Ibid., p. 409, n
G. Ch'irtedc 1035. Voy. plus haut, u. 4.
i5% LANClb: ïiEè DOCUMENTS DrPI>OHATIQUE$. [Liv.
ù peu près tout entière. Il a paru intéressant d'en donner également le
texte :
«Igituregoliaiinbalilus, — honore presulat us — a Deo décora lu s, — amoreDei captus, — do aliquid donuin, — alodis mei bonum, —ad sanclî Vicions domuni;
— hoc est unum mansum — înterniPosexpansuin, — cum rébus a tque omnibus
— ad ipsum pertinenlibus, — ciillis, rupibus et iijcultîs, — arboribus cunctis,
— pro aninip incç redemplionc — eternaque remunerattone — parentumque meorum remissione. — Situsque est ipse nlodis in comitatu Aquensi — iii leirilorio Montis Jusliiii ; — et ut ipse mansus ~ designelur aperlius, — cultor ejus
— vocilalus est Petrus. — Si quis autem hoc nisns — fuerit desirnerc — aul îo aliquo minucre. — omnipolentis Dci et sanclonim ejus puniatur maledictione -~ et Tulura omnium boiiurum horrenda separalione, — nist cilo emendaTerîl cnm salisfactione. — Acia donalio hec anno dominjcç incarnalionis millesimo XXXV., etPussionis millesimolU., V. indictione — in subpulacione, — VIII. idus augusli. Signum Hainibaldi [jui hanc donationem, manu roboratam — subscriptis lestibus obtulit limiatani. i>
L'invocation et la susciiption d'une charte de l'archevêque de Besançon, liugucs de Salins (1031-1066), sont exprimées en trois vers hexamètres'. Dans une charte de Hugues, évêque de Nevers (1056), c'est au contraircladale qui est en vers*, ainsi que dans une charte d'Apt'. Le cartulairc de Redon nous a consei^é un curieux document en vers rimes de quinze syllabes, avec césure après ta huitième, que l'on peut dater de la première moitié du xi< siècle'. On trouve encore un singulier mélange de prose et de vers de huit syllabes rimes dans une charte par laquelle Airaeline, Uile d'Adémar II. vicomte de Limoges, donne à l'abbaye d'Uzerche la moitié de l'église de Condat; ce document n'est daté que du mois et du quantième (16 juin) ; il en faut placer la date entre 1075 cl 1086'. Chose curieuse, tandis que le préambule e^tcn simple prose, c'est la teneur de la charte qui a été versifiée. Nous donnerons ici le texlo de ce document parce qu'il constitue un curieux spécimen du style diplomatique du XI' siècle.
(I Jam inar)jine supremî temporis ingnicnle, licet Icllus bellicosis eieralur virlulibus, morte taiiien plus solilo crebrescenle, flos ipsius alque decus marces^l atqne conleritur injuria et oblivto ac priorum inilio in liomine vigent cuncta quo lit ut mente sagacissi ma lendamus omnes ad Ecciesiam.
Ego ergo Aimilina,
Auherontis pavens stagna,
vitare nitens prava
que sunt pravis eventura
quo[s] desevil niors aeterna
inspernentcs Christi jussa, gcrmaua vicecomitis Adcmari, conjuxquc nobilissimi viri Pclri Bellofortis
i. {JniFFLET, lliit. de Toumui, p. 354. 2. Mabilloii, De re dipt., p. 1S8.
7i, Gatl.ehriil., t, I, col. 73.
4. Cerlut. de Hedaii, publ. par A. de l^irnsos [Doe. inéd.). n* 331, p. 273.
5. Cop. de RaSutc, d'uprès le carlul. d'ITiciclie. Bibl. jial., Coll. Daluie, r>77. M. 4t.
g 2] CHARTES EN VERS RlMÉS. 453
ex meo vere patriraonio Sancto Potro ista dono et Usercenci monasterio, sub abbate piissinio onoroate qui Geraido denotatur in hoc cosmo.
