‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 32 sur 554 · lUTES D'ANXKES. [Liv. ii. Chai'. i · texte numérisé non relu

lUTES D'ANXKES. [Liv. ii. Chai'. i

dans le papyius connu sous le nom ()e Chartes de Ravenne, esl ainsi exprimée : FI. BatUio jan, Y. consul, s. d. VII. cal. januariarum in datte coffn'i Rai). ', ce qui correspond à l'année 480. Ce sont surtout les lettivs des papes qui ont été ainsi datées. On trouve les années des consuls indiquées pour la première fois dans les lettres du pape Sirice (584-398) '.

Il est arrivé quelquefois que, par ignorance du nom des consuls on charge, on a daté de l'année postérieure au consulat d'un personnage, ce qui est ordinairement exprimé par le sigio P. C. {poit contulalum). C'est ainsi qu'une donation à l'église de Itavennea pour date : Aclutn Ravennae lub die IIII. non. januaria» P. C. Flavi Faaitt jun. Y. C. *, ce qui correspond au 2 janvier 491, Flavius t'auslus junior ayant été consul pendant l'année 490.

En l'année 541, le consulat fut revêtu en Orient pour la dernière fois par un particulier, FI. Basilius junior. Les années 542 à 566 sont ensuite indiquées de la manière suivante dans les Fastes consulaires : II. — XXY. P. C. B.\S1L1I, et, en efrct. les documents de celte période sont gi'néralenient datés du post-consulat de Basilius. Le papyrus célèbre connu sous le nom de Charla plenariae tecuritatis est daté de la sorte : Imp. D. fî. Jwtiniano pp. aug. atino tricentimo octavo, Rav., P. C. Batiii anno viceniimo tertio, t. d. iduum juliar., indic. duodecima, Aar.*, ce qui correspond au 15 juillet 564. C'est ainsi que sont également dalt''es les Vovelles de Justinien et les lettres du pape Vigile.

Depuis 567, il n'y a plus qu'un seul consul perpétuel, l'empereur, qui ■eçoit ce titre aux calendes de janvier qui suivent son avènement; el on compte depuis lors les années du posl-consutat d'après leur ran^' iprès la première du principal. Voici, par exemple, la date d'une Ictln^ lu pape Gi-égoire I" : Imp. Mauricia Tiberio a, XIV., p- c. eju$ a. XIII., nd. XI Y. , ce qui correspond à l'année î>96, Constantin Pogonat (668-685), lyant négligé de se faire proclamer consul, on continua néanmoins li later du post-consulat ; mais il arriva fréquemment que l'on confondit le compte des années de l'empire et celui des années du post-consulat, qui

lu cnnoii 89 du Concile 1 de Miléve do 40S pour les epitlotœ formalae {Co»cil.. éd. IULETT. t. U, 1336).

1. Bilii. nal., tns. lat., 88i3, CHturoLLiaN-FiGE.tc. Charlei latïiiei »ur papgnu, UfC. l'ai. Z. I. 2, du f.-t.; Fac-sim. litlio(;r. de l'École des Chsnes, n> 5.

a. Par CI. ; Areadio et Baubrnt cot».,c£ qui coiTe^iond à 3Sj (Jafhî, Begrtla, tH. 1- ï5Sj.

3. )l>iiiLLn:i, De re dipl. Si^plem. appeiiàix, p. 80. — Voicj ce que dit ï. de Rv»> Ittier. rhr., I, iivui) A ce sujet ; t tisum fonnulae V. C. illis tantum anni mensitns. I quibus iiovi consules iKiioti erant legilimuin fuisse el iu Ptiblicit gettii receplum. I canon de epitiolii fonnalit cditus in Hilciilano coiisilio nnno 403 palam lestalur- • Coutil., cd. CoIeLl, II, t33S.)

4. Ca.taMLLia3-FiGE.ic. Charles latine» sur papums, feuilk 8, ligne 0 du fac-simil^- 'uc-sim. lithogr. de l'École des CliorlCf, n° 11. — A obs«rvei- îles dilTcreiiccs dwis 1" innpte de ces années de posl-consulat, les unes complanl comme ici l'année .y! omme deiniime année du i>osl-consulut. los autres la Taisant compter comme prcu'iè''''

g i] J>ATES DU POST-CONSULAT, DE L'EMPIRE, DU RÈGNE. 85

furent souvent exprimées par le même chiffre : il ne semble pas qu'au TU* et au vnr siècle on ait observé de règles à l'égard de ce mode de dater, qui tendait de plus en plus à devenir une superfétation.

Bien qu'elle eût perdu toute signification, la date traditionnelle du post-consulat persista encore après le rétablissement de l'empire d'Occident en la personne de Charlemagne. Elle figure dans les lettres pontifi<^ cales et y est généralement exprimée par le même chiffre que le compte des années de l'empire *. Le dernier exemple d'une date de post-consulat que je connaisse est dans une lettre du pape Sergius lU, de 904 : Imp. Ludovico a. ////., p. e. eju$ a. ////. (JafTé, Regesta, 2^ éd., n<* 3553 ').

Année de Vempire^ du règne, du pontificat, etc.

