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fait des sources diplomatiques, c'est qu'en général ils ne s'en sont servis que comme preuve du fait qui était Tobjet même de l'acte qu'ils alléguaient. Amenés à dire que tel personnage avait fait une donation, que tel prince avait concédé un privilège, ils citaient ou rapportaient naturellement ces chartes de donation ou de privilège, mais, à la différence des historiens modernes, ils ne songeaient guère à tirer parti des données diverses des actes pour établir des faits ou contrôler des récits. On peut donc dire que si les chroniqueurs ont fréquemment fait usage des chartes, il leur a manqué le discernement critique.
Il y a des exceptions toutefois. Dès le commencement du xiv« siècle, on voit le dominicain Bernard Gni emprunter aux actes des données susceptibles de compléter ou de rectifier les sources narratives. C'est ainsi, par exemple, qu'il discute la date d'une charte d'un évéque de Limoges et s'en sert pour réfuter l'assertion d'un auteur relative à la date de la translation des reliques de saint Augustin; ou encore qu'il recueille dans des actes anciens des éléments biographiques ou des notions sur les origines des églises. M. Delisle a pu dire avec raison que ce sont là des procédés que la critique moderne ne désavouerait pas^
Si les auteurs du moyen âge n'ont guère cité les chartes que pour relater les faits mêmes qu'elles avaient eu pour objet de constater, c'est tout à fait exceptionnellement qu'ils ont été amenés à en discuter la valeur et l'authenticité. Et cependant les questions d'authenticité avaient alors trop d'importance, les falsifications étaient trop fréquentes, pour qu'on ne s'exerçât pas à discerner les actes faux des actes authentiques. Les chancelleries et les tribunaux eurent de tout temps et fréquemment à se prononcer sur la valeur de pièces qu'on produisait devant eux, et il dut toujours y avoir des personnes exercées à ce genre de critique. 11 s'est conservé en assez grand nombre des décisions, parfois motivées, relatives à l'authenticité de documents diplomatiques. En voici quelques exemples.
Grégoire de Tours raconte* qu'en 590 l'évêque de Reims présenta au roi Childebert une prétendue donation émanée de lui ; pour la vérifier, on manda le référendaire qui devait l'avoir expédiée et souscrite, et celui-ci déclara faux le signe de validation qui lui était attribué. En 865, une assemblée d'évéques et de comtes, réunie à Verberie, eut à se prononcer sur des pièces produites par l'évêque du Mans, Robert, pour appuyer ses prétentions sur l'abbaye de Saint-Calais; elle les déclara fausses et en prescrivit la destruction^. Le pape Léon IX dut de même apprécier des titres qui lui furent présentés au monastère de Subiaco ; il les jugea faux et les fit brûler*. Sous le pontificat d'Innocent 111, un
1. Toyez DstisLc, Xodces sur le» manuscrits de Bernard Gui, dans le t. XXXY (1870) des Nùiieet et extraits des manuscrits, p. 262 et 370.