‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 348 sur 554 · Voy. F. Lor, Ounr. cit., p · texte numérisé non relu

Voy. F. Lor, Ounr. cit., p

7. ÏA. Ptism, Éluda tui- te rigne de Boberl le Piear, p. xtT.

tt. Conllrm. de privil. A l'abb. de Uicy : « Actum Aurelianis publice, uino mttf. « M*. IX*. H'., rogni Rotberti régis XX*. V»'. et iiidictione ï'., quuido StejAini» f lieresiarches el complices cjus danmatî suni et arsi sunt Aureiiinis. > {Pnsm, 0<"^' cit.. catalogue, n* 68: Recueil de» histor. de France, t. X. p. 60T.)

êi] FORMULES DES DATES. 581

21 janvier 1076 la date du mariage du comte d*Anjou Foulques-Ie-Rechin avec Aurengarde de Chatelaillon ^

A la fin du xi« siècle, la venue en France du pape Urbain II, la prédî* cation de la croisade et le départ des croisés donnèrent lieu à de nombreuses dates historiques '.

On a dit plus haut que depuis la seconde moitié du ix<^ siècle les indications chronologiques se sont multipliées dans les dates. A Tindication du quantième, de Tannée du règne et de Tindiction, à peu près seules employées jusque-là, se sont ajoutés, avec Tannée de Tère chrétienne, une foule d^éléments : épacte, concurrent, terme pascal, nombre d*or, lunaison, lettre dominicale, férié, etc., qui, loin de préciser les dates, les ont embrouillées et rendues souvent incertaines. Ces superfétations chronologiques ont été en usage jusqu'au xu^ siècle. Les dates se sont peu à peu simplifiées depuis lors, et, à partir du \m^ siècle, ta plupart des actes sont fort régulièrement datés de Tannée de Tère chrétienne et du quantième, celui-ci exprimé, soit d'après le calendrier romain, soit plus souvent d'après le calendrier liturgique, éléments auxquels s'ajoutent éventuellement Tindiction et Tannée de Tempire, du règne ou du pontificat.

La date de lieu fait défaut dans un grand nombre d'actes; souvent au contraire elle y figure à l'exclusion de la date de temps. On a déjà dit que chacune de ces deux parties de la date était parfois comprise sous une formule particulière, parfois même elles sont complètement séparées ; la date de temps se trouvant par exemple au début du document, et la date du lieu à la fin, ou inversement.

L'expression de la date de lieu est généralement brève. Elle se borne le plus souvent à Ténonciation pure et simple du nom de la localité, au génitif, à l'ablatif, ou encore à l'accusatif précédé de la préposition apud : Actum Compendiiy — Bituris^ — apud Corbiniacum. Fréquemment aussi cette indication est exprimée par un nom de |ieu devenu indéclinable, tel que Parinus^ Turonus, Trecas, Andecavi$, etc.

Assez souvent le nom de lieu est accompagné d'une courte mention destinée à indiquer les conditions ou les circonstances dans lesquelles l'acte a été rédigé ou publié : Actum publiée, -r in parlamentOy — in publica audientia^ — in capitulo, — m via publica, — $ub tUrno, etc. La

1. c Acta sunt hec aniio ab incani. 1075, mensc januario, ferii^ Y., die fesUvitatis a S. Agnetis yirginis quo die prenominatus cornes Fiilco, accepta in uxorem Aux'en- « garde filia Isemberti de Castello AUione nuptias celebrabat quibus Andegavensiura « procenim multitudo non minima aderat. » (Voy. plus haut, p. 115, n. 3.)

2. I<lotice de donation à l'abbé de Saint-Uaixent : « Anno ab incarnatione M[X]GYI, « qixando Urbanus papa fuit Sanct^onas et signum crucis apparuit in celo. > (Fac-sim. Uthogr. de l'Éc. des Chartes, n*> 4U0.) Urbain II résida à Saintes du 12 au 20 avril 1006. Ce synchix>nisme permet de corriger une faute du scribe qui avait daté la pièce de 11 00. ^ Charte du comte d'Anjou Foulques le Rechin : c Actum Andegavis in caméra epis- « copi, IX, cal. julii, vigilia S. Johannis Baptistae..., anno quo innumerabilis populus, « ibat in Hierusalero ad depellandam pincennatorum pertidiae persccutionem, scilicet

582 LA DATE. [Liv. iv, Cm. m

mentioD assez fréquente jusqu'au lu* siècle, aclum inter Imnet ou apud leonei', désigne le porlail ou le porche de l'église, entre les coloones supportées par des lions, disposition fréquente des éditlces romans. Les dates de lieu qui font mention d'un sif^e, d'une expédition militaire, d'une assemblée ou d'une entrevue, rentrent dans les dates historiques et sont particulièrement intéressantes'.

Quelquefois, mais rarement et spécialement dans les chartes féodales, l'indication du lieu a comporté un petit développement pour le préciser plus etactement*.