La date des années de l'empire ne tarda pas à s'ajouter, puis à se substituer complètement à celle des années du post-consulat. On data de même par analogie des années de pontificat des papes, et, dans chaque royaume, des années de règne des souverains. On en vint plus tard à dater parfois, dans certains diocèses, des années de pontificat des évêques, et, dans certains grands fiefs, des années de seigneurie des feudataires.

Nul mode de notation chronologique ne fut plus fréquemment employé pendant tout le cours du moyen âge, dans les dates des actes de tout genre. On le rencontre dans les documents les plus anciens, et il persista longtemps après que l'usage général du millésime eut donné aux dates d'années une précision et une clarté qui rendaient superflue toute autre indication chronologique.

Pour ramener à notre manière de supputer le temps les documents dont la date est ainsi exprimée, il faut savoir comment le calcul des années de pontificat, de règne, etc., a été établi. Mais il y a lieu de faire ici une distinction entre les actes émanés des personnages mêmes dont l*année de pontificat ou de régne est indiquée dans la date, et les actes particuliers auxquels cette date a été donnée par des notaires ou des scribes étrangei^ à la chancellerie du souverain ou du pontife dont les années de règne ou de pontificat y sont comptées. On conçoit aisément que dans ces dernières le calcul ait pu varier, qu'il ait été sujet à des causes d'erreurs et qu'il n'ait pas eu toujours une base fixe'. Les premières, au contraire, du moins dans les chancelleries bien organisées.

1. n y a toutefois des exceptions, pares, les lettres du pape Adrien II de 868 sont ainsi datées : Imp. D> N. p. pp. Aug. Ludovico Magno imperaiore a. XYlllK (19) et p. c. ejuê a. XVJII. (18). (Jatfé, Hegeêta, 2* éd., n- 2904 et suiv.)

2. Une lettre du pape Jean X, de 917, a pour date : Imp. Berengario a. II, et pairie. a. II. (Japfé, Regeêla, 2* éd., n* 3558). Cette date insolite du patriciat me pai*ait une funivance et un essai d'interprétation de la date devenue inintelligible du posteoDsuIat.

3. Souvent même on se contentait de dater du règne de tel roi sans spécifier l'année : régnante Hlothario rege.

86 DATES D'iVNNÉES. [Li\. ii, Chap. i

ont d'ordinaire été calculées d*une manière constante et d après des règles fixes qu*il faut connaître et au besoin déterminer. Tantôt, en effet, on a pris pour point de départ la date de la fin du règne précédent, tantôt la prise de possession effective, Tavénement, Télection, ou encore la date d'une cérémonie : couronnement, sacre, intronisation ; quelquefois on a fait remonter le compte des années d'un règne à la date d'une association antérieure au trône, parfois enfin on a tenu compte d'un règne fictif : Louis XVIll n'est pas le seul souverain qui, dans le chiffre des années de son règne, ait fait enti^er celles de son prédécesseur.

Les diplomatistes se sont appliqués à déterminer les règles qui ont été suivies à cet égard dans les diverses chancelleries. Il faut citer comme des modèles les recherches de M. L. Delisle sur les dates des actes de Philippe Auguste et d'Innocent III, de M. Th. von Sickel sur les diplômes des quatre premiers carolingiens et de plusieurs des souverains de l'Allemagne*. Les anciens critiques et spécialement les Bénédictins ont eu tendance à admettre trop facilement que la chancellerie d'un souverain avait pu simultanément accepter plusieui*s époques pour point de départ d'un règne et s'en servir indifféremment pour dater les divers actes qu'elle expédiait. 11 n'est pas rare qu'ils indiquent pour un même prince jusqu'à quatre ou cinq points de départ différents, d'après lesquels sa chancellerie aurait calculé les dates. M. Delisle et M. von Sickel ont respectivement prouvé, pour Philippe Auguste, Innocent III, Pépin, Carloman, Gharlemagne et Louis le Pieux, que les dates de tous les actes de chacun de ces règnes avaient été calculées d'après un système uniforme et un point de départ unique. 11 faut se garder toutefois de trop généraliser ces résultats. M. Delisle a pu écrire : a Pourrait-on s'imaginer que dans une chancellerie régulièrement organisée, les années du règne eussent été indistinctement comptées d'après trois systèmes différents*? o Mais il faut admettre que l'organisation de beaucoup de chancelleries a dû être défectueuse sous ce rapport. Pour ne citer qu'un exemple, emprunté à un règne qui ne saurait passer pour un temps d'anarchie administrative, la chancellerie de Louis VII, M. Luchaire l'a démontré*, a compté les années de règne de ce souverain d'après quatre systèmes difféi*ents.

Cela est arrivé, à plus forte raison, à des époques d'incurie et d'ignorance comme le x* et le xi* siècle. Non seulement alors, en l'absence de toute règle fixe^ chaque notaire ou chaque scribe d'une même chancellerie a pu dater à sa mode et choisir arbitrairement un point de dépari pour compter les années du règne, mais parfois aussi, dans l'incapacité

1. Voyez les résultats de ces études aux chapitras relatifs à ces chancelleries. Il n'est pas possible d'indiquer ici la méthode à suivie dans les recherches de ce genre, parce qu'elle suppose la connaissance de notions chronologiques dont il n*a pas encore été question.

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