‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 322 sur 554 · LA NOTIFICATION; L'EXPOSÉ · texte numérisé non relu

LA NOTIFICATION; L'EXPOSÉ

des rois de récompenser leurs fidèles à raison de leurs services ; mais l'exposé rappelle la conjuration formée par Pépin, le propre fils de Charlemagne, la condamnation des rebelles et la justification par le jugement de Dieu de quelques accusés entre autres du comte Théodold, qui a sollicité, à raison de ses services et de son mérite, la faveur de recouvrer ses biens*. Voilà certes un texte historique précieux pour contrôler et compléter les renseignements que nous ont laissés les historiens sur la révolte de 792.

Parmi les indications les plus curieuses qui se rencontrent fréquemment dans l'exposé — spécialement dans les actes gracieux émanés des grandet? chancelleries souveraines ou seigneuriales, antérieurement au xin* siècle, — il faut compter les noms des personnes qui y sont mentionnées; les unes pour être venues elles-mêmes exposer leur requête ; d'autres pour l'avoir présentée en qualité d'intermédiaires, d'intercesseurs ; d'autres pour avoir donné leur consentement, comme parents, suzerains ou intéressés à un litre quelconque; d'autres enfin pour avoir été consultées. Ces mentions ont le grand intérêt de faire connaître d'une manière très sûre une foule de personnages, souvent fort importants, de préciser leurs titres, leurs fonctions, leur rôle, leurs liens de parenté entre eux et avec les parties; elles nous montrent quels étaient les conseillers, les familiers des princes, et peuvent nous indiquer jusqu'au degré de faveur dont ils jouissaient. Pour obtenir une concession du souverain, il fut de règle, jusqu'au déclin du xi*^ siècle, de s'adresser à un grand personnage, laïque ou clerc, influent à la cour, par l'intermédiaire duquel la requête était appuyée, et le précepte expédié par la chancellerie. Cette intervention était exprimée, du viu« au x*^ siècle, par le verbe d'origine germanique ambasciare, et l'intermédiaire était appelé lui-même ambasciator, d'où l'on a tiré plus tard ambassadeur. L'indication de cette intercession figure souvent dans les diplômes royaux, d'abord après la souscription du chancelier et le plus souvent en notes tironiennes'; plus tard elle prit place

1. « Prespicue conpendiis regalibus iUud adscribitur, quod pro contemplationo snr- « vitii fidelibus suis, largienle Domino, consultissirae muncratur. Quapropter, dum « omnibus non habetur incognitum qualiter, suadente diabolo, Pippinus, filius nosler, c cum aliquibus Dei infidelibus ac nostris, in vita et regno nobis a Deo concesso impie € conalus est tractare, et, domino Jhesu Xpislo miserante, uihil prevaluit corum per- « fidia. Fuerunt namque aliqui ex ipsis in nostra praesentia convicti et secundum € judicium Francorum dijudicati ; aliqui vei-o fidèles per judicium Dei se exinde ido- « niaverunt, sicuti Tlieodoldus corais, fidelis nosler, visus est fecisse ; cui et omncs rcs < proprictatis suae, juxta ejus dcpraecationcm et servitio ac mentis conpelleiilibus, a denuo et noslro largitatis munerc, quantumcumque ex licrcditate parenlura aut de c qualibet adtraclum juste et racionabiliter antca possidcrat, cum Dei et nostra gralia « jure lirmissimo ad legitimam proprietate reddi fecimus et pcr auctoritatcm nos- « tram plenissima deliberatione conlinnavimus. » (Fac-sim. Album paléogr., pi. 10; BôHHEB-MOiiLBACHEn, Hcgesia, w 327.)

2. Dans la ruche du précepte de Chârlemagne cité dans la note précédente est écrite en note la mention : Meginardui ambasciavit. Ce Ménard doit èlre l'abbé de St-Dcnis

550 LE TEXTE

dans l'cxposo ; t'est une trace curieuse du crédit donl , sonna ges et des relations qu'ils établissaient avec une cl:

Les mentions de personnes que Ton trouve dans monts diplomatiques ont donc souvent un grand ii soulèvent une question importante. Est-on fondé à ( personnages ont été réellement présents au lieu et indiqués parla date desdocumeiiUoù ils figurent? Crit l'ont admis jiendant longtemps sans conteste. Parff n'allait pas sans difticulté : à la date même ou tel pen lionne comme intervenant dans un acte, d'autres docun qu'il était dans une autre localité, parfois fort éloignée, changé de fonctions, ou même qu'il était mort. On e& par des conjectures plus ou moins plausibles : înterpi des scribes, altérations des copies, voire falsillcation document. C'est ici qu'on doit faire intervenir les ingénie introduites dans l'étude des chartes par M. Ficker, e d'hui par la plupart des diplomatistes, sur l'intervalle st'parer ce qu'on pourrait appeler la négociation, de la l'expédition d'un acte par la chancellerie. Les mentions < en effet se référer presque toujours à une date antérieur dition officielle de l'acte et l'on peut remarquer que presque toujoui-s énoncées au passe. Les accords ont c être conclus, les conventions faites, les consentements ol pris, plus ou moins longtemps avant le jour où la cha l'instrument officiel d'après la note ou la minute qii transmise. Itien d'étonnant donc à ce que les personi dans l'exposé aient pu être dispersés A la date de l'eipëdi 11 en faut conclure qu'on ne doit ni attribuer aux men une précision chronologique trop rigoureuse, ni en co sans raisons suffisantes, lorsqu'elles paraissent en < d'autres témoignages.

Il arrive assez fréquemment que l'exposé soit cnclievj sitif, et d'autre part un ti-ès grand nombre d'actes ei dépourvus. Dans les manuels du moyen âge cette partie appelée narratio, ternie qu'ont généralement adopté allemands.

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