Disponente cuncta dono, medietatem scilicet Gondatensis ecclesie, cum cunctis pertinentibus, ad banc partem quam (pre)diximus fevum hoc videlicet quod sacerdos possidet, reddilus atque décimas huic parti que subjecta manent semper inconvulsa Si hoc donum aliquis infringere vohierit,
imbre sodomistico consparsus ac Datanico, penas luat in inferno, toto visu obcecato. Sexto vero decimo kalendas mensis julii»
ego donum istud sanxi, Philippo Francorum rege régnante felicissime, Lemovicensi cathedre episcopo superstite Guidone, certe nomine»
Ademaro vicecomite in hac carne prevalente, videntibus his testibus, quos agnoscit ingens coelus :
primo Geraldus abba qui donum a me peccatrice cum subnecto corrigio suscepit, deinde Hugo de Malamorte filius meus qui ante miles fuerat, postea monachus, Benediclus, Sancti Sanctiui presbiter, qui non longe post defunctus est, Stephani^ prepositus, Pelrus monacus cognomento de Porcaria. »
On rencontre encore des documents de cette espèce au commencement du xip siècle; Tun des plus intéressants est certainement la notice d'un procès gagné par les religieuses du Ronceray d'Angers, rédigée vers 1121 en cent vers rimes, analogues à ceux de la pièce de Redon citée plus haut, par le disciple d'Abélard Hilaire, connu pour ôti'c Tauteur des Versus et ludi^. Le plus récent exemple de versification de ce genre que je connaisse en France» est une donation, en vers rimes de huit syllabes, faite vers 1140 par Hugues de Reaumont à l'abbaye de Bèze en Rourgogne*.
En Italie, les notnires* qui se complaisaient souvent à donner à leurs
i. P. Marcbkgat, Charte en vers de Van 1121, dans Bihl. de V École des chartes, t. XXXVII (1876), p. 245.
2. Elle a été publiée par d'ÂcHEnr, Spicil., t. II, p. 457, d'apr. le Chron. Besuense.
ih\ IWr.lf. ICS I" CIMENTS WPLiiJLVTIOlTS. I.it.iii.Cp.ï
^uvrrifilion^ une fomie Tcn'ilW. ool fail durer («I nsafp jusqu'à la fin du 111* ïi-VU-. H. Bn^-bu eo a t\iê |>lusitHin> trieropl» doot le plu^ ré^eat t«.t <!«• Itîw.
3. — L« lythna dana !«■ dacnmenta dn mojcn âga «t particiiliAr«m«at du» ]«■ >ct«a de la cbancoUerie ponHHcal*.
La laa^e el le stylé di-ï arté? de la chaocdlerie poolificale, qui n'aTaienI pas «<;h^|)|ié, aÎDsi qu'on l'a di^jà dît. â rioOuonce de la barbarie et de i'^inoraoce. s'amt-liorèrenl notablement au cours du if si^le. et partk-utiêremenl depuis le poulifical de Benoit III iHôi-ÎOSi, mais pour subir bienlèt, àês U fin de ce même siècle, une décadence nouvelle, tlle se raanirestc par des incorrections, des Taules de grammaire et des vulgarismes. qui témoignent de l'ignorance des clercs employés à la chaucellerie. Ilêjj sensible dans les lettres du pape Etienne Y (88Ô-89I). cette décadence s'nccenlua encore sous ses successeurs et dura jusque vers le milieu du ir siècle. Il rallul, pour y mettre un terme, l'arrivée à la chancellerie, sous le pontifical de Benoit IX, de Pierre Diacre, auquel on attribue les rérormes décisives qui se produisirent â celte époque dans la rédaction des actes ponlilicaui. Il n'y a pas lieu de parler ici de la disposition et des formules qui caractérisent les actes émanés de la chancellerie pontificale, mais il faut dire quelques mots d'une particularité de leur style, qui, si elle fut, connue on est porté à le croire, romaine d'origine, n'a pas tarde à se propsgei' en dehors du cercle étroit de Ea chancellerie pontificale. Je veux parler de l.i cadence rythmique des phrases communément nommée le curius*.
Dès le >* siècle, sous le pontificat de Léon le Grand (440-461), un agencement euphonique des mois, fondé sur la quantité et emprunté à des règles plus anciennes, dont on voit dtjà l'application un siècle auparavant dans les lettres de Symmaque, fut en grande faveur à la cour romaine. On en peut constater la recherche dans les lettres apostoliques, dans la prose oratoire et même didactique, comme aussi dans les pièces liturgiques. Les règles de la prose métrique continuèrent â être ob3er>'èes, avec plus ou moins de rigueur, jusque sous le pontificat de Gi'égoire le Grand ; puis elles tombèrent peu à peu en désuétude. Le formulaire de la chancellerii; romaine, connu sous le nom de Liber diumu$, dont la rédaction remonte au vil" siècle el qui fut en usage jusqu'à la fin du il", n'en contient plus aucun vestige.
