tcamium; honore ^m lieu de ouore^ etc.
3. Voy., par ex., ce que M. RicHAno dit du nom ancien du pays d'Aunis, AUenentu* Alianensis, Alnienentis paguê, dans les originaux, aloi's que le cartul. de Saint-Uaixent donne dans ces mômes documents la forme Alnisius [Chartes et doc. pour servir à Vhist. de Vahb. de Sainl-Uaixent, préface, p. xiv, Arck, hist. du Poitou^ t. XVI, 1886)-
4. In Dei nominc au lieu de In Dei uomen; pro anima êenioris mei au lieu de p^o animas seniores meos; pour des altérations plus profondes, voy. plus loin.
5. Voy. des exemples de ces altérations, empruntés aux chartes de Cluny, dans le mémoire de M. Bkuel, cité plus haut. II serait trop long de les rapporter ici, je mécontente de reproduire, en l'empruntant aux Charles et documents pour servir à rhi$toir€ de Saint-Maixent, publ. par H. A. Richabd, t. XVI (188G), des Arch. hist. du Poito^^