Hisior. Fr,, 1. IX, c. xx
52 HISTOIRE DE LA DIPLOMATIQUE. [Liv. i, Chap.
hagiographes en particulier ont fréquemment rapporté, cité ou allégué des chartes émanées des personnages dont ils i*acontaient la vie ou qui les concernaient. Le moine anonyme qui écrivit au commencement du IX* siècle les Geita Dagoberd composa son ouvrage presque exclusivement avec les chartes de son abbaye de Saint-Denis '. Vers le même temps, Tempereur Louis le Pieux, demandant à Tabbé Hilduin de composer un livre sur saint Denis, lui indiquait comme sources non seulement les livres grecs et latins, mais aussi les chartes de Téglise de Paris*. La Vie de saint Babolein, écrite au xi« siècle, nous a conservé le texte ou la substance de plusieurs diplômes de l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés'. Eudes de Saint-.Maur, écrivant au milieu du xi* siècle la vie du comte Bouchard de Corbeil, a, entre autres documents, introduit dans son œuvre, sous la forme d'un récit, la teneur d'un diplôme du roi Robert, confirmant les donations faites par le comte à l'abbaye de Saint-Maur. L'original de ce diplôme s est conservé et nous permet d'apprécier l'exactitude du biographe*. 11 serait facile de multiplier les exemples.
Les auteurs qui ont raconté l'histoire des églises et des monastères ont été naturellement amenés à employer les actes authentiques. Flodoard a inséré, analysé ou cité dans son Histoire de Veglise de Reims une foule de lettres, de diplômes, de bulles, de chartes, de canons de conciles, empruntés certainement aux archives de son église. Tomellus a écrit de même, à la fm du xi*" siècle, son histoire du monastère d'Hasnon, à l'aide des archives de cette abbaye*. Il en fut de même d'Hariulfe, dont la Chronique de l'abbaye de Saint-Riquier contient un grand nombre de chartes •. Il faudrait, pour être complet, énumérer la plupart des histoires de monastères que le moyen âge nous a laissées. Dans certaines de ces compositions, les chartes sont extrêmement nombreuses et le compilateur s'est borné à les relier les unes aux autres par quelques phrases de transition, si bien que ces œuvres participent à la fois des caractères des cartulaires et de ceux des chroniques ; il en a été question déjà au chapitre précédent'.
Ce qui caractérise l'emploi que les chroniqucui*s du moyen âge ont
i. Monum. Germ. hUt., série in-4, ScripL rerum Merov., t. Il (1888), p. 396425, éd. de M. Bruno Kruscii.
2 Vers 835, dapr. bickel, Regesta, L 338, et B6hmer-Mûhlbacher, n« 920 : « ... nec non « et illis quae in tomis vel charlis veliistissimis armarii Parisiacae eccicsiae, saci-ae « videlicet sedis suae, prolalis inveneras... in corpus unuin redlgas ». Il n'y a du reste rien dans l'œuvre de Hilduin qui indique qu'il ait effectué ces recherches dans les archives.
3. Voyei BoRDiER, Du recueil des chartes mérovingiennes, Paris, 1850, in-8, p. 53 et suivantes.
4. Recueil des historiens de la France, t. X, p. 352. Le dipl6nie est du 19 avril 998; l'orig. est aux Arch. nat., K 18, n* 1. Cf. Pfister, Éludes sur le règne de Robert le Pieux. Calai, des dipl&mes, n* U.
5. Historia Hasnoniensis monaslerii (Mon. Germ. hist. Script,, t. XIV, p. 147).
6. Chronicon Centulense, (D'Acuery, Spicilegium, éd. in-fol., t. H, p. 291-356.)