Formulaires antérieurs au XI* fiiécle
Dans leur ensemble les œuvres de la première partie du moyen âge ne sont que des formulaires, c'est-à-dire des recueils de formules, d'exemples, de modèles de composition et de style. C'est à peine si l'on y rencontre parfois de brèves indications sur les variantes qui doivent être employées dans certains cas particuliers, et plus rarement encore quelques conseils théoriques sur la manière de rédiger les actes. De ces formules quelquesunes peuvent avoir été composées et rédigées entièrement par les auteurs de ces recueils, mais le plus grand nombre ont eu pour sources des formulaires plus anciens ou des actes véritables. Dans certains formulaires, les compilateurs ont pris le soin de retrancher certaines parties du début et de la fin des actes et spécialement la date, d'y enlever les dispositions et les clauses trop particulières, et de remplacer les noms propres par le pronom ille, par N (abréviation de nomen), par T (abréviation de talis)f ou par des noms de convention. D'autres fois, au contraire, ils se sont bornés à reproduire les actes qui leur paraissaient susceptibles de servir de modèles, en négligeant d'y retrancher les circonstances et les détails particuliers, en y conservant même parfois les noms et les dates, négligence heureuse, car non seulement elle a conservé à l'histoire des documents souvent précieux et parfaitement authentiques, mais encore, au point de vue qui nous occupe plus spécialement ici, elle contribue à nous éclairer sur l'origine, la date et toutes les circonstances dont on a besoin pour utiliser les formules en vue de la critique diplomatique.
Les formulaires des époques mérovingienne et carolingienne ont été souvent publiés*, on se contentera ici de passer brièvement en revue les recueils les plus importants.
1. Formulae Andecavenses, Collection formée à Angers de 60 formules d'actes privés, et qui nous a été conservée par un ms. de Fulda du vni* siècle. Les 57 premières sont du commencement du vji« siècle et quelques-unes du vi'; les trois dernières sont postérieures à 678.
* £. de Roziôre; Recueil général des formules usitées dans! V empire des Francs du y* au X* siècle^ Paris, 1861-1871, 5 vol. in-8. — K. Zeumer, Formulae merowingici et karolini aevij Hanovre, 1886, in-i {Mon. germ. hist.^ série in-4. Legum sect. V). — Il a paru inutile d'éoumërer les noinbi*euses éditions partielles antérieures, dont on trouvera l'indication détaillée dans l'un et dans l'autre de ces deux recueils. M. de Roziére a classé toutes les formules d'après leur objet dans un ordre méthodique et juridique ; mais un volume entier de Tables donne la concordance avec les anciens formulaires, lesmss. et les éditions antérieures. M. Zeumer. au contraire, a respecté la composition des anciens formulaires et les a publiés à la suite les uns des autres dans leur ordre chronologique. Il faut ajouter que le corpus qu'il a composé est plus complet, parce qu'il y a compris des recueils que M. de liozière avait écartes ou qu'il ne connaissait pas.
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2. Formulae Arvemetises. Recueil de 8 formules d'actes privés, contenues dans un ms. de Paris du ix® siècle, composées à Clermonl au vin«.
3. Foittiulae Marculfi, C'est le formulaire le plus important de l'époque mérovingienne et le plus intéressant aussi au point de vue diplomatique. Le moine Marculf, qui en est l'auteur, a dédié son œuvre à un évêque Landri qui ne peut être que saint Landri, évêque de Paris de 650 à 656'. Son œuvre est divisée en deux livres; le premier contient 37 formules dediplômes royaux, le second 52 formules de cariae pagensesy c'est-à-dire d'actes privés. Le caractère de formulaire y est très accusé, en ce sens que les protocoles et certaines autres formules ont dispam, que d'autres y sont seulement indiquées, et que les noms propres y sont régulièrement remplacés par le pronom ille, La connaissance approfondie de toutes les particularités de la rédaction des actes et notamment des usages de la chancellerie royale, dont témoigne cette compilation, doit faire supposer que Marculf fut lui-même un praticien, ou du moins qu'il eut à sa disposition des archives contenant des documents de tous genres, celles, par exemple, de l'abbaye de Saint-Denis, qui étaient à l'époque mérovingienne le dépôt où se conservaient les actes royaux. Le recueil de Marculf ne tarda pas à acquérir du crédit; si l'on ne peut prouver qu'il fut employé à la chancellerie des rois mérovingiens, il semble bien qu'il le fut à celle des maires du palais; il devint, dans tous les cas, un formulaire officiel sous les premiei-s carolingiens, Pépin, Carloman et Charlemagne*.
Sous le titre de Supplementum fcn^mularum Marcnlfi, M. Zeumer a publié six formules en relation étroite avec le recueil de Marculf, et sous celui AWddiiamenta e codicibus Marculfi, trois autres, qui semblent avoir été introduites dans la collection dès la fin de l'époque mérovingienne.
^. Formulae Marculfinae aevi Karolini, Désignation donnée à un remaniement du recueil de Marculf, exécuté pendant le règne de Charlemagne.
5. Foi*mulae Turonenses, Recueil de 45 formules composées à Tours et que nous ont conservées des mss. du ix« et du x* siècle. Elles ont été découvertes par Sirmond et furent longtemps connues sous le nom de Formulae
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1. C'est l'opinion générale des savants français. M. Zecmer (Veber die àlteren frànkischen FormeUammlungen^ dans dettes Arch.<, t. VI (1881), p. 36, et Formulae, p. 55), dont l'opinion a été adoptée par plusieurs savants de l'Allemagne et notamment par M. Brssslau (Handhuck d. Urkundent., t. I, p. 612), pense au contraire que Landri fut un évêque de Heaux (mcntioinié par les Gesta cp. Cameracettsium) qu'il faut placer à la fin du vn* siècle ou au commencement du vin». Il croit en outre que Marculf fut un moine du diocèse de Heaux et probablement de l'nbbaye de Uebais. M. Ad. Tardif me parait avoir complètement réfuté cette opinion dans une Élude sur la dale du formulaire de Marculf publ. en 1884, dans la Nouvelle Uevue hi$L de droit (t. VIII, p. 557). M. Zevheh a répondu dans le Neues Archiv. {Der Maiordomus in Marculf, 1. 25, au l. X, 1885), et H. Tardif a répliqué par de Nouvelles Obscrvalionis sur la dale du formulaire de Marculf [Nouv. Hcv. hist. dr droit, t. IX (18X5 , p. 508).