* Noël Valoia, De artc leriOendî epitloUu npud gallicai mrdii ami ncriplom rheliireii'f. Paris, 11(80, in-S; liliule tar U rijlkme de» buHct ponlificaUi, duis 11 Bibl. deVKc. det Ckarlei, I. XLIf (ISSI). ~ L. BucbABna. Hôte lur Vurigint du 4 cnrtuê ■ ou rythme prosaïque auici dans ta rédaction dei bulUt ponlificalei, Ibid., I. L (1889). — L. Coutnra. Le t curita > ou rytkme protaïque daiu la liturgie et la littérature de l'égliie latine, du m' tièele à la Benaistance, dans 1* Reeuedet qualioni' kiilor., I. LI (1802]. — Louis Havet, Sur les origines métriques du ■ cui'sus >, communie, ù l'Acid. des inscr., séance du l" avril ISOÏ. Ilanillnifit der Urktmdeidelirr. p. 50.).
g 3] LE RYTHME DES DOCUMENTS PONTIFICAUX. 455
Si complète qu'ait été cette éclipse, Tharmonie de lancien style êpistolaire avait dû laisser tout au moins un souvenir confus, car, lorsque le pape Urbain II voulut, peu après son avènement, réformer le style corrompu de la cour pontificale, et plaça à la tête de la chancellerie un moine du Mont-Cassin, Jean Caetani, il le chargea d'y rétablir le cursus ieoninuSf c est-à-dire les règles d'harmonie en usage au temps de Léon le Grand'. Depuis lors, en effet, on ne tarde pas à retrouver dans les bulles, en même temps qu'une correction de langue et une gravité de style depuis longtemps oubliées, un arrangement des mots destiné à produire l*harmonie. On en pourrait à la rigueur déduire les lois de l'étude et de la comparaison des textes où elles ont été appliquées, mais on n'a pas eu besoin de recourir à ce procédé. Un chancelier de l'église romaine, Albert de Morra, qui occupa cette fonction sous les papes Alexandre III, Lucius 111 et Urbain 111, de ii 78 à i 187, et devint pape lui-même à cette date, sous le nom de Grégoire YllI, a formulé ces règles en un très court traité que nous a conservé un manuscrit à peu près contemporain où cette œuvre est intitulée : Forma dictandi quant Home nolarios instituit magister Albertus qui et Gregorius VIII, papa*. Vers le môme temps un de ses disciples, Transmond, l'un des « notaires de la sainte église romaine », qui, de li85 à ii86, remplit pendant quelques mois à Vérone les fonctions de chancelier, écrivit de son côté un dictamen, dont la notoriété fut bientôt si grande qu'il subit des interpolations et des remaniements, et que les manuscrits nous l'ont conservé sous plusieurs formes différentes'. Les règles de l'art d'écrire observées à la chancellerie romaine ayant été formulées par un pape, on ne tarda pas à lui en attribuer l'invention, et le style cadencé des lettres apostoliques fut désigné sous le nom de style grégorien^, non peut-être sans qu'il en soit résulté, dans la pensée de ceux qui employaient cette expression, quelque confusion avec l'auteur des mélodies grégoriennes.
Quoi qu'il en soit, c'est par la comparaison des préceptes de ces traités avec l'application qui en était faite dans les lettres des papes, qu'il est
i. c Tune papa litteratissimus et facandus fratrem Jobannem... admovit, suumque c cancellarium... constituit, ut per eloquentiam sibi a Domino traditam antiqui leporis e et elegantiae stiluni in sede apostolica, jam pêne omne deperditum, sancto dictante a Spiritu, Johannes Dei gratia reformaret, ac Leoninum cursum lucida velocitale reduc ceret. » (Liber pontificalit. Vie du pape Gélase II (Jean Caetani), citée par L. Ducheske, Note 9ur l'origine du cttrêiu^ p. 162. La plus ancienne des bulles qui mentionnent Jean Caetani comme chancelier est du 23 aoât 1088 (Ibid.),
U' Ce n'en est peut-être qu'un extrait ou un abrégé. Bibl. nat., ms. lat. 2820, fol. 58 v<*. Les principaux passages en ont été publiés par M. Valois, Étiule iur le rythme,
3. Le manuscrit le plus ancien, qui en contient la forme la plus courte, est le même que nous a conservé l'opuscule d'Albert de Morra. A la suite de la Forma dictandi, le copiste a écrit: « Hucusque papa Gregorius octavus, abhinc magister Treimundus, « répétons predicta et addens utilia. » Sur Transmond et son a»uvre, voy. N. Valois, ouvr. cit., p. 168 et suiv.