Si les formules des dates et les éléments qui les constituent présentent dans leur ensemble une assez grande variété, on doit observer que la plupart des chancelleries et des administrations ont eu pour cette partie du protocole un formulaire 1res exactement fixé et qui ne se modifiait que peu à peu. La place de la date, sa disposition, ses formules, les diverses mentions qui la composent, le mode de calcul de chacun de ses éléments chronologiques ont été en général ti-ès minutieusement réglés, si bien que, dans une même chancellerie, le style et la composition de la date différaient souvent selon les diverses catégories de documents. Il faut donc, lorsqu'on étudie des séries de pièces provenant d'une même source, donner aux formules et à la composition des dates une attention particulière.

Indépendamment des problèmes de chronologie technique que soulèvent les dates, et de l'étude de leur fonnulaire en vue de la critique des teites, leur interprétation présente souvent des difficultés complexes, délicates et d'une solution difficile. Pour en aborder l'élude avec

f secundo anno quo Urbanus papa Andegavuiii visitaril.... ■ {Gall. ckritl. i" éd., l- II> p. 1!B.)

1. • Pactum est hoc douum apud Leniovieas. apud leones.... > (Cbarte du prieuré d'Aureil, dt£e par Gdihit, Da fermulet de date, p. !4, n. 4.)

i. Voy. plus haul, p. 570. Ed voici quelques exemples : Dipl. de Charles le Chauve du 13 nov. 843 : < Actum in tenlariis, prope Redania civitate. > {Rec. det hitl. de France, t. VIII, p. 446.) — Dipl. du mCine, 19 mai, b, 11 el S5 juin 844 : t Aetum iu I monaslerio S. Satumini dum obsidereiurTolosa. ■ (tbid.. p. 450, 4S8, 4S9, 4fiS.) - Pritil. du roi RobeK poiu^ St-Bénignc de Dijon, eu lOOC : t Aclum publiée supra f Uosam, apud régale colloquium gloriosiaaimi régis llotberti atqueifeinrïci régis sere- ■ niasimi, anno ah ijicarn. Domini IIVI,, régnante codem Rotberlo illustrissimo, anno I II. X. (lie), t [Prumi. Htudei >ur Robert le Pieux, tata\.,if 31.) —Charte de Henri 1' pour S- Victor de Netcra, du 1" mai 1055 : ■ Actum est Cariaiaco palatio, ssUuite f eiercitu. > (HtBTtya, Ampliti. coll., t. 1, p. 430.) Date reoiarquablc qui semble tteoigner de la persistance dea cliainp^ de mai i cette époque. — lleraise de la régale par Louia VII Al'église de Chtlons en juin 1147 : i Aclum in castris apud l^rdunum. > (Lnciuiai, Étudei jur let acte* de Louit VII, n* !S!.] — Aveu rendu à Simon de Uootfort par le seigneur d'AIaia, te 14 juillet 1317 : i Actum... in eiercitu domini jnill

< portum S. Satumini. > (Fac-sim, litho^. de l'Ëc. des Chartes, n* 463.)

3. Donation de Carcasaonne par Daimond Trencavel i son fils Roger en 1158 1 a Quae

< dona tuerunt peracta in caméra palalii Carcassonae quae vocalur rotunda quamni • ait quadrala. i (fîiif. de Languedoc, éd. Privai, t. V, pr., col. 1S16.) — t Apud caa-

§ 1] LNTERPRÉTATION DES DATES. 585

méthode, il est indispensable d*opérer, non pas sur lensemble des documents diplomatiques du moyen âge, mais sur des groupes d'actes d'une même provenance et d'un même temps; il faut déterminer celles de ces difficultés qui sont particulières à chaque groupe et soumettre chacune d'elles à un examen spécial.

11 a paru nécessaire cependant de donner ici quelques indications générales sur la nature de ces problèmes et de montrer par quels procédés d'investigation il est possible d'en chercher la solution.

On a longtemps admis communément que la date d'un acte correspondait toujours exactement aux faits consignés dans le dispositif de cet acte. On a admis de même qu'il devait y avoir concordance parfaite entre les divers éléments qui composent la date, et en particulier entre la date de lieu et la date de temps; et, pour prendre un exemple concret, qu'une concession royale datée de Tours et du 24 décembre 944, avait eu lieu effectivement à Tours et à l'époque indiquée. Si bien qu'en classant chronologiquement la série des actes émanés d'un même pei*sonnage, et en plaçant en regard des dates de temps de ces actes l'indication des localités indiquées par les dates de lieu, on déterminait par là avec certitude l'iti* uéraire de ce personnage.

Mais tout cela n'est vrai que d'une manière générale. Lorsqu'on étudie avec attention les actes du moyen Age, on y rencontre souvent à ce propos des contradictions singulières.

Il arrive assez fréquemment, en effet, que les données chronologiques de la date sont contredites par des mentions contenues, soit dans les autres parties du protocole, soit dans des passages du texte. On trouvera par exemple, indiquée dans l'exposé ou dans les souscriptions, l'interven* tion d'un personnage certainement mort à l'époque déterminée par la date; ou encore il portera dans la teneur du document des titres et qualités qui ne lui conviennent pas à cette époque. Souvent aussi il y a contradiction entre les différents éléments de la date : un diplôme émané d'un personnage étant daté d'un certain lieu et d'une certaine époque, il sera prouvé par ailleurs que ce personnage à cette époque ne se trouvait pas en ce lieu. Parfois enfm, dans les documents qui ont une double date, il arrive que ces deux dates ne sont point en concordance.

Les difficultés de ce genre n'ont pas échappé aux critiques, mais la plupart, pendant longtemps, n'ont imaginé, pour les résoudre, d'autre moyen que de supposer des fautes de copie, des erreurs, des altérations, des falsiûcations, et de proposer des corrections qui mettent d'accord toutes les données des documents. Et si les contradictions étaient telles que toute conjecture d'erreur fût impossible, leur dernière ressource était de les considérer comme une preuve de la fausseté du document, estimant que des énonciations contradictoires ne pouvaient être légitimement attribuées aux auteurs ou aux rédacteurs des actes, mais devaient

< trum Blesium intra curiam, rétro palatium, prope turrem, palulo inter caminatas .< palatii sito. > (Mabillox, De re diplom., p. ^2U, d'après le cartul. de Châteaudun.)

584 LA DATE. [Lit. iv, Ch. vii

nécessairement provenir de faussaires ignorants. On verra que la doctrlDe nouvelle se montre en général plus conservatrice.

11 n*est pas douteux cependant que les dates des documents peuvent renfermer des erreurs et que Ton doive s'appliquer à les discerner.

Elles sont particulièrement fréquentes dans les actes qui ne nous sont connus que par des copies et elles proviennent soit de lapsus des copistes, soit de corrections ou d'additions maladroites qu'ils ont fait subir aux textes ^ Mais les documents dont les originaux se sont conservés D*y échappent pas non plus. Les scribes des chartes étaient en effet susceptibles de se tromper, et Ton trouve dans leurs dates des erreurs analogues à celles que nous commettons facilement nous-mêmes : emploi pendant les premiers jours d'une année du millésime de Tannée précédente, oubli de changer le chiffre de Tannée du règne ou de Tindiction pendant les premiers temps qui en ont suivi le renouvellement, indication, à la suite des calendes, du mois pendant lequel on se trouve au lieu du moins suivant, omission de Tun des signes représentants les centaines, les dizaines ou les unités, lapsus rendu facile par Temploi des chiffrer» romains*, reproduction d'indications chronologiques empruntées à un acte antérieur que Ton avait sous les yeux, etc.

11 faut ajouter qu'il y eut une longue période de près de deux siècles (du X* au xi«) où l'ignorance et l'incurie qui prédominèrent dans les chancelleries et même dans les plus importantes, multiplièrent les erreurs et les conti^dictions dans les dates. Les rédacteurs, ignorants du comput, dont l'enseignement était alors fort né^igé, incapables de faire, pour trouver Tindiction ou Tannée du règne, les calculs nécessaires, que compliquait 4oujours un peu l'usage des chiffres romains, prirent l'habitude d'accumuler dans les dates les indications chronologiques sans souci de l'exactitude. Le plus souvent, au lieu de prendre le soin de calculer à nouveau les

1. Les copies anciennes sont naturellement celles où les corrections et les additions de dates ou d'éléments des dates se rcnconti'ent le plus souvent. Voy. comme exemple la discussion des dates de trois chartes de 1085, i084 et i08à, sur lesqueUes ou se fondait pour établir que l'ordi'e des Uospitaliers de Saint-Jean de Jérusialem existait en France avant la première croisade, chailes que M. Cabié a rendues au commencement du XII* siècle en démontrant que les millésimes de leurs dates constituaient une addition de copiste (Ed. Cabi£, Sur trois chartes albigeoises concem. les origines de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, dans Ann. du Midi, 1801, p. 145-158]. • 2. Voyez-en un exemple plus haut, p. 581, n. 2. — Entre les fautes particulières aux copies et celles qui sont propres aux orignaux on a p^posè une distinction ingénieuse, mais qui ne me semble ni absolument justifiée ni surtout très utile dans U pratique. On a observé qu'il était facile à un copiste d'écrire par exemple jim[titt] au lieu de janluarius], H au lieu de K, ou inversement, par suite de fautes de lecture qu'un rédacteur d'acte n'aurait pas lieu de commettre. Celui-ci, par contre, peut éciire facilement juillet au lieu d'août ou inversement, eiTeur qui serait incompréhensible d,e )à part d'un copiste. Hais il faut observer, d'une part que les originaux sont aussi en réalité des copies, que les scribes ont reproduit sinon toujours des minutes, du moins des notes préalables, et ont pu dés lors commettre toutes les erreurs possibles de lectnre et conséquemment de copie; d'autre part, que les copies étant la reproduction d'originaux, il s'y peut trouver toutes le^ fautes qu'on rencontre dans les originaux